L’Affaire Diana
Vaughan - Léo Taxil
au scanner


La plus grande mystification du XIXème
siècle.
Ouvrage collectif auto-édité
© Sources-Retrouvées, Paris,
2002
Chronologie succincte pour
comprendre
a. Principales sources bibliographiques
a. Principales sources bibliographiques
I. Tous les secrets de la
Franc-Maçonnerie sont dévoilés.
1..... Tout commence avec Léo Taxil
Taxil l’anticlérical à Taxil converti
La première apparition du Palladisme
2.
La grande saga du Diable au XIXe siècle du Dr Bataille
Les anti-maçons lors de la publication du Diable au XIXe siècle
Quelques extraits du Diable au XIXe siècle
Une première preuve incontestable à propos de l’existence de Diana Vaughan
Témoignage important au sujet du Dr Bataille
L’entrée de Taxil à la Revue Mensuelle
Le docteur Bataille est-il médecin ?
L’auxiliaire du Grand-Orient, suite
Adriano Lemmi hors du Palais Borghèse
La conversion de Diana Vaughan
Le Temple palladique du palais Borghèse
Mort de Mgr Meurin (1er juin 1895)
Lettre d’un missionnaire aux Etats-Unis au sujet de miss Vaughan
La conversion de Solutore Zola
Confirmation de l’œuvre du Dr Bataille
II. La secte maçonnique redouble
ses efforts et semble marquer des points
1.
Miss Vaughan et M. Margiotta.
3.
Témoignage du Commandeur P. Lautier
5.
La question miss Diana Vaughan au Congrès de Trente
Rapport sur l’existence de miss Diana Vaughan
6.
Une lettre de Diana Vaughan au Révérend Père Directeur de La Croix
8.
Le cas de M. Laurent Billiet
14.
Renseignements et raisonnements allemands… et autres
15.
Les négations de M. Margiotta
16.
L’épisode avec Mgr d’Edimbourg
17.
Les portraits de Miss Vaughan
18.
Article de Tardivel dans la Vérité de Québec
20.
Diana Vaughan à Villefranche
21.
Quelques extraits des Mémoires de Diana Vaughan
23.
Les variations de Margiotta
24.
Témoignage de l’abbé Laugier
25.
Extraits d’un article de J. P. Tardivel paru dans la Vérité de Québec,
du 19 décembre 1896.
26.
De nombreux mensonges démasqués
27.
Résultat de la commission sur Diana Vaughan
28.
Une lettre de Taxil au chanoine Mustel
29.
Diana Vaughan annonce qu’elle va apparaître en public pour faire taire les
contradicteurs
30.
Derniers écrits de Diana avant son assassinat
31.
Le retournement de Léo Taxil : la journée du 19 avril 1897
III. Mais la vérité finit toujours
par éclater
1.
Une critique du discours de Taxil par l’abbé de la Tour de Noé
2.
Recherches sur les publications et révélations relatives à la franc-maçonnerie
depuis douze ans
Contribution à l’étude des sources du Diable au XIXe siècle.
Une lettre de M. de Nion à propos de Sophie Walder.
Haute-Maçonnerie et Palladisme selon les Fr.˙. Bertrand et Blitz, (Supérieurs Inconnus)
Contribution à l’étude des sources du Diable au XIXe siècle. (Suite.)
M. Paul Rosen : Dernières informations
3.
Que penser des œuvres de Taxil ?.
4.
Qui est l’auteur du Diable au XIXe siècle ? La preuve par le Bnaï-Bérith
5.
La Franc-Maçonnerie, Lucifer et Satan.
6.
Des confirmations sur le Dr Hacks
Le récit du crocodile ailé qui joue du piano
8.
Les origines de Diana Vaughan
9.
Que pensez de l’œuvre de Diana Vaughan ?
Diana Vaughan confirme l’œuvre du Dr Bataille (et corrige les fautes involontaires)
Diana apporte des faits précis non démentis
10.
Etude sur les Mémoires, par Hiram
12.
Le Marquis de la Franquerie et Diana Vaughan
Annexe I : La voyante de la
Salette Mélanie Calvat confirme notre « thèse »
Annexe II : Notre réponse à
Massimo Introvigne
Principaux ouvrages nous
intéressant ayant paru durant la période : 1860-1900
Signé d’un pseudonyme, cet ouvrage est l’œuvre d’un collectif de chercheurs
indépendants, membres de l’Observatoire de la Haute-Maçonnerie et
en collaboration avec la William Morgan Association.
Nous dédions ce livre :
A tous ceux
qui luttent contre le conformisme ambiant dans certains milieux.
A tous ceux qui luttent pour
rétablir la Vérité.
Dans cette affaire, nous
allons tout d’abord rendre hommage à ceux qui surent voir le dessous des cartes
et garder la tête froide lors de ces évènements.
Honneur donc à ces
courageux auteurs anti-maçonniques :

Qui ne connaît pas l’histoire du diable apparaissant sous les formes d’un
crocodile ailé, jouant du piano à une réunion de maçons occultistes ? Tous
ceux qui s’intéressent un peu à la maçonnerie vous répondront tout de
suite : c’est Léo Taxil !
Combien de fois n’avons nous
pas entendu dans les milieux bien-pensants ce genre de propos :
« mais c’est du Léo Taxil », autrement dit « mais ce
sont des sornettes, une mystification, etc. »
L’histoire de Diana Vaughan,
cette grande prêtresse luciférienne dans la haute-maçonnerie et qui s’est
convertie, mais cela encore, c’est une mystification ! D’ailleurs Léo
Taxil a reconnu publiquement qu’il avait tout inventé, qu’il avait voulu jouer
un bon tour aux catholiques. L’affaire est donc close. D’ailleurs tous les
anti-maçons le reconnaissent.
Tous, oui… ou en tous cas 90
% de ces auteurs. Le conformisme souffle partout et même là où on l’attend le
moins.
Le sujet que nous abordons
étant très vaste, nous avons dû nous restreindre considérablement. Cependant
l’essentiel est là. Par souci d’objectivité, nous avons rassemblé tous les
arguments opposés, afin que celui qui nous lit ne soit pas déconcerté par un
contradicteur vicieux.
Ne voulant nullement faire
de cet écrit une œuvre polémique, nous désirons au contraire faire éclater la
vérité toute nue, telle qu’elle est, en nous basant sur les documents d’époque,
sur les ouvrages écrits sur cette affaire, et enfin sur des archives ou des
documents peu connus ou inédits.
Nous ferons surtout parler
les documents par eux-mêmes. Vous trouverez donc dans ce livre que des faits,
des documents, des preuves.
Cet ouvrage étant seulement
un essai, nous ne prétendons pas avoir éclairci tous les mystères. Nous sommes
donc ouvert à toutes communications, à toutes rectifications et à tout
dialogue.
Etes-vous prêt à faire un
saut dans « l’anti-maçonniquement incorrect » ?
Alors, en avant !
ATHIRSATA.
§
21 mars 1854 : Naissance de Léo Taxil, né d’une famille catholique
monarchiste.
§
De 1868 à 1885 : Léo Taxil devient libre-penseur et se lance dans
la publication d’ouvrages anticléricaux, certains de ses livres étant à la
limite de la pornographie.
§
1881 : Léo Taxil est initié à la Franc-Maçonnerie, mais ne reste
que 8 mois.
§
Avril 1885 : Conversion de Taxil. Ecrit jusqu’en 1897 de nombreux
ouvrages anti-maçonniques.
§
Avril 1891 : Mort d’Albert Pike, chef de la Maçonnerie
universelle.
§
1892-1894 : Parution du Diable au XIXe siècle, du Docteur
Bataille (Docteur Hacks).
§
Mars 1894 : Diana Vaughan se sépare du palladisme
(Haute-Maçonnerie luciférienne dirigeant toute la Maçonnerie) et fonde un
groupement de palladistes indépendants en réaction à l’élection à la tête du
Palladisme d’Adriano Lemmi. Elle est rejointe et soutenue par l’italien
franc-maçon 33e : Domenico Margiotta.
§
Juin 1894 : Conversion de Domenico Margiotta.
§
Décembre 1894 : Conversion de Jules Doinel.
§
Juin 1895 : Conversion de Diana Vaughan.
§
Avril 1896 : Conversion de Solutore Zola.
§
Fin 1896 : Margiotta retourne sa veste : il pense qu’il y a 2
Diana : la vraie demeurée franc-maçonne, et une autre. Puis, il dira qu’en
fait Diana Vaughan n’a jamais existé.
§
26-30 septembre 1896 : Congrès anti-maçonnique de Trente.
§
Juste après le Congrès, le docteur Bataille avoue qu’il a mystifié tout
le monde avec son Diable au XIXe siècle.
§
Début 1897, Diana s’engage à paraître en public avec toutes ses
preuves. Elle annonce qu’elle donnera une conférence publique pour les
journalistes le lundi de Pâques, 19 avril dans la grande salle de la Société de
géographie, 184, boulevard Saint-Germain.
§
19 avril 1897 : Diana Vaughan n’est pas là, par contre Léo Taxil y
est, et affirme qu’il a mystifié les catholiques et que c’est lui l’inventeur
de Diana Vaughan, du Palladisme, etc.
§
Depuis, tous les catholiques ont cru à la version de Taxil du 19 avril
1897, sauf une poignée d’irréductibles dont nous sommes les héritiers…
La Franc-Maçonnerie
démasquée,
années consultées : de 1893 à 1899. Abréviation : La FMD. Excellente
revue mensuelle dont les principaux collaborateurs sont Gabriel Soulacroix
(Abbé de Bessonies) et Abel Clarin de la Rive. Revue qui prit parti pour
l’existence de Diana Vaughan. Mais depuis 1897 et le départ d’Abel Clarin de la
Rive, c’est l’abbé Joseph dit Tourmentin qui « reprend » la revue
d’où une dérive progressive reniant les critiques satanisantes sur la
Franc-Maçonnerie.
La Revue Mensuelle
Religieuse, Politique, Scientifique. Abréviation : La Revue
Mensuelle. Complément de la publication « Le Diable au XIXe
siècle » du Docteur Bataille. « Organe de combat contre la Haute
maçonnerie et le satanisme contemporain ». (1894-1897). Dirigé par le
Docteur Hacks puis par Léo Taxil.
La Revue Catholique de
Coutances,
dirigé par le chanoine Mustel, ardent défenseur de Diana Vaughan.
L’Anti-Maçon (1896-1897), organe de la
Ligue du Labarum antimaçonnique. Dirigé par Taxil (sous le pseudo Paul de
Régis) et secondé par Jules Doinel alias Kostka de Borgia.
La France chrétienne
antimaçonnique,
dirigé par Léo Taxil puis à partir de janvier 1896 par Abel Clarin de la Rive.
Les Mémoires d’une
ex-palladiste, de Diana Vaughan (de juillet 1895 à avril 1897).
Abréviation : Les Mémoires.
La Revue Internationale
des Sociétés Secrètes, (Abréviation : RISS) dans les années
1929-1930, plusieurs articles intitulés : « Diana Vaughan a-t-elle
existé ? Notes sur les Mémoires d’une ex-palladiste », par
Hiram (en fait Emmanuel Bon). Et aussi l’article de Spectator (en fait Mgr
Ernest Jouin et le T. R. Père Pègues) : « Le Mystère de Léo Taxil et la Vraie
Diana Vaughan ».
Fry Leslie (pseudonyme de
Paquita Chichmarev), Léo Taxil et la Franc-Maçonnerie. Lettres inédites
publiées par les amis de Mgr Jouin, British-American Press, Chatou, 1934.
Marquis de la Franquerie, Lucifer
& le Pouvoir Occulte (ouvrage non mis dans le commerce, réservé
exclusivement aux amis de l’auteur, 1984).
Remarque : la plupart des ouvrages ou revues contre Diana Vaughan font
généralement l’impasse sur les arguments des « pour ». Comme s’ils
n’existaient pas. Ce qui est assez hallucinant et démontre bien leur sans-gêne
et leur parti pris. Les quelques personnes qui osent parler (un peu) des
arguments des « pour » le font généralement d’une façon incomplète,
déformée.
La Vérité, de Paris.
L’Univers.
Waite Arthur Edward, Devil-Worship in
Méry Gaston, Un complot
maçonnique. La Vérité sur Diana Vaughan, 1897.
Lea Henry Charles, Léo
Taxil, Diana Vaughan et l’Eglise romaine, histoire d’une mystification,
1901.
Weber Eugen, Satan
Franc-Maçon. La mystification de Léo Taxil, Julliard, 1964.
L’intérêt de ce livre est que l’auteur a effectué des recherches aux archives de la préfecture de police pour avoir des documents sur Léo Taxil. C’est sur ce livre que se basent tous les auteurs qui écrivent contre Diana Vaughan.
Berchmans Michel, Le
Diable au XIXe siècle – la mystification du Dr Bataille, Marabout, 1973.
Livre divisé en deux
parties : la première qui raconte l’épopée taxilienne reprenant les
arguments du livre d’Eugen Weber, et la deuxième partie qui consiste en des
extraits du Diable au XIXe siècle du Docteur Bataille.
Introvigne Massimo, Enquête
sur le satanisme, Dervy, Paris, 1997.
Le « catholique »
ésotérisant Massimo Introvigne, considéré par Le Monde du 12
juillet 1996 comme « le meilleur spécialiste mondial des nouvelles
religions » a sorti un livre chez Arnoldo Mondadori Editore en 1994
ayant pour titre : « Indagine sul satanismo. Satanisti e
anti-satanisti dal seicento ai nostri giorni ». Les éditions Dervy ont
eu la bonne idée de le traduire et de l’éditer trois ans après. Cet important
ouvrage, qui mériterait plus d’attention de la part de nos
« élites », consacre tout un chapitre intitulé : « La
mystification de Léo Taxil ». Se voulant objectif, l’auteur qui connaît
bien son sujet et qui apporte des éléments nouveaux, ne fait malheureusement
que compiler les arguments anti-Diana Vaughan.
Muracciole Bernard, Léo Taxil. Vrai fumiste et faux Frère,
Editions Maçonniques de France, 1998.
Aux mêmes éditions, cet auteur franc-maçon (Baryton de l’Opéra, metteur
en scène, décorateur et costumier)a également fait paraître ces deux
titres : « Vous avez dit …Franc-Maçonnerie ? »
(1995) et « Vous avez dit …Chansons Maçonniques ? »
(livre +CD, 1996).
Dans ce livre sur Léo Taxil, le but de l’auteur est simple. Il s’agit de bien insister sur les fumisteries de Léo Taxil avant sa conversion, afin de le discréditer à jamais, et ensuite montrer qu’il n’a passé que huit mois au GODF, ayant été viré grâce à l’exemplaire justice maçonnique.[1]
Jarrige Michel, L’Eglise et
les Francs-Maçons dans la tourmente, croisade de la revue la Franc-Maçonnerie
démasquée, éditions arguments, Paris, 1999.
Ce livre intéressant retrace
l’histoire de la revue anti-maçonnique La Franc-Maçonnerie démasquée, de
1884 à 1899.
L’Official bulletin of the
Supreme council of the 33d degree for the southern jurisdiction of the
« Avant tout, je me suis
efforcé de mettre bien en relief ce fait qui me paraît dominer la situation où
nous nous débattons : le tarissement de toute source de vérité à laquelle
les hommes de ce temps se puissent abreuver.
C’est à ce signe que Satan,
le père du Mensonge, l’être des ténèbres, se révèle clairement comme le maître
de l’heure présente. L’organisation actuelle est bien le chef-d’œuvre de ce roi
de l’imposture et de la malfaisante ironie. Il a machiné cette société de façon
à ce que l’homme semble avoir toutes les apparences de la liberté et, qu’en
réalité, il ne puisse entendre lui-même ou faire entendre à ses frères une
parole de vérité. » (E. Drumont, Le Testament d’un antisémite, préface,
pages VI et VII).
« Il n’y a pas de
milieu entre le lutte opiniâtre ou la mort. » (Lettre de S. S. Léon
XIII, aux Evêques d’Italie, le 8 décembre 1892, à propos de la
Franc-Maçonnerie).
Léo Taxil est le pseudonyme de Marie Joseph Antoine Gabriel
Jogand-Pagès (1854-1907), né à Marseille le 21 mars 1854, fils de
Charles-François-Marie Jogand, commerçant et de Joséphine Pagès son épouse. Il
a un frère, Maurice, de quatre ans son aîné qui fera une carrière d’écrivain
sous le pseudonyme de Marc Mario et une sœur, Marguerite. Son père était, selon
un rapport de police, d’opinions «
monarchistes et cléricales »[2]
; son grand-père, au contraire, était franc-maçon, de même que l’un de ses
oncles paternels ; Jogand avait aussi, parmi ses tantes, une religieuse.
Le père du futur Taxil envoie le jeune Gabriel dans les meilleures écoles
privées catholiques de Marseille. A l’age de quatorze ans, alors qu’il est
élève au collège Saint-Louis, Gabriel se lie d’amitié avec un camarade dont le
père est franc-maçon ; c’est en fréquentant cette famille qu’il commence à
s’intéresser à la franc-maçonnerie. Dans la bibliothèque familiale, il ne
trouve que le livre de Mgr de Ségur : « Les Francs-Maçons, ce qu’ils
sont, ce qu’ils font, ce qu’ils veulent » (1867). Selon Massimo Introvigne[3],
ce livre est aux origines des interprétations « diabolisatrices » de la
Franc-Maçonnerie. Mais l’ouvrage a sur lui un effet contraire aux intentions de
l’auteur. Progressivement, il se rapproche des libres-penseurs et abandonne la
religion catholique.
A l’été 1868 il prend connaissance des premiers numéros de la Lanterne
d’Henri Rochefort. Les doctrines révolutionnaires agissent alors sur lui à
la manière d’un aimant. Il demande aussitôt à rencontrer deux radicaux
matérialistes, messieurs Leballeur-Villiers et Royannez auxquels s’ajoute peu
après le juif Simon Weil qui tous trois allaient exercer sur lui une influence
décisive. Très affecté par l’exil forcé d’Henri Rochefort en Belgique, à la
mi-octobre 1868 il décide de le rejoindre et décide son frère aîné à l’accompagner
pour ce voyage qui doit le mener en Belgique via l’Italie. Cette fugue ne
durera que quatre jours. En effet, sur l’initiative de leur père, les deux
gamins sont récupérés aux abords de la frontière italienne.
Le Père Jogand ayant estimé
que son fils cadet était responsable de cette escapade, l’envoie à la colonie
pénitentiaire agricole de Mettray près de Tours. Le jeune Jogand-Pagès y passe
soixante-cinq jours en cellule.
Cette courte période d’incarcération aura suffi pour faire germer en
notre jeune homme un sentiment indélébile de vengeance contre le clergé qu’il
croit – à tort – responsable de la décision draconienne de son père.[4]
Jogand n’a alors que seize ans mais fait plus que son âge. Cela lui
permet de déclarer qu’il en a dix-huit et de s’engager dans le Troisième
régiment de Zouaves, avec lequel il part en août 1870 pour l’Algérie. Sa mère
découvre son aventure, communique son âge véritable aux autorités militaires
et le fait revenir à Marseille en septembre 1870.
A Marseille, il organise avec son ami William Esquiros, fils du préfet
des Bouches-du-Rhône, la « jeune légion urbaine », corps de trois
cents jeunes gens reconnu et armé par l’Etat. C’est alors qu’il fit la
connaissance de Garibaldi, et depuis celui-ci n’a cessé de témoigner au jeune
écrivain la plus grande affection.
Lors de la capitulation de Metz, il entre au Midi républicain de
Marseille, où il prend le pseudonyme de Léo Taxil, qu’il conservera désormais.
Il choisit ce pseudonyme, « pour ne pas
nuire, dira-t-il plus tard, à ma famille ». Pseudonyme qu’il déclare
avoir tiré du chef spartiate Léonidas et d’un roi indien appelé Taxile[5].
Notons aussi que le notaire de la famille de ses parents s’appelait
Taxil-Fortoul.
Il collabore à la Révolution et au Socialiste pendant la
Commune, puis il entre à l’Egalité, où il fait tous les jours un article
de variétés politiques et notamment il rédige des biographies d’hommes
célèbres. Puis il fonde un journal satyrique La Marotte (1870-1872).
A la fin de 1872 il est cité à comparaître devant la Cour d’assise des
Bouches-du-Rhône pour outrage à la religion. Bientôt, il est obligé de faire
imprimer ses journaux à la Ciotat puis à Toulon, plus aucun imprimeur
marseillais n’acceptant de travailler pour lui. Jusqu’en 1876, il publie ou
écrit dans une suite de feuilles anticléricales comme La Fronde, La
Jeune République et Le Furet, vit au jour le jour, accumule les
procès, les duels (trois entre 1872 et 1874), fréquente les mauvais lieux et
partage sa couche avec « des femmes de mauvaise vie ». Il
collectionne au cours de ces années tant de condamnations (treize en quelques
semaines) et tant d’amendes qu’il se voit contraint, pour échapper à un total
de plus de huit ans de prison, de s’exiler à Genève.
A Genève, il vit d’expédients et correspond avec Garibaldi. Quelque
temps plus tard, Taxil est expulsé du territoire genevois à la suite de
plusieurs plaintes déposées contre lui en particulier pour la publicité faite à
des pilules aphrodisiaques vendues sous le nom de « Bonbons du
Sérail ».
L’amnistie de 1878 facilite
son retour en France et il en profite pour se faire passer pour un exilé
politique. Il fait alors le vœu, écrit-il, de se consacrer « spécialement
aux attaques contre l’Eglise » et de « répandre dans le peuple des
brochures à bon marché, pour vulgariser les idées anticléricales ».
La police
parisienne le surveille, mais ne le considère pas comme un révolutionnaire
particulièrement dangereux : un rapport souligne alors que «durant son
séjour à Marseille, le sieur Jogand fréquentait assidûment les lieux mal famés
et les femmes de mauvaise vie », et que, bien payé pour cela, il n’hésite pas à
collaborer avec la police pour fournir des informations sur les activités
d’autres jeunes militants « subversifs ».
Taxil possède pour tout
viatique, une concubine et deux enfants mais pas un centime en poche. (Il
faudra attendre les années 70, le legs de Jean Baylot (1897-1976), préfet de
police et Franc-Maçon, dont le très important « Dossier Taxil » à la
BNF, pour apprendre que sa concubine, Marie Besson, était une de ces
« femmes de mauvaise vie ». En effet, d’après un rapport de police de
l’époque, cette Marie Besson aurait été acquittée après une tentative
d’assassinat sur un employé de la Régie, son amant du moment. Selon toute
vraisemblance, au moins les deux premiers de ses enfants (elle en aura quatre,
deux filles et deux garçons) n’étaient pas de Taxil).
La famille Taxil s’installe
en février1878 à Montpellier où est imprimé le journal Le Frondeur. En
septembre, l’Exposition de 1878 le conduit à Paris. Il obtient des
propriétaires du Frondeur l’autorisation de s’installer dans la
capitale. Le 1er janvier 1879, Le Frondeur a un dépôt-vente à
Paris.
En 1879, il lance L’Anti-clérical,
journal hebdomadaire qui, rapidement, devant le succès remporté auprès du
public (il tire jusqu’à 60 000 exemplaires) paraît deux fois par semaine. En
même temps commence la parution de A Bas la Calotte première brochure
(dont le tirage dépassera les 130 000 exemplaires) d’une longue série.
Afin de ne plus être obligé
de passer par un éditeur, il fonde sa propre maison d’édition : la Librairie
anti-cléricale, rue des écoles à Paris.
A partir de cette date
(1879), Léo Taxil ne se contente plus de ses journaux et édite une kyrielle de
pamphlets anticléricaux, voir pornographiques :
La vie de Jésus, 1884.
Les soutanes grotesques, 1879.
Le fils du jésuite, 1879.
Les jocrisses de sacristie, 1879.
La Chasse aux corbeaux, 1879.
Prêtres, miracles et
reliques,
1879.
Calottes et calotins, 1880.
La Clique noire, 1880.
Les Bêtises sacrées, 1880.
Les Friponneries religieuses, 1880.
La Marseillaise
anti-cléricale, chant des électeurs, 1881.
Les Amours secrètes de Pie
IX, par un ancien camérier du pape, 1881.
La Bible amusante pour les
grands et les petits enfants, 1882.
Une pape femelle – Roman
historique. Aventures et crimes de la Papesse Jeanne, 1882.
Les Livres secrets des
confesseurs dévoilés aux pères de famille, 1883.
La Prostitution
contemporaine,
1883.
Jeanne d’Arc, victime des
prêtres,
1884.
Les divagations et les
grossièretés de Taxil ne laissent pas les croyants indifférents et il continue
d’être accablé de procès, la plupart du temps en diffamation. Il perd
régulièrement ses procès et les frais de justice se transforment en gouffre
financier pour sa librairie. Pour récupérer une partie de ses dépenses, il fait
publier les analyses des procès, avec ses propres commentaires, ce qui lui vaut
souvent de nouveaux procès.
Dès 1879, certains livres sont
préfacés par son ami Garibaldi, qui depuis Caprera l’incite à s’acharner sur «
cette race de crocodiles noirs », les prêtres. La formule qui fait le succès de
Taxil, c’est « la fusion de l’anticléricalisme avec la pornographie ». Garibaldi n’est pas le
seul à se réjouir.
En 1878, Taxil est l’invité
d’honneur d’une fête organisée par la loge « La Réunion des Amis Choisis
» à Béziers ; en 1879, plusieurs loges se félicitent du succès obtenu par Le
Fils du jésuite.
Léo Taxil est reçu
franc-maçon le 21 février 1881 dans la loge « Le Temple des amis de
l’honneur français ». Il est initié au « Temple Rouge », 16 rue
Cadet, à Paris.
Deux autres personnes sont
initiées en même temps que lui : M. Vélitchkoff, député de l’Assemblée
provinciale de Roumélie Orientale et M. Rollet musicien au 22ème
régiment d’artillerie.
Mais pendant cette
cérémonie, le côté facétieux de Taxil ne plaît pas à tous les frères présents :
le journaliste anticlérical relève une faute d’orthographe sur un panneau dans
le temple ; sans hésiter, il prend sa plume et écrit sur le crâne qui lui a été
présenté: « Le Grand Architecte de l’Univers est prié de corriger la faute
d’orthographe qui se trouve dans l’inscription du 31e panneau à gauche ».
Selon Esprit-Eugène Hubert,
Vénérable d’Honneur ad vitam de la Loge « Le Temple des Amis »,
« Léo Taxil, à la suite de sa réception, n’est venu qu’à trois de nos
Tenues. Les Tenues de mars, juillet et de septembre 1881. »[6]
Commentaire de Bernard
Muracciole : « Léo Taxil a donc manqué quatre tenues (avril, mai,
juin et août) ce qui est beaucoup pour un jeune initié. En étant présent à
seulement trois d’entre elles, ce qui est bien peu, il a réussi à noircir des dizaines de milliers de
pages sur la Franc-Maçonnerie, superbe exploit ! »[7]

Voici, à l’époque des faits,
les noms des frères ayant une fonction au sein du Collège des Officiers de la
Loge « Les Amis du temple de l’honneur français » :
Vénérable : Lemaire
1er
Surveillant : Rothé
2nd
Surveillant : Le Leurch
Orateur : Lemonon.
Adjoint : Vézien
Secrétaire : Castaneda
Trésorier : Pélaquier.
Adjoint : Talon
Hospitalier : Voelker
2ème Maître des
Cérémonies : Rat
Vénérable d’Honneur ad
Vitam : Hubert[8]
Page 15 de son livre Les
Mystères de la Franc-Maçonnerie[9],
Léo Taxil indique qu’il retranche de la circulaire (que nous reproduisons) le
nom du Premier Surveillant, lequel lui a affirmé s’être retiré de
l’association. Contrairement à Bernard Muracciole, Léo Taxil montre des
documents authentiques, alors que Bernard Muracciole ne montre aucun document.
Dans son livre, Bernard Muracciole nous donne sur dix pages un extrait
des Constitutions, statuts et règlements généraux et dispositions judiciaires
du GODF en vigueur en 1881.
Puis il nous retranscrit des
textes imprimés du « Temple des amis » et des lettres manuscrites de
Taxil. Malheureusement, il ne nous montre aucune photocopie ou photographie de
ces lettres (que le GODF conserve dans ses archives). Nous avons au contraire
comme illustration des extraits de gravures du Diable au XIXe. Par
contre aucune lettre. Il faut donc faire aveuglement confiance au contenu de
ces lettres que l’auteur à recopié (fidèlement ?)
Bref, l’auteur nous montre
beaucoup d’extraits, tout cela pour montrer comment Léo Taxil a été viré de la
franc-maçonnerie. En effet, le 28 avril 1881, le secrétariat général de l’Ordre
lui écrit pour lui interdire de prononcer des conférences dans les loges -
il avait été
invité à l’inauguration la loge « La Libre Pensée » de Narbonne
- en attendant
que soit éclaircie l’une de ses mésaventures judiciaires : Taxil a en effet été
accusé de plagiat par des auteurs qui sont francs-maçons comme Louis Blanc ou
fils de maçons comme Victor Hugo. En août 1881, un nouvel affrontement a lieu,
provoqué par la présentation de sa candidature à la députation à Narbonne, où
est aussi candidat le frère Malric, appuyé par le Grand Orient. En octobre
1881, Taxil est contraint de quitter la franc-maçonnerie, qui le déclare exclu
définitivement pour indignité le 17 octobre 1881.
Début 1881, Taxil est
réclamé à Montpellier comme rédacteur en chef du Petit Eclaireur
quotidien radical qui est au bord de la faillite. Taxil accepte ce poste et
commence ses fonctions en débaptisant Le Petit Eclaireur qui devient Le
Midi Républicain.
Taxil va essayer de profiter
de l’appui de ce journal pour se présenter à Narbonne en août 1881, à la
députation. Il est battu aux élections.
Pour relancer Le Midi
Républicain, il a l’idée de faire publier dans ce journal du 24 avril au 25
mai 1881 un feuilleton : Les Amours de Pie IX.
Devant le tollé provoqué par les énormités publiées, le journal est
obligé d’en cesser la parution. Sans perdre de temps, Taxil fait alors imprimer
la suite par sa « Librairie anti-cléricale » et ce jusqu’en octobre
de la même année.
Un procès en diffamation,
encore un, lui est intenté par le Comte Mastaï, neveu de Pie IX (Pie IX est
mort en 1878).
Taxil va utiliser les
réseaux de publications d’Eugène Mayer, propriétaire du journal La Lanterne
pour couvrir toute la France de ses écrits et la « Librairie
anti-cléricale » prospère : de six à huit recueils par an, plus L’Anti-clérical.
Cependant, à partir de la
fin 1882, la concurrence se faisant sentir, ses affaires périclitent et les
tirages de son journal et de ses publications baissent. Les procès et les
amendes que ses inventions et ses insultes font pleuvoir sur sa maison
d’édition, le conduisent tout droit à la faillite.
Le dossier qui le concerne à
la préfecture de police de Paris indique que son journal, L’Anti-Clérical,
passe d’un tirage de 67 000 exemplaires à 10 000 exemplaires seulement. Le
remplacement de cette publication par un énième nouveau titre, La République
Anti-Cléricale, ne résout pas les difficultés de Taxil. Cancanière, la
police signale aussi qu’à partir d’avril 1882 Taxil a une maîtresse et des
différends avec sa femme. Il continue à publier ses opuscules anticléricaux,
mais le succès n’est plus celui d’autrefois. En mai 1884, la police parle de
l’ « extrême pénurie » de Taxil, et le 30 juillet 1884 la Librairie
Anti-cléricale qui est au nom de sa femme (épousée en 1882) dépose son
bilan. L’année est celle de la publication de l’encyclique Humanum Genus
de Léon XIII. Est-ce un signe de la Providence ?
Un an après la proclamation
de l’encyclique Humanum Genus, lors même qu’il est secrétaire de la
Ligue anti-cléricale et se penche sur la traduction du procès de Jeanne d’Arc,
il est touché par la grâce le 23 avril 1884 et procède à une rétractation
publique dans la République anticléricale du 23 juillet 1885.
Un ancien militaire s’occupe
alors du cas Taxil. Ce dernier fait retraite dans un couvent de Clamart et se
confesse le 4 septembre 1885. Suite à ce revirement, son épouse demande la
séparation. Il rend alors visite à sa marraine Joséphine Jogand, religieuse au
couvent Notre-Dame de la Réparation à Lyon et qui n’avait eu cesse de prier
pour la conversion de son filleul. A la mi-novembre 1885 il reprend la vie
commune avec son épouse et, à la fin de décembre, procède à la liquidation pure
et simple de la Librairie anticléricale compte tenu que les éventuels
acheteurs requéraient le droit de réimprimer les anciens ouvrages de Taxil.
L’Eglise paye les lourdes dettes de Taxil et l’emploie à la librairie
Saint-Paul pour 300 F par mois.
Léo Taxil passe alors à des
« révélations complètes sur la Franc-Maçonnerie » en publiant trois
livres écrits entre la fin de l’année 1885 et la fin de l’année suivante : Les
Frères Trois Points (en 2 volumes), Le Culte du Grand Architecte, Les
Sœurs Maçonnes. Suit ensuite une édition populaire résumant ses trois
volumes de révélations, sous le titre La Franc-Maçonnerie dévoilée et
expliquée. Ce livre est présenté comme un manuel résumant l’édition intégrale, «
spécialement destiné à la propagande auprès du peuple » ; mais le contenu des
trois volumes est aussi revu et augmenté pour une édition de luxe avec de
nombreuses illustrations. Toujours en 1886 Taxil consolide sa réputation auprès
des catholiques en publiant un utile recueil des textes antimaçonniques du
Saint-Siège : Le Vatican et les Francs-Maçons.
En septembre 1886, Léo Taxil
est reçu à Rome par Sa Sainteté le Pape Léon XIII. L’année suivante, il livre
ses Confessions d’un libre-penseur (1887) de même qu’une Histoire
anecdotique de la 3ème République (1887). En 1888 il fonde la
collection « Le contre-poison » où il publie quelques fascicules,
poursuit la rédaction de ses ouvrages anti-maçonniques et étoffe La Petite Guerre
appelée à fusionner avec le journal Jeanne d’Arc et à devenir La
France chrétienne que Taxil dirigera jusqu’à la fin de 1895. Au début de
1888 il fait la connaissance de l’abbé Paul Fesch avec lequel il développe des
contacts de plus en plus étroits jusqu’en 1890[10] ;
d’ailleurs ils signeront conjointement Le Martyr de Jeanne d’Arc (1890).
Au témoignage de l’abbé Fesch[11],
nul doute que la conversion de Taxil fut réelle et authentique et il en veut
pour preuve des signes dont il a été témoin et qui ne peuvent mentir, mais il
est non moins certain qu’il ne persévéra pas et l’abbé Fesch situe la rechute
au cours de l’année 1890.[12]
Taxil continue d’écrire sa littérature anti-maçonnique jusqu’en 1895.[13]
Voici ce qu’écrit Michel Jarrige :
« A partir de 1887 Taxil réalise son souhait. Il publie
dans son journal La Petite Guerre (La Petite Guerre.
Organe populaire de la lutte contre la Franc-Maçonnerie, parut de janvier
1887 à janvier 1889, et fut remplacée en septembre 1889 par Le Petit
Catholique) les noms qu’il a trouvés dans les documents maçonniques en sa
possession. Afin de compléter la nomenclature en gestation l’écrivain incite
ses lecteurs à la délation. Numéro après numéro le panorama entier de la
franc-maçonnerie française défile sous le titre La France maçonnique : loges
de Paris et de province, adhérents, dirigeants. Tout y passe. Au total l’auteur
révèle l’identité de treize mille francs-maçons. Et il le fait méticuleusement,
à la façon d’un clerc de notaire consciencieux. Il donne les coordonnées complètes
de ses victimes qu’il classe par ordre alphabétique. Rien n’est oublié dans ces
dénonciations en masse. Le Grand Divulgateur s’était fixé l’objectif de réunir
toutes ses informations en un gros volume, une sorte de Bottin de la secte.
Et effectivement l’ouvrage annoncé paraît en 1888 (La France maçonnique.
Liste alphabétique des francs-maçons noms, prénoms, professions et domiciles.
Seize mille noms dévoilés. Organisations actuelles des loges).
Puisque les conférences sont à la mode et attirent les foules, Taxil se
lance, lui aussi, à l’assaut des salles. Sa première prestation, agrémentée de
soixante et onze projections à la lumière oxhydrique, le dernier cri de la
technique de l’époque, se déroule à Paris dans une Salle des Capucines bondée.
L’orateur dévoile à des spectateurs confortablement installés dans leurs
fauteuils les rites secrets réservés d’ordinaire aux seuls initiés. Comme s’ils
y étaient. Grâce à la magie des projections. Les commentaires acidulés du
conférencier déclenchent l’hilarité générale. Le succès considérable qu’il
remporte ce soir-là l’encourage à persévérer. Six représentations identiques
furent données, suivies d’une tournée en province.
Tout ce travail antimaçonnique fourni sans compter par le très
médiatique repenti ne pouvait que plaire à La Franc-Maçonnerie démasquée.
D’autant que le célèbre converti se réclamait bruyamment d’un
catholicisme ardent pour fonder de nouveaux journaux La France chrétienne, une
revue hebdomadaire antimaçonnique, en 1887 Le Petit Catholique, un
hebdomadaire populaire de lutte contre la franc-maçonnerie, en 1889. Cette
même année La France chrétienne absorba l’hebdomadaire Jeanne d’Arc créé
par l’abbé Paul Fesch et dont Taxil était le principal collaborateur.
En 1888 Taxil marie sa belle-fille,
qu’il élève depuis l’âge de sept ans, à un architecte de Maisons-Laffitte,
Édouard Joubert. Les anciens amis du « traître » prennent
prétexte de la cérémonie nuptiale pour régler quelques vieux comptes en
souffrance. Des tracts et des articles de presse s’en prennent à la vie privée
de l’écrivain. La mariée serait la fille naturelle de l’une de ses nombreuses
maîtresses. L’affaire se termine devant les tribunaux qui condamnent les
auteurs des libelles diffamatoires à de lourdes peines de dommages-intérêts. La
Franc-Maçonnerie démasquée révèle qu’en réalité Léo Taxil se trouve,
par rapport à la jeune madame Joubert, exactement dans la même situation que
Lockroy vis-à-vis de Georges et Jeanne Hugo, les petits-enfants du poète. Le
ministre de l’Instruction publique a, en effet, épousé la veuve de Charles,
fils de Victor Hugo. »[14]

Le dernier chapitre du livre
d’Edouard Drumont Testament d’un antisémite (1891), intitulé :
« Léo Taxil et le nonce du pape », est une réponse au livre de
Taxil : Monsieur Drumont, étude psychologique. Ce livre de Taxil
fut écrit en 1890, lors de l’élection municipale de Paris. Taxil et Drumont
étaient tous deux candidats à un siège de conseiller municipal dans le quartier
du Gros Caillou. Léo Taxil représentait le parti conservateur et Drumont le
mouvement antisémite. Ils se trouvaient donc face-à-face dans la recherche des
voix des catholiques et du « bon peuple ». Sans entrer dans les
arguments de l’un et de l’autre (cette polémique très intéressante fera
certainement l’objet d’un livre ou d’une brochure prochainement), essayons de retenir ce qui peut nous
intéresser pour notre étude. Taxil, ne croyant pas au rôle prédominant des
juifs dans la franc-maçonnerie, il n’est pas un fanatique des idées de Drumont[15].
En effet, dans son livre de presque deux cents pages, Léo Taxil démontre que
les papes ont toujours protégé les juifs, que ce n’est pas bien d’avoir la
« haine du juif », et enfin, il démontre que Drumont est un homme riche
(grâce au succès de la France juive) et avare comme les juifs. Il n’a
donc pas à donner de leçons aux Rothschild puisque lui fait pareil. Taxil, dans
la deuxième partie de son livre, traite Drumont de « juivomane »
et étudie le personnage comme relevant de l’hôpital psychiatrique.
C’est dire si après ça,
Edouard Drumont ne se montre pas tendre envers Léo Taxil. Voici un extrait,
page 405 du Testament d’un antisémite :
« Il est bon de dire, en effet, pour prouver la sincérité et
l’honnêteté du Monsieur qui parle « au nom du haut clergé », que
quelque mois avant de prendre chaleureusement la défense d’Israël et de
déclarer que « les noms des Rothschild, des Pereire, des Cahen d’Anvers,
des de Hirsch, des Ephrussi, des Camondo sont universellement estimés »,
Taxil attaquait les juifs à outrance et les montrait exerçant leurs ravages à
Vienne comme à Paris :
« A Vienne, disait le Petit catholique du 15 octobre 1889, les
Juifs sont à peu près maîtres de toutes choses. D’après de récentes
statistiques ils possèdent 40 pour 100 des maisons de la ville et 40 autres
pour 100 leur sont hypothéquées ; ce qui revient à dire qu’en dehors des
édifices communaux et de quelques palais aristocratiques, toute la fortune
privée est entre leurs mains. En 1848, pas un juif ne possédait un immeuble
dans la capitale autrichienne.
Ces immenses richesses leur ont permis de confisquer à leur profit
l’industrie, le commerce et jusqu’à la vie intellectuelle et politique de la
nation. La Presse, même gouvernementale, dépend de leurs caprices et est
dirigée ou rédigée par eux.
L’instruction publique à tous ses degrés est devenue un instrument
docile de leurs haines religieuses ; et si le projet de loi scolaire du
prince Lichtenstein a rencontré tant d’opposition, c’est que les juifs n’en
veulent point. Il y a des universités où le corps enseignant est peuplé de
Juifs ; à Vienne, dans une des plus anciennes universités du monde et qui,
en vertu de ses lettres de fondation, devrait être une université foncièrement
catholique, la majorité des professeurs est formée par des juifs. Si cela
continue ainsi, la fameuse science allemande se réduira, dans un temps qu’on
peut prévoir, à des cours sur la Talmud et Schoutchan-Brouch.
La magistrature, le corps
médical, le barreau sont envahis par des juifs. La bureaucratie est imprégnée
de leurs principes et obéit à leur mot d’ordre. Il y a quelque chose de plus
navrant encore. Grâce aux propriétés qu’ils ont acquises, les Juifs possèdent
en Autriche 63 patronats ecclésiastiques ; de sorte qu’il y a autant de
curés forcés de demander leur investiture à des juifs ! La Cour elle-même
n’est plus à l’abri des envahissements sémitiques, et le moment arrivera, sans
doute, où les archiducs seront trop heureux d’épouser des filles d’Israël.
Seule, l’armée a su tenir les juifs à distance. »
Dans l’élucubration qu’il a publiée contre moi, Taxil déclare que la
Franc-Maçonnerie n’a rien à voir avec les juifs, que « la
franc-maçonnerie n’a pas été fondée par les juifs et n’est nullement une
institution juive ». On ne voit même pas très bien l’utilité de ce
mensonge niais. Les Israélites eux-mêmes, en effet, reconnaissent, ce qui est
d’ailleurs indéniable, l’origine juive de la Franc-Maçonnerie. Dans l’Annuaire
des Archives israélites, pour l’an du monde 5651 (du 15 septembre 1890 au 2
octobre 1891), un érudit fort connu, M. Schwab, a publié un très intéressant
article sur ce sujet. En invoquant le témoignage du Talmud et du rabbin Pinhus
B. Yair, M. Schwab, démontre que la Franc-Maçonnerie est copiée dans ses moindres
détails sur l’organisation des Esséniens.
« Ceux qui entraient dans cet ordre, dit M. Schwab, commençaient
par ceindre leurs reins d’un tablier de peau ; ils le revêtaient en
se réunissant pour porter sur eux d’une manière ostensible l’emblème de leur
zèle et de leur activité. De même, dans la Maçonnerie, celui qui est reçu au
premier degré ou au titre d’apprenti porte comme insigne, dans les assemblées
(plus exactement les tenues), le tablier en peau blanche.
Il est évident une fois de plus, dit en terminant M. Schwab, que la
Maçonnerie se rattache, par l’ensemble comme par les détails, au
judaïsme ; c’est d’après lui qu’elle a été formée, organisée et, à son
exemple, ses adhérents se trouvent répandus sur toute la surface de la
terre. »
Les rares ecclésiastiques qui auraient confiance en ce qu’écrit Léo
Taxil savent maintenant à quoi s’en tenir sur sa véracité.
A la date du 18 décembre 1889, Taxil montrait dans la France
chrétienne la Maçonnerie et la Juiverie associées pour tenter de déshonorer
la figure de Jeanne d’Arc :
« En France, les sectaires, qui dominent dans les assemblées
délibérantes, applaudissent les révolutionnaires du Brésil ; ceux-ci les
avaient prévenus, depuis longtemps, de leurs projets. Toute la Juiverie
maçonnique de Paris et des départements adresse de chaleureuses félicitations
aux FF\ brésiliens.
Chez nous, la secte est plus militante que jamais. Elle n’a plus de
trône à renverser ; mais les autels sont encore debout. La foi renaît, les
églises redeviennent pleines, le peuple n’écoute plus, comme il y a quelques
années, les prédicateurs d’athéisme. Il y a en France un mouvement
incontestable de retour à la religion : tels citoyens qui se
désintéressent de la politique déclarent hautement que la religion doit être
respectée. Aussi, les Juifs et les Francs-Maçons cherchent par quel moyen ils
pourront arrêter ce mouvement.
Tout leur est bon.
Un exemple : on sait à quel point Jeanne d’Arc est sympathique au
peuple ; elle est la personnification de la France chrétienne ; son
histoire merveilleuse prouve combien Dieu aime notre pays. Eh bien, en présence
des témoignages toujours plus nombreux et plus vifs de l’admiration de nos
compatriotes pour l’héroïque vierge de Domrémy, les Francs-Maçons et les Juifs,
dignes fils de Voltaire, complotent de diminuer, aux yeux du peuple, la grande
figure de la libératrice de la France.
Ils ont fait, en effet, monter un drame soi-disant populaire, qui va se
jouer prochainement à Paris : Jeanne d’Arc est le sujet de cette pièce de
théâtre. Et, pour représenter le personnage de la sublime chrétienne, les
ennemis de Dieu ont choisi une actrice juive dont les aventures scandaleuses
défraient couramment la chronique des journaux boulevardiers. Cette juive
s’appliquera à jouer le rôle de Jeanne d’Arc à contre-sens ; elle en fera
une hallucinée, une hystérique[16] ;
elle lui donnera des allures extravagantes ; de la sainte fille elle fera
une virago folle et grotesque.
Ce complot de la juiverie boulevardière échouera, nous en avons la
conviction […]. »
Voilà comment parlait des juifs en décembre 1889 celui qui devait les
louer si chaleureusement en avril 1890 ! »
Que retenir de tout cela ?
Tout d’abord, faisons
remarquer que si Léo Taxil attaquait les Juifs dans des articles en 1889,
c’était pour dénoncer leur haine anti-catholique. Et l’on peut attaquer les
juifs sans pour autant croire que ce sont les « fondateurs ou inspirateurs
de la franc-maçonnerie ». Si en 1890, Edouard Drumont trouve que Léo Taxil a retourné sa veste
envers les juifs, à cause de son livre Monsieur Drumont, en fait il se
trompe. Léo Taxil n’a pas changé d’avis. Seulement, face aux passages du livre
de Drumont La Dernière Bataille, où Drumont, dans des accès de sainte
colère veut « exterminer les juifs », Taxil rappelle que tuer un juif
ou le voler est anti-chrétien.
En fait, nous avons
face-à-face deux esprits forts, à la polémique facile, ce qui nous vaut de
beaux passages de littérature, pour notre plaisir à tous.
En ce qui concerne l’origine
juive de la franc-maçonnerie, Drumont s’appuie sur un historien juif
franc-maçon qui affirme que la Franc-Maçonnerie descend des Esséniens. Pourquoi
pas. Mais cela est très controversé et il ne faut pas prendre tout ce que dit
cet « historien » pour argent comptant. Est-ce à dire que Léo Taxil à
raison sur Drumont sur cette question ?
Non, car, on peut démontrer
l’influence juive, par d’autres exemples irréfutables, voir sur ce point le
chapitre du Diable au XIXe sur cette question.
Page 37 du livre : L’Existence
des loges de femmes, d’Adolphe Ricoux, nous lisons :
« La haute direction de
la secte a été dès lors scindée en deux : à Rome, siège le Chef d’Action
Politique, qui a été, jusqu’en 1872, le Fr. Mazzini, puis de 1872 à 1882, le
Fr. Garibaldi, auquel a succédé le Fr. Giuseppe Petroni, remplacé aujourd’hui
par le Fr. Adriano Lemmi ; à Charleston, d’autre part, siège le Chef
Dogmatique, l’Anti-pape secret, qui a été pendant fort longtemps le Fr. Albert
Pike, général américain, décédé il y a quelques semaines et que l’on s’occupe à
présent de remplacer…
Albert Pike a réformé
l’ancien rite Palladique et lui a donné le caractère luciférien dans toute sa
brutalité. Le Palladisme, pour lui, est une sélection : il laisse aux
Loges ordinaires les adeptes qui se bornent au matérialisme ou qui invoquent le
Grand Architecte sans oser lui donner son vrai nom ; et il groupe sous le
titre de Chevaliers et de Maîtresses Templières, les fanatiques que le
patronage direct de Lucifer ne fait pas frémir. »[17]
Ecrit en 1891, c’est la première fois qu’il est
question de Palladisme dans des écrits anti-maçonniques. C’est en fait Léo
Taxil qui commence sous le pseudonyme d’Adolphe Ricoux. Il parle du Palladisme
plus de 5 ans après ses premiers ouvrages anti-maçonniques. Pourquoi
cela ? Pourquoi seulement après plus de cinq ans ? Tout simplement
parce qu’il n’en connaissait pas l’existence. N’oublions pas que Léo Taxil n’a
été lors de son passage dans la Franc-Maçonnerie qu’apprenti. Mais depuis 1891,
il a repris contact avec le Dr Hacks (un ami d’enfance), et c’est celui-ci qui
lui a alors donné des faits dont il ignorait l’existence.
Petite précision : le rite palladique
luciférien dont il est question a pour origine un rite androgyne créer au début
du XVIIIe : le « Rite Palladique », rite qui est tombé en
désuétude au cours du XIXe siècle. Albert Pike a repris ce rite, et l’a remanié
pour faire son rite luciférien.
Le rite palladique originel n’est pas une invention.
Léo Taxil en parle page 622 de son livre : Les Mystères de la
Franc-Maçonnerie :
« La maçonnerie
palladique est celle dont les rites sont pratiqués par des Ateliers androgynes
ayant pour but de dresser une certaine catégorie de femmes aux intrigues de la
politique. Elle est donc une sorte de sélection féminine.
Cette sorte de
sous-Maçonnerie se divise en deux Ordres ou rites : l’Ordre des Sept
Sages ou de Minerve, qui, à part certaines séances exclusivement réservées
aux hommes, est la réunion particulière des Frères s’occupant de la direction
des Sœurs, et l’Ordre du Palladium ou Souverain Conseil de la Sagesse,
où les Frères se mêlent aux Sœurs qui ont été distinguées dans les Loges
d’Adoption et auxquelles on veut faire jouer un rôle.
Le second système des Rites
Palladiques se compose de deux grades masculins et d’un grade féminin.
Grades de Frères : 1er
degré, L’Adelphe ; 2e degré, Compagnon d’Ulysse.
Grade sœur : unique degré, la Compagne de
Pénélope. »
Pour montrer que Léo Taxil n’invente rien, voici des
photocopies du Tuileur général de la Franc-Maçonnerie de J.-M. Ragon,
pages 98-99.[18]


De son vrai nom Charles
Hacks, il est un ami d’enfance marseillais de Léo Taxil. Mais à la différence
de Taxil, il est fervent catholique. Il est médecin à bord des bateaux de la
Compagnie des Messageries Maritimes. En 1880, sur un bateau le conduisant de
Marseille au Japon, il reçu les confidences d’un homme d’affaire italien, M.
Gaëtano Carbuccia, natif de Maddaloni (province de Caserta), qui s’était
imprudemment fait initier, dans l’espoir d’améliorer ses affaires, à la
franc-maçonnerie dans le rite de Memphis-Misraïm, dirigé à Naples par
Giambattista Pessina[19].
Mais le rite de Pessina n’avait été pour Carbuccia que la porte d’entrée dans
un monde plus ténébreux. Il était passé à la société du « Nouveau
Palladium Réformé » ou des « Ré-théurgistes optimates » (Cette
dernière expression avait déjà été utilisée par Huysmans dans Là-Bas).
Le docteur Bataille décide alors, après avoir soigné Carbuccia, de devenir
« l’explorateur, et non le complice du satanisme moderne » en
s’infiltrant dans les sociétés sataniques. Il rencontre à Naples Pessina, qui
lui vend pour cinq cents francs un diplôme de « Souverain Grand Maître à
Vie » du Rite de Memphis-Misraïm[20],
et se lance, d’après Massimo Introvigne, « après que ses confesseurs
l’en eurent dissuadé en vain », dans l’exploration du satanisme
international. Remarquons que cela est faux, puisqu’il s’est expliqué de son
projet qu’à un seul abbé (l’abbé Laugier) et non à plusieurs
« confesseurs ». Deuxièmement, bien qu’hostile au début, l’abbé
finalement accepta (certes, sans grande joie) et lui donna des conseils.
Le Dr Hacks va raconter tout
son « voyage » à travers le monde luciférien de la Haute-Maçonnerie
palladique dans : Le Diable au XIXe siècle[21],
sous le pseudonyme du Dr Bataille.
Le Diable au XIXe siècle est publié de 1892 à 1894
(en tout 1800 pages). Puis, pour défendre son œuvre, le Dr Bataille publie en
1894, 1895 et 1896, la Revue Mensuelle, dont le premier numéro sort en
janvier 1894. L’intitulé exact de cette revue est : « Revue mensuelle,
religieuse, politique, scientifique, complément de la publication Le Diable
au XIXe siècle. Cette revue mensuelle est spécialement un organe de combat
contre la Haute-Maçonnerie et le satanisme contemporain. Elle est aussi
consacrée à l’examen, selon la science catholique, des faits surnaturels du
prétendu spiritisme et autres manifestations diaboliques constatées. »

Massimo Introvigne, de la
page 162 à la page 167 de son ouvrage, nous dépeint les principaux courants
anti-maçonniques :
« Une autre controverse
violente divise d’ailleurs l’antimaçonnisme des dernières décennies du XIXe
siècle. Tant l’antimaçonnisme laïque que le contre-maçonnisme religieux (dans
ses deux variantes philosophique et « diabolisatrice ») se scindent
en effet à propos du rôle des juifs dans la franc-maçonnerie. Pour « Saint-André »
(autrement dit Dom Emmanuel A. Chabauty), cela ne fait aucun doute : la
Haute Maçonnerie diabolique est entièrement dirigée par les juifs. D’une
manière moins virulente et plus érudite – grâce à une bonne connaissance de
l’hébreu (ainsi que de l’anglais, du persan et du sanscrit), à une carrière
internationale et à une familiarité avec les écrits de Gougenot des Mousseaux
-, cette thèse sera reprise par un évêque catholique, Léon Meurin (1825-1895),
fils d’un officier de Napoléon. Elevé à Berlin et entré au séminaire de
Cologne, Meurin était devenu prêtre en 1848 et jésuite en 1853. Missionnaire en
Inde à partir de 1858, il devient en 1867 évêque et vicaire apostolique de
Bombay. Diplomate pontifical, chargé de missions délicates en faveur des
catholiques indiens, il est nommé en 1887 évêque de Port-Louis, dans les îles
Maurice. Or à Port-Louis, une loge maçonnique anticléricale, la « Triple
espérance », se trouve au centre de la vie sociale. Mgr Meurin se sent
alors poussé à reprendre son projet d’un ouvrage antimaçonnique qu’il avait
déjà commencé en Inde. Après avoir
recueilli en France une documentation supplémentaire, il publie en 1893 La
Franc-Maçonnerie, synagogue de Satan, qui deviendra l’ouvrage le plus connu
du contre-maçonnisme catholique de type anti-judaïque et qui sera traduit en
plusieurs langues, dont l’italien en 1895.
Entre-temps, un autre genre
de littérature contre-maçonnique avait toutefois fait son apparition, prenant
systématiquement ses distances avec l’antisémitisme et la critique de judaïsme.
Cette littérature attaquait la franc-maçonnerie comme satanique mais soutenait
que les juifs, peuple profondément religieux, n’étaient pas moins victimes de
la « Haute Maçonnerie » sataniste – qui en outre abusait de leurs
symboles – que les chrétiens. L’auteur le plus représentatif de ce courant est
Samuel Paul Rosen (1840-1907), juif polonais né à Varsovie, rabbin et
franc-maçon avant de se convertir au catholicisme. Il paraît que René Guénon
racontait que Rosen, fameux bibliophile, portait volontiers une houppelande
avec de grandes poches intérieures où il pouvait, si nécessaire, cacher les
livres qu’il dérobait dans les bibliothèques. Rosen fit ses débuts d’auteur
antimaçonnique peu après s’être installé en France. Après avoir quitté la
Pologne, il avait vécu, un temps, à Constantinople. En 1885, il publie une
histoire chaotique des sociétés secrètes, depuis les druides jusqu’aux carbonari
en passant par les francs-maçons. En 1885, il réussit un « coup de
maître » : sous le titre Maçonnerie pratique paraît le premier
tome d’un gros ouvrage dans lequel il fournit des informations très complètes
sur chacun des 33 degrés du Rite écossais.
Alors qu’il écrivait ce
livre, Rosen s’était rapproché de l’Eglise catholique, au point de publier en
appendice l’encyclique Humanum genus. Mais son ouvrage, qualifié par un
auteur pro-maçonnique d’ « un des plus sérieux qui aient jamais été
écrits sur la Franc-Maçonnerie », se tenait assez loin de l’interprétation
« diabolisatrice ». On ne peut pas en dire autant de l’ouvrage
suivant de Rosen, qui eut pourtant « un prodigieux succès » et qui
s’intitule Satan & Cie. »
[…]
« Rosen, comme ses
adversaires les plus acharnés le reconnaissent, n’invente rien, ou presque
rien : son tort consiste plutôt à vouloir présenter comme un système
cohérent, tant du point de vue de la doctrine que du point de vue de
l’organisation, une série de thèmes, de groupes, d’idées qui, au sein du monde
des nouveaux mouvements magiques (bien plus vaste que la franc-maçonnerie,
régulière ou « de marge »), se présentent de façon désarticulée. Cela
étant, un catalogue établi par des ésotéristes de notre siècle déclarait que
« bien conçu dans un but nettement hostile à la franc-maçonnerie, cet
ouvrage est l’un des plus documentés qui existent sur cet Ordre ». La
carrière de Rosen ne s’achève pas avec Satan & Cie. Deux ans plus
tard, l’ancien rabbin publie un autre gros livre, l’Ennemie sociale,
rehaussé d’une bénédiction apostolique de Léon XIII. Rosen y répète que la
franc-maçonnerie a été « instituée par Satan » et que les initiales
AGDGADU – familières à la franc-maçonnerie française, qui les avait pourtant
rendues facultatives à l’occasion du tournant vers l’athéisme et du schisme
avec la Grande Loge d’Angleterre – ne signifie pas, comme on le croit, « A
la Gloire du Grand Architecte de l’Univers », mais « A la Gloire de
la Grande Association Destructrice de l’Univers ». Rosen révèle aussi que
la direction suprême de la Haute Maçonnerie se trouve à Berlin, dont dépendent
quatre centres situés à Naples, Calcutta, Washington et Montevido : une
affirmation qui ne sera confirmée par aucun historien franc-maçon mais que le
Dr Bataille mettra à profit, en la modifiant légèrement. Pour autant, le thème
satanique joue somme toute un rôle moins important dans l’Ennemie sociale
que dans les précédents livres de Rosen.
Vers 1890, il existe donc au
moins quatre écoles différentes d’anti-maçonnisme, qui réagiront différemment à
la parution du Diable au XIXe :
a)
Il y a, tout d’abord, une école antimaçonnique qui, bien que composée
de catholiques également, se sert d’arguments « laïques » et
politiques, en estimant que pour réagir contre l’influence abusive de la
maçonnerie sur l’Etat, il faut créer un front plus large qui ne comprenne pas
seulement les fidèles de l’Eglise catholique. Généralement antijudaïque et
parfois ouvertement antisémite, ce courant est représenté surtout par Edouard
Drumont (18844-1917) et par son disciple Gaston Méry (1866-1909). Quand en
1894, année où prend fin la publication du Diable sous la forme de
fascicules, la France se coupera en deux à propos de l’Affaire Dreyfus, ce sera
cette école qui prendra la tête de la faction antimaçonnique et antisémite[22].
b)
Dans le monde catholique plus lié aux organisations officielles de
l’Eglise, la critique de la maçonnerie part de la doctrine et voit dans les
positions défendues spécifiquement par la maçonnerie en France une conséquence
inévitable des présupposés doctrinaux. On peut donc parler de contre-maçonnisme
plutôt que d’anti-maçonnisme. La bibliographie de ce contre-maçonnisme
philosophique catholique (pour ne pas parler du contre-maçonnisme protestant,
largement répandu aux Etats-Unis et doué de caractéristiques propres) est
immense ; parmi ses représentants typiques à l’époque où est publié Le
Diable, on peut rappeler Mgr Henri Delassus (1836-1921), directeur de La
Semaine religieuse de Cambrai, et l’avocat parisien Georges Bois
(1852-1921), ami de Huysmans comme Jules Bois mais sans lien de parenté avec ce
dernier. Des auteurs comme Delassus et Bois restent attachés, dans le sillage
de l’encyclique Humanum genus, à une critique doctrinale de la
maçonnerie et regardent avec beaucoup de suspicion les interprétations «
diabolisatrices ».
c)
Par opposition à la tendance philosophique, un autre courant du
contre-maçonnisme catholique est, lui, nettement « diabolisateur ».
Le courant qui culmine avec l’œuvre de Mgr Meurin complète les simples aperçus
des auteurs antisatanistes des années 1860 à propos de la maçonnerie et relie
étroitement, en s’inspirant des interprétations générales de ces auteurs
(surtout de Gougenot des Mousseaux), maçonnerie et judaïsme, adoptant une
attitude antijudaïque.
d)
Au sein même du contre-maçonnisme catholique qui adopte une
interprétation « diabolisatrice » de la maçonnerie, un autre courant,
préoccupé par la possibilité de glissements vers l’antisémitisme, cherche à
prendre ses distances avec l’antijudaïsme. Samuel Paul Rosen est le principal
représentant de cette tendance. »
Pour le docteur Bataille, le
Palladisme a été fondé le 20 septembre 1870, jour de la prise de Rome et de la
fin du pouvoir temporel des papes. Est créé à Charleston une papauté
maçonnique, et est nommé un souverain pontife luciférien. Tout cela pour
préparer le règne de l’Anté-Christ. Laissons Massimo Introvigne nous
résumer la description que fait le docteur Bataille du palladisme[23] :
« Toutefois, il ne faudrait pas confondre le Palladisme, qui
est « le culte de Satan », avec la « Haute
Maçonnerie », structure qui se tient derrière les loges maçonniques
courantes. Certes, les « chefs secrets » du Palladisme et de la
« Haute Maçonnerie » sont souvent les mêmes ; mais alors que
tous les responsables administratifs de la « Haute Maçonnerie » ne
sont pas automatiquement Palladistes (certains sont athées ou sceptiques, alors
que le Palladisme, bien que satanique, est « un culte, une
religion »). Pour compliquer les choses, sont parfois admis parmi les
Palladistes – « mais à titre tout à fait exceptionnel » - des lucifériens
qui n’ont jamais fait partie de la « franc-maçonnerie ordinaire »,
mais qui y viennent, par exemple, des hautes sphères du spiritisme. Quoi qu’il
en soit, il ne fait aucun doute que le Palladisme est personnellement dirigé
par Satan, qui en avait du reste demandé la fondation en apparaissant en
juillet 1870 à Milan.
Au-dessus d’Albert Pike (et
de son successeur, le grand maître du Grand Orient d’Italie, Adriano Lemmi), il
n’y a que Satan ; mais aux côtés de Pike, qui est le « Suprême Chef
Dogmatique », il y a un « Chef de l’Action politique » qui
réside à Rome, et que Bataille identifie à Giuseppe Mazzini. Il existe aussi un
Souverain Directoire Administratif à Berlin, dont les chefs, toutefois, se
succèdent par roulement et ne sont pas sur le même plan que Pike et Mazzini. En
dessous de ce commandement suprême, il y a cinq Grands Directoires Centraux,
qui divisent le monde par zones géographiques et qui siègent respectivement à
Washington, Montevido, Naples, Calcutta et Port-Louis (dans les îles Maurice). Plus bas encore il y a les
chefs apparents des différentes sociétés secrètes, occultes, spirites, etc.,
qui se trouvent donc toutes, quelles le sachent ou non, sous la
direction du Suprême Directoire Dogmatique. »

Albert Pike
C’est dans le Diable au
XIXe siècle, que va apparaître pour la première fois le personnage Diana
Vaughan. Voici pourquoi :
Albert Pike est mort en
avril 1891. Adriano Lemmi devait lui succéder après un court intervalle, mais
il n’accéda au Pontificat Suprême qu’au prix d’une élection remplie d’intrigues
et de fraudes. Ce qui était pire, car les irrégularités électorales inconnues
ailleurs sont tout de même assez communes dans le monde maçonnique, c’est que
Lemmi avait toujours montré un penchant prononcé pour le culte du diable, non
pas en sa qualité de Dieu Bon des lucifériens, mais comme prince du mal. Quatre
mois après son élection de septembre 1893, une encyclique de sa main autorisait
les palladistes à s’adresser au dieu qu’ils adoraient indifféremment sous les
noms de Lucifer ou de Satan. C’était trop. On apprenait des sécessions, dont la
plus marquante était celle de Miss Diana Vaughan qui s’apprête alors à
déclencher une révolte et un schisme. Diana Vaughan fonde une contre-association
de palladistes indépendants et une revue, Le Palladium Régénéré et Libre,
lien des groupes Lucifériens indépendants, dont le premier numéro
apparaît en mars 1894.
Un autre sécessionniste, le professeur
Domenico Margiotta, bientôt chevalier de l’ordre pontifical du Saint-Sépulcre,
attaquait Lemmi dans un ouvrage qui fit quelque bruit, Souvenirs d’un
Trente-Troisième. Adriano Lemmi, Chef Suprême des Francs-Maçons[24].
Mais n’allons pas trop loin
et occupons-nous des réactions et surtout des critiques que suscita la
publication du Diable au XIXe siècle. Pour cela, nous allons procéder à
une étude chronologique des faits concernant les réactions face au Diable au
XIXe siècle et les événements qui vont venir se greffer par la suite. Nous
suivrons donc cette aventure pas à pas, en relatant les controverses d’alors,
en faisant parler d’elles-mêmes les sources, pour que nous soyons bien dans
l’ambiance de l’époque.


P.19-20 :
« Le rôle que je m’assignai fut celui de témoin, de simple témoin,
faisant serment dans mon cœur de refuser mon concours à tout acte contraire à
ma foi, s’il m’était demandé, et quels que soient les dangers que mon refus
pourrait me faire courir. »
P.36 :
« Toutefois, il importe
de remarquer que les cabalistes admis aux mystères de la théurgie ne
prononcent jamais le mot Satan ; ils disent Lucifer ou Lucif. Ils
considèrent comme hérétiques certains adeptes dissidents qui invoquent le
diable sous le nom de Satan ; le système de ces derniers, dont je
m’occuperai aussi, s’appelle la goétie, par opposition à la théurgie.
Les théurgistes disent pratiquer la magie blanche, et ils qualifient la
goétie de magie noire. »
P.42 :
« Je m’expliquerai plus
loin sur les phénomènes étranges, dont j’ai tenu à citer un exemple sans
tarder ; je dirai, comme médecin, jusqu’où peut aller la nature dans ces
choses, et où commence le surnaturel, à moins qu’il n’y ait supercherie. »
P.50 :
« L’abbé m’expliqua
encore que le diable, véritable « singe de Dieu », - c’est ainsi, du
reste, que le qualifient tous les Pères de l’Eglise, - met une sorte
d’amour-propre à répondre aux miracles du ciel par des prodiges qui n’en sont
que des grotesque imitation.
Jésus-Christ, quarante jours après sa mort, s’éleva glorieusement au
ciel sur le mont des Oliviers. Simon le Magicien, le fondateur du gnosticisme,
pour montrer publiquement qu’il avait à sa disposition des puissances
surnaturelles, s’éleva dans les airs devant l’empereur Néron et le peuple
romain : il est bon de dire que ce prestige ne réussit qu’à moitié ;
Simon avait opéré son ascension jusqu’à une certaine hauteur, lorsque saint
Pierre qui était là se mit à prier, et aussitôt le sectateur de Lucifer fit une
chute effroyable, dans laquelle il se cassa les deux jambes et dont il mourut
peu après. »
P.158 :
« Le Palladisme, nous
le savons, est la haute maçonnerie. Il se compose, en tout, de cinq
grades : trois grades masculins, et deux grades féminins. Les grades
masculins sont : 1° le Kadosch du Palladium ; 2° le Hiérarque ;
3° le Mage Elu. Les grades féminins sont : 1° l’Elue ; 2° la
Maîtresse Templière.[…]
Le Palladisme ne cherche ses
recrues que chez les francs-maçons, et encore il lui faut, pour ses initiations
hermétiques, des frères déjà parvenus aux grades philosophiques et
cabalistiques. […]
Or, pour ne parler que des
trois rites que je viens de citer, c’est seulement aux grades de Kadosch
(trentième degré, écossisme), Chevalier de Saint-Michel (vingt-septième degré,
York) et Grand Inquisiteur Commandeur (soixante-sixième degré, Misraïm) que
l’initié doit clairement comprendre, à moins d’être le plus obtus des
imbéciles, que c’est vers le satanisme qu’il est dirigé.
Encore, même après ces
grades, dans les rites ordinaires, la maçonnerie ne procède qu’avec un luxe
inouï de précautions. Ainsi, dans le Rite Ecossais, on prévoit le cas où, au
trente-deuxième degré (grade de Prince du Royal-Secret), l’initié n’aurait pas
encore compris le but. La réception à ce grade a une petite variante qui n’a
l’air de rien, mais qui est des plus significatives, en réalité.
Au moment de conférer le
grade au récipiendaire, le président de l’atelier doit lui remettre un anneau, et
pourtant il peut ne pas le lui remettre. « Recevez cet anneau d’or,
gage de notre union », dit le Grand Commandeur (titre du président). Le
postulant, ainsi reçu avec son anneau de Prince du Royal-Secret, se considère
comme réellement initié. Eh bien, pas du tout ; c’est précisément l’initié
à qui l’on remet l’anneau d’or, qui n’est reçu que pour la forme ; au
cours des épreuves et de l’interrogatoire, on a constaté qu’il n’a pas encore
deviné que le grand architecte de l’univers n’est autre que Lucifer déifié, et
son anneau d’or, qu’il portera désormais avec orgueil dans les arrière-loges,
le désignera aux vrais initiés comme étant un frère inintelligent avec qui il
est prudent de ne pas trop causer ; il restera au trente-deuxième degré et
n’ira pas plus loin. »[25]
P.187 :
« Un des prélats les
plus distingués de notre siècle, Mgr Germain, évêque de Coutances, a écrit
quelque part : « La plus grande habilité de Satan a été de se faire
nier ; comment se défier d’un ennemi qui n’existe pas ? »
Certainement, cette malice
diabolique vise la multitude, en proie au scepticisme en ces tristes temps. Du
scepticisme à l’athéisme, il n’y a qu’un pas. Mais Satan n’est pas seulement
malicieux ; avant tout, il est le père de l’orgueil. « Non
serviam ! » tel est le cri qu’il a poussé dans sa révolte. Aussi,
son monstrueux orgueil est-il satisfait, lorsqu’il voit des hommes, fussent-ils
fous, lui rendre hommage. A ses adorateurs il se manifeste. Eh bien, il est bon
de faire connaître ces manifestations. Les constater, c’est obliger le
scepticisme à s’avouer vaincu. Par orgueil, tu te manifestes à tes élus, ô
Satan ; des témoins surgissent, tu ne peux plus te faire nier ; car,
si tu te manifestes, donc tu existes. Et si tu existes, toi l’archange
déchu, si tu apparais, même en dupant tes fidèles et en leur faisant croire que
tu es le principe du bien, si tu te montres aux adeptes de ta religion
ré-théurgiste ou palladique, eh bien, l’athéisme n’est plus soutenable.
Tu es pris à ton propre piège, esprit du mal ! »
P. 242 :
« Ici, nous rentrons
dans le merveilleux, ou, pour mieux dire, dans l’effroyable. Toutefois, je ne
saurais trop le répéter, toutes ces choses sont de la plus rigoureuse
authenticité. Bon nombre de sceptiques haussèrent les épaules, lorsque le P.
Huc, missionnaire lazariste en ces pays, publia ses récits de voyage ;
pourtant, il rapportait l’absolue vérité, et je m’inscris au nombre de ceux qui
confirment ses assertions. »
P.305 :
« A l’époque où nous
vivons, il est trois vérités que les francs-maçons nient obstinément : 1°
l’existence des loges androgynes ; 2° l’exercice des vengeances poussées
jusqu’au crime ; 3° la pratique du Luciférianisme.
A les entendre,
l’association n’admet que des frères et pas une seule sœur ; loin d’avoir
le moindre meurtre à se reprocher, elle est, au contraire, essentiellement
philanthropique ; quant à adorer Satan sous le nom de grand architecte, il
faut avoir l’esprit bien mal tourné pour supposer pareille chose, attendu que
la divinité à laquelle l’ordre maçonnique rend hommage est tout simplement
vague, idéale, indéfinissable.
Voilà ce que répondent les
maçons, lorsqu’on leur pose ces trois questions.
Je me hâte de dire que,
parmi ceux qui parlent ainsi, il en est un grand nombre qui sont de très bonne
foi. On peut posséder les plus hauts grades de la maçonnerie ordinaire,
et avoir toujours été tenu à l’écart des ateliers où frères et sœurs
travaillent ensemble, ignorer l’enrôlement et la mise en œuvre des
ultionnistes, et ne pas soupçonner même l’occultisme luciférien (Théurgie
palladique, Fakirisme, Old-Fellows, San-ho-hoeï, etc.).
Sur le fait de l’occultisme,
principalement, la question des grades, en dehors de la haute maçonnerie,
ne signifie rien, absolument rien : ainsi, par exemple, dans le Rite
Ecossais, un chevalier Kadosch (30e degré), que les Palladistes ont
bien voulu appeler à eux, le reconnaissant digne de leurs mystères, est en
réalité plus instruit, et, par conséquent, plus en faveur auprès des chefs
secrets qu’un initié au 33e degré de ce rite, tenu dans l’ignorance
de l’occultisme et utilisé uniquement pour les affaires d’ordre
administratif ; ce Kadosch là saura tout, et l’autre, tout 33e
qu’il soit, ne saura rien. C’est ainsi que la secte se joue de tant et tant
d’adeptes, qu’elle conduit aux plus hauts grades connus, se servant
d’eux alors qu’ils croient se servir d’elle, leur donnant
« l’anneau », cet anneau qui les désigne aux vrais initiés comme
frères peu perspicaces et qu’il est nécessaire d’entretenir dans de douces
illusions, en un mot, les bafouant, les mystifiant, ne leur apprenant pas le
secret des secrets, puisque d’eux-mêmes ils ne l’ont pas compris.
Je ne citerai qu’un cas de
cet aveuglement dans lequel les chefs secrets de la haute maçonnerie se
plaisent à tenir ceux de leurs initiés qui ont reçu l’anneau ; mais
ce cas est caractéristique.
Il s’agit de M. Paul Rosen,
33e du Rite Ecossais, qui ne sera certes pas suspect de ménagement
envers la confrérie trois-point ; car, depuis quelques années, il a publié
contre elle un certain nombre de volumes où l’on rencontre par-ci par-là des
documents qui ne manquent pas d’intérêt.
M. Rosen, qui est juif et
qui a même été rabbin, à ce que l’on m’a assuré, s’affilia, en outre, à la franc-maçonnerie,
à une époque où il haïssait de toute son âme le catholicisme ; ce
qu’aujourd’hui il regrette sans doute, j’aime à le croire. Je ne sais pas quel
suprême conseil lui conféra le 33e degré ; en tous cas, ce
n’est aucun de ceux que j’ai visités, attendu que je n’ai trouvé trace de son
initiation à ce grade dans nulles archives à ma connaissance ; mais il est
juste de dire qu’au temps où je pouvais mettre mon nez un peu partout je ne me
préoccupais guère du F.˙. Rosen ; son inscription a donc pu fort bien
m’échapper.
Quoi qu’il en soit, soit
qu’il ait passé toute la filière, soit qu’il ait trouvé, comme tant d’autres,
deux haut-gradés assez complaisants pour lui céder (contre finances, bien
entendu, en maçonnerie rien ne se donne) une patente de 33e, il a ce
titre, ou, du moins, il l’a eu.
Plus tard, - bien tard,
dirai-je, car M. Rosen n’est pas de la première jeunesse, - il a renoncé à la
maçonnerie, à ses pompes, à ses œuvres. Les lauriers d’Andrieux et de Léo Taxil
l’empêchant de dormir, il fit un coup d’éclat et vint grossir la phalange des
écrivains anti-maçonniques.
Certes, il a rendu service à
la cause sainte de la religion ; ceci est indiscutable ; et je serai
toujours des premiers à louer son initiative et même à le défendre contre ses
ex-frères qui, du jour où ils ont constaté qu’il leur tournait le dos, l’ont
vilipendé, traduit à leur barre, et, au lieu de l’expulser franchement pour
anti-maçonnisme subit, ont tenu à le radier dans des conditions qui seraient
déshonorantes pour lui, si les accusations portées en de telles circonstances
n’étaient pas calomnieuses.
Et c’est bien là, vraiment
la franc-maçonnerie : soyez pour elle, vous êtes le nec plus ultra
de l’humanité ; soyez contre elle, vous êtes le dernier des êtres parmi
les plus vils.
Voilà donc un homme qui a
fait tout son possible pour apporter la lumière aux profanes, pour leur faire
connaître les mystères du temple d’Hiram. Et pourtant, quand on examine de près
son œuvre, on voit qu’en dépit de ses coupures de journaux maçonniques, il n’a
rien révélé de sérieux, d’important. Pourquoi ? Parce qu’il ne savait
rien, « parce qu’il avait reçu l’anneau ».
Il s’est livré à une besogne
de bouquiniste ; il a ramassé, de droite et de gauche, des circulaires,
des brochures, des discours (plus ou moins
authentiques), des articles de revues officielles de grands
orients et de suprêmes conseils ; et de tout cela il a fait une salade,
qui ne pouvait pas produire une forte émotion chez les sectaires, puisqu’il ne
dévoilait que ce qu’aujourd’hui ils ne cachent plus.
Ce qui lui manquait, à M.
Rosen, c’était la clef, c’est-à-dire l’affiliation luciférienne au
Palladium de Charleston, le droit de montrer patte blanche pour être reçu dans
les loges androgynes, l’autorité nécessaire pour commander à des ultionnistes
ou arrêter leur bras. Tout 33e qu’il était, il ignorait la
personnalité du grand architecte, l’existence des sœurs d’adoption et autres,
et jusqu’aux crimes maçonniques, aujourd’hui indiscutés. Si bien, qu’il s’est
trouvé de simples profanes, qui, ayant compris, eux, le grand secret, ayant eu
la patience de collectionner des documents et l’intelligence de lire entre les
lignes, comme le père Deschamps, comme Claudio Jannet, comme Mgr Fava, comme
dom Benoît, comme Mgr Meurin, ont découvert et divulgué cent fois plus que M.
Rosen, 33e.
Les sœurs maçonnes ?…
Ce pauvre M. Rosen en a ignoré l’existence jusqu’en 1888, et, il y avait alors
au moins trente ans qu’il gâchait du mortier pour reconstruire le temple de
Salomon, s’il est aussi vieux maçon qu’il le dit. Oui, certes, en 1888, ce naïf
33e niait publiquement les loges androgynes ; et il était de
bonne foi, personne n’ayant voulu le désigner pour l’admission. Mais, deux ans
après, il apprenait indirectement qu’on s’était moqué de lui jusqu’alors, et
que ces sœurs maçonnes qu’il n’avait jamais vues existaient pourtant bel et
bien. Alors, il écrivit dans son volume l’Ennemie Sociale qu’il y avait
sur le globe « 2 850 000 femmes appelées Sœurs-Maçonnes » ;
chiffre mis un peu trop au hasard, et que je rectifierai en entrant dans les
détails. Mais l’intention y était ; il faut lui en savoir gré. Quoique ne
publiant aucun rituel de la maçonnerie féminine, quoique n’expliquant même pas
ce qu’étaient ces sœurs maçonnes dont il donnait un total, au petit bonheur, il
est juste de tenir compte à M. Rosen de son aveu, si tardif et si incomplet
qu’il ait été.
Sur la question des crimes
ordonnés et exécutés par la haute maçonnerie, même ignorance chez M. Rosen. Son
dernier livre, l’Ennemie Sociale, a plus de cent pages consacrées à
« la franc-maçonnerie en Italie ». Cette partie importante est
divisée en trois chapitres, intitulés : 1° « Origine et développement
de la franc-maçonnerie en Italie » ; 2° « l’exploitation de la
franc-maçonnerie en Italie » ; 3° « l’action de la
franc-maçonnerie en Italie ». Or, s’il est un pays où des assassinats ont
été commis par la secte, c’est bien celui-là. M. Rosen les ignore, ne fait
mention d’aucun d’eux, il ne cite même pas l’assassinat du comte Pellegrino
Rossi, ce franc-maçon converti dont Pie IX fit son premier ministre et qui, le
15 novembre 1848, tomba sous le poignard des ultionnistes désignés par les
chefs sectaires. Ce crime est historique : on sait que la mort de Rossi
avait été délibérée et décidée le 10 octobre, à Turin, dans un conciliabule
maçonnique présidé par Mazzini ; on sait qu’à Rome, le 14 novembre, veille
de l’assassinat, les ultionnistes s’étaient procuré, à l’hôpital San-Giacomo,
un cadavre de la taille du ministre condamné à périr, et que ce cadavre, maintenu
debout, dressé contre un portant, leur servit à se faire la main ; on sait
que la leçon criminelle fut donnée, salle Capranica, au F.˙.
Sante-Costantini, que le sort avait désigné pour être le meurtrier ; on
sait, en un mot, tous les détails de cet abominable forfait, accompli en plein
jour. Quelle belle page M. Rosen aurait eu à écrire sur cet épisode tragique,
dans son chapitre de « l’action de la franc-maçonnerie en Italie »,
s’il avait été tant soit peu renseigné ! Mais non, on lui a affirmé, dans sa
loge, que l’ordre maçonnique répugnait à verser le sang, et naïvement il l’a
cru ; on a traité devant lui de calomniateurs les écrivains qui ont accusé
la secte de se vautrer dans le crime, et il s’est bien gardé, dans ses
ouvrages, de faire la moindre allusion aux ultionnistes, de citer un seul des
nombreux assassinats dont l’odieuse société secrète s’est souillée, 33e
avec l’anneau, il ne savait rien de tout cela.
Quant à la pratique du culte
luciférien dans les triangles palladiques, il ne pouvait pas s’en douter,
n’ayant jamais pénétré au sein d’une arrière-loge occultiste. Bien mieux, M.
Rosen, que ses frères ont berné dans des proportions fantastiques, croit que la
doctrine de la haute maçonnerie, loin d’être la déification de Satan, est le
naturalisme matérialiste. Il fait prêcher par Albert Pike lui-même que
« le vrai Dieu, c’est la raison pure dans la nature » ; or,
Albert Pike, le grand organisateur du luciférianisme dans les arrière-loges,
n’a jamais écrit, jamais ! pareille sentence. Il trouvait même que
l’expression « grand architecte de l’univers » était trop vague et
devait être abandonnée dès le grade de Rose-Croix ; il a officiellement
proposé au Grand-Orient de France, à l’époque des premières discussions sur
cette formule, d’adopter celle-ci : « Dei Optimi Maximi ad
Gloriam », c’est-à-dire : « A la gloire du Dieu le meilleur et
le plus grand », phrase luciférienne qui est d’une clarté remarquable. Et
ce pauvre M. Rosen prend Albert Pike pour un athée !…
Voici, en effet, quelle est
la situation de M. Rosen dans la franc-maçonnerie : malgré sa radiation
par un loge, on le reçoit encore, - je veux dire, les frères servants le
reçoivent, - quand il se présente au local du Grand-Orient de France ou du
Suprême Conseil, pour se procurer des renseignements, des imprimés maçonniques
quelconques. Les frères servants ont l’ordre de lui faire bon accueil et de
feindre d’ignorer sa radiation ; et alors c’est à qui lui passera des
renseignements de la plus haute fantaisie. C’est ainsi qu’on lui a fabriqué une
prétendue réception de Garibaldi au 33e degré à Palerme, le 5 avril
1860, avec un discours adressé censément par le grand-maître Anghera au dit
Garibaldi pour lui donner l’instruction secrète, pour lui révéler les secrets
de ce grade ; et M. Rosen a bien ingénument publié ce discours fabriqué
tout exprès pour lui par des frères fumistes, ignorant ce point qui a son
importance : c’est qu’à l’époque (avril 1860) où il fait recevoir
Garibaldi au 33e degré, celui-ci n’avait pas grand chose à apprendre
en fait de maçonnerie, attendu qu’il avait reçu déjà non seulement les grades
philosophiques, mais même tous les grades cabalistiques des dernières
arrière-loges jusqu’au 92e degré inclusivement, attendu qu’à cette
époque même il était, depuis plusieurs années, le souverain grand-maître et
grand hiérophante du Rite de Memphis pour tous les pays du globe, et que, par
conséquent, Anghera avait plutôt à apprendre quelque chose par Garibaldi que
d’avoir à lui enseigner le moindre secret.
Dans son premier livre de
révélations, M. Rosen cite à plusieurs reprises, un ouvrage maçonnique
d’Albert-Georges Mackey, où il puise toutes sortes d’arguments en faveur de la
thèse qu’il soutient. Il donne ces extraits, et chaque fois il met en note au
bas de la page : « Tiré du Lexicon of Freemasonry, par
Albert-Georges Mackey, grand secrétaire du Suprême Conseil de la Juridiction
Sud des Etats-Unis. » M. Rosen fait au moins vingt citations de cet
ouvrage. Or, le Lexicon of Freemasonry existe bien ; mais il n’est
pas d’Albert-Georges Mackey, qui, au surplus, n’a jamais écrit une ligne de
publication maçonnique quelconque, et qui n’a jamais été grand secrétaire du
Suprême Conseil de la juridiction Sud des Etats-Unis. M. Rosen s’en est
rapporté au frère servant, à qui il avait glissé la pièce, en le priant de lui
copier quelques extraits de cet ouvrage maçonnique qui est à la bibliothèque du
Suprême Conseil de Paris ; le frère servant a empoché l’argent de M.
Rosen, et l’archiviste du Rite Ecossais s’est fait une douce joie de mystifier
son frère 33e avec l’anneau. Si M. Rosen avait seulement vu la
première page du Lexicon of Freemasonry, il aurait su que cet important
ouvrage maçonnique a pour auteur, non pas l’ingénieur Albert-Georges Mackey,
mais son oncle le docteur Gallatin Mackey, que j’ai eu l’avantage de connaître
personnellement à Charleston, environ trois mois avant sa mort. »
[Or, d’après la liste
suivante qui date de 1872 (le Lexicon of Freemasonry date de 1873),
c’est bien le Dr Bataille qui a raison. C’est bien Albert Gallatin Mackey qui
est secrétaire général, et non Albert-Georges Mackey.

Liste extrait de « Ancient and accepted Scottish rite of Freemasonry.
The Constitutions and regulations of 1762. Statues and regulations of
perfection, and other degrees. Vera instituta secreta et fundamenta ordinis of
1786. The secret constitutions of the 33d degree, with the Statues of 1859,
1866, 1868, 1870 and 1872, of the Supreme Council for the southern
jurisdiction. Compiled by Albert Pike. » (New-York, Masonic publishing Cy.,
1872, 567 pages.) ATHIRSATA.]
P.446 :
« en attendant,
l’Italie comptait quatre puissances maçonniques en état d’hostilité sourde. Et
à ce propos, je ne puis m’empêcher de relever ici une des innombrables erreurs
de M. Paul Rosen, écrivant ses livres en initié par trop incomplet. Dans son
volume l’ennemie Sociale (p. 329), cet auteur ne cite et ne connaît,
comme puissances maçonniques italiennes de 1877 à 1887, que le Grand Orient de
Rome, le Suprême Conseil de Rome et le Suprême Conseil de Turin. Il oublie tout
simplement, il ignore le Souverain Conseil Général de Naples, dont Garibaldi
était le souverain grand-maître, non pas à titre honorifique, mais bien à titre
réel et effectif. Pour un oubli, en voilà un qui peut compter ; et, après
une omission de ce calibre, fiez-vous donc aux renseignements d’un 33e
reçu avec l’anneau ! »
Note du Dr Bataille :
« Ce pauvre Rosen s’est
tellement bien fait mystifier par ses collègues, lorsqu’ils lui ont conféré ce
33e degré comme étant le plus haut grade maçonnique, qu’il a eu
l’ingénuité de publier, dans son ouvrage en collaboration intitulé : Cours
de Maçonnerie pratique (tome II, page 42-43), le passage du cérémonial de
l’initiation au dit 33e degré où le grand-maître donne l’anneau au
bon jobard dont on se moque. Il est fier d’avoir eu une si belle bague, et il
décrit l’incident en termes pompeux.
« Le Très Puissant
Souverain Grand Commandeur, raconte M. Rosen avec une délicieuse naïveté, place
une double alliance d’or, de l’épaisseur de deux centimètres, dont l’intérieur
porte gravés, sur l’un des cercles, le nom du nouveau Souverain Grand
Inspecteur Général (33e degré) et sur l’autre, la devise de
l’Ordre : Deus meumque Jus ! autour de l’annulaire gauche du
récipiendaire, en lui disant : « Recevez cette alliance comme gage
précieux de votre union indissoluble avec l’Ordre, comme emblème de tous et
chacun des devoirs importants que vous êtes dorénavant appelé à remplir. Vous
ne devez vous en séparer qu’en quittant cette vie mortelle ; car c’est
à vie que vous êtes uni à l’ordre, et c’est pendant toute votre vie que vous
lui devez l’accomplissement de tous les devoirs que vous avez volontairement
acceptés. »
M. Rosen, en se laissant
enfiler au doigt le fameux anneau et en écoutant la recommandation qui lui
était faite de ne jamais s’en séparer, était à mille lieues de se douter qu’il
allait porter désormais un signe distinctif dont le plus clair résultat pour
lui serait le silence des vrais initiés en sa présence, sans compter les
joyeuses moqueries à son adresse, une fois le dos tourné.
Et cependant, il aurait pu
flairer la mystification, s’il avait eu soin de lire, en y réfléchissant, le
Tuileur des 33 grades écossais qui figure à la fin de la brochure donnant le
compte rendu officiel du Convent de Lausanne, en 1875. En effet, à propos des
bijoux du 33e degré remis au récipiendaire par le grand maître, lors
de l’initiation, il est dit, et ceci est signé par les chefs (à
l’avant-dernière page) : « La remise d’une double alliance en or,
avec le nom du frère, est facultative. » Ce dernier mot ne
peut qu’éveiller la défiance de tout récipiendaire bien avisé ; car il
doit se dire, en toute logique : « Pourquoi donne-t-on aux uns
l’anneau, et aux autres non ? Il y a évidemment quelque chose là-dessous.
Méfions nous ! »
P.456 :
« Et c’est pour cela
que je puis dire ce qui se passe, autrement que le premier venu donnant des
renseignements à coups de ciseaux à travers des bulletins maçonniques, où les
chefs de la secte ne laissent publier que ce qu’ils veulent, où ils se plaisent
même à glisser, à côté de quelques vérités sans importance, des faussetés
ingénieusement combinées pour dérouter les recherches. »
P.463 :
« Mais, depuis lors,
Pessina a reçu connaissance des livraisons qui ont suivi, et il n’a plus bougé.
J’ai même tout envoyé au grand chancelier du rite, le capitaine Vincenzo Mineo,
demeurant rue Pietrarsa, n° 18, à Portici, près de Naples ; aucun des
misraïmites italiens n’a contesté l’exactitude des renseignements jusqu’à
présent donnés par moi sur leur rite essentiellement hermétique et
cabalistique, et je les mets bien au défi de prouver qu’il y a la moindre
erreur sur ceux qu’il me reste encore à donner. »
[Comme toujours, le Dr
Bataille donne des faits précis, des adresses et est toujours prêt à affronter
les procès au cas où. ATHIRSATA.]
P. 466 :
« Quand aux menaces de
procès, on pense combien elles sont peu de nature à m’émouvoir. Pessina peut,
quand il le voudra, déposer sa plainte entre les mains du procureur de la
République ; il lui est loisible d’assigner le docteur Bataille et ses
éditeurs ; l’assignation donnée à l’auteur d’un ouvrage est parfaitement
valable, ce nom fût-il un pseudonyme ; et j’affirme à Pessina qu’il aura
bien devant lui, à l’audience, l’auteur réel de cette publication. »
P. 471 :
« Le Souverain
Sanctuaire du Rite oriental et primitif de Memphis et Misraïm a son
siège : vico dei Carbonari, n° 11, à Forcella (faubourg de Naples). C’est
là aussi le domicile actuel de Pessina. »
P. 483 :
« La Mancique ou magie
divinatoire. On constatera que ceux qui s’y livrent : sont ou des
charlatans dupeurs, ou des fanatiques trompés par le démon, puisque Satan n’a
pas la science de l’avenir. »
P. 503 :
« Le lecteur qui lira
jusqu’au bout cet ouvrage en saura autant que s’il avait fréquenté pendant
plusieurs années les triangles.
On doit comprendre à présent
combien l’œuvre de divulgation que j’ai entreprise excite contre moi des
colères sourdes. Les sectaires sont dans la rage ; mais ils sont obligés
d’avaler leur bile, car ils sentent que mes mesures sont prises et bien prises
contre eux. Les plus furieux, ce sont les faux catholiques, ceux qui jouent un
rôle et qui croyaient pouvoir le tenir jusqu’au bout[26].
Ceux-ci sont littéralement épouvantés par cette publication ; ils se
demandent avec anxiété s’ils sont au nombre de ceux dont j’ai pu constater la
duplicité ; et, pour peu qu’ils se soient mis en avant comme catholique,
pour peu qu’ils se soient montrés chrétiens militants afin de mieux masquer
leur jeu, tandis qu’ils fraternisent en secret avec les gros bonnets de la
maçonnerie des divers rites, ils frémissent à la pensée que leurs masques
seront peut-être arrachés bientôt. Les plus hardis prennent les devants,
cherchent à créer la confusion dans les esprits, répandent à demi-mot des
insinuations de nature à discréditer ma campagne efficacement antimaçonnique,
essaient d’en diminuer la portée, s’oublient dans leur désarroi jusqu’à nier le
surnaturel, les apparitions de mauvais esprits, les possessions, tant ils ont à
cœur, ces prétendus catholiques, de jeter à l’avance le doute sur la véracité
de cet ouvrage, qui dévoilera leurs accointances maçonniques, ils le sentent
bien. Mais ces tristes individus, dont la rage de dénigrement est l’indice dénonciateur
de la honteuse culpabilité, perdent leur temps et leur peine. »
P. 542 :
« Ah ! Les
empoisonneurs palladistes n’en sont plus, ainsi que je le disais en commençant
ce chapitre, à la Manna di San Nicola di Bari. Ils obtiennent des
poisons par des procédés d’une simplicité extrême ; telle chose qui est de
l’usage courant, et je me garderai bien de nommer, mêlée à tel mets pendant la
cuisson, engendre un toxique terrible, qui foudroie la personne ayant absorbé
quelques bouchées du plat, et cet personne succombe avec tous les symptômes
d’une mort subite naturelle ; le médecin, appelé pour constater et pour
faire sa déclaration, constatera et déclarera, par exemple, une hémorragie
cérébrale, de la meilleure foi du monde : aucun soupçon ne sera possible,
attendu que l’assassin, ayant avalé auparavant tel contre-poison du laboratoire
palladique, se sera assis à la même table que sa victime et aura mangé du même
plat impunément. »
P.556 :
« J’étais venu, je
l’avoue, à Berlin un peu au hasard, sans autres renseignements que l’adresse du
Directoire Administratif (Dorotheenstrasse, n°27). »
P.712 :
« Je n’ai eu l’occasion
de voir que deux fois seulement la sœur Diana : à New-York, où elle est
actuellement grande-maîtresse d’honneur ad vitam du grand triangle Phébé-la-Rose,
et à Paris, où elle vient assez fréquemment et toujours volontiers. »
P.713 :
« Ils sont, dans le
monde, plus d’un million de palladistes, à qui l’on raconte que le triangle de
Louisville a eu d’abord et qu’un des triangles de New-York possède aujourd’hui
en dépôt la queue du lion de saint Marc, conquise dans une bataille entre les
anges et les démons ; et ils sont, oui, plus d’un million, hommes et
femmes, qui croient une pareille ineptie ! »
P.789 :
« Je cite volontiers le
courageux écrivain religieux (le chanoine Mustel), non seulement parce que son
érudition théologique est bien connue, mais aussi parce qu’il est honoré de la
haine spéciale des francs-maçons en général et des palladistes en particulier.
Je ne le connaissais pas, lorsque j’ai entrepris la divulgation de mon
enquête ; et déjà, avec son esprit perspicace, comme Mgr Fava, comme Mgr
Meurin, il avait sondé les profondeurs de Satan. Il savait sans avoir vu ;
il était certain des infamies qui se commettent et que je suis venu dévoiler.
J’ai été, je suis le témoin dénonciateur. M. le chanoine Mustel, constatant que
ce que je révélais confirmait ce que les catholiques clairvoyants ont depuis
longtemps annoncé, s’est rendu sans hésiter auprès de moi ; sa loyauté n’a
pas mis un moment en suspicion ma sincérité ; la sympathie réciproque a
été le premier résultat de cette connaissance, qui a bientôt entraîné des
relations plus régulières, nous avons échangé nos vues, et c’est ainsi qu’à mon
tour je n’ai pas hésité à confier à cet intrépide champion de l’Eglise bien des
choses que je ne pouvais livrer à la publicité. »
P. 832 :
« Ce sont ces mous dont
j’essaie de secouer la torpeur, et j’écris ma publication sous une forme
populaire précisément pour la faire pénétrer dans les masses, où il y a des
millions et des millions d’aveugles. »
P.862 :
« La magie, dit-il (Richelieu), est un art de produire des effets par la puissance du diable ; la sorcellerie, ou maléficerie, est un art de nuire aux hommes par la puissance du diable. Il y a cette différence entre la magie et la sorcellerie : que la magie a pour fin principale l’ostentation, et la sorcellerie la nuisance. »
P. 960, fin du tome I :
« Mais, pour combattre avec efficacité les stratagèmes de l’enfer,
il faut être un saint. Le croyant, qui est aussi, hélas ! un grand
pécheur, ne peut pas grand’chose contre les puissances diaboliques ; mais,
si ce chrétien indigne a su du moins conserver sa foi, s’il sait la retrouver
après les tristes heures de défaillance, s’il est, en outre, un observateur
doublé d’un médecin, et s’il est ou a été en mesure d’assister à des phénomènes
étranges et troublants, il les note, les étudie, les rapporte, et, dans la
mesure de ses faibles forces, il en tire argument et travaille en ceci pour la
cause de Dieu : c’est la son seul mérite, et il est bien petit. »
Tome II :
P. 131 :
« Le Rituel de la
haute Magie, dont l’auteur est le F.˙. Constant, prêtre apostat,
chevalier Kadosch, ami intime du F.˙. Ragon, et le chef d’un groupe
luciférien chez lequel le F.˙. Walder recruta les premiers adeptes
nécessaires à la constitution du Palladisme en France. »
P. 146 :
« Il est arrivé à des
catholiques de perdre de vue que, dans ces apparitions, c’est le diable qui se
montre ; oui, un chrétien fidèle, un auteur catholique, comme M. de
Mirville, a cru vraiment que ce sont les trépassés eux-mêmes qui
apparaissent. »
« Vous ne souffrirez point ceux qui
jettent des maléfices, ils méritent la mort. » (Exode, XXII, 18.)
« Que personne parmi
vous ne consulte les devins… ne pratique de maléfice ni d’enchantement… Car le
Seigneur déteste toutes ces choses, et c’est pour de tels crimes qu’il
anéantira ces peuples (les idolâtres) devant toi. » (deutér., XVIII,
9-12.)
P.232 :
Saint Thomas d’Aquin :
« Quelques-uns disent
que le maléfice n’est que dans l’imagination, et qu’on traite de maléfices des
effets très naturels, dont les causes sont occultes. L’Eglise nous atteste la
grande puissance des démons sur les corps et sur l’imagination de l’homme,
quand Dieu le permet ; c’est de là que viennent les prodiges des
magiciens… Cette opinion que les maléfices sont naturels a pour origine le
manque de foi et l’incrédulité ; car les impies croient que les démons
n’existent que dans les opinions du vulgaire, qui leur impute ses frayeurs imaginaires. »
P.280 :
« En vain, les rares
adversaires qui se sont élevés contre moi dans la presse catholique s’efforcent
de représenter les Jules Bois et Huysmans comme de simples observateurs, comme
des hommes qui se bornent à étudier l’occultisme en interrogeant ses
adeptes ; c’est là une hypocrisie nouvelle, une manœuvre pour dissimuler
aux catholiques le travail souterrain de nos satanistes modernes.
Je ne citerai qu’un exemple
de cette supercherie ; mais il est caractéristique.
Voici comment Georges Bois
apprécie son homonyme Jules Bois, l’occultiste :
« Le scepticisme
de M. Jules Bois est aux antipodes de la foi catholique. Mais on ne saurait lui
contester sa compétence et son expérience des choses de l’occultisme ;
c’est un spécialiste d’une autorité reconnue… M. Jules Bois publie sur
l’occultisme une série d’études : les Petites Religions de Paris.
Après avoir parlé du bouddhisme, il vient au luciférianisme et à
l’essénianisme. Sa méthode consiste à écouter les praticiens de ces diverses
spécialités et à résumer ses interviews avec la plus indifférente et la plus
sceptique exactitude. » (Extrait de la Vérité, n° du 5 mars
1894.)
« M. Jules Bois n’est
pas un palladiste ; il ne voit pas en Lucifer le principe du Bien, l’égal
du Dieu des chrétiens et son antagoniste finalement vainqueur. […] Pour lui,
Jésus est un magicien, dont les préceptes ont du bon, comme ceux d’autres
magiciens, Simon, Apollonius de Tyane, qu’il met sur le même pied d’égalité que
le Christ. »
P.284 :
« Si M. jules Bois est
un égaré, un instrument inconscient du diable, un simple possédé qui se croit
un mage ayant l’inspiration divine, l’autre Bois, le George Bois qui se dit
catholique abuse étrangement de la confiance de ses lecteurs en faisant passer
à leurs yeux pour un indifférent et un sceptique son homonyme l’occultiste
dogmatisant et pratiquant, le croyant en Satan futur Messie, l’initié
convaincu, disciple de Boullan l’apostat.
Et une question se pose à
l’esprit de quiconque n’est pas de parti-pris :
Quel intérêt M. Georges Bois
a-t-il à sophistiquer à ce point la vérité ? Quel but poursuit-il, à
quelle mystérieuse consigne obéit-il, en dissimulant avec une opiniâtreté
inouïe l’œuvre puissante du satanisme dans la société moderne, en s’efforçant
de discréditer de toutes manières (heureusement sans y parvenir) tout homme qui
vient déchirer les voiles du magisme infernal de notre époque et mettre en
garde la chrétienté contre une organisation ténébreuse, l’âme de toutes les
sectes anticatholiques et en particulier le moteur occulte de la
franc-maçonnerie ?… Oui, quel est le ressort caché de cette conduite
incompréhensible ? Voilà ce que se demandent ceux qui apprécient ma
campagne contre les sectateurs de la religion luciférienne, en considérant,
d’autre part, les moyens déloyaux employés pour la faire échouer.
Note :
Un de mes abonnés m’envoie
un exemplaire du journal l’Eclair, numéro portant la date du jeudi 18
mai 1893, où se trouve, aux faits divers, un entrefilet révélant l’existence
d’une société de plaisir, non secrète évidemment, mais peu connue, dont je
demande pardon à mes lecteurs de reproduire le nom. Cette société, qui
fonctionne à Paris, s’appelle : les Bons Bougres, et a, paraît-il,
un banquet annuel.
« Le déjeuner annuel
des « Bons Bougres », dit l’Eclair, a eu lieu hier avec une
joyeuse animation. Parmi les convives : MM. Deschamps, président du
Conseil général ; Albert Pétrot, conseiller municipal ; Paul Vivien,
président de la Ligue de l’Intérêt public ; … nos confrères Charles
Raymond, Joseph Gayda, Georges Bois ; les acteurs Paul Mounet, etc. »
Je n’irai pas jusqu’à dire
que cette société des bons Bougres est un triangle luciférien, ni même
une émanation de loges maçonniques, non certes ! Sauf erreur, nous avons
affaire là tout simplement à un groupe de joyeux vivants, pour employer le
terme boulevardier. Mais il n’empêche que les sociétaires comptent parmi eux
des francs-maçons notoires : le F.˙. Deschamps, qui est ou a été
vénérable de loge, et qui appartient certainement au Grand Orient de France ;
le F.˙. Vivien, maçon des plus actifs, lui aussi, vénérable de la loge Droit
et Justice, également du Grand Orient de France ; le F.˙. Albert
Pétrot, aujourd’hui député, Rose-Croix, vénérable d’honneur, membre et
secrétaire du Conseil de l’Ordre, toujours au Grand Orient de France.
D’autre part, il est à
remarquer que l’Eclair a imprimé « Georges Bois » et non pas
« Jules Bois ».
Il est à remarquer encore
que M. Georges Bois (le rédacteur de la Vérité, journal catholique),
dans son volume intitulé Maçonnerie nouvelle du Grand Orient de France,
a falsifié les documents qu’il a reproduits concernant les convents de 1889,
1890, 1891 ; que ces falsifications consistaient à enlever les noms de francs-maçons
militants se trouvant au cours des documents maçonniques officiels et à les
remplacer par des désignations incompréhensibles pour le public, lui
cachant ainsi les personnalités (une longue nomenclature de ces falsifications
a été publié dans le 1er numéro de la Revue mensuelle, religieuse,
politique, scientifique) ; que ces falsifications sont d’autant plus
coupables, que, dans son livre même, M. Georges Bois déclare qu’il faut publier
les noms des francs-maçons, « afin que les catholiques sachent qui ils ont
devant eux » (page 514) ; qu’il a été obligé, pris sur le fait, ne
pouvant nier, d’avouer ces falsifications (Vérité, n° du 5 février
1894) ; que le Saint-Siège prescrit l’obligation générale de dévoiler les
noms des francs-maçons et particulièrement ceux des chefs, des coryphées, des
militants, et cela sous peine d’excommunication (bulle Apostolicae
Sedis ; consultation du Saint-Office en réponse à une lettre de Mgr
l’évêque de Bayonne, 19 avril 1893) ; que plusieurs des falsifications de M.
Georges Bois ont eu notamment pour effet de cacher aux catholiques le rôle
personnel, violemment antichrétien, joué par le F.˙. Albert Pétrot dans
les convents de la francs-maçonnerie.
[…] Enfin, mon abonné me
fait observé très judicieusement la coïncidence singulière qui existe entre la
date du déjeuner Deschamps-Vivien-Pétrot-Bois (Georges) et la date de
l’ouverture des hostilités du journal la Vérité contre mes révélations
démasquant la haute-maçonnerie. En effet, la campagne si incompréhensible de M.
Georges Bois a commencé immédiatement après cette petite ripaille intime où
figuraient trois importants chefs francs-maçons. »
P.376 :
« Je n’ai pas pénétré
chez les Odd-Fellows, ayant assez à faire chez les Palladistes ; mais, une
partie de ceux-là (les initiés de la seconde classe) étant en rapports avec
ceux-ci, ayant la correspondance directe de Charleston, étant reçus dans les
triangles, j’en sais suffisamment pour pouvoir tracer à grands traits une
esquisse de cette société non moins satanique que l ‘autre.
En outre, je complèterai,
dans ce bref tableau, mes renseignements personnels par ceux de mon excellent
ami M. A.-C. de la Rive, qui est un travailleur infatigable, doublé d’un
enquêteur habile, sachant à merveille diriger où il faut ses recherches et
possédant des moyens sûrs d’information, dont son récent volume La Femme et
l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie Universelle a fourni l’éclatante preuve.
Nous avons, lui et moi, en diverses circonstances, travaillé chacun de notre
côté, en des enquêtes parfois bien délicates, hérissées de difficultés, nous
livrant parallèlement à des investigations sur des questions identiques ou
analogues, et, je dois le dire, nos renseignements ont parfaitement concordé.
Je vais donc relever ici
quelques notes de M. A.-C. de la Rive (La Franc-Maçonnerie démasquée,
numéro d’avril 1894).
L’Ordre des
Odd-Fellows : il y a deux classes d’adeptes, dont l’une absolument secrète
qui s’intitule : « Ré-Théurgistes Optimates », exactement comme
les Palladistes. Il y a encore une différence entre les Palladistes, qui n’ont
qu’une classe (en cinq grades), et les Odd-Fellows, c’est que, chez les
premiers, le prétendu Dieu-Bon est invoqué uniquement sous le nom de Lucifer
(sauf en Italie), tandis que les Odd-Fellows parfaits initiés disent
indifféremment Lucifer ou Satan. Ajoutons encore que les Palladistes nomment
leurs groupes triangles, alors que les Odd-Fellows appellent les
leurs loges, comme dans la maçonnerie ordinaire des grades
symboliques. »
P.428 :
« Si d’autre part, des
profanes s’obstinent à douter encore, je ne saurais mieux faire que de leur
recommander une expérience conseillée déjà par M. Léo Taxil ; c’est cette
expérience qui a mis M. de la Rive sur la piste de toutes ses découvertes. Elle
consiste à se procurer des collections de journaux secrets de la secte ;
ce n’est pas chose impossible ; en tous cas, toute personne habitant Paris
peut les feuilleter à la Bibliothèque Nationale. Si l’on ne veut pas perdre son
temps à recueillir des noms, il suffira de se procurer le Manuel Général de
Maçonnerie, par le F.˙. Teissier, 33e. Ce livre, qui est
d’un usage courant en maçonnerie, n’est pas un antique bouquin du siècle
dernier, que les Georges Bois et autres complaisants négateurs des turpitudes
de la secte pourraient récuser comme rapportant des pratiques abandonnées
aujourd’hui : c’est un livre tout à fait contemporain, imprimé pour la
première fois en 1883 (imprimerie des F.˙. Putel et Désableau, à Pontoise)
et figurant sur les catalogues des librairies maçonniques en cette présente
année 1894.
On n’aura qu’à ouvrir ce
livre à la page 243, et l’on sera pleinement édifié sur l’existence des loges
androgynes à l’heure actuelle. […]
Eh bien, le curieux lira,
dans ce manuel tout contemporain, quarante-deux pages consacrées à toutes les
indications utiles aux frères servants pour la préparation de la salle aux
tenues des grades du Rite d’Adoption, c’est-à-dire aux tenues
androgynes. »
P.443 :
« Si les sœurs maçonnes
ont leur grande part dans le combat de la secte internationale contre l’Eglise
de Jésus-Christ, combien plus important encore est le rôle des juifs. Les sœurs
maçonnes sont, sauf quelques rares exceptions, des instruments ; les
juifs, au contraire, sont des inspirateurs, ils participent aux plus violentes
entreprises, ils attisent les haines antichrétiennes au foyer des loges, et, de
connivence avec le Palladisme où bon nombre d’entre eux sont chefs, ils ont
même leurs arrière-loges spéciales, confédérées à l’insu des maçons vulgaires
et gouvernées par le Souverain Conseil Patriarcal de Hambourg.
Ici, je suis obligé de ma
séparer complètement de M. Léo Taxil.
M. Léo Taxil s’est plus
occupé de mettre des rituels au jour, que d’étudier l’histoire de la secte.
Dans cette excellent ouvrage Les Mystères de la Franc-Maçonnerie, il a à
peine tracé une esquisse de l’histoire de l’Ordre, et l’on voit, en le lisant,
que c’est là un travail hâtif, fait à l’aide de notes prises au courant de
rapides lectures, fort incomplètes ; en un mot, le temps lui a manqué, il
n’a pas approfondi. Du reste, M. Léo Taxil a déclaré que ce n’était là qu’une
ébauche et qu’il se proposait d’écrire un jour, en entrant dans les détails,
l’histoire complète de la franc-maçonnerie.
M. Léo Taxil ne croit pas
que juiverie et maçonnerie se tiennent ; il est convaincu qu’il y a
incompatibilité entre la qualité de franc-maçon et celle d’israélite
pratiquant ; il constate que ce ne sont pas les juifs qui ont créé la
franc-maçonnerie, et il se refuse à admettre qu’un israélite, croyant en sa
religion, puisse adopter dans les loges une liturgie où les épisodes les plus
respectables, les plus sacrés de la Bible servent de thème à des parodies
impies.
Voilà, en six lignes, la
thèse de cet auteur. Il est mon ami, et je le sais de bonne foi. Mais il se
trompe ; il se trompe absolument. […]
Le rabbin est infiniment
rare dans les loges, je le reconnais, tandis que les pasteurs protestants y
pullulent ; c’est sans doute ce qui a trompé M. Léo Taxil. »
P.506 :
« J’appelle l’attention
de Léo Taxil sur ce point. Il est bien certain que Crémieux était un
« vrai juif de synagogue », un israélite pieux dans sa religion. Cela
l’a-t-il empêché d’être un maçon actif et même un des chefs ? »
P.826, dans un note :
« J’avais l’intention
de publier les adresses des locaux servant à Paris aux réunions des palladistes
et autres occultistes, surtout après que M. Georges Bois (de la Vérité)
me porta un défi à ce sujet, en niant, d’une part, ces réunions, et en
affirmant, d’autre part, que les vrais satanistes n’étaient pas ceux dont je me
suis occupé ; M. Bois, on s’en souvient, ajoutait que les vrais satanistes
parisiens avaient, dans le quartier Saint-Sulpice, vingt-deux chapelles
secrètes où se dirait la messe noire. Mais plusieurs conseillers prudents m’ont
vivement engagé à abandonner ce projet, en me faisant observer que le défi de
M. Georges Bois cachait sans aucun doute un piège ; car M. Bois, qui me
sommait en quelque sorte de faire la publication précise des locaux
d’occultisme à ma connaissance, c’est-à-dire imprimer les noms des rues avec le
numéro des immeubles, se gardait bien d’en faire autant pour les prétendues
chapelles secrètes dont il parlait. En effet, étant donné que j’ai décrit dans
cet ouvrage les scènes horribles qui se passent d’ordinaire dans les antres du
palladisme et que j’en ai montré toute l’immoralité et vu aussi la résolution
prise dans le Convent de Paris de septembre 1894 de poursuivre en diffamation
les publications catholiques démasquant la franc-maçonnerie et les
francs-maçons toutes les fois qu’elles pourraient tomber sous le coup de notre
loi imparfaite, laquelle n’autorise pas la preuve des faits allégués, il est
plus que probable qu’en donnant les numéros des maisons, nous nous ferions, mes
éditeurs et moi, intenter, par les propriétaires d’immeubles abritant ces
honteuses pratiques, des procès d’avance perdus pour nous. Ce serait donc, de
notre part, une naïveté de publier ces adresses, quand M. Georges Bois, pour
une autre cause, sinon pour celle-là, ne publie pas les siennes.
Toutefois, voici quelques
indications, dans la mesure du possible :
L’hôtel du Grand Orient de
France n’abrite pas de réunions palladistes ; mais il n’en est pas de même
de l’immeuble où se trouve le siège du Suprême Conseil du Rite Ecossais, rue
Rochechouart. La Mère-Loge le Lotus de France, Suisse et Belgique a ses
tenues administratives rues Saint-Antoine et ses tenues expérimentales et
liturgiques dans un immeuble particulier, tout près du couvent du Sacré-Cœur et
dans l’îlot même de maisons où est l’Archevêché ; l’entrée est rue
Varennes. Un triangle sous-loue à certains jours, pour ses réunions au 1er
degré masculin, une salle, rue Payenne ; mais ses réunions androgynes ont
lieu aux trois S. Un autre triangle reçoit l’hospitalité d’une secte
occultiste, qui est loin d’être mal vue par le Grand Orient de France, les
Théophilanthropes ; ce temple est situé rue Croix-Nivert. Enfin, dans la
petite rue de la Huchette, se trouve un des antres secrets du satanisme le plus
honteux, le plus avilissant ; les initiés le désignent sous le simple nom
de « Caveau ». »
P.846 :
« Dans le palladisme,
comme ailleurs, il y a une sorte d’émulation, un esprit de gloriole, qui amène
l’invention de récits exagérés. Tel visiteur, venant dans un triangle étranger
et y assistant à une œuvre de grand-rite, dit souvent, à la sortie, en
causant : « Oh ! Chez nous, nous avons tel frère ou telle sœur,
qui, en état de pénétration, opère tel et tel prodiges, bien plus merveilleux
que ce que je viens de voir ici ». C’est l’éternelle histoire du
marseillais et du gascon, qui, renchérissent sur ce qui leur est arrivé. »
P. 945, Appendice – Réclamations et rectifications :
« Il est bien certain,
- et mes lecteurs l’ont compris dès le début, - qu’en écrivant un ouvrage aussi
considérable que celui-ci, je n’ai pas eu la prétention de ne jamais commette
une erreur dans mes récits, encore moins en rapportant ceux qui m’ont été faits
par des tiers, si dignes de foi que ceux-ci puissent être.
Ainsi que je l’ai dit chaque
fois qu’il y a eu lieu, il s’est trouvé tels et tels faits dont je me suis
borné à me faire l’écho, lorsqu’il m’ont été certifiés par des personnes
n’ayant aucun intérêt à me tromper ; je peux alors avoir mal retenu
certains points non essentiels.
En ce qui concerne mes
observations personnelles, j’ai pu aussi me tromper parfois, mais alors plutôt
dans mes appréciations que dans les constatations de faits ; car j’ai été
sincère. […]
Il n’est pas un seul
ouvrage, même parmi les mieux documentés, parmi ceux qui font le plus autorité,
qui soit absolument impeccable et qui échappe aux erreurs de détails. Celui-ci
a été minutieusement épluché, tant par les adversaires que par grand nombre de
catholiques incrédules ou défiants. J’ai annoncé à plusieurs reprises que le
champ était ouvert aux réclamations, qu’un appendice serait consacré à toutes
les protestations qui se produiraient ; avec les retards que la
publication a subis dans la seconde année, la période qui s’est écoulé depuis
l’apparition du 1er fascicule (20 novembre 1892) jusqu’à aujourd’hui
(20 mars 1895) est donc de deux ans et quatre mois ; ces fascicules n’ont
pas été ignorés des intéressés, et n’ont pas passés inaperçus, puisque, dans
tous les pays, même au Canada et en Australie, des articles ont été consacrés à
cet ouvrage par la presse favorable et par la presse hostile, puisque les
épisodes les plus saillants ont été traduits dans toutes les langues (et je
parle seulement de ceux envoyés à mes éditeurs ou à moi-même). Eh bien, en deux
ans et quatre mois, sur près de deux mille personnes figurant nommément dans
cet ouvrage, sept seulement, sept en tout, ont envoyé une lettre de
réclamation. »
[…]
« M. Georges Bois
Ici, il importe de débuter
par une remarque : ce n’est pas moi qui ai mis M. Georges Bois en
cause ; il s’y est mis lui-même, par des attaques faites avec une violence
inouïe.
C’est lui qui, le 19 juin
1893, imprimait ceci dans la Vérité ( ?) :
« … Le feuilleton
illustré du Dr Bataille, rendons-lui cette justice, n’est pas obscène. C’est une
fumisterie violente, à peu près l’histoire de M. de Crac devenu franc-maçon…
Nous ne consentirons pas à qualifier d’innocent le parti pris de se moquer du
public catholique en lui présentant comme la vérité même, appuyée de
témoignages personnels et de démonstrations pieuses, - parfois trop pieuses et
même ratées, - une série d’inventions abominables ou dégoûtantes, poussées,
sans ménagement pour l’imagination du lecteur, jusqu’à
l’invraisemblable. »
Quelques temps après, M.
Bois, étonné que je n’eusse pas laissé passer sans protester une pareille
sortie, se plaignait, toujours dans la Vérité, de la riposte du Dr
Bataille, et il ajoutait : « Il est vrai que j’ai traité son œuvre de
fumisterie et d’imposture ». Mais notre homme ne reconnaissait nullement
ses torts.
Il eût peut-être été bon de
consigner ici tous les incidents de cette polémique, où M. George Bois a
accumulé mensonges sur mensonges, ne désarmant pas, ayant toujours la
prétention d’avoir le dernier mot, lui le provocateur, passant sous silence celles
des répliques où il était irréfutablement prouvé qu’il avait menti ; par
exemple, son audacieuse affirmation, imprimée par lui jusqu’à trois fois, que
c’était lui qui, au mois de mai 1893, m’avait appris la mort du Dr Gallatin
Mackey. Pour le confondre, il n’y eût qu’à exhiber le 4e fascicule
de cet ouvrage, mis en vente le 5 mars 1893 et fini d’imprimer le 28 février,
où, en trois passages (pages 311, 318, 319), il est question de cette mort, où
j’en donnais la date exacte, et le 5e fascicule, paru le 5 avril, où
j’ai publié une notice biographique complète du Dr Gallatin Mackey (de la page
335 à la page 340), avec même le compte rendu des obsèques. Pris la main dans
le sac, M. Georges Bois se garda bien de faire part à ses lecteurs de cette
démonstration concluante ; et c’est là ce qui prouve bien sa mauvaise foi.
Tout autre contradicteur eut saisi avec empressement cette occasion de faire
une paix honorable et de désavouer, de démasquer même le drôle qui lui avait
soufflé ce mensonge maladroit. Vingt fois, M. Georges Bois a été ainsi éclairé
sur des erreurs par lui commises dans cette polémique où il se ruait, tête
baissée, comme un fou furieux qui ne veut rien voir ni rien entendre ;
mais jamais il n’a eu la loyauté de se rétracter.
Oui, l’historique de cette
polémique mériterait de rester à la fin de ce volume ; malheureusement, la
place me fait défaut. Du moins, les principaux incidents se trouvent relatés,
attaques reproduites et réponses, dans la collection de la Revue Mensuelle.
Quant à moi, au cours de la
polémique, il m’est arrivé de commettre une erreur (page 284 du second volume).
Une similitude absolue de nom et de prénom m’a fait croire, à la suite d’une
communication d’un abonné, que mon adversaire était membre d’une société dite
des Bons Bougres. Il y a, paraît-il, deux Georges Bois, tous les deux
journalistes, tous deux amis du F.˙. Albert Pétrot. On avouera que le
quiproquo, au sujet des Bons Bougres, était facile à commettre, quoique
dise M. Georges Bois, celui de la Vérité ; et, sur l’honneur, je
déclare avoir ignoré l’existence de cet homonyme ; sa signature au bas
d’un feuilleton, si le hasard avait fait tomber sous mes yeux le journal qu’il
publiait, n’eût contribué qu’à me donner à croire que l’unique Georges Bois
connu de moi en était l’auteur. Mais, sitôt que j’ai reçu la réclamation de mon
adversaire, j’ai inséré intégralement sa lettre sur le bulletin qui servait de
couverture au 17e fascicule (n° d’avril 1894). M. Bois, me
signifiant sa lettre par huissier, me sommait de l’insérer immédiatement dans
le texte de l’ouvrage, c’est-à-dire d’interrompre ma publication en son
honneur ; j’ai refusé d’obtempérer à cette prétention inadmissible, car un
volume n’est pas un journal. Avec la présente insertion, cela fait donc deux
fois que je fais connaître à mes lecteurs la protestation de mon
adversaire ; et, en outre, je l’ai mentionnée en note dans le corps de
l’ouvrage, page 643 (second volume), en lavant de nouveau M. Georges Bois du
soupçon d’avoir fait partie des Bons Bougres. C’est qu’en effet il n’en
coûte jamais de reconnaître une erreur, quand elle a été commise de bonne foi.
Voici la lettre en
question :
« Paris, le 31 mars
1894.
Monsieur,
Dans votre dernier fascicule
du Diable au XIXe siècle, paru ce présent mois de mars, je lis page
280 : « M. Georges Bois ment, trompe ses lecteurs, etc. » Un peu
plus loin (page 184), je suis soupçonné « d’obéir à une mystérieuse
consigne, de dissimuler avec une opiniâtreté inouïe l’œuvre puissante du
satanisme…, etc. » Enfin, p.284 et 285, dans une longue note, vous me
montrez, d’après l’Eclair du 18 mai 1893, prenant part au déjeuner
annuel d’une société dite des Bons Bougres. Au nombre des convives, sont
trois notables francs-maçons, et vous notez cette coïncidence que les articles
de la Vérité touchant le Diable commencent « immédiatement
après cette petite ripaille intime. » Ces expressions ne sont pas de celui
de vos abonnés qui vous envoie l’Eclair. Elles sont de vous, et
inexcusables.
Voilà plus qu’il n’en faut
pour donner ouverture au droit de réponse.
Le ton de votre récit montre
que vous avez cru être sûr au moins d’un fait. Malgré toutes les apparences,
vous vous êtes trompé. Je n’assistais pas au déjeuner dont parle l’Eclair
et je ne suis pas membre de la société qui se le donnait. Je ne suis point le
Georges Bois dont l’Eclair a parlé. J’admets que votre abonné qui a lu
l’Eclair ne soit pas tenu de connaître tous les homonymats de la presse
parisienne Celui-là existe (prénom compris) ; vous pourriez le voir
aujourd’hui même par le feuilleton du Petit Moniteur ; vous
pourriez le voir aussi par d’autre œuvres. Au reste, je n’incrimine pas les
déjeuners de mes homonymes ; je constate que cet homonyme (nom et prénom)
existe et qu’il est connu dans la presse depuis une dizaine d’années. Je veux
admettre que votre correspondant a commis cette méprise de bonne foi, et que
vous l’avez partagée par simple inattention.
Mais elle est suivie d’une
erreur qui vous est bien personnelle et qui me donne le droit le plus absolu de
faire appel à votre loyauté. Il y a coïncidence, dites-vous, entre ce déjeuner
du 18 mai et la polémique de la Vérité ? Cette coïncidence n’existe
pas en fait. Si elle existerait, elle résulterait de ce que la Vérité a
été fondée le 15 mai 1893. Mais comment ne vous êtes-vous pas rappelé que nous
nous étions rencontré dès le 5 mai ? Et ce, pour discuter des objections
bien antérieures elles-mêmes à cette conversation ?
Ce qui est exact, c’est que
la Vérité a fait mention du Diable pour la première fois le 19
juin, incidemment, en même temps que du livre de M. Huysmans, dans un article
qui traitait de l’occultisme en général. Et l’intention du journal était de
n’en plus reparler. J’étais en province depuis trois mois et je ne lisais même
plus le Diable, lorsque j’ai appris inopinément que j’avais à répondre
au Bulletin mensuel. J’apprenais du même coup l’existence de ce
bulletin. J’ai donc répondu.
Voilà ce que vous appelez
mon opiniâtreté inouïe. Je n’ai fait que me défendre et je n’y ais mis d’autre
opiniâtreté que celle de la modération.
Je vous requiers, bien
entendu, d’insérer la présente réponse, non sur la couverture violente du Diable,
mais sur le texte même du prochain fascicule, en une place et avec le même
caractère que la note des pages 284 et 285.
Quant aux appréciations qui
sont dans le texte, je proteste une fois de plus que je « n’obéis » à
aucune « mystérieuse consigne » et que la discussion que vous me
reprochez serait depuis longtemps close si vous n’aviez tenu à la poursuivre.
Veuillez, monsieur, agréer
l’expression de mes sentiments distingués.
Georges Bois,
Paris, 11, rue
d’Arcole. »
Il est facile de comprendre
que j’ai cru tout naturellement que la campagne inqualifiable de la Vérité
était une des conséquences du dîner avec le F.˙. Pétrot et autres
« bons bougres », puisque la coïncidence de date était frappante, et
puisque je voyais, trompé par les apparences, l’un des convives du dîner
dont il s’agit, en M. George Bois, de la Vérité (qui est, du reste, ami
personnel du F.˙. Pétrot) ; quant à la prétendue rencontre du 5 mai,
dont M. Bois parle dans sa lettre, mon contradicteur joue sur les mots. C’est
le 5 mai que je fis, au Salon de la Société Bibliographique, sur la demande de
M. de Marolles, une conférence sur mes voyages et mon enquête ; M. Bois se
trouvait dans l’assistance, c’est ce qu’il appelle « notre
rencontre ». Lorsque je vins à dire que le successeur d’Albert Pike au
souverain pontificat de la secte était Albert-Georges Mackey, un monsieur,
alors totalement inconnu de moi, se leva et me cria dans une interruption :
« Monsieur, permettez-moi de vous apprendre que le F.˙. Mackey, dont
vous faites le successeur de Pike, est mort en 1881, soit dix ans avant Pie, et
que le successeur de Pike est le F.˙. Bachelor. »
Ce monsieur était M. Georges
Bois. Moi qui, deux mois auparavant, avait publié qu’il ne fallait pas
confondre les deux Mackey, le docteur Gallatin et son soi-disant neveu (premier
volume, page 311), moi qui, un mois auparavant, avait publié le compte-rendu
des obsèques du docteur Gallatin Mackey, mort à Fortress-Monroë le 20 juin 1881
(page 322 et page 340), je ne pouvais que prendre en pitié une interruption
aussi inepte ; aussi j’y répondis par un haussement d’épaules, c’est ce
que M. Bois appelle « notre conversation ».
Du reste, toute la polémique
de M. Georges Bois a été faite avec la même mauvaise foi. Le plus fort, c’est
qu’il a l’aplomb, dans la lettre ci-dessus, de dire que la Vérité, après
son article du 19 juin 1893, avait l’attention d’en demeurer là, et qu’il ne
m’a répliqué que parce que je lui ai répondu dans le Bulletin mensuel
servant alors de couverture à mes fascicules. Or, c’est dans le 3e bulletin,
celui du 11e fascicule, paru en octobre, que j’ai pris la peine,
pour la première fois, de répondre à M. Georges Bois. Or, dans l’intervalle, la
Vérité avait reproduit toutes les attaques imaginées contre moi, à qui
l’on osait opposer comme honnête et loyal l’ignoble F.˙. Cadorna, attaques
de M. Aigueperse, de son correspondant turinois, et de M. Delassus. Et je ne
parle pas des odieuses lettres privées, me calomniant, écrites et envoyées par
M. Bois à tort et à travers. On reconnaîtra, que j’ai fait preuve, au
contraire, d’une grande patience.
Au surplus, à cette heure,
la Vérité est jugée. Elle ne se relèvera pas du blâme sévère que lui a
infligé le Saint-Siège par la lettre officielle du cardinal Rampolla, du 30
janvier 1895, au sujet de son attitude dans la question politique ; et
encore l’éminent secrétaire d’Etat de S. S. Léon XIII, a-t-il eu soin
d’écrire : « En me bornant a la question politique, par la
lecture de la Vérité et par l’esprit qui l’inspire, on a pu constater
que, nonobstant la persuasion où elle est de seconder les vues du Saint-Siège,
elle se trouve avec lui en désaccord. » Etc… Vraiment, c’est bien à la Vérité
qu’il appartenait de donner des leçons aux autres, elle qui vient de se faire
prendre en flagrant délit de diffusion d’œuvres abominables ! Lire l’Union
catholique des Basses-Pyrénées, de Pau (directeur : M. l’abbé
Pon), numéro du 21 février 1895. Sous prétexte de primes à ses abonnés, la Vérité
distribuait des romans mis à l’index et jusqu’aux impiétés de M. Hyacinthe
Loyson, le renégat ! « Des romans, dont les seuls titres font monter
la rougeur au front, est-il dit dans le vaillant petit journal
catholique ; des ouvrages immoraux, impies, condamnés par l’Eglise. »
Prise sur le fait et la dénonciation ayant été publique, la Vérité n’a
pu moins faire que d’interrompre cette propagande malsaine. Dans son numéro du
27 février, elle a balbutié des aveux embarrassés, et a cru s’en tirer devant
l’opinion publique en annonçant qu’elle change son catalogue de primes.
Personnellement, M. Georges
Bois est jugé, lui aussi. Dans un de ses derniers articles, il se plaignait de
ce que, depuis ses attaques acharnés et incompréhensibles, grand nombre de
personnes le tiennent pour franc-maçon déguisé en catholique ; et ici la
loyauté m’oblige à déclarer que je n’ai vu son nom dans aucun des registres
d’archives que j’ai pu consulter. Mais s’il est devenu suspect, M. Bois ne doit
s’en prendre qu’à lui-même. On ne choisit pas pour son alter ego un
Moïse Lid-Nazareth ! On ne se fait pas le répondant d’un agent de
Lemmi ! C’est pourquoi, tant qu’il n’aura pas publiquement avoué ses
torts, rétracté ses méchants articles et ses indignes lettres privées, jeté
par-dessus bord son fidèle Achate sur qui tous les anti-maçons sont fixés, M.
Georges Bois demeurera sous le coup des pénibles vérités qui lui ont été dites
par mon vénérable ami, M. le chanoine Mustel.
« Je ne suis pas,
écrivait le directeur de la Semaine Catholique de Coutances (n° du 14
décembre 1894), en s’adressant à M. Bois, je ne veux pas tirer de vos
relations, ni de vos attaques parallèles, et parfois combinées, une conclusion
qui vous blesse. Mais comment ne pas se rappeler le proverbe : Dis-moi qui
tu hantes… Surtout quand on ne se contente pas de hanter, mais qu’on travaille
d’accord aux mêmes besognes et qu’on s’appuie l’un sur l’autre. »
Dans 1’Echo de Rome du 1er
janvier1894, sous le titre : « Une luciférienne », M. Pierre
Lautier a rendu compte d’une entrevue qu’il a eue avec Diana Vaughan, lors d’un
séjour de celle-ci à Paris :
« Il y a trois mois, lorsque nous avons parlé, non sans de
nombreux détails très précis, du couvent secret de la haute-maçonnerie, qui
s’est tenu à Rome le 20 septembre, nous avons insisté, nos lecteurs doivent se
le rappeler sur l’opposition faite par plusieurs délégués des triangles à
l’élection du renégat enjuivé Adriano Lemmi, comme chef suprême de la secte.
Nous avons, en passant, fait allusion à un incident très vif qui avait marqué
la fin de la séance et qui avait provoqué une démission dans la délégation
d’Amérique : « Il s’agirait même, disions-nous, d’une démission complète
de la maçonnerie. »
Comme toujours, nos renseignements étaient
d’une exactitude parfaite, et nous aurions pu même en dire davantage, si nous
n’avions été tenu, sur quelques points, par une promesse de discrétion
vis-à-vis du public. Aujourd’hui, nous ne sommes plus obligé de garder une
aussi complète réserve ; les inconvénients qu’il y avait alors à nommer la
personne démissionnaire dont il s’agit, n’existent plus.
Les délégués des triangles directeurs au
convent secret du palais Borghèse étaient au nombre de soixante-dix-sept,
avons-nous dit ; ce nombre comprenait soixante-huit frères des hauts grades et
neuf sœurs, Maîtresses Templières. La personne démissionnaire est une de ces
dernières et n’est autre que miss Diana Vaughan, la grande-maîtresse de
New-York, présidente du Parf.˙. Tr.˙. Phébé-la-Rose, et l’une
des plus actives propagandistes du palladisme aux Etats-Unis.
Miss Vaughan est certainement une des
personnalités les plus originales de la haute-maçonnerie ; aussi sa démission
a-t-elle causé un grand émoi parmi les chefs de la secte infernale, et
plusieurs s’efforcent de la faire revenir sur sa décision.
Aussitôt après le couvent du 20 septembre, la
grande-maîtresse de New-York s’est rendue en Angleterre en compagnie des délégués
fidèles au parti de Charleston, c’est-à-dire adversaires de l’élection de
Lemmi ; c’est là que les opposants se sont concertés sur les moyens à
employer en vue de la résistance, qu’ils basent sur l’indignité notoire du
nouveau chef suprême et sur la corruption mise en œuvre par lui pour se faire
élire. Nous tenons de la bouche de miss Vaughan elle-même que le sénateur
italien Carducci l’auteur tristement fameux de l’Hymne à Satan,
aurait reçu plus de deux millions, à lui versés par la caisse de la Banque
Romaine, sur l’ordre d’Adriano Lemmi, pour ne pas poser sa candidature
palladiste en concurrence à celle de ce dernier ; c’est à prix d’or que le
renégat de Livourne, passé à la juiverie, s’est fait élire sans concurrents.
Il y a peu de temps, miss Vaughan faisait un
séjour à Paris. L’ayant appris par un de nos informateurs, nous n’avons pas
hésité à demander une entrevue à l’ex-grande-maîtresse américaine, sans lui
cacher certes nos titres et qualités et en lui faisant bien entendre qu’elle ne
devait considérer notre démarche que comme celle d’un adversaire loyal et
déplorant sincèrement l’erreur où elle est restée ; car, quoique
démissionnaire de la secte, la sœur Vaughan n’en est nullement pour cela une
convertie, nous l’avons bien vite vu, hélas ! Nous avons pensé qu’au cours
de cette entrevue nous pourrions apprendre bien des choses dont profiterait la
cause que nous servons ; c’est dans cet ordre d’idées que nous nous sommes
imposé le tête-à-tête d’un catholique avec une luciférienne militante, et nous
sommes convaincu que nos lecteurs ne nous en blâmeront pas.
Notre demande favorablement accueillie, miss
Vaughan nous ayant fixé rendez-vous à son hôtel pour jeudi le 21 décembre à
onze heures et demie du matin, nous avons été exact, comme bien on pense. Notre
adversaire, qui est tenue à une certaine prudence à raison de son hostilité
contre le nouveau chef suprême de la maçonnerie, n’avait exigé de nous qu’une
promesse : celle de ne pas faire connaître l’endroit où elle séjourne
désormais, quand elle vient à Paris. Nous croyons pouvoir dire toutefois que
c’est un des premiers hôtels de la capitale, l’un de ceux fréquentés par
l’aristocratie princière d’Europe. Ce détail a son importance ; car il
prouve que les chefs de la haute-maçonnerie disposent d’un budget secret
considérable, leur permettant de voyager avec tout le confort des favorisés de
la fortune, qui n’ont rien à se refuser ; cette question de ressources
pécuniaires formidables n’est peut-être pas étrangère à la résolution des
partisans de Charleston, ne voulant pas laisser Lemmi les déposséder d’un
pareil gâteau. Nous donnerons plus loin quelques chiffres.
A l’hôtel de Miss Vaughan, dans le luxueux
salon d’attente, nous avons la bonne fortune de nous rencontrer avec M. le
docteur Bataille, l’auteur renommé du Diable au XIXe Siècle, qui, mieux
que nous, connaît l’ex-grande-maîtresse de New-York, l’ayant vue plusieurs fois
dans ses voyages et l’ayant étudiée d’une façon toute spéciale, tant comme
médecin que comme catholique ; le docteur, qui a gardé avec miss des relations
amicales et qui ne cesse de former des vœux pour sa conversion, nous parle
d’elle en termes émus ; il lui rend visite presque quotidiennement, à chacun de
ses séjours à Paris. Nous nous trouvons aussi avec deux autres anti-maçons. On
le voit, la démissionnaire du 20 septembre entre carrément en lutte contre le
sire Lemmi.
Miss ne nous fait point attendre ; à
peine lui a-t-on fait passer nos cartes qu’elle sort de son appartement et
vient à nous, les mains tendues au docteur. Les présentations ont lieu. A un
artiste dessinateur qui est là et qui est venu lui soumettre un croquis de
sujet maçonnique, elle indique rapidement certaines retouches à faire, donne
des renseignements précis sur quelques menus détails, fait rectifier, supprimer,
ajouter, bref lui fait mettre son dessin au point.
Au docteur Bataille qui vient de lui glisser
quelques mots en anglais, elle répond : « Mon cher ami, vous oubliez que,
lorsque je suis en France, j’aime à ne converser qu’en français. » Et, en effet,
elle parle très correctement, mais sans aucun accent, notre langue, que lui a
apprise sa mère, qui était française.
C’est une jeune femme de vingt-neuf ans,
jolie, très distinguée, d’une stature au-dessus de la moyenne, la physionomie
ouverte, l’air franc et honnête, le regard pétillant d’intelligence et
témoignant la résolution et l’habitude du commandement ; la mise est fort
élégante, mais du meilleur goût, sans affectation, ni cette abondance de bijoux
qui caractérise si ridiculement la majorité des riches étrangères. En voyant
cette personne, si bien douée sous tous les rapports, nous nous sentons envahi
par un sentiment de pitié profonde ; car nous nous disons en nous-même
combien il est déplorable qu’une telle créature soit en proie à une aussi funeste
erreur.
Nous sommes en présence de la luciférienne
convaincue, de la sœur maçonne de haute marque, de l’initiée aux derniers
secrets du satanisme sectaire.
M. le docteur Bataille, dont nous avons eu
grand plaisir à faire la connaissance ce jour-là, nous fait observer, tandis
que miss Vaughan s’explique avec le dessinateur, l’étrange flamme que jettent
ses yeux. A vrai dire, ces yeux-là sont peu communs, tantôt bleu de mer, tantôt
jaune d’or très vif. Le docteur nous rapporte à voix basse quelques-unes de ses
observations sur les lucifériennes qui jouissent, comme miss qui est là, de la
faculté d’extase diabolique, qu’il ne faut pas confondre avec les crises
d’hystérie, ni avec la possession ordinaire, telle qu’elle est bien connue par
les cas officiels d’exorcisation ; ces démoniaques-là, parait-il, font une
simple invocation à leur « daimon protecteur » (celui de la sœur Diana serait
Asmodée), et aussitôt elles tombent comme mortes ; elles restent dans cet
état jusqu’à quatre heures consécutives, vivant d’une autre vie, disent-elles
lorsqu’elles se raniment : cela est pour elles un jeu, une volupté, nous
ajouterons, une joie vraiment infernale ; et c’est là, nous dit le
docteur, une caractéristique de la possession dite à l’état latent. Le docteur
affirme même que ces lucifériennes s’élèvent souvent à une certaine distance du
sol, durant l’extase diabolique, et semblent soutenues, bercées dans l’espace
par des esprits invisibles.
Mais nous sommes venu, non pour assister à
des expériences de satanisme, qui d’ailleurs n’ont lieu qu’en présence
d’initiés, mais pour recueillir des informations sur la grande querelle entre
Adriano Lemmi et les partisans de Charleston.
Justement, miss Vaughan prie les diverses
personnes qui se trouvent dans le salon d’accepter une invitation à déjeuner
avec elle. « Ce sera, nous dit-elle, le meilleur moyen de causer, tous
ensemble. » Nous acceptons.
Dans ce déjeuner-interwiew, nous n’avons pas
appris tout ce que nous aurions voulu savoir ; mais nous connaissons maintenant,
du moins, les bassesses et la complète indignité du pape des francs-maçons.
Malgré toute son habileté, qui nous semble hors de pair, miss Vaughan, pressée
de questions, a laissé échapper devant nous bien des mots qui nous ont donné la
clef de plusieurs mystères.
Nous savons ainsi que, d’après la statistique
la plus récente dressée par le Directoire Administratif de Berlin, l’effectif
général de la maçonnerie universelle a augmenté de plus d’un demi-million
d’adeptes en douze ans (de 1880 à 1892), et que, là-dessus, l’augmentation des
frères maçons est de 404 044 individus, et celle des sœurs maçonnes, de 149 096
individus ; ce qui témoigne une recrudescence énorme dans les ateliers
androgynes. Nous en concluons donc qu’il y a là un très grand danger.
En 1880, le nombre total des loges existant
sur la surface du globe, s’élevait à 137 065 ; pour 1892, le Directoire
Administratif de Berlin a constaté, cette année-ci, d’après les rapports des
Suprêmes Conseils et Grands Orients, que ce nombre total des loges s’est élevé
à 141 425. Il n’y a donc eu, en douze ans, qu’une augmentation de 4 320
ateliers-souches, et, comme l’augmentation par adeptes (chiffres exacts) est de
553 140 individus, il s’ensuit qu’en moyenne les loges existantes sont très
prospères, en dehors même des nouvelles loges créées.
Tout en étant démissionnaire (et encore
l’est-elle bien irrévocablement ?), miss Vaughan mettait un certain
orgueil à citer ces chiffres. Le docteur Bataille, qui l’a revue après nous,
n’a pas eu de peine à se faire donner le détail de la statistique des adeptes
en état d’activité, pour l’année 1892, et il a bien voulu nous communiquer le
tableau suivant, résumant les relevés officiels de la secte :
Nombre des Frères
Maçons :
Etats-Unis d’Amérique……………………….…5 805 320
Autres républiques américaines et
Canada……...4 581 208
Cuba et Porto-Rico………………………………....19 717
Asie et Océanie…………………………………....675 953
Afrique, y compris l’Egypte……………………..…87
882
Europe………………………………………..….7 966 148
Total des Frères……………………………..….19 136
228
Nombre des Sœurs Maçonnes………………...…2 725 556
Total général des adeptes…………………….…21 861
784
Sur la question des capitaux dont la secte
dispose, nous avons eu plus de difficultés à arracher à miss Vaughan quelques
chiffres. Evidemment, elle s’était fixé, au préalable, jusqu’où iraient ses
confidences et tenait surtout à nous armer contre Lemmi. « Les ennemis de
Lemmi sont mes amis », tel avait été son premier mot quand nous engageâmes
la conversation. Aussi, cherchait-elle à se dérober, chaque fois que nous
voulions l’entraîner sur un autre terrain.
« _ Non, messieurs ! Sur ceci, je
n’ai rien à vous dire. »
Nous insistions, notamment au sujet du
palladisme ; mais en vain.
« _ Vous n’obtiendrez rien de moi. Je
vous en prie, parlons d’autre chose… On m’a dit que le Pape désire acquérir le
palais Borghèse, pour en expulser Lemmi ; il fera bien. Je voudrais le
voir chassé de partout, sans feu ni lieu ; cet homme est la honte de
l’humanité. »
Lemmi peut se vanter d’avoir en miss Diana
quelqu’un qui le déteste cordialement. Chaque fois qu’elle prononce son nom,
c’est avec un mépris indéfinissable.
Par contre, elle ne parle de feu Albert Pike
qu’avec une véritable vénération.
« _ Etait-il bien, de sa
personne ? » lui demandons-nous.
« _ Oh ! Oui, répond-elle ; un
grand et beau vieillard. Et la belle tête ! Avec sa grande barbe blanche
et ses beaux longs cheveux blancs ! Une tête de patriarche !... Et
pas un exploiteur, lui ! Tout à sa mission ! L’homme de tous les
dévouements !... »
En disant cela, elle renversait la tête en
arrière et levait ses yeux, comme si elle plongeait son regard dans une vision
qui nous échappait.
« _ Vous regardez vers le ciel ? »
lui disons-nous brusquement.
« _ Mon ciel n’est pas le vôtre ! »
nous riposte-t-elle avec la même brusquerie.
Nous revenons sur la question des
« métaux ». Le docteur essaie de la faire parler, en la piquant par
l’ironie.
« _ Voyons, miss, lui dit-il, qu’est-ce
que ça peut vous faire de causer de cela ? Nous savons bien à peu près ce
qu’il en est. Dans la scission projetée par les partisans de Charleston, le
fond du sac, c’est le un-pour-cent du prélèvement général qui est attribué à la
direction suprême. Vos amis ne veulent pas abandonner le droit au maniement des
millions qui vont au Sanctum Regnum ?... Allons, avouez-le, c’est cela,
rien que cela ! »
Elle ne répond rien et se contente de
sourire.
« _ Le total des collectes annuelles,
continue le docteur, s’adressant à nous, s’élève parfois jusqu’à quatre
millions... »
« _ Et plus ! » fait miss Vaughan,
se décidant à parler cette fois.
« _ Là-dessus, poursuit le docteur, les
Suprêmes Conseils et les Grands Orients perçoivent en moyenne le
trente-pour-cent sur les ateliers de leur juridiction, et dans quelques pays
ils n’en sont guère plus riches pour cela. Mais le un-pour-cent que les chefs
de centres prélèvent pour l’envoyer à la direction suprême, à l’insu des loges,
tout en passant inaperçu dans les comptes particuliers de chaque juridiction,
forme un total énorme, puisqu’il frappe la recette générale brute... Trente-six
millions par an pour le budget du palladisme... Voyons, miss, n’est-ce point
cela ? Je le répète : trente-six millions. »
« _ Et plus ! » murmure encore l’ex-grande-maîtresse
de New-York.
C’est tout ce que nous avons pu obtenir
d’elle sur ce chapitre.
Heureusement, sur d’autres points, miss
Vaughan a été plus loquace, et nous pourrons, de temps on temps, jeter la
lumière sur bien des événements qui parfois paraissent incompréhensibles. La
sœur Diana ne nous a demandé le secret sur rien de ce qu’elle nous a dit.
« _ Les coquineries de Lemmi n’ont pas à
être protégées par le serment de discrétion, nous déclare-t-elle ; si ce
sont-là des armes pour vous, peu m’importe ! La probité avant tout !
»
Nous lui disons encore :
« _ Vous êtes l’ennemie jurée du
Vatican ; pourtant, vous ne le connaissez pas. »
« _ En effet, je ne suis allée à Rome
que deux fois, pour affaires (sic), et le Vatican ne m’a certes point attirée.
Du reste, je n’aime pas l’Italie ; à chacun de mes deux voyages, j’ai eu
hâte d’en partir le plus tôt possible. J’aime la France, et l’Italie hait la
France. Un peuple de mendiants, les Italiens ! Mais New-York et Paris,
voilà les deux villes que j’aime. »
Prévoyant le cas où elle aurait à retourner à
Rome et où nous nous y trouverions en même temps, nous nous risquons à lui
proposer de rendre visite à quelque prince de l’Eglise, espérant que la
curiosité pourra l’amener à vaincre ses préjugés. Nous lui nommons un cardinal,
qui nous honore de son amitié.
« _ Me rencontrer avec un
cardinal ! Nous réplique-t-elle ; moi, aller chez un cardinal ?…
Oh! non, cela, jamais ! »
Lorsqu’on nous eut servi le café, miss
Vaughan fit apporter des liqueurs ; elle demanda de la fine champagne et
de la chartreuse. Détail significatif : elle ne toucha pas à cette liqueur
et prit même plaisir à nous en servir, comme une malice d’enfant
espiègle ; quant à elle, elle but du cognac dont le velouté dénonçait
l’extrême vieillesse. L’hostilité envers l’Eglise, poussée jusqu’à l’abstention
de la liqueur des Chartreux, voilà qui est typique.
Nous en fîmes l’observation, en riant.
« _ Une liqueur adonaïte, dit la
luciférienne ; cela n’est pas pour moi. »
En résumé, cette longue entrevue nous a
laissé perplexe. Il nous parait évident qu’une scission dans la
haute-maçonnerie est inévitable ; mais qu’en résultera-t-il ?...
Il n’y a pas lieu non plus de nous réjouir de
la démission de miss Vaughan, même si elle est maintenue jusqu’au bout. Les
scissionnistes organiseront un palladisme indépendant ; la sœur Diana fera
une chapelle luciférienne à part ; mais Satan continuera son horrible
moisson d’âmes.
Quant à nous, nous avons voulu voir, et nous
avons vu ; nous connaissons à présent l’état d’esprit d’une
luciférienne ; nous savons ce qu’est, hors triangle, une sœur de la
haute-maçonnerie. Voilà une femme supérieure, certes ; eh bien, elle n’en
est que plus dangereuse. Nous avons eu en face de nous, pendant plus de deux
.heures, l’erreur sous sa forme la plus contraire à notre foi, c’est-à-dire une
adepte fanatique du culte secret rendu à Lucifer, considéré comme esprit de
lumière, comme vrai Dieu, comme principe du bien !
Ce n’est pourtant pas à la table d’une folle
que nous nous sommes assis ; c’est bien avec une personne en pleine
possession de ses facultés mentales que nous avons conversé. Mais, s’il n’y a
pas folie, dans le sens médical du mot, il y a, par contre, au sens religieux,
aveuglement complet, renversement absolu de toutes les idées admises. Aussi,
n’est-ce pas sans terreur que nous voyons couver dans l’ombre cette religion
infernale des arrière-loges, ce culte du gnosticisme néo-manichéen, attendant
l’occasion propice pour s’épanouir au soleil à la suite de quelque atroce bouleversement
social.
Les périodes de tempête irréligieuse ont
toujours été précédées de signes précurseurs, semblables à ceux que nous
constatons aujourd’hui. Faisons la veillée des armes, le rosaire à la main.
En ce qui concerne particulièrement cette
pauvre Diana Vaughan, nous ne saurions mieux conclure qu’en rapportant les
paroles de M. le docteur Bataille, alors que nous revenions ensemble :
« Elle a, du moins, un grand mérite,
nous disait-il : elle n’est pas gangrenée, comme la plupart des
autres ; son erreur provient de l’éducation insensée qu’elle a reçue de
son père, protestant haineux. S’il est vrai qu’il faille un miracle pour la
convertir, ce miracle, Dieu le fera peut-être. Jamais, dans un triangle
palladique, elle n’a voulu consentir à profaner une hostie, et ses chefs, qui
tenaient à elle comme propagandiste, ont dû la dispenser des épreuves
sacrilèges. Sans doute, il lui sera tenu compte de cela là-haut. »
Commandeur Pierre Lautier,
Président général de l’ordre des Avocats de
St-Pierre. »
Nos lecteurs savent que, dans ces derniers
temps, on a cherché à créer une confusion dans les esprits, au sujet des hautes
fonctions maçonniques remplies par l’illustrissime F.˙. Albert Pike,
décédé en Lucifer le 2 avril 1891.
Cependant, il n’y avait pas à s’y tromper.
A cet égard, notamment, la Croix de Reims,
peu après l’élection de Lemmi à la suprême grande-maîtrise de la secte, publia
des renseignements on ne peut plus clairs et précis. Les voici[28] :
« Feu Albert Pike cumulait trois
fonctions dans la haute-maçonnerie, et sa succession a été répartie entre trois
personnes :
1° Comme souverain pontife de la maçonnerie
universelle, chef suprême du directoire dogmatique luciférien, Pike a eu pour
successeur le sieur Albert-Georges, ingénieur, fils naturel du docteur Gallatin
Mackey, lequel passe aux yeux des initiés pour le neveu du docteur et porte
abusivement le nom de Albert-Georges Mackey. Cette nomination comme successeur
à ce poste, a été connue de S. G. Mgr Meurin, qui l’a révélée au public profane
bien avant la publication de l’ouvrage du docteur Bataille, et son
renseignement, très fidèle, n’a jamais été contesté. Albert-Georges, luciférien
incapable, vient d’être remplacé par Lemmi.
2° Comme souverain directeur du grand
consistoire central pour l’Amérique du Nord, Pike a eu pour successeur le sieur
Macdonald Bates, rentier, qui était auparavant son directeur-adjoint à ce même
consistoire et qui était entré au sérénissime grand collège des maçons émérites
en remplacement du sieur Thomas Tullock. Macdonald Bates est aussi luciférien
ou palladiste.
3° Comme grand commandeur grand-maître du
suprême conseil du rite écossais pour les Etats-Unis d’Amérique (juridiction
sud), Pike a été remplacé par le sieur James Cuningham, dit James Batchelor,
médecin, entré au suprême conseil écossais en 1859. James Batchelor n’est pas
luciférien, bien qu’il ait fait partie de la loge Euréka de la
Nouvelle-Orléans, au sein de laquelle il y a un triangle.
Voilà qui est clair et doit empêcher désormais
tout quiproquo.
Rhemus. »
Ces lignes terminaient un article intitulé l’Anti-Pape
Luciférien et consacré en grande partie à Lemmi. C’est dans cet article que
Rhemus a donné, le premier, l’extrait d’acte de baptême du renégat enjuivé
aujourd’hui vicaire de Satan.
Cet article fut reproduit par toute la presse
catholique, et notamment par la Croix Angevine d’Angers.
Veut-on savoir comment la Vérité[29]
s’y prit pour mettre à profit les renseignements de Rhemus concernant l’acte de
baptême d’Adriano Lemmi, tout en cherchant à entretenir la confusion au sujet
de la succession d’Albert Pike ?
Elle employa un « truc » où éclate toute sa
mauvaise foi.
L’article de Rhemus fut scindé en deux. La
première partie, celle relative au baptême de Lemmi, fut servie aux lecteurs
comme reproduction de la Croix de Reims, sous le titre F.˙.
Lemmi Le Converti. La seconde ne fut pas donnée telle qu’on vient de la
lire ci-dessus (ce qui aurait permis aux lecteurs de se rendre exactement
compte des trois fonctions si distinctes de feu Pike) ; mais, dans un
autre article, intitulé Polémiques sur le diable, on feignit d’attribuer
à la Croix Angevine ce que Rhemus avait dit de Batchelor, on laissait
croire que Batchelor fut le seul et unique successeur d’Albert Pike, et, comme
l’article de Rhemus contenait en passant un mot désagréable pour M. Georges
Bois, celui-ci tança vertement la Croix Angevine, qui cependant n’avait
fait que reproduire la Croix de Reims et qui le disait expressément en
tête de sa reproduction.
Les deux Polémiques sur le diable et
F.˙. Lemmi le converti sont tous les deux, l’un à la suite de l’autre,
dans le même numéro de la Vérité, numéro portant la date du jeudi 26
octobre ; et comme ils proviennent tous deux de coupures faites dans la Croix
Angevine, expliquant qu’elle reproduit la Croix de Reims, il est
absolument certain que M. Georges Bois, signataire des deux articles de la Vérité,
savait très bien qu’il attaquait à tort la Croix Angevine ; mais il
recourait à ce procédé digne de lui, pour perpétuer le quiproquo sur la
question Pike-Mackey-Batchelor, tout en utilisant le document de Rhemus sur le
baptême de Lemmi.
Le lendemain, la Vérité[30]
feignait de s’être trompée la veille et publiait la note suivante sous la
signature de son directeur :
« Nous avons attribué hier à la Croix
Angevine un article que, sans doute, elle avait fait sien, mais qui a paru
tout d’abord dans la Croix de Reims. Une petite note, qui nous avait
échappé à première lecture, en avertissait le lecteur.
C’est donc à la Croix de Reims qu’il
convient de rendre la paternité d’un article où l’on accuse si délibérément de
mauvaise foi habituelle notre excellent ami et collaborateur, M. Georges Bois,
parce qu’il a l’audace grande, avec une entière sincérité et selon son
droit, de discuter sérieusement la véracité de certains récits extraordinaires.
Quand on a l’honneur d’écrire dans un journal
qui porte le crucifix en tête de ses colonnes, il semble que la contemplation
de ce divin modèle devrait préserver de si discourtois et iniques procédés.
Auguste Roussel. »
Quiconque voudra constater la parfaite déloyauté du journal la Vérité
n’aura qu’à se procurer les deux numéros en question (ceux du 26 et du 27 octobre
1893) et demander, en même temps, à la Croix Angevine, le numéro où elle
reproduisait l’article de la Croix de Reims.
M. Georges Bois et son directeur sont ainsi
pris la main dans le sac.
Et c’est la Vérité qui ose parler de
procédés discourtois et iniques ?… Franchement, c’est de l’aplomb !
Le nouvelliste de l’Ouest, a publié, dans son numéro du 12
janvier1894, une intéressante lettre que son directeur dit tenir « d’une
personne sérieuse qui est allée interviewer le docteur Bataille ».
Voici cette lettre :
« Monsieur le rédacteur,
Je crois que vous seriez agréable à un certain nombre de vos lecteurs
en leur faisant connaître le témoignage que je viens vous apporter en faveur du
docteur Bataille, l’auteur de la publication si répandue déjà et si critiquée, le
diable au XIXe siècle. Un de mes amis m’ayant rendu compte d’un entretien
qu’il avait eu avec ce docteur, à un voyage qu’il eut occasion de faire à
Paris, je lui ai demandé la permission de livrer sa lettre à la presse, ce
qu’il m’a permis. Voici donc sa lettre telle qu’il l’a définitivement retouchée
:
« J’arrivai, non sans peine, à découvrir l’adresse du docteur. A
la librairie Delhomme et Briguet, où il reçoit le lundi dans la matinée, on
m’avait répondu qu’il était pour le moment absent de Paris. Je sus là son nom
sans la moindre difficulté. Ayant vu ensuite un ecclésiastique éminent du
clergé de Paris (le chanoine Brettes), qui me parla en termes enthousiastes de
l’ouvrage et de l’auteur, lequel il connaissait très bien et auquel il avait
même communiqué quelques enseignements, je conçus plus que jamais le désir de
voir le docteur lui-même.
Le lendemain de ce jour, j’eus l’occasion de me convaincre qu’à Paris,
le clergé connaît très bien, au moins de son nom véritable, le docteur
Bataille. J’arrivai aussi à connaître son adresse, et je pus le voir lui-même
dès le soir, car il était de retour de son voyage.
Je crois bon de vous dire que, les circonstances ayant voulu que
j’attendisse quelque temps à la porterie, j’en profitai pour demander quelques
renseignements à la portière, personne distinguée, et ne répondant point au
type reçu.
Elle me dit que le docteur était un homme très religieux, que même elle
s’était demandée plusieurs fois comment il ne s’était pas fait prêtre (sic),
que beaucoup d’ecclésiastiques venaient le voir, qu’il avait beaucoup voyagé
dans sa vie, qu’il écrivait dans un journal illustré. Attendant vainement
qu’elle touchât à la question du Diable au XIXe siècle, j’en dis un mot.
Elle n’en avait point entendu parler.
Enfin le docteur arrive. Ce n’est pas sans émotion que je vois paraître
cet homme qui, à en croire ses récits, avait été mêlé à tant de manifestations
surnaturelles. C’est un homme grand, à l’apparence robuste, un peu
grassouillet. Il vous reçoit avec bonté et avec beaucoup de simplicité. On est
à l’aise avec lui et il vous parle en ami. On voit que c’est un marin, qui a
l’habitude d’y aller rondement. Son langage manifeste une foi vive et
chevaleresque. Il y a dans son caractère un touchant mélange d’intrépidité et
de candeur dans la docilité à l’égard de l’Eglise. C’est un homme à
l’imagination puissante, mais, en même temps, j’en suis convaincu, doué d’un
sens très droit, d’un grand discernement et d’une très belle intelligence.
Je lui fais observer qu’on regrette qu’il ait adopté pour sa
publication une forme si romantique et familière aux plus vulgaires productions
de la presse. Il m’a répondu qu’il avait précisément choisi ce mode de
publication pour répandre plus sûrement, parmi toutes les classes de lecteurs,
la connaissance du Palladisme. « Si j’avais fait une œuvre de savant, je
n’aurais point été lu. »
« _ Pourquoi persistez-vous à cacher votre nom ? »
« Eh ! M’a-t-il répondu, c’est le secret de Polichinelle ; mon nom,
tout le monde le connaît ; voyez vous-même comme vous avez su le trouver. On
persiste à me le demander, et je m’obstine à ne pas le publier. »
(On m’a expliqué ailleurs que le docteur redoute d’être assiégé par les
curieux.)
Je lui dis encore :
« _ Vous ouvrez un nouvel
horizon aux études maçonniques. »
Il m’a répondu simplement :
« _ Non ; j’apporte seulement des faits qui prouvent l’existence de ce
qui n’avait été jusqu’ici que soupçonné. »
Dans le cours de l’entretien, le docteur me montre des pièces
constatant qu’il est inscrit comme médecin aux Messageries maritimes. Il me
fait voir également un article d’une revue scientifique traitant d’un animal
qu’il a découvert au moyen de dragages dans le cours de ses voyages, et auquel
on a donné son nom.
Il ne paraît pas s’inquiéter beaucoup de l’accueil que reçoit son
ouvrage. Il sait que penser de ceux qui le combattent dans le Monde et
la Vérité. Une seule attaque l’a peiné, c’est celle qui venait de la
part d’un membre du clergé. (Il s’agit de la critique si injuste et si déplacée
de M. Delassus, directeur de la Semaine Religieuse de Cambrai, qui, à la
parole du docteur Bataille, n’a pas craint d’opposer, comme celle d’un honnête
homme, la parole de l’assassin F.˙. Cadorna[31].)
Il a la conviction de rendre service à la religion en portant la
lumière sur les agissements d’une association ténébreuse qui tend à se
substituer à la franc-maçonnerie vulgaire, et dont la malice et l’impiété
atteignent les dernières limites.
Voici, je crois, quelques-unes des raisons pour lesquels tant de bons
esprits ont de la peine à ajouter foi aux récits du Dr Bataille… »
Depuis fin1893, le vrai nom du docteur Bataille (Charles Hacks) a été
publié dans la presse.
« Afin de ne pas être soupçonnés, ils se donnent volontiers pour
adversaires de la franc-maçonnerie ; à l’occasion, ils en disent du mal,
ou ils écrivent contre elle, si leur mission doit s’exercer dans la presse.
Mais on aura vite remarqué que leurs attaques sont de celles qui sont
indifférentes à la secte. Ils l’attaquent, par exemple, sur la question
politique ; ils révèlent uniquement l’action parlementaire, que les loges
ne cachent plus depuis longtemps. Alors, on les crois anti-maçons, et on leur
accorde confiance dans le monde catholique. Seulement, quand il y a des
révélations gênantes pour la maçonnerie, comme ce qui touche aux loges de
femmes ou bien ce qui dévoile l’organisation centrale supérieure, aussitôt ils
prennent feu et ils crient à l’exagération, à l’imposture ; ils font tout
ce qu’ils peuvent pour détruire l’effet de la dénonciation publique des
manœuvres secrètes les plus dangereuses pour la société chrétienne ; car,
avec les sœurs maçonnes, tenues rigoureusement inconnues, la secte agit
jusqu’au foyer des familles, pour démoraliser, et, d’autre part, l’organisation
centrale supérieure, c’est-à-dire le Rite Suprême ou Palladisme, est la
véritable puissance, et la plus formidable, de la franc-maçonnerie. »
(Margiotta Domenico, Souvenirs d’un
trente-troisième. Adriano Lemmi chef suprême des Francs-Maçons, Delhomme et
Briguet, Paris, Lyon, 1894, page 181.)
Voici un article paru dans le numéro du 12
janvier 1894 de la Revue Catholique de Coutances du chanoine
Mustel :
« M. Paul Rosen s’est montré, dès le
premier jour, l’adversaire le plus acharné du docteur Bataille. C’est de lui
qu’on peut dire : « Pour le perdre, il n’est pas de ressort qu’il
n’invente. » Tantôt, comme à Lille, il s’abouche avec les hommes dont il
espère que l’opinion, s’il peut l’inspirer, s’infiltrera naturellement dans
l’esprit des catholiques militants ; il donne le nom véritable de
l’auteur, en insinuant que ce doit être un docteur allemand, si tant est qu’il
soit docteur, qu’en tout cas il n’est qu’un prête-nom, un homme de paille, et
que le véritable auteur du Diable au XIXe siècle est Léo Taxil, lequel,
bien entendu, au dire de M. Rosen, ne mérite aucune créance, ne veut que gagner
de l’argent en exploitant les catholiques per fas et nefas, de sorte que
l’ouvrage qui paraît sous le nom du docteur Bataille n’est qu’un roman absurde,
faux de tous points.
Tantôt il écrit, sous n’importe quel
prétexte, aux hommes qui s’occupent des questions maçonniques, dans le but
évident et bientôt avoué de combattre auprès d’eux, par des moyens analogues,
les révélations du docteur et tout ce qui s’y rapporte.
Malheureusement pour lui, M. Paul Rosen est
aussi maladroit qu’audacieux. Il m’en a amplement fourni la preuve.
Le premier prétexte qu’il imagina pour
m’écrire était d’une absurdité enfantine. Je me serais présenté en m’autorisant
de son nom, - à lui, Paul Rosen que je ne connaissais pas du tout, - chez M.
Léo Taxil, avec lequel j’entretenais depuis plus de deux mois une
correspondance suivie, intime, confidentielle !
Il avait tout simplement appris que, dans une
visite à M. Léo Taxil, j’avais parlé de lui et obtenu la confirmation, avec
références dignes de toute confiance, des renseignements que j’avais reçus du
comité anti-maçonnique de Paris.
Néanmoins, cet intrépide avertisseur
s’empressa de m’envoyer coup sur coup quatre nouvelles lettres, - que j’ai
gardées, - pour me prévenir : 1° Que Sophia Walder n’existait pas, et que
j’étais le jouet d’un « fumiste mâle », lequel était, - il fallait s’y
attendre, - M. Léo Taxil. – 2° Que « le Suprême Directoire Dogmatique » de
Charleston « n’existe pas ». – 3° Que « le Grand Collège des Maçons
Emérites n’existe pas. » - 4° Que « le Rite Palladique n’a aucun rapport
avec la F.˙. Mac.˙. et est un groupement où, sous couleur de Spiritisme,
on fait du naturalisme, et qui est conduit par des fumistes qui on tirent
profit (pornographiquement et autrement). » - 5° Enfin que « le seul Mackey
ayant eu des rapports avec Pike et avec le Rite Ecossais de la Juridiction Sud
des Etats-Unis est le défunt docteur-médecin qui a été Grand Secrétaire Général
du Suprême Conseil depuis 1844 jusqu’à sa mort, et pas autre chose que Grand
Sociétaire ».
De plus, je savais que, d’après M. Paul
Rosen, le seul successeur d’Albert Pike était le F.˙. Batchelor, et que
les lettres de Sophia Walder, reçues par moi, étaient de l’écriture de Léo
Taxil. C’est, du reste, ce qu’il a dit à un de mes amis que j’avais chargé de
consulter chez lui, 9, rue Chappe, les « documents probants », les
« preuves faisant foi » qui n’étaient pas, me faisait-il remarquer
« des simples dires, mais des réelles preuves matérielles authentiques »,
qu’il mettait chez lui à ma disposition.
Je n’avais besoin de consulter aucun des « documents
de M. Rosen pour savoir que celui-ci me prenait pour un imbécile, ou, si l’on
veut, pour un naïf et un ignorant di primo cartello. Je n’étais, grâce à
Dieu, ni si bête ni si mal renseigné qu’il me faisait l’injure de le croire. Je
n’en demandai pas moins à l’un de mes amis, très intelligent et que j’avais
prévenu, d’aller chez lui et de lui demander la production de ses fameuses «
preuves matérielles authentiques ».
Je savais à l’avance ce qu’elles étaient, M
.Rosen n’ayant pu prendre sur lui d’en dissimuler le caractère. C’étaient
purement et simplement les livres et cahiers plus ou moins secrets - en tout
cas, connus depuis longtemps, - du Rite écossais, l’un des Rites les plus
importants de la franc-maçonnerie, mais simplement l’un des Rites. Or, comme
tous les autres, ce Rite dépend du Suprême Pontificat maçonnique, tel que l’a
établi Albert Pike, et il est absolument distinct et différent du Palladisme,
qui, sans être composé uniquement de Francs-Maçons, domine et gouverne, non
seulement l’Ecossisme, mais tous les Rites et toutes les Puissances dont se
compose la Franc-Maçonnerie universelle. C’est ce que je savais longtemps avant
les révélations du docteur Bataille. J’avais suivi avec attention et j’avais
compris, du moins en grande partie, les précieuses révélations données
naïvement par le F.˙. Hubert, dans la Chaîne d’Union, - que les
francs-maçons ont tuée, parce qu’elle nous instruisait trop ; - j’avais lu
le beau livre de Mgr Meurin. Je savais donc : 1° que Albert Pike n’était pas
seulement un des chefs de l’Ecossisme, - Président de la Juridiction Sud, -
mais le chef de la Franc-Maçonnerie Universelle, ayant sous son obédience tous
les Rites, même le Rite français qu’il avait excommunié, - et je connaissais le
texte de son excommunication que j’avais publié, aussi bien que la fameuse
encyclique par laquelle il défendait de donner à Lucifer, le Dieu Bon, le nom
maudit de Satan, l’Ange déchu. Je savais donc que M. Paul Rosen ou était,
quoique 33e, dupe des mensonges de ses FF.˙., - ce qui me semblait
difficile a admettre, - ou mentait avec l’effronterie d’un arracheur de dents.
J’en avais une autre preuve matérielle, aussi
claire que le jour. Il prétendait, nous l’avons dit, que les lettres de Sophia
avaient été écrites par M. Léo Taxil, et que les deux écritures se
ressemblaient. Or, il est impossible d’émettre une assertion plus évidemment
fausse. Il n’y a entre les deux écritures pas la plus légère ressemblance, ou
bien il faut dire que les caractères d’imprimerie des éditions Lebel, de Versailles,
sont des caractères elzéviriens, ou encore qu’il n’y a nulle différence, quant
à l’impression, entre les éditions liturgiques de Pustet, de Ratisbonne, et
celles de Tournai, de Matines ou de Reims. Il suffît d’émettre et plus encore
de soutenir une affirmation de ce genre pour être complètement disqualifié.
Or, toutes les assertions de M. Rosen, que
nous avons rapportées, en nous servant de ses propres termes, sont aussi
manifestement mensongères et insoutenables. Ainsi : l° Il est avéré que,
depuis la mort du docteur-médecin Mackey, un autre personnage, fils naturel du
premier, mais que celui-ci faisait passer pour son neveu, Albert-George, dit
Mackey, a fait partie du « Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites»
(lequel existe parfaitement, quoiqu’en dise M. Rosen), puis est devenu, à la
mort d’Albert Pike, son successeur, non pas, il est vrai, comme chef du Suprême
Conseil du Rite Ecossais pour la Juridiction Sud des Etats-Unis, ni comme
Président du Grand Directoire central pour l’Amérique du Nord, mais comme
Président du Suprême Directoire Dogmatique de Charleston, ou comme Pape de la
Franc-Maçonnerie Universelle. C’est en cette qualité qu’il avait envoyé à Rome
sa démission avant la réunion du 20 septembre au Palais Borghèse. Cependant
nous croyons savoir qu’Albert-George, dit Mackey, qui vit, et dont nous avons
eu l’adresse entre les mains, il y a quelques jours, ne se serait pas rallié au
nouveau Souverain-Pontife maçonnique, Adriano Lemmi. Lui et les autres
dissidents feront parler d’eux prochainement ; nous le savons encore et
nous pouvons l’annoncer en toute certitude.
Quant a Batchelor, le prétendu successeur du
Pape maçonnique Albert Pike, il ne remplaça celui-ci que dans la moindre de ses
trois charges, ainsi que nous l’avons dit. Il est mort au mois de juillet
dernier. Voici la note que lui consacre le Bulletin du Suprême Conseil :
« James Cuningham Batchelor descendait d’une famille écossaise établie à Québec
(Canada). Il naquit dans cette ville, le 18 juillet 1818. Le Suprême Conseil de
la juridiction Sud (Etats-Unis), le choisit pour Lieut.˙. Gr.˙.
Comm.˙. le 22 juillet 1878, en remplacement du T.˙. Ill.˙.
F.˙. Jean-Robin-Mac Daniel, décédé le 14 mai précédent, et le 18 octobre,
Batchelor fut élu Lieut.˙. G.˙. Comm.˙. ad vitam.
Quand 1’Ill.˙. F.˙. Albert Pike,
Gr.˙. Comm.˙. du Sup.˙. Cons.˙. depuis le mois de novembre
1851, sentit venir la mort, il appela le F.˙. Batchelor et lui remit la
direction de l’Obédience ; il remplit cette fonction jusqu’à la mort du
regretté Pike, au mois d’avril 1891 ; et le 17 octobre 1892, il fut élu
Gr.˙. Comm.˙. ad vitam (septembre-octobre 1893, p. 163). »
James Cuningham, dit Batchelor, médecin,
n’était pas luciférien ni palladiste. Le Souverain Directeur du Directoire
central de l’Amérique du Nord, un des quatre Directoires centraux entre
lesquels se partage le gouvernement de la Maçonnerie universelle, sauf la
Maçonnerie chinoise, est, depuis la mort d’Albert Pike, le F.˙. Mac-Donald
Bates, membre du sérénissime Collège des Maçons Emérites (lequel, selon M.
Rosen, n’existerait pas), et par conséquent luciférien et palladiste.
Nous ne suivrons pas M. Rosen sur tous les
points que nous avons signalés. Cette question ne prend déjà que trop de
développements. Il nous suffira de montrer comment il essaya de se donner
raison auprès de notre obligeant mandataire. Ce fut très simple, et nous
l’avions prévu. Pour prouver qu il n’y a pas de Triangles palladiques dans la
Franc-Maçonnerie, il exhiba les livres, peu secrets, du Rite Ecossais. C’était
enfantin. Autant vaudrait produire les statuts de la Confrérie du Rosaire pour
établir que l’Ordre des Franciscains n’a jamais existé dans l’Eglise. Mais
aujourd’hui, nier le Palladisme ou prétendre qu’il est étranger à la
Franc-Maçonnerie, après les révélations de Mgr Meurin, celles de Rhémus, et les
aveux des feuilles maçonniques, ce serait tellement audacieux, que M. Rosen
lui-même ne l’oserait plus - Qu’il nous suffise d’emprunter à une note du Bulletin
maçonnique d’octobre 1891, citée par Rhémus dans le premier numéro de la Revue
mensuelle, l’indication suivante relative aux progrès de la secte en
Espagne : « Au moment de la constitution du G.˙. Conseil. actuel,
elle (la Franc-Maçonnerie) comptait 8 Loges supérieures, 136 ateliers avec 2
966 maçons. Depuis cette époque, elle s’est accrue considérablement par
l’admission de : 1 Chambre de 30es, 12 Chapitres, 30 Loges symboliques, 2 Loges
d’adoption et dix-huit Triangles »[32]
- Les Loges symboliques comprennent les francs-maçons ordinaires, jusqu’au
grade de Maître ; - les Chapitres sont les ateliers de Rose-Croix ; -
les Chambres, que l’on nomme on France les Aréopages sont les ateliers de
Kadosch ; - les Loges d’adoption sont celles où les Sœurs maçonnes travaillent
avec les Frères ; - quant aux Triangles, composés de Frères et de Sœurs,
ce sont les réunions palladiques. Sur ce point, aucun doute n’est possible.
Il nous resterait, pour faire la pleine
lumière, à dire ce qu’est M. Rosen. Mais la question est scabreuse. M. Rosen a
publié sous son nom deux ouvrages antimaçonniques, Satan et compagnie et
l’Ennemie sociale. Ces ouvrages sont pleins de documents que l’on
peut, pour la plupart du moins, regarder comme authentiques. Auparavant, un
ecclésiastique distingué de Paris avait publié sans nom d’auteur, mais avec des
documents fournis par le même personnage, un ouvrage très incomplet, mais
important et véridique, sous ce titre : La Franc-Maçonnerie pratique, en
deux volumes. Enfin, nous savons que, toujours par les soins de M. Paul Rosen,
un nouvel ouvrage, contre lequel nous sommes en grande défiance, doit paraître
prochainement. Le titre en sera, dit-on les Kadosch-Kadoschim. Ces
maçons d’un grade secret, complètement inconnu, auraient, comme les
Palladistes, des relations sataniques. M. Rosen n’écrit pas et, cela dans le
sens le plus rigoureux du mot. Ses amis même n’ont jamais vu, parait-il, son
écriture ; nous avons essayé en vain de nous en procurer un spécimen. Y a-t-il
là, comme on le croit volontiers, quelque mystère ?
En quel pays M. Rosen a-t-il vu le
jour ? Le nom qu’il porte est-il celui de son acte de naissance ? Ces
questions ont été publiquement faites, mais en vain.
Dans les lettres qu’il nous a adressées, M.
Rosen écrit pieusement : « Notre T. S. P. le Pape » ; « Notre Mère la
Sainte Eglise » ; il se montre très honoré et tire grand argument de ce qu’il a
obtenu un Bref pontifical et une lettre du cardinal Rampolla[33]
pour ses livres ; mais un homme qui le connaît fort bien, l’a fréquenté et
le fréquente encore, quoiqu’il se défende d’avoir jamais eu avec lui d’autres
rapports que ceux d’un client avec un marchand de livres, m’écrivait récemment
: « Je sais qu’il est juif, que lui-même s’en vante très volontiers, et qu’il
vend ses livres à ceux qui les paient, catholiques ou non. »
Tous ceux, et ils sont nombreux, auxquels
j’ai parlé de M. Rosen, membres du comité anti-maçonnique, ecclésiastiques,
laïques, ceux même qui ont collaboré avec lui, m’ont donné la même note, que
l’un d’eux résumait ainsi, tout dernièrement, chez moi : « Je ne connais
personne qui ait confiance en lui. »
On prétend encore qu’après avoir subi une
condamnation maçonnique, suivie de son exclusion des loges, il serait rentré en
possession de ses insignes ; ce qui ne pourrait s’expliquer que par une
infraction à toutes les règles. Quel en serait le motif ?
M. Rosen a conservé des relations fréquentes
avec M. Pétrot, député de Paris et encore conseiller municipal, une des
colonnes de la franc-maçonnerie. Je sais que d’autres auteurs anti-maçonniques
continuent de voir quelques-uns de leurs anciens amis qu’ils ont connus dans
les Loges, et je ne veux tirer de ce fait aucune conclusion.
Un dernier mot : un de mes amis, un
prêtre distingué du clergé de Paris, membre actif du comité antimaçonnique
ayant proposé d’abord au docteur Bataille, puis à M. Rosen, un colloque chez
lui, le docteur accepta de suite, avec un vif empressement. M. Rosen refusa net
et se répandit, selon son habitude, en violentes injures contre l’auteur du Diable
au XIXe Siècle, dont il prononce toujours le nom avec un accent de haine
extraordinaire.
M. Rosen protestera peut-être contre ces
informations. Pour obéir à la loi, nous publierons sa protestation, à laquelle
nous ne répondrons pas. Mais nous maintenons à l’avance ce que nous venons
d’écrire d’après des sources que nous avons sérieusement contrôlées.
L.-M. Mustel. »
Quivis, dans un article de la Revue
Mensuelle, apporte les précisions suivantes :
« Nous croyons que M. le chanoine Mustel
a donné à M. Paul Rosen un peu trop d’importance comme auteur antimaçonnique.
Dans ses deux livres, M. Rosen n’a nullement
fait œuvre d’auteur, mais uniquement travail de compilateur sans même adjoindre
à ses coupures le fruit de ses observations personnelles.
Et pourtant M. Rosen aurait pu dire et
raconter beaucoup de choses. Il ne faut pas oublier qu’il a reçu l’initiation
jusqu’au 33e degré du Rite Ecossais. Bien qu’il soit un initié avec l’anneau,
c’est-à-dire un membre des hauts-grades à qui l’accès des triangles est fermé,
il a certainement assisté en personne à des séances dont la narration aurait
été du plus vif intérêt pour les catholiques.
M. Rosen, sauf erreur, doit avoir bien près
d’une soixantaine d’années, et, mêlé de bonne heure aux conspirations et aux
sociétés secrètes, il a de trente-cinq à quarante ans de maçonnerie. Il aurait
donc pu être, s’il l’avait voulu, un témoin révélateur de premier ordre.
Il s’est, au contraire, borné à rassembler en
deux volumes des extraits de divers bulletins officiels maçonniques. Il a fait
en cela ni plus ni moins ce que les auteurs profanes antimaçonniques ont fait ;
avec cette différence que ceux-ci ont été obligés de passer des années entières
à recueillir des documents, - l’œuvre du R. P. Deschamps représente trente ans
de recherches patientes et minutieuses, - tandis que M. Rosen n’avait qu’à
aller au Suprême-Conseil ou au Grand-Orient, à y copier à la bibliothèque et
aux archives ce qui lui convenait, et à acheter dans les librairies maçonniques
les livres qui ne sont pas vendus aux profanes. Le mérite, on le voit, n’est
pas grand ; encore faudrait-il que M. Rosen eût publié précisément ce qui
gêne la secte, tandis qu’il n’a mis au jour que des reproductions de recueils
maçonniques et de bulletins sur ce que les Enfants de la Veuve ne cachent plus
depuis longtemps.
Sur l’importante question des sœurs maçonnes,
M. Rosen n’a absolument rien dit si ce n’est un chiffre général sans aucune
explication.
Cependant, lui, trente-troisième, ne
pouvait ignorer les innombrables documents que notre ami A.-C. De la Rive va
publier incessamment dans son volume La Femme et L’Enfant dans la
Franc-Maçonnerie Universelle (sous presse).
Sur l’Italie, M. Rosen a servi au public
français des coupures de la Rivista della Massoneria italiana, bulletin
officiel que les profanes se procurent sans grande difficultés, et où, à raison
de cela, Lemmi n’imprime que ce qui peut ne pas demeurer caché. Presque tout ce
que M. Rosen a divulgué (?) en fait d’extraits de cette revue avait déjà été
publié, en Italie même, par la Civiltà Cattolica, journal des RR. PP.
jésuites. Bien mieux, il nous semble que, puisque M. Rosen dans son dernier
livre, était si prodigue de reproductions de circulaires de Lemmi, outrageantes
au plus haut degré pour la personne du Souverain Pontife Léon XIII (nous le ne
blâmons pas d’avoir fait connaître ces infamies), il aurait dû, en même temps,
démasquer Lemmi et publier dans son livre le texte du jugement le condamnant
pour vol, - texte que M. Rosen ne pouvait pas ignorer, puisque les
francs-maçons hostiles a Lemmi l’ont envoyé à tous les 33es résidant en Italie,
en Espagne et en France.
Donc, sur la question des révélations de M.
Rosen, il est avéré qu’elles sont loin d’avoir l’importance que quelques
organes de la presse catholique leur ont attribué, par manque de réflexion, en
oubliant de se dire que l’auteur en question aurait pu apporter à l’Eglise
autre chose que des coupures, mais un témoignage de faits vus et vécus.
Quant a dire que M. Rosen est encore juif,
nous n’irons pas jusque-là. En effet, le détracteur acharné du docteur
Bataille, l’homme qui s’est posé dès le début comme son ennemi personnel, a
raconté à plusieurs personnes que le Saint-Père Léon XIII, heureux au plus haut
point de sa conversion, avait tenu à lui administrer lui-même le sacrement du
baptême, et qu’après cette cérémonie, qui avait eu lieu au Vatican, le
Souverain-Pontife lui avait fait cadeau d’un magnifique chapelet, chef-d’œuvre
de joaillerie artistique, d’une valeur de plusieurs milliers de francs.
Il est vrai que M. Rosen, quand il raconte
son baptême par Léon XIII, ajoute ceci : Tandis qu’il se retirait, un des
prélats de la Maison du Pape, le félicitant, lui apprit que ce superbe chapelet
avait souvent été demandé, mais en vain, au Saint-Père par une princesse
romaine, que le monsignor lui nomma. « Vous comprenez qu’alors, conclut
carrément M. Rosen, je n’ai fait qu’un saut chez la princesse, et que je lui ai
vendu le chapelet, dont elle a été, ma foi, enchantée ! »
Ce trait peint bien M. Rosen, et c’est par
des récits de ce genre, dépouillés de tout artifice, qu’il a vu peu à peu
s’éloigner de lui les catholiques clairvoyants.
Mais cela n’empêche pas que nous serions bien
curieux de voir l’extrait de baptême !
Quivis. »
Voici les raisons de l’entrée de Léo Taxil comme collaborateur à la Revue
Mensuelle :
« M. Georges Bois m’ayant fait intervenir dans la mauvaise
querelle que, depuis neuf mois environ, il cherche au docteur Bataille, dont je
m’honore d’être l’ami, j’ai prié celui-ci de vouloir bien me permettre de
prendre à ma charge le soin de faire connaître son étrange et obstiné
contradicteur.
Ce sera mon entrée à la Revue mensuelle,
puisque le docteur m’a demandé d’y collaborer.
Tout d’abord, pour que les fidèles abonnés du
Diable au XIXe Siècle ne s’étonnent pas outre mesure de me voir ainsi
marcher aux côtés du docteur, quoique ayant sur un point (la question
antisémitique) des idées diamétralement contraires aux siennes[34],
je dois dire qu’il a été bien entendu entre nous que ma collaboration
n’impliquerait aucunement mon adhésion à sa manière de voir là-dessus ; je
laisserai absolument de côté cette seule question qui nous divise, et je
m’occuperai uniquement de maçonnerie, dans le sens strict.
Je ne pouvais pas, du reste, refuser de venir
combattre aux côtés de mon ami. Bataille est un ancien camarade d’enfance, dont
j’ai toujours aimé la loyauté et admiré le caractère chevaleresque.
C’est sur lui que j’écrivais ces lignes,
bonnes à rappeler, dans les Confessions d’un ex-Libre-Penseur[35],
en décembre 1886 ; On ne dira pas qu’elles ont été publiées à l’époque
pour les besoins de la cause actuelle.
Je racontais les années d’exil que j’ai dû
passer à Genève pour m’éviter de subir des condamnations de presse, dont
j’avais été frappé au temps de l’état de siège, après la Commune, et je disais
que j’avais connu là la misère et son pain noir.
« Ma détresse, écrivais-je donc dans les
Confessions[36],
fut soupçonnée de loin par un camarade d’enfance, qui, bien que conservateur,
m’affectionnait au point de se compromettre pour moi. Notre liaison l’avait
brouillé avec bien des personnes qu’il fréquentait.
Lors donc - c’était pendant le régime du 16
mai - mon ami H***[37],
aujourd’hui l’un des médecins les plus distingués de Marseille, m’écrivit pour
me démontrer « l’absurdité de mon entêtement à défendre une cause qui, tant par
elle-même que par ses adhérents, ne m’offrait, disait-il, qu’ingratitude et
désillusions ».
Il déploya toute son éloquence pour me
convaincre.
Un important journal conservateur allait être
fondé dans le Midi. H*** m’offrait une place de 6 000 francs par an, et les
directeurs de l’organe se faisaient fort d’obtenir, de toutes les congrégations
religieuses qui m’avaient poursuivi, la renonciation aux jugements de
condamnation prononcés contre moi.
Je remerciai très cordialement mon ami ;
mais je lui répondis que « j’aimais mieux mourir de faim en exil plutôt
que d’abandonner la cause de la République ».
Quand, dans cette autobiographie fort
incomplète, je fis le court récit de ce petit incident, je n’avais en vue que
de montrer quelle fut ma folle obstination dans mes années d’égarement.
J’aurais pu raconter bien d’autres traits de
ce camarade, alors inconnu du public, qui devait devenir un jour le docteur Bataille
et avoir tout à coup une renommée dans le monde entier.
A la triste époque que je viens de rappeler,
presque tous mes anciens amis de collège m’avaient tourné le dos, et je ne dis
pas qu’ils eurent tort. Bataille fut un des rares qui continuèrent à me voir,
essayant de me ramener dans le droit chemin, et, comme il est plus âgé que moi
de quelques années, il me parlait avec une sorte d’autorité affectueuse.
Il avait aimé la mer dès son plus jeune âge et
avait ce sans-façon, cette rondeur qui caractérise si bien les marins.
Il lui arrivait de tomber chez moi à
l’improviste, de grand matin.
« _ Je viens de prier pour toi aux pieds
de la Bonne-Mère de la Garde, impie ! me disait-il... Faut-il que tu sois fou
pour ne pas comprendre que tu t’es fourré, comme un imbécile, entre les griffes
du diable ! et tu sais, méfie-toi, tu as le cou court ; une attaque
d’apoplexie peut t’enlever un de ces quatre matins, et je te réponds que
messire Lucifer, que tu sers avec tant de zèle, ne te lâchera pas
alors !... Enfin, Dieu est si bon qu’il écoutera sans doute les prières de
tes vrais amis ; il te ramènera à lui, malgré toi... J’ai confiance. »
Je l’invitais à ne pas me casser la tête avec
ses exhortations et à me parler d’autre chose.
Un jour, il se trouva me rendre visite au
moment où un de mes collaborateurs, nommé Henri Leloup, venait de m’apporter un
article dont il m’achevait la lecture. C’était une diatribe violente contre un
Père jésuite, qui avait depuis longtemps quitté la ville, mais y avait laissé
de nombreuses œuvres et une réputation de saint, le R. P. Tissier. En entendant
les dernières phrases de l’article, au moment où il entrait, Bataille ne put
maîtriser son indignation. Hors de lui, il arracha à mon collaborateur les
feuillets du manuscrit, en s’écriant :
« _ Mais c’est abominable, d’écrire de
pareilles choses ! C’est une infamie ! Le Père Tissier est un saint
prêtre ; on n’a pas le droit de parler de lui de la sorte !... Eh bien, je
suis heureux d’être venu ici ; comme cela, cet abominable article ne
paraîtra pas.
Ainsi qu’on pense bien, Leloup protesta,
disant que le docteur n’avait pas à se mêler de notre journal et qu’il avait
commis un attentat à sa propriété, puisqu’il était l’auteur de l’article si
brusquement arraché de ses mains et déchiré.
« _ Ah ! C’est vous qui avez écrit ces
horreurs ? Riposta Bataille, c’est vous qui vilipendez un religieux
irréprochable ? C’est vous qui trouvez que mon ami n’est pas assez égaré
et qui l’excitez encore, qui lui fournissez des turpitudes pareilles pour
augmenter le scandale qu’il donne ?... Eh bien, vous allez avoir affaire à
moi ! »
Et, en disant cela, Bataille, hors de lui,
avait pris mon collaborateur au collet ; il lui tordait la cravate, ma foi, à
l’étrangler, et déjà il commençait à lui allonger quelques coups de poing. Je
me précipitai la lutte était trop inégale, car le docteur est un robuste
gaillard, pouvant aisément assommer un homme en le boxant à l’anglaise. Bref,
mon intervention nécessaire mit fin à la scène, et Bataille s’en alla, en nous
lâchant une véritable bordée de reproches des plus indignés. Quant à Henri
Leloup, il ne voulut jamais refaire son article et me déclara que, tant que je
recevrais chez moi des amis de ce genre, il ne collaborerait plus au journal ;
et, de fait, peu après il m’envoya sa démission.
Je n’ai pas besoin de dire, d’autre part, que
cette mésaventure survenue à Leloup chez moi me mit en froid, pendant quelque
temps, avec mon bouillant ami.
Lui, il continuait à prier pour moi, et, dans
le monde des honnêtes gens qui se scandalisaient de mes écrits, il me
défendait.
« _ Il n’est pas mauvais, au fond,
disait-il de moi partout ; il est détraqué, il s’est perdu par des
fréquentations d’impies, mais il reviendra ; vous verrez qu’il reviendra. J’en
suis sûr, il a fait une bonne première communion. »
J’y insiste, Bataille est un de ceux qui
n’ont jamais désespéré de ma conversion.
J’ai tenu à retracer ces quelques traits de
lui pour que le public catholique comprenne bien que cet homme a vraiment un
caractère à part.
Lorsque les sectaires qu’aujourd’hui nous
combattons tous deux réussirent pour la première fois à imposer à ma ville
natale une municipalité ennemie de l’Eglise, le premier acte des édiles
radicaux et libres-penseurs fut d’interdire les processions. Ils supprimèrent
jusqu’à la procession de la fête du Sacré-Cœur, qui était plus qu’une cérémonie
traditionnelle, car elle avait pour cause, à titre de reconnaissance populaire,
un vœu solennel fait par l’évêque Mgr de Belzunce, le chevalier Roze et les
échevins de 1720, lors de la terrible peste qui désola la ville ; et ce vœu, on
le sait, avait désarmé la colère du ciel et fait miraculeusement cesser le
fléau ; c’était donc, de la part de la ville, une dette sacrée.
Les catholiques furent consternés, en
présence d’une telle audace des sectaires. Interdiction étant faite au clergé
de sortir des églises, quelques jeunes gens des diverses classes, aristocratie,
bourgeoisie, artisans et ouvriers, résolurent, pour protester contre l’arrêté
impie de la municipalité radicale, de porter des couronnes, le jour de la fête
votive, aux pieds de la statue de l’évêque Belzunce. On annonça alors que la
manifestation serait réprimée, que la police, qui, à Marseille, est sous les
ordres du maire, disperserait les groupes catholiques, et tout le monde
s’attendait à une vraie bagarre, si nos jeunes gens donnaient suite à leur
généreux dessein. Elle eut pourtant lieu, la manifestation, calme, mais prête à
résister aux violences des usurpateurs du pouvoir. Je vois encore, parmi les
manifestants, mon ami Bataille, sa couronne à la main et un revolver à la
ceinture. Un abîme séparait nos opinions alors ; mais j’admirais tout de même
sa crânerie. La police municipale n’osa pas engager la lutte, le sang aurait
coulé, et elle n’aurait peut-être pas été la plus forte ; car, s’il y avait eu
conflit, la population tout entière se serait sans doute laissé entraîner par
ces jeunes gens. Le peuple, nul ne l’ignore, aime les vaillants.
Il serait facile de raconter bien d’autres
épisodes de la vie si mouvementée de Bataille, épisodes que je connais et qu’il
laissera dans l’ombre, soit parce qu’ils ne se rapportent pas directement à sa
mission anti-luciférienne, soit par modestie ; mais j’offenserais, précisément,
sa modestie si j’en disais davantage, et je dois me taire.
Je n’ajouterai donc que ceci, c’est que mon
brave et loyal ami a laissé le meilleur souvenir dans les familles catholiques
de Marseille et partout où il a vécu. Je n’en veux pour preuve qu’une lettre
d’un de ses confrères marseillais, le docteur R***, lui écrivant, il y a
quelques mois :
« Bien que la suscription de ma lettre
porte le nom de... Bataille, je sais que j’écris au docteur H***, bien connu
ici... Le docteur G*** et sa famille, avec qui je suis en relations suivies,
vous ont connu chez l’abbé Laugier ; et à la Croix de Marseille,
comme en maintes bonnes places, vous ne manquez pas de solides amitiés. »
Aussi n’est-ce pas dans les journaux marseillais, qui défendent la
cause de Dieu, que les calomnies de M. Georges Bois trouveront jamais un écho.
Maintenant, les lecteurs de la Revue Mensuelle comprendront sans
peine quelle agréable surprise me causa Bataille, lorsqu’au cours de l’année
1892 il vint me confier le secret de son enquête, qui, pensait-il alors,
n’avait plus besoin que d’un an pour être complètement terminée ; sur ce
qui l’intéressait concernant la franc-maçonnerie, il était déjà, disait-il,
entièrement fixé ; il lui restait uniquement à finir son étude sur deux
organisations secrètes, antisociales comme la maçonnerie, mais dans un autre
sens.
J’étais le premier laïc à qui il révélait la
mission qu’il s’était donné onze ans auparavant ; seuls, quelques
ecclésiastiques, des religieux, en nombre très restreint, avaient reçu ses confidences.
Comme ami, devant en partie à ses prières mon retour à la vérité, et comme
auteur antimaçonnique, j’étais tout naturellement désigné pour le seconder, le
jour où il jugerait le moment venu de publier son enquête. Mais il se produisit
ceci, qui était inévitable étant donné qu’il nous annonçait (avec preuves à
l’appui) que la lutte de la secte maçonnique contre l’Eglise allait avant un an
entrer dans la période aiguë, les personnes qui étaient dans la confidence
furent unanimes à déclarer que le docteur commettrait une fausse manœuvre en
retardant plus longtemps ses révélations qu’il voulait rendre publiques, selon
le conseil de Léon XIII dans l’Encyclique Humanum Genus.
Les éditeurs MM. Delhomme et Briguet consentirent volontiers à se
charger de cette publication ; mais ils exigèrent que Bataille soumettrait
son manuscrit à un théologien, dont le concours s’est trouvé être une constante
approbation. En outre, ils me prièrent, vu qu’une publication en livraisons
illustrées était chose nouvelle pour eux, de me charger de la partie matérielle
(direction des dessinateurs, spécialement), puisque j’avais une longue
expérience de ces sortes d’éditions populaires[38].
Pendant ces pourparlers, Bataille et moi nous
nous étions expliqué sur nos sources d’informations maçonniques. On comprendra
que je me taise sur les moyens dont mon ami dispose pour avoir des
renseignements, même aujourd’hui. De mon côté, j’avais un petit noyau de
correspondants sûrs. Aussi, fût-il convenu que, sans nous faire connaître l’un
à l’autre nos informateurs réciproques, un contrôle sévère serait établi,
attendu que Bataille comptait ne pas se servir uniquement des notes prises au
cours de son enquête.
C’est ainsi que l’œuvre du docteur a pu lui
être absolument personnelle, sans aucune collaboration dans le sens propre du
mot, mais avec un concours de surveillance amicale tant au point de vue
théologique qu’au point de vue des faits strictement maçonniques. Dire, comme
on l’a dit, que l’œuvre a trois auteurs, c’est émettre une contre-vérité ;
autant vaudrait dire que les divers et nombreux abonnés qui ont signalé à
Bataille soit un texte à citer soit un fait surnaturel produit en dehors des
triangles sont tout autant de collaborateurs.
La publication, par son caractère et
l’ampleur du sujet qu’elle traite, est certainement exceptionnelle, constitue
un ouvrage tout à fait à part ; mais elle n’en constitue pas moins un
travail rigoureusement personnel, résultat d’une enquête personnelle. Les
lecteurs, du reste, ne s’y trompent pas.
Si donc un ouvrage paraissait ne pas devoir
être attaqué, c’était bien celui-là. Certes, chacun avait le droit de le
discuter, et Bataille ne s’est jamais formalisé d’une discussion. Il est quatre
personnes qui, vis-à-vis de lui, se sont posées non comme des critiques, mais
comme des adversaires, allant jusqu’à l’outrager dans son honneur.
Une discussion loyale a été, par exemple,
celle de M. le chanoine Ribet. Mais, pour ne citer ici que M. Georges Bois, parmi
les quatre adversaires du docteur, il est impossible de ne pas voir dans ses
attaques le parti-pris, le désir d’insulter quand même. Il semble que ce
journaliste, voyant la vogue de l’ouvrage d’un inconnu, conquérant du premier
coup la notoriété par son talent et l’énergie de son caractère, se soit dit : «
Tiens ! Pourquoi n’essaierais-je pas de paraître être quelqu’un, en
combattant à outrance et avec éclat cet auteur nouveau qui éclipse ma
nullité ? » C’est ce sentiment qui inspirait un abonné du docteur,
lorsqu’il lui écrivait : « Cette levée de quelques boucliers rouillés contre
vous, c’est la grande colère des bouquins qui ont fait four. » Mais ce
n’est peut-être pas rien que cela.
Or, puisque j’ai dit que Bataille est estimé
et aimé de tous ceux qui le connaissent, il me faut, étant avant tout
impartial, citer l’appréciation de quelqu’un qui a déclaré publiquement se
porter garant pour M. Georges Bois.
M. de Marolles a fait publier dans la Vérité
le certificat que voici, daté du 7 décembre 1893 :
« Absent de Paris, je n’avais pu lire
avant aujourd’hui, dans la publication mensuelle du Diable au XIXe siècle,
les attaques dirigées contre M. Georges Bois. Je ne veux aucunement prendre
parti sur les questions de fond qui divisent M. Bois et M. le docteur Bataille.
Ayant l’honneur de présider le comité anti-maçonnique en l’absence d’un
président titulaire, j’ai toujours demandé que la plus grande réserve fût
apportée dans ces matières délicates. Mais, comme président de la corporation
des publicistes chrétiens, il m’est impossible de ne pas rendre publiquement
hommage à l’honorabilité et à la dignité de caractère de notre secrétaire et
confrère M. Georges Bois.
Les attaques dont il est l’objet ont un
caractère personnel étranger à une polémique de doctrine, et dire de lui qu’il
est l’auxiliaire du Grand Orient, après le remarquable ouvrage dont il est
l’auteur sous le titre de « Franc-maçonnerie nouvelle du Grand-Orient
», c’est lancer une calomnie qui appelle une énergique protestation de la part
de ses amis. En la formulant, je suis persuadé que je réponds à la pensée de
tous ceux qui connaissent et estiment M. Georges Bois. »
Nous avons donc, en face l’un de l’autre,
deux hommes déclarés parfaitement honorables, et me voici bien à l’aise.
Cependant, il est nécessaire de constater que, dans son certificat, M. de
Marolles commet une grosse erreur de fait : il dit que M. Bois est attaqué. Ou
la langue française n’a plus aucun sens, ou « attaquer quelqu’un »
signifie « faire contre lui acte d’agression » ; et il faut que le
garant de M. Georges Bois n’ait jamais lu la Vérité, puisqu’il lit
d’autre part le Diable, pour donner au docteur le rôle d’agresseur. En
bon français, celui qui engage un combat, une polémique violente, attaque, et
celui qui riposte, se défend. Or, l’agression de M. Bois date du lundi 19 juin
1893, elle a été suivie d’autres attaques multipliées, et le premier mot
désagréable écrit par le docteur contre M. Bois, a paru le 5 septembre ;
M. Bois, ce jour-là, a été qualifié d’« aboyeur » ; il y avait
environ trois mois qu’il traitait publiquement Bataille
d’« imposteur », et si fréquemment qu’il serait trop long de faire le
compte de ses articles insultants. Du reste, il l’a reconnu expressément. Dans
je ne sais plus laquelle de ses diatribes de la Vérité (je m’y perds,
tant il en a été prodigue), il écrivait en parlant du docteur : « il est
vrai, dès le début, j’ai traité son œuvre d’imposture et de supercherie ».
Je cite de mémoire, mais je suis certain de ne pas me tromper ; cet aveu
narquois m’avait frappé.
Par conséquent, voici d’abord un point qui
est au-dessus de toute contestation, malgré même le certificat de M. de
Marolles : ce n’est pas le docteur qui a attaqué, c’est lui qui a été attaqué.
Et il faudrait qu’il descendit bien bas dans l’injure, pour dégringoler au
degré des grossièretés de M. Bois ; et je parle ici seulement des dénigrements
publics.
Voyons, à présent, lequel des deux a trompé
le public.
L’une des rengaines de M. Georges Bois est
celle-ci : Il prétend que, jusqu’à une certaine conférence faite dans le
local du Salon Bibliographique par le docteur Bataille, celui-ci ignorait la
mort du F.˙. Mackey (celui qui fut le secrétaire du Suprême Conseil du
Rite Ecossais, siégeant à Charleston pour la juridiction sud des Etats-Unis
d’Amérique), et il soutient cela parce que, dit-il, le docteur a révélé, dans
le Diable au XIXe siècle, que le successeur immédiat d’Albert Pike comme
Souverain Pontife de la Maçonnerie Universelle, président du Suprême Directoire
Dogmatique, également siégeant à Charleston, a été le F.˙. Albert-Georges
Mackey (aujourd’hui démissionnaire et remplacé par Lemmi).
Et, partant de là, M. Bois dit, s’adressant à
Bataille :
« _ C’est moi qui vous ai appris, à
cette conférence, que Mackey est mort dix années avant Pike, c’est-à-dire en
1881, et que le successeur de Pike a été Batchelor. Au lieu de reconnaître
votre erreur, vous avez alors mis en avant un certain Albert-Georges Mackey,
lequel n’existe pas et n’a jamais existé, et dont vous avez fait un prétendu
neveu de l’autre Mackey. »
Appelé à la rescousse, M. Paul Rosen, à qui
la Vérité ouvre largement ses colonnes en qualité d’ami intime de M.
Bois, écrit :
« _ Albert-Georges Mackey ? C’est
un mythe, un personnage imaginaire ; il n’y a jamais eu qu’un seul et
unique Mackey, le docteur Gallatin Mackey, décédé le 20 juin 1881. Albert Pike
est mort le 2 avril 1891 ; donc, aucun Mackey n’a pu lui succéder. »
De la part de M. Rosen, cette affirmation est
au moins étonnante. L’existence d’Albert-Georges Mackey est mentionnée par lui
: 1° Dans le Cours de Maçonnerie pratique, ouvrage dont il a fourni les
documents à M. le chanoine Brettes, qui l’a écrit, au premier volume, pages
178, 179, 180, 183, 187, 207, 209, 210, 211, 212, 213, 273, 279, 375. 376, 377,
378, et au deuxième volume, page 3 ; soit dix-huit mentions bien claires,
bien précises, avec le nom en toutes lettres, et ces mentions sont dues
justement à M. Paul Rosen ; 2° dans le volume l’Ennemie sociale,
qui est uniquement de M. Rosen, page 257, mention du même frère haut-gradé.
Mais, en parlant d’Albert-Georges Mackey dans
les deux ouvrages en question, M. Rosen commet une erreur : il lui
attribue le Lexicon of Freemasonry, qui est du docteur Gallatin.
Cette erreur est-elle involontaire ?
Une telle question n’est pas sans importance,
on va le voir. M. Rosen connaissait-il réellement le Lexicon of Freemasonry ?
Ce qui est constaté, c’est que M. Rosen a fait de ce livre plusieurs citations
très exactes ; ce qui est constaté aussi, c’est qu’il a toujours, dans ses
ouvrages, passé sous silence la question des Sœurs maçonnes, si irritante pour
les frères trois-points, qu’il n’en a jamais publié les rituels, même les plus
anodins, qu’il n’a jamais fait la moindre allusion à leur fonctionnement ni
même à leur recrutement, et qu’à quiconque lui demande un renseignement à ce
sujet il répond qu’aucune organisation de maçonnerie féminine n’existe, qu’il
n’y a pas de loges androgynes, et que ceux qui parlent de sœurs maçonnes sont
des menteurs ; et lorsqu’on lui met sous les yeux les preuves de
l’existence de la maçonnerie féminine, M. Rosen répond :
« Il y a peut-être des sœurs maçonnes en
Espagne ; mais c’est tout, et en France il n’en existe pas. » Or, le Lexicon
of Freemasonry est un des rares ouvrages de la secte, qui avouent
l’existence des loges androgynes ; le docteur Gallatin Mackey y mentionne
même des grades très curieux, tel celui intitulé « l’Héroïne de
Jéricho » ; en outre, il reconnaît formellement que la maçonnerie
féminine fonctionne en France. Donc, les citations exactes que M. Rosen fait de
ce livre donnent à penser qu’il le connaît ; mais alors c’est bien
volontairement qu’il omet de parler des sœurs maçonnes, et son attitude, qui va
jusqu’à la négation parfois, est au moins bizarre.
Interrogé, M. Rosen a répondu qu’il
connaissait parfaitement le livre, qu’il l’avait eu souvent entre les mains. Eh
bien, pourquoi alors créer une confusion entre les deux Mackey ? L’auteur
du Lexicon donne, dès le début de son ouvrage, son prénom de Gallatin en
toutes lettres ; partout, sa biographie le donne aussi, et ce prénom-là
est assez peu commun pour ne pas être oublié.
Quoiqu’il en soit, ces diverses bizarreries
de la conduite de M. Rosen l’avaient rendu suspect à mon ami Bataille ; si bien
que, l’occasion s’étant fortuitement présentée de voir si notre homme était de
bonne foi ou non en créant un quiproquo sur les deux Mackey, le docteur ne la
laissa point échapper.
C’était dans les premiers jours de mars 1893.
M. le chanoine Mustel venait de publier son premier article sur Sophie Walder.
L’Univers fit prévenir Bataille qu’il allait le reproduire, et le
docteur, qui n’avait point encore des relations avec ce journal passa à la
rédaction. On lui montra les épreuves. M. le chanoine Mustel, ignorant la mort
d’Albert Pike, avait commis une erreur ; il parlait de lui comme du chef
suprême alors vivant. Bataille, qui, à ce moment, avait déjà publié son 4e
fascicule (livraisons 31 à 40), dit au secrétaire de la rédaction : « Le
grand-maître du souverain directoire dogmatique de Charleston est actuellement
Albert-Georges Mackey. »
« _ Rédigez-nous vous-même la
note », fit le secrétaire. Et c’est alors que Bataille, sachant que M.
Rosen était reçu assez souvent à la rédaction de 1’Univers (on ne se
défiait pas de lui à cette époque), qu’il y donnait parfois des renseignements
maçonniques, eut l’idée de rédiger la note exactement comme M. Rosen l’aurait
rédigée lui-même. En d’autres termes, il écrivit : « Actuellement, le
grand-maître du souverain directoire dogmatique de Charleston est le F.˙.
Albert-Georges Mackey, précédemment vice-président du sérénissime grand collège
des maçons émérites », et il ajouta : « Auteur du Lexicon of
Freemasonry », attendu que M. Rosen, fournisseur de renseignements
maçonniques à 1’Univers, avait toujours qualifié Albert-Georges Mackey
d’auteur du Lexicon of Freemasonry, et que, pour le public du journal,
l’addition de ces cinq mots n’avait pour le moment aucune importance.
La personne visée par cette erreur intentionnelle
était M. Rosen. Ceci se passait le 11 mars, ainsi que M. Bois l’a rappelé
exactement, à plusieurs reprises.
M. Paul Rosen tomba en plein dans le panneau
qui lui avait été tendu. Lorsqu’il vit l’article et la petite note quelques
jours après, il oublia tout à fait qu’il avait dix-neuf fois mentionné
publiquement l’existence d’Albert-Georges Mackey; il se concerta avec M.
Georges Bois, croyant tous deux qu’ils allaient écraser le docteur Bataille, à
qui ils avaient voué une haine que tout le monde s’accorde à trouver
incompréhensible. Aussi, lorsqu’eut lieu la conférence du Salon
Bibliographique, M. Bois, qui n’avait rien dit encore et qui croyait faire
éclater une bombe foudroyante, s’écria : « Monsieur le docteur, voulez-vous me
permettre de vous apprendre que le F.˙. Mackey, dont vous faites le
successeur d’Albert Pike, est mort en 1881, soit dix ans avant Pike, et que le
successeur de Pike est le F.˙. Batchelor ? » Bataille haussa les
épaules, faisant observer qu’il était question du Palladisme, de la
haute-maçonnerie, de la direction suprême de tous les rites, et non du Rite
Ecossais, et que, par conséquent il ne s’occupait pas et n’avait pas à
s’occuper de Batchelor, non palladiste. M. Bois brandit le n° de 1’Univers
du 11 mars, en disant :
« Et votre note ? Elle contient
alors une erreur. »
« _ Parfaitement, répondit Bataille avec
son flegme habituel, imperturbable ; une erreur absolument intentionnelle,
monsieur, et, si vous ne comprenez pas ce que je vous dis là, lisez plus
attentivement le Diable au XIXe siècle. »
M. Bois n’a pas suivi ce conseil ; et c’est
pourquoi il s’est, à son tour, fourvoyé ; il a répété à satiété, que c’était
lui qui avait appris à Bataille, le soir de sa conférence, la mort du docteur
Gallatin Mackey, et que l’auteur du Diable, ennuyé de s’être ainsi
trompé, mais ne voulant pas reconnaître son erreur, avait dès lors imaginé un
second Mackey, le nommé Albert-Georges.
Et M. Bois a tant et si bien écrit ces
balourdises, qu’aujourd’hui il ne peut plus les retirer, et que, si
l’homme-plastron du Comité des Opposants de Londres vient à lire ce numéro de
la Revue Mensuelle, il sera bien étonné d’apprendre qu’il n’existe pas.
Comment qualifier à mon tour, la maladresse de M. Georges Bois, dans
cette question Pike-Mackey-Batchelor ? Il a voulu, lui aussi, créer un
quiproquo, parce que, marchant d’accord avec son ami Rosen, il tient à laisser
ignorer au public le Palladisme, la haute-maçonnerie.
Il prétend avoir appris à Bataille la mort de
Gallatin Mackey !... Pauvre garçon ! la rage l’aveugle-t-elle au
point de l’empêcher de savoir lire ?...
Qu’il se rappelle donc que la conférence du
Salon Bibliographique a eu lieu au mois de mai 1893, et qu’il ouvre le 4e
fascicule du Diable au XIXe siècle, mis en vente le 5 mars, et fini
d’imprimer le 28 février. Qu’il lise le chapitre intitulé Albert Pike et son
œuvre, lequel commence dans ce fascicule à la livraison 39.
Il y lira ces lignes :
« Cet important ouvrage (le Lexicon of
Freemasonry) a pour auteur, non pas l’ingénieur Albert-Georges Mackey, mais
son oncle le docteur Gallatin Mackey, que j’ai eu l’avantage de connaître
personnellement à Charleston, environ trois mois avant sa mort. »
(Page 311.)
« ... Albert Pike approuva ce plan, et
l’architecte dut s’y conformer après la mort du docteur Mackey ; car le
cher homme ne vit pas l’exécution du plan qu’il avait rêvé. » (Page 318.)
« ... Le jour où je vis Albert Pike pour la
première fois, c’était donc le 10 mars l881. J’étais allé faire d’abord la
connaissance du docteur Gallatin Mackey mon confrère en médecine, dont la
résidence était fixée à Charleston, tandis que le chef suprême habitait
Washington. » (Page 319.)
Les trois passages ci-dessus, je le répète,
font partie des livraisons qui ont été tirées à la fin du mois de février 1893.
A cette époque, précédant de plus de deux mois la conférence du Salon
Bibliographique, le docteur Bataille imprimait donc, dans sa publication, qu’il
avait fait la connaissance du docteur Gallatin Mackey, le 10 mars 1881, et il parlait
à deux reprises de sa mort, disant qu’elle avait eu lieu environ trois mois
après (le docteur Gallatin est décédé le 20 juin). Bataille n’a pas attendu non
plus la sortie ridicule de M. Bois pour parler de deux Mackey ; car il est on
ne peut plus explicite à ce sujet, page 311. Enfin, il est clair qu’avant
d’écrire la fameuse note reproduisant l’erreur de M. Rosen, le docteur Bataille
savait à merveille de qui était le Lexicon of Freemasonry ; cela est
l’évidence même. L’erreur était donc bien intentionnelle, c’est-à-dire cachait
un piège, et M. Bois a eu grandement tort de rire de cette explication,
puisqu’il est lui-même tombé dans le piège, entraîné par son ami Rosen.
M. Bois, ne pouvant plus répliquer en
présence de ce fait matériel, prendra sans doute la tangente, en disant que 1’Univers
a lieu de se plaindre du docteur Bataille. Ceci est affaire d’appréciation. Le
docteur entrait à peine en relations avec le secrétaire-rédacteur de ce
journal, et il ne lui était certes pas possible de dire :
« Vous recevez chez vous M. Rosen, vous
feriez bien d’être défiant. » Ce sont là des choses bien délicates à
exprimer, quand on n’a encore que des soupçons, quand on ne possède pas des
preuves certaines. Sachant par expérience qu’avec les maçons il faut ruser, Bataille
a risqué un coup assez malicieux, pour prendre son homme la main dans le sac ;
il a réussi, et maintenant qu’on commence, par suite de tout cela, à être
édifié sur le compte de M. Rosen, il est certain, - du moins il me le semble, -
que Bataille a rendu un vrai service à l’Univers.
Que M. Bois lise encore le 5e fascicule de la
publication du docteur, fascicule paru le 5 avril, c’est-à-dire cinq semaines
avant la conférence, et il y lira la date exacte de la mort de Gallatin Mackey,
page 322, et toute sa biographie, de la page 335 à la page 340. Bataille
connaissait si bien ce que M. Bois croyait lui apprendre, en mai, au salon
Bibliographique, qu’il donnait, page 340, le compte rendu des obsèques du
docteur Gallatin.
Quant à la triple succession d’Albert Pike,
qui a été si explicitement donnée par Rhemus dans la Croix de Reims, le
docteur Bataille l’avait clairement indiquée, sans entrer dans les détails,
page 395 de ce même 5e fascicule, du 5 avril, au second alinéa. Et si M.
Georges Bois a créé une confusion au sujet des trois parts de cette succession,
c’est qu’il l’a bien voulu.
Et maintenant, si ce n’est pas Albert-Georges
dit Mackey qui a été le successeur immédiat d’Albert Pike comme chef suprême de
la maçonnerie universelle, M. Georges Bois peut-il nous le nommer, ce
successeur ?
Pike est mort le 2 avril 1891 ; Adriano
Lemmi a été élu chef suprême le 20 septembre 1893. Ce n’est pas Batchelor qui,
dans cet intervalle, a dirigé la haute-maçonnerie, puisque le chef suprême doit
forcément appartenir au rite suprême, au rite qui est au-dessus de tous les
divers rites, au Palladisme, et que Batchelor n’était pas palladiste. Alors, si
ce n’est pas le Batchelor si cher à M. Bois, qui est-ce ?
M. Bois répondra qu’il n’y a pas de
Palladisme, pas de rite suprême, pas de directoire suprême, pas de souverain
pontife de la maçonnerie universelle. Cette audacieuse négation, on la sent
depuis longtemps sous les réticences de la Vérité.
Comme son ami Rosen, M. Bois se prévaut du Bulletin
officiel du Suprême Conseil de Charleston ; mais ce qu’il se garde
bien de dire, c’est que ce bulletin est exclusivement consacré aux affaires du
Rite Ecossais dans la région sud des Etats-Unis.
Cependant, le Bulletin Officiel du Suprême
Conseil de charleston laisse échapper parfois des aveux, des mots
révélateurs, pour qui sait lire.
Ainsi, le 6 mars 1888,
Adriano Lemmi, ayant rédigé une circulaire destinée aux chefs de la
franc-maçonnerie en Europe, la soumettait à l’approbation d’Albert Pike, et
l’accompagnait d’une formule extrêmement respectueuse, où on lisait :
« Vous qui gouvernez avec sagesse et
amour les centres suprêmes de la Confédération maçonnique universelle. »
(Lignes 5 et 6 de la page 439 de la IIe partie du VIIIe volume du Bulletin Officiel
du Suprême Conseil de charleston.)
Dans une autre adresse du même Lemmi à Albert
Pike, en date du 21 novembre 1888, on lit encore :
« Vous savez, Très Illustre Frère,
combien le Pape s’efforce partout de miner le progrès, aidé par ses Evêques,
qui, sous le manteau de la Religion,
organisent la rébellion et le parricide. Vous savez que, lorsque les Italiens
luttaient pour la liberté et l’unité de leur Patrie, le Pape, son poignard
planté dans le cœur de l’Italie, avait des gibets et des bagnes pour ces héros,
et que, maintenant que le Vatican conspire pour rendre la Patrie asservie et
divisée, il veut l’impunité pour ce crime et proteste contre l’Italie.
« Aidez-nous à lutter contre le Vatican, vous
dont l’autorité est suprême, et, sous votre initiative, toutes les loges
d’Europe et d’Amérique épouseront notre cause ». (Bulletin Officiel du
Suprême Conseil de Charleston, volume IX, pages 64 et 66.)
M. Paul Rosen osera-t-il dire que ces deux
citations ne sont pas exactes ? M. Bois, à son tour, les contestera-t-il ? »

Couverture du Bulletin
Officiel du Suprême Conseil de Charleston, d’août 1872.

Couverture du Bulletin
Officiel du Suprême Conseil de Charleston, de juin 1890.
Faisons une pause dans cet article de Léo Taxil,
et examinons si ces citations sont exactes ou pas.
Domenico Margiotta page 166 de son
livre : Souvenirs d’un trente-troisième. Adriano Lemmi chef suprême des
Francs-Maçons, parle de ces citations :
« La lettre qui suit et qu’il
(Adriano Lemmi) adressa au Souverain Pontife Luciférien, le 21 novembre 1888,
prouve bien ce que je viens de dire.
« Très illustre Frère, écrivait Lemmi à Albert Pike, vous savez
combien le pape s’efforce partout de miner le progrès, aidé par les évêques,
qui, sous le manteau de la religion, organisent la rébellion et le parricide.
Vous savez que, lorsque les
Italiens luttaient pour la liberté et pour l’unité de la Patrie, le Pape, son
poignard planté dans le cœur de l’Italie, avait des gibets et des bagnes pour
ces héros, et que, maintenant que le Vatican conspire pour rendre la Patrie
asservie et divisée, il veut l’impunité pour ce crime et proteste contre
l’Italie.
Aidez-nous à lutter contre
le Vatican, VOUS DONT L’AUTORITE EST SUPREME, et sous votre initiative, toutes
les Loges d’Europe et d’Amérique épouseront notre cause. »
Cet appel de Lemmi au chef
suprême universel de la secte fit grand plaisir à celui-ci, et dans sa joie il
reproduisit la lettre d’Adriano dans le Bulletin officiel du Suprême Conseil
de Charleston (volume IX, page 64). Dans sa hâte de faire l’insertion, le
vieux Pike oublia de supprimer certains mots de la lettre de Lemmi qui
trahissaient l’existence de la haute-maçonnerie supérieure à tous les rites et
ayant son siège central à Charleston, organisation que doivent ignorer tous les
maçons non initiés au Palladisme.
Une négligence du même genre
avait été commise, en 1888, par Albert Pike, dans des circonstances semblables
et également à propos d’une lettre du même Lemmi.
Lemmi, qui déteste la France
et qui ne s’en cache pas, avait envoyé, d’accord avec le Frère Crispi, une
circulaire datée du 6 mars 1888 et destinée à tous les chefs de Suprême
Conseils et Grands Orients (sauf au Grand Orient et au Suprême Conseil de
France, du moins j’aime à le croire). Cette circulaire était tout à fait
antifrançaise. Lemmi y faisait l’éloge de la Triple-Alliance et la déclarait
due à l’action secrète des diplomates que la Maçonnerie sait mettre en œuvre.
Mais il ajoutait qu’il faudrait commencer des efforts diplomatiques pour
obliger la France à désarmer. « Ce désarmement, disait-il, est nécessaire
pour la paix, comme la paix est nécessaire pour la justice, et la justice pour
le bonheur de l’humanité. » Dans l’exemplaire qu’il adressa à Albert Pike,
il ajouta quelques mots, car il ne pouvait pas traiter avec lui d’égal à
égal ; et ainsi, en lui parlant, lui Lemmi à Albert Pike, il lui disait
(je cite textuellement) : « Vous qui gouvernez avec sagesse et amour
les Centres Suprêmes de la Confédération maçonnique universelle. »
Pike, cette
fois encore, inséra la lettre de Lemmi, sans penser à supprimer le passage
dénonciateur de son pouvoir suprême. Aussi, tous les maçons imparfaits initiés,
c’est-à-dire les dupes que les chefs secrets mènent par le bout du nez sans
qu’ils s’en aperçoivent, peuvent, au cas où ils auraient encore des doutes
après mes révélations, voir cette lettre, comme l’autre citée ci-dessus, dans
l’organe officiel d’Albert Pike.
Celle relative au
désarmement à imposer à la France est tout au long dans le Bulletin officiel
du Suprême Conseil pour la Juridiction Sud des Etats-Unis, VIIe volume, IIe
partie, pages 439 et suivantes ; et la phrase que je viens d’indiquer
occupe les 5e et 6e lignes de la page 439. »
Nous, ATHIRSATA, pouvons confirmer ces citations. En effet, nous lisons dans l’Official bulletin of the Supreme council
of the 33d degree for the southern jurisdiction of the United States,
Volume 8 (1888), page 66:
« YOU ARE SO HIGH AUTHORITY that you will be able with ease to effect
this. In pursuance of your initiative, I am sure that in the lodges of
D’ailleurs Albert Pike lui
fait cette réponse pour corriger l’aveu de Lemmi :
« You are pleased to speak of the weight of authority which you
suppose me to possess with our Symbolic Lodges and Grand Lodges ; but in
this you fallen into error, not remembering that there are entire separation
and non-dependence, in this country, between our Supreme Councils and the
Symbolic Masonry. […]
But if I’had authority and could speak as one entitled to control
opinions and dictate actions, etc… »
Et dans le Volume 9, page
439, nous lisons ceci de Lemmi à l’attention de Pike :
« To you who rule with wisdom and love the supreme centres of the
universal Masonic Confederation. »
Reprenons la suite de
l’article de Taxil :
« Mais c’est perdre son
temps que discuter sur une telle question. La haute-maçonnerie, MM. Bois et
Rosen ne la voient pas, parce qu’ils ne veulent pas la voir.
On a vu plus haut que M. de Marolles, se
portant garant de M. Georges Bois, lui fait un titre de son ouvrage Franc-Maçonnerie
nouvelle du Grand-Orient de France, et M. de Marolles s’indigne de ce que
M. Bois - qui, depuis neuf mois, traite d’imposteur, et sans apporter 1’ombre
d’une preuve, le docteur Bataille - ait été appelé « auxiliaire du
Grand-Orient ».
Or, qu’est-ce qu’un auxiliaire ?
C’est celui qui aide, celui dont on tire un secours, celui qui vous rend
service.
La question est donc celle-ci : - M. Georges
Bois gêne-t-il ou aide-t-il le Grand-Orient de France ? Est-il pour cette
branche de la maçonnerie un adversaire redoutable, ou au contraire lui rend-il
service ?
Je soumettrai à l’examen du public un fait,
un seul, parce qu’il est brutal et facile à contrôler.
Si je dis : « M. Bois révèle uniquement
ce que la maçonnerie aujourd’hui ne cache plus », M. Bois me répondra : Je
divulgue tout ce qui est, et ce que je ne divulgue pas n’existe pas. »
Il s’agit, par conséquent, de le prendre en
flagrant délit d’extinction de lumière, si l’on peut s’exprimer ainsi ; il
s’agit de montrer M. Bois faisant de parti-pris l’obscurité sur un point bien
connu de lui, alors que le Saint-Siège dit : « Parlez, démasquez, »
et que le Grand-Orient dit : « Taisez-vous, cachez. »
Sur la question des noms des francs-maçons,
le Grand-Orient, comme toutes les autorités de la secte, a le commandement
formel de ne pas révéler aux profanes les noms des adeptes ; la société
doit rester secrète, non seulement quant à son but et à ses actes, mais encore quant
à ses membres. Individuellement, un franc-maçon peut se faire connaître comme
tel au public, c’est son affaire ; mais il lui est expressément défendu de
divulguer les noms de ses collègues sans leur consentement ; c’est un cas
d’expulsion. Les règlements l’interdisent ; nombreux sont les décrets du
Conseil de l’Ordre et les votes des Convents rappelant cette obligation de
mutisme absolu. Aussi, les journaux, destinés à être achetés par n’importe qui
et qui publient un bulletin maçonnique, sont-ils à ce sujet d’une réserve
extrême ; ce n’est pas dans leurs colonnes qu’on trouve à recueillir beaucoup
de noms de francs-maçons.
Par contre, le Saint-Siège prescrit
l’obligation générale de dévoiler les noms des francs-maçons et
particulièrement ceux des chefs, des coryphées, des militants. La bulle Apostolicae
Sedis prononce l’excommunication contre ceux qui négligent de dénoncer les
chefs occultes, les coryphées de la maçonnerie. Ainsi, au Grand-Orient de
France, les chefs sont les membres du grand collège des rites et ceux du
Conseil de l’Ordre, et l’on doit tenir comme certainement les plus militants
les délégués des Ateliers dont la réunion forme les Convents.
L’obligation (sous peine d’excommunication)
de dénoncer les chefs et les sectaires militants est générale ; elle
incombe à tous les fidèles soumis aux lois de l’Eglise. Chacun doit faire cette
dénonciation de la façon qui lui est possible : le prêtre à son évêque, le laïc
à un prêtre. « Arrachez à la franc-maçonnerie ses masques, » a dit Léon XIII.
Il ressort de là, - la dénonciation étant une obligation personnelle, - que le
publiciste catholique doit divulguer les noms des chefs et des sectaires
militants, chaque fois qu’il en a l’occasion. Il faut que l’ennemi de l’Eglise
soit connu des fidèles, afin que chacun puisse se garer de lui.
Même en France, où la franc-maçonnerie est
considérée comme société régulière par le pouvoir civil, l’obligation de
dénoncer les francs-maçons s’impose. La consultation bien connue du
Saint-Office, en réponse à une lettre de l’évêque de Bayonne, ne laisse prise à
aucun doute à cet égard :
« 1° La dénonciation est obligatoire,
non seulement dans le cas où les chefs ne seraient pas connus comme appartenant
aux sociétés condamnées, mais encore dans celui où, francs-maçons avérés, ils
ne seraient pas connus comme chefs des sectes ;
2° La dénonciation est obligatoire même dans
les pays où la franc-maçonnerie est tolérée par le pouvoir civil, où ses
membres sont assurés de l’impunité et où l’Eglise ne peut user de son pouvoir
de coercition. »
Voyons donc, à présent, ce livre que M. de
Marolles nous cite comme étant la preuve que M. Georges Bois, loin d’être, pour
le Grand-Orient, un auxiliaire, est, au contraire, son plus terrible gêneur.
Dans ce livre de M. Bois, sont insérés des
documents officiels de la secte, non pas des documents maçonniques manuscrits,
rigoureusement gardés aux archives de la rue Cadet, et au sujet desquels le
détracteur acharné du docteur Bataille pourrait contester ce que je vais dire,
mais bien des documents imprimés, qu’il est très difficile de se procurer, je
le reconnais, mais dont un exemplaire authentique pourrait être mis par moi
sous les yeux de M. Bois, s’il osait nier.
« Je n’ai pas cherché les documents dont j’ai
fait usage, écrit M. Bois dans sa préface. J’étais journaliste ; ils m’ont
été offerts. »
Notons cet aveu. On les a offerts à M. Bois,
parce que M. Bois est journaliste, et, par conséquent, pour qu’il en publiât ce
qu’il jugerait utile de publier. Dans son bulletin mensuel du 5 octobre
dernier, couverture de son 11e fascicule, Bataille a plaisanté M. Bois à ce
sujet (page 7), et M. Bois a feint de ne pas comprendre qu’on le raillait. Il
ne dit pas, dans son livre, qui lui a remis ces documents. « C’est, on le
devine sans peine, écrivait Bataille, un bon catholique comme lui, qui a eu la
patience de les recueillir un à un, par-ci par-là, à droite et à gauche, et qui
les lui a généreusement offerts (à lui Bois), pour qu’avec son merveilleux
talent il s’en serve dans l’intérêt de l’Eglise. »
Eh bien, cessons le badinage et parlons net.
La personne qui a remis à M. Georges Bois ces documents, c’est un 33e, et non
pas un 33e démissionnaire. Bien entendu, je ne blâme pas M. Bois d’être en
relations avec un 33e, ni même avec plusieurs chefs de la secte, si c’est lui
qui réussit à obtenir, par ce moyen, des armes pour combattre et démasquer la
franc-maçonnerie et les francs-maçons.
Comment s’est-il servi de ces
documents ? Est-ce en se conformant aux ordres du Saint Siège qui commande
aux fidèles, sous peine d’excommunication, de dévoiler les chefs et les
sectaires militants ? Toute la question est là.
Or, quelle que soit la surprise que je vais
causer au bon M. de Marolles, garant de M. Georges Bois, j’ai le regret de
constater que ce dernier, pour mieux enfreindre les ordres du Saint-Siège, a
carrément falsifié les documents qu’il a reproduits. Il n’a pas coupé les
passages où se trouvaient des noms de chefs ou de sectaires militants ; il
a remplacé ces noms par des qualifications qui font la nuit sur la personnalité
des francs-maçons dont il s’agit.
On sait que, dans la fédération du
Grand-Orient de France, les Convents annuels ont une importance de premier
ordre ; bien que les frères prenant part à ces assemblées suivent, sans le
savoir souvent, les inspirations des 33e du grand collège des rites établi au
sein de ce Grand-Orient, ils n’en sont pas moins des chefs, représentant avec
des pouvoirs spéciaux toutes les loges de l’obédience, dont ils sont les
mandataires, les délégués ; c’est dans ces convents que ces délégués
délibèrent chaque année sur les mesures à prendre pour miner la religion et la
détruire, si c’était possible. Aussi, est-il du plus haut intérêt, pour les
catholiques, de connaître les noms de ces délégués, qui sont tout autant
d’ennemis mortels de l’Eglise, qui comptent au nombre des sectaires les plus
militants, chefs et coryphées, selon l’expression de la bulle Apostolicae
Sedis. Pas un seul de ces délégués n’est Apprenti ni même Compagnon; il
faut être au moins Maître pour représenter une loge au Convent ; beaucoup
sont des Rose-Croix, des Kadosch, des 33es.
Voici quelques exemples des falsifications
commises par M. Georges Bois :
CONVENT DE 1889
M. Bois, dans son volume, consacre à ce
Convent les pages 166 à 177. Il est censé reproduire le procès-verbal officiel
des séances, procès-verbal qui est imprimé, je le répète, et qui figure dans le
Bulletin officiel du Grand-Orient de France.
Page 168, M. Bois imprime : « Le délégué de la loge de Tarbes
vient exposer le but dans lequel avait été déposé ce vœux, etc. »
L’imprimé officiel porte : « Le Fr.˙.
Fourcade vient exposer le but dans lequel, etc. »
Même page 168, M. Bois imprime : « Un
membre du Conseil de l’Ordre relit le vœu en question et fait observer,
etc. »
L’imprimé officiel porte « Le F.˙.
Francolin relit le vœu en question et fait observer, etc. »
Page 170, M. Bois : « Un frère
conseiller municipal de Paris, délégué de la loge Droit et Justice :
MM.˙. FF.˙., il y aurait peut-être autre chose à faire que de
renvoyer ce vœu, etc. »
L’imprimé officiel : « Le Fr.˙.
Pétrot, Orateur : MM.˙. FF.˙., il y aurait peut-être autre
chose à faire, etc. »
Page 171, M. Bois : « Le F.˙.
rapporteur : Le vœu 44 sur la protection des fonctionnaires
républicains a été déposé, la commission est favorable, etc. »
L’imprimé officiel : « Le F.˙.
Conty, rapporteur : Le vœu 44 sur la protection des fonctionnaires
républicains, etc. »
Page 173, M. Bois: « Le Fr.˙.
président de la commission des requêtes : Vous avez pu trouver dans le
Bulletin l’indication d’une commission qui, etc. »
L’imprimé officiel : « Le F.˙.
Francolin : Vous avez pu trouver dans le Bulletin l’indication
d’une commission qui, etc. »
Même page 173, M. Bois : « Le F.˙.
délégué de Constantinople : Je saisis cette occasion pour vous exposer
la situation, etc. »
L’imprimé officiel : « Le F.˙.
Michalowski, de l’or.˙. de Constantinople : Je saisis cette
occasion pour vous exposer, etc. »
Et ainsi de suite, jusqu’à la page 177.
CONVENT DE 1890
Les pages consacrées par M. Bois à la
reproduction des documents de ce Convent vont de 197 à 242.
Page 199, M. Bois imprime : « Le
Fr.˙. rapporteur de la commission spéciale nommée par le Conseil de
l’Ordre présente le rapport de cette commission sur une proposition à soumettre
à l’assemblée, etc. »
L’imprimé officiel porte : « Le Fr.˙.
Boucheron, au nom de la commission spéciale nommée par le Conseil de
l’Ordre, présente le rapport, etc. »
Page 204, M. Bois : « Le Fr.˙.
Président : Je donne la parole au Fr.˙. que la commission des vœux
a chargé de rapporter les questions, etc. »
L’imprimé officiel : « Le
Fr.˙. Président Fernand Fauve : Je donne la parole au Fr.˙.
Bertrand, que la commission des vœux, etc. »
Même page 204, M. Bois : « Le Fr.˙.
Rapporteur : La R.˙. L.˙. la Triple Union et Amitié, de
l’or.˙. de Voiron (Isère), etc. »
L’imprimé officiel : « Le Fr.˙.
Bertrand : La R.˙. L.˙. la Triple Union et Amitié, etc. »
Même page 204, M. Bois : « Le délégué
de la loge de Voiron : MM.˙. FF.˙., je viens vous demander une
modification aux conclusions du Fr.˙. rapporteur, etc. »
L’imprimé officiel : « Le Fr.˙.
Dumas, de Voiron : MM.˙. FF.˙., je viens vous demander une
modification, etc. »
Page 206, M. Bois : « Le F.˙. Rapporteur : Comme il s’agit d’un projet
financier, etc. »
L’imprimé officiel : « Le Fr.˙.
Bertrand : Comme il s’agit d’un projet financier qui ressemble,
etc. »
Même page 206, M. Bois : « Le délégué de
Montluçon : J’ai eu la faveur d’être le vénérable de la loge de
Voiron, et c’est à ce titre que je viens prendre la parole, etc. »
L’imprimé officiel : « Le
Fr.˙. Devaluez : J’ai eu la faveur d’être le vénérable de la loge de
Voiron, etc. »
Page 207, M. Bois : « Les avis sont
partagés. Un frère veut que l’on encourage les Maçons de l’Isère. Un
autre, plus avisé, songe à ce que cette assistance peut coûter à la caisse,
etc. »
L’imprimé officiel donne, comme toujours, les
noms que M. Bois cache. « Un frère », c’est le F.˙. Jourdan.
« Un autre », c’est le F.˙. Doumer.
Pages 223-224, M. Bois : « Le délégué
de la loge Liberté de Conscience, de Paris, trouve que la Chambre manque de
vigueur anticléricale... Laissons-lui la parole : Nous sommes un
certain nombre de Maçons qui voudrions pousser à fond l’analyse de cette
question, etc. »
L’imprimé officiel : « Le F.˙.
Fernand Maurice : Nous sommes un certain nombre de Maçons qui
voudrions, etc. »
Page 226, M. Bois : « Le F.˙. B.,
toujours actif et plein d’initiative, soumet le vœu suivant, etc. »
« Le F.˙. B. », c’est le F.˙.
Benoit-Lévy, ainsi que le porte l’imprimé officiel.
Et ainsi de suite, jusqu’à la page 242.
CONVENT DE 1891
Les pages consacrées par M. Bois à la
reproduction des documents de ce couvent vont de 254 à 311.
Au hasard, prenons encore le détracteur de
Bataille en flagrant délit de falsification.
Page 274, M. Bois imprime : « Le
délégué de Limoges : Vous venez d’entendre la lecture du compte rendu
des travaux du Conseil de l’Ordre, etc. »
L’imprimé officiel porte : « Le F.˙.
Dumas-Guilin : Vous venez d’entendre la lecture, etc. »
Page 275, M. Bois : « Le président du
Conseil de l’Ordre : Mon F.˙., nous avons été saisis de différentes
plaintes, et parmi elles la vôtre, etc. »
L’imprimé officiel : « Le F.˙.
Thulié, président du Conseil de l’Ordre : Mon F.˙., nous avons été
saisis de différentes plaintes, etc. »
Page 277, M. Bois : « Le F.˙. M.,
délégué de la loge de Calais : On vient de vous parler de la manière dont
se comporte parfois le gouvernement, etc. »
L’imprimé officiel : « Le F.˙.
Merchier, de Calais ; on vient de vous parler de la manière dont se
comporte, etc. »
Page 281, M. Bois : « Le délégué de
la loge de Bourg : Ce n’est pas le renvoi devant le Conseil de l’Ordre
qu’il faut voter aujourd’hui, etc. »
L’imprimé officiel : « Le F.˙.
Bourgueil : Ce n’est pas le renvoi devant le Conseil de l’Ordre, etc. »
Page 282, M. Bois : Un membre du Conseil
de l’Ordre rappelle la révocation de l’édit de Nantes. Nous négligerons ce
hors-d’œuvre. »
L’imprimé officiel donne, en entier, ce
discours très violent et en même temps très astucieux, avec le nom du frère qui
l’a prononcé, le F.˙. Poulle ; c’est un président de Chambre à
la Cour d’appel de Poitiers, ayant le 33e degré de l’initiation maçonnique.
Page 283, M. Bois : « Un autre membre du
Conseil veut qu’on exclue les candidats cléricaux (des fonctions publiques)
et qu’on refuse l’avancement aux cléricaux déjà en place, etc. »
L’imprimé officiel nomme ce forcené ;
c’est le F.˙. Albert Pétrot, alors Rose-Croix et conseiller
municipal de Paris. Voilà plusieurs fois que M. Bois cache son nom au public
catholique qu’il sollicite pour lecteur. Il est vrai que le F.˙. Pétrot
est un ami de MM. Paul Rosen et Georges Bois.
Page 284, M. Bois imprime : « Le
délégué de la loge Les Droits de l’Homme, de Paris, est partisan de
l’exclusion des cléricaux et de la destruction de l’enseignement congréganiste,
quelles qu’en soient les conséquences. »
C’est du F.˙. Edmond Lepelletier
qu’il s’agit, d’après l’imprimé officiel.
Page 285, M. Bois cache le nom du F.˙.
Laffont sous cette qualification : « le délégué de la Renaissance ».
Page 286, le F.˙. Fernand Faure
devient, sous la plume de M. Bois : « le délégué des Neuf Sœurs »
(nom d’une loge de Bordeaux).
Page 292, M. Bois dit simplement : « Un orateur
conjecture que, par la vertu du vœu Pochon, les mères de famille réactionnaires
et cléricales deviendront républicaines, parce que l’avenir de leurs enfants y
sera intéressé » ; cet orateur est le F.˙. Blatin, de
Clermont-Ferrand, est-il dit dans l’imprimé officiel.
Et ainsi de suite, jusqu’à la page 311.
Partout, c’est la même chose, tout le long du
volume. Chaque fois que M. Bois cite des documents (notamment encore de la page
427 à la page 489), il les falsifie ; car c’est une falsification que
supprimer un nom qui est imprimé sur le document même, pour le remplacer par
une appellation cachant la personnalité.
A son chapitre XIII, M. Bois donne l’état des
ateliers de la fédération du Grand-Orient de France en 1891 ; ces
renseignements sont empruntés à l’Annuaire du Grand-Orient. Cet
annuaire donne, non seulement les titres des ateliers, mais les noms et
adresses de tous les vénérables, très sages (présidents de chapitres) et grands
maîtres (présidents d’aréopages de Kadosch). M. Bois publie les titres
d’ateliers ; mais silence complet sur les individus, absence totale des
noms.
Tel est le fait brutal qu’il y avait
nécessité de faire connaître. Je mets M. Georges Bois au défi de nier. Il ne
fera croire à personne qu’on a fabriqué, exprès pour lui, un exemplaire du Bulletin
officiel du Grand-Orient de France et un exemplaire de l’Annuaire officiel,
avec suppression des noms.
Tous ces noms, il les a eus sous les
yeux ; et ce n’est pas par défaut de place qu’il les a supprimés, puisque
la qualification dont il se sert en remplacement du nom est toujours plus
longue que le nom.
Et, ce qui est un comble, M. Bois, dans la
conclusion de son livre, félicite (page 514) un journal catholique de province,
qui avait publié quelques noms de francs-maçons de son arrondissement. Ah!
Voilà la bonne guerre, s’écrie M. Georges Bois ; nous ne devons prêter
notre appui, surtout dans la vie politique et publique, à rien de ce qui est
franc-maçon. Voilà comment la lutte sera efficace, et pour cela il faut publier
les noms.
« Continuez le bon combat, dit-il au
journal catholique auquel il fait allusion. Publiez, si vous pouvez, la
liste entière de toute la loge, afin que nous sachions qui nous avons devant
nous. » (Textuel.)
Et c’est M. Georges Bois qui traite de «
fumisterie » l’ouvrage du docteur Bataille !
Et le bon M. de Marolles certifie que le livre
de M. Bois a porté un coup terrible au Grand-Orient de France !...
Ah ! Comme on a dû rire, à la rue Cadet, en lisant le certificat de M. de
Marolles !
Non, voyez-vous, ce 33e qui offre à M. Bois
des documents pour qu’il les publie, M. Bois qui les imprime en en retranchant
précisément ce qu’il reconnaît lui-même être le plus gênant pour la secte, en
supprimant ce que le Saint-Siège ordonne de dévoiler sous peine
d’excommunication, c’est-à-dire les noms, et là-dessus, M. de Marolles,
président du Comité anti-maçonnique, qui déclare que M. Bois est tout le
contraire d’un auxiliaire du Grand-Orient de France, non, voyez-vous, cela fait
rêver !
Encore je suis obligé de m’arrêter, car la
place me manque ; Bataille a étalé devant moi les innombrables lettres de
ses abonnés qui le supplient de laisser M. Bois brailler, sans lui répondre; et
je vous assure que la plume semble se galvaniser d’elle-même entre mes doigts.
M. Georges Bois veut-il autoriser les
personnes à qui il a écrit des lettres privées contre Bataille et contre
moi-même à m’en laisser reproduire seulement une ou deux, et à y
répondre ? Ou bien la Vérité veut-elle les publier et en prendre
toute la responsabilité ?
Alors, on pourra faire constater
authentiquement, officiellement, qui dit vrai et qui ment. Et je vous réponds
que, pour le coup, ce sera bien fini.
Léo Taxil. »
Une des manœuvres les plus perfides du
journal la Vérité, - qui, chaque fois que M. Bois y écrit, devrait
beaucoup plus logiquement s’appeler le Mensonge, - a été de répandre le
bruit que l’auteur du Diable au XIXe siècle s’intitulait faussement
« docteur » et n’était même pas médecin.
Dans des lettres particulières, adressées à diverses personnes,
l’auxiliaire du Grand-Orient de France a commencé par prétendre s’être
renseigné officiellement, en ce qui concerne le service de notre ami dans la
marine, et avoir appris ainsi que celui-ci avait tout au plus navigué quelques
mois aux Messageries Maritimes. Cette seule allégation donne la mesure de la
mauvaise foi de M. Bois : pour ne citer que le Japon, le docteur Bataille y a
été en station pendant près de deux ans, sous le pavillon des Messageries
Maritimes et comme docteur de bord.
Passant des mensonges multipliés en des
confidences épistolaires aux insinuations calomnieuses publiques, M. Georges
Bois a tenté de faire croire aux abonnés du journal où il écrit que notre ami
n’est nullement docteur en médecine. Pour arriver à faire pénétrer dans les
esprits cette impudente fausseté, il n’est sorte d’artifices auxquels M. Bois
n’ait eu recours. Tantôt, comme dans ses lettres particulières, il fait suivre
d’un injurieux point d’interrogation entre parenthèses le titre de docteur
(?) ; tantôt, il affecte, ostensiblement, de la façon la plus marquée,
de lui refuser ce titre qui est pourtant le sien et bien légitimement conquis
par examens, diplôme et long exercice d’une honorable profession ; tantôt
enfin, sachant parfaitement que le docteur a cessé d’exercer, si ce n’est
accidentellement et pour se rendre utile à quelques personnes en nombre
restreint qui veulent bien le consulter spécialement pour les maladies
nerveuses), M. Georges Bois déclare solennellement que le vrai nom de l’auteur
du Diable au XIXe siècle ne se trouve ni dans l’Annuaire Médicale
de Paris ni dans le Bottin, où il l’a, dit-il, vainement cherché
à la nomenclature des docteurs-médecins de la capitale.
Tous ces procédés sont bien misérables, et,
dans cet acharnement à calomnier, il est fort difficile de voir l’appréciation
d’un critique jugeant un livre ; jamais, dans les annales de la presse, un
critique littéraire, si hostile qu’il fût à un ouvrage, n’est descendu à de
semblables manœuvres.
Eh bien, pour qu’une démonstration éclatante
soit faite de la basse déloyauté de M. Georges Bois, les amis de M. le docteur
Bataille l’ont instamment prié de consentir à oublier qu’il est, comme médecin,
avant tout un homme d’études scientifiques, et de vouloir bien reprendre, au
moins pendant quelque temps, le public exercice de sa profession. Notre ami a
accepté.
C’est pourquoi, tous les lundis dans la
matinée, de 9 heures et demie à 11 heures et demie, M. le docteur Bataille
recevra, dans un cabinet (rue de l’Abbaye, 13), toute personne qui désirera le
consulter sur un cas de maladie ou pour avoir une prescription de régime à
suivre. M. le docteur Bataille donnera également des consultations par
correspondance, à titre exceptionnel, bien entendu, et pour une seule fois. Les
consultations seront signées de son titre de docteur et de son vrai nom.
Si M. Georges Bois a dit la vérité, l’auteur
du Diable au XIXe Siècle se sera donc mis dans le cas délictueux
d’exercice illégal de la médecine. Et, la jurisprudence nécessitant que le
délinquant ait réellement fait métier, c’est-à-dire se soit fait rémunérer de
son office de médecin et ne se soit pas borné à donner des conseils, notre ami,
afin de n’être pas accusé d’avoir usé d’un subterfuge de nature à laisser la
loi impuissante contre lui, fixe à ses consultations un prix modique, mais
suffisant pour ne pas lui permettre d’échapper aux effets d’une dénonciation.
En conséquence, le prix de la consultation,
soit dans le cabinet mis à la disposition du docteur Bataille chez ses
éditeurs, soit par correspondance, est fixé à « cinq francs ».
Maintenant, voilà M. Georges Bois et ses
garants de sincérité mis au pied du mur. Ils n’ont plus à se dérober, ni lui ni
ceux qui impriment ses mensonges et leur donnent de la publicité. Il leur est
facile de faire demander consultation à M. le docteur Bataille par cinq ou six
personnes, pour s’assurer que notre ami se soumet réellement à l’expérience qui
vient d’être indiquée ; et, pour la modique somme de 25 à 30 fr., ils
auront en main les titres nécessaires pour le faire punir avec toute la rigueur
des lois, s’il est un faux docteur.
Allons, Messieurs, vous n’avez pas le droit
de refuser cette expérience décisive. Vous avez calomnié un homme et fait ainsi
le jeu de ceux que loyalement il combat et démasque ; vous avez répandu
sur lui des insinuations perfides ; vous avez l’obligation de ne pas en
demeurer là, il vous faut à présent, aller jusqu’au bout.
Vous devez faire constater que notre ami
exerce la médecine et le dénoncer au procureur de la République. Le docteur
Bataille vous met tous les atouts en main, si M. Georges Bois a dit vrai.
Et si l’expérience se retourne contre M.
Bois, s’il est ainsi démontré que ce monsieur a menti, si c’est lui qui, de
cette façon, est pris en flagrant délit d’imposture, nous aimons à croire que
M. Auguste Roussel, que nous persistons à ne pas rendre solidaire de son
collaborateur, aura l’honnêteté de désavouer celui-ci, de reconnaître qu’il a
été trompé par lui, et de dégager, par une déclaration publique, sa
responsabilité dans cette série d’attaques qu’il a eu tort de laisser produire
dans ses colonnes. Son amitié pour M. Bois l’a rendu aveugle. Dans l’intérêt
même de son journal, nous croyons qu’il est temps, pour M. Roussel, d’ouvrir
les yeux.
Quant à nous, nous affirmons la réalité des nombreux
voyages de M. le docteur Bataille, l’authenticité de ses diplômes, son
honorabilité au-dessus de tout soupçon ; nous le savons sincère et le
déclarons tel. Et tous ceux qui écrivent dans cette revue se proclament ses
amis, l’estiment comme tous ceux qui le connaissent. Tous, nous nous déclarons
hautement solidaires de lui. »
Voici l’article publié par M. le chanoine
Mustel dans la Revue catholique de Coutances du 19 janvier 1894 pour la
défense de l’ouvrage du docteur Bataille :
« … Nous arrivons à M. George Bois.
Ancien rédacteur de l’Univers,
actuellement rédacteur de la Vérité, M. G. Bois est un écrivain
catholique. Il a fait un livre intéressant, que nous avons lu avec attention, sur
la Franc-Maçonnerie moderne, dont l’objet, restreint, mais plein d’actualité et
qui appelle l’attention spéciale des lecteurs français, est l’évolution récente
et la nouvelle constitution du Grand-Orient de France, depuis que, rejetant en
grande partie les anciennes épreuves, les symboles et les rites archaïques, il
est devenu à la fois une société de libre-pensée ou d’athéisme, et une
association politique et sociale dont les membres travaillent efficacement à
conquérir ou à garder le pouvoir et à mettre les catholiques hors la loi, en
attendant qu’ils puissent supprimer le catholicisme en France.
M. G. Bois continue dans la Vérité, à
faire campagne contre la Franc-Maçonnerie, sur le même terrain, c’est-à-dire en
signalant ses entreprises, ses résolutions et ses actes pour asservir,
dépouiller et finalement détruire, si elle le pouvait, l’Eglise catholique en
France.
Ses renseignements, très sûrs, sont aussi
très précieux, et, en les donnant, M. G. Bois rend aux catholiques un service
dont personne ne comprend et ne reconnaît mieux que nous la très grande
importance. Mais nous sommes de ceux qui croient ses renseignements
insuffisants. Il ne sait pas, ou du moins, il ne dit pas tout, et il ne fait
connaître de la secte que le côté le moins odieux, lequel, du reste, elle avoue
ou plutôt proclame elle-même, en s’en faisant un titre de gloire.
Pourquoi M. G. Bois a-t-il attaqué
violemment, depuis longtemps, - et nous pouvons dire un peu par tous les moyens
dont il disposait, - le docteur Bataille et ses révélations ? Nous n’en
trouvons aucune bonne raison, surtout après la lettre que nous avons reproduite
il y a quinze jours, et dans laquelle M. G. Bois affirme, comme nous,
l’existence « d’un monde spécial, voué au diabolisme. » Nous eussions
parfaitement compris qu’il mit en doute les révélations du Diable au XIXe
Siècle, qu’il signalât dans les faits, les récits ou les doctrines, ce qui
lui paraissait incroyable, invraisemblable, ou enfin contraire aux
enseignements de l’Eglise. La discussion était de droit, et personne, pas plus
l’auteur que ses amis, n’aurait pu légitimement s’en plaindre.
Mais l’attitude de M. G. Bois a été tout
autre ; et il nous permettra de la trouver à la fois maladroite et
inexplicable.
D’abord, quand il a commencé ses attaques, il
ne pouvait ignorer que bon nombre de catholiques sérieux et instruits, de
prêtres, de théologiens, de religieux de tous les ordres, et plusieurs évêques
des plus compétents en ces matières, admettaient les révélations de M. le
docteur Bataille. Sans rien enlever à la liberté de la controverse, ces
adhésions discrètes, mais connues, ne devaient-elles pas détourner un écrivain
catholique de donner à sa polémique un ton de persiflage injurieux. comme si
l’auteur qu’il attaquait eut été convaincu d’être un charlatan, un
« fumiste », et son œuvre, une continuation des aventures du baron de
Krack ? A traiter ainsi un homme qui s’affirme catholique, et contre
lequel on ne peut s’armer, pour le combattre, que d’impressions personnelles,
c’est le critique qui se fait tort et met les lecteurs en défiance.
M. G. Bois a commis d’autres impairs. Il se
défend énergiquement de toute connivence, de toute collaboration, de toute
relation avec M. Rosen, sauf les relations d’un amateur de livres avec un
libraire. Fort bien. Mais pourquoi faisait-il insérer, le 24 novembre et le 4
décembre, dans la Vérité, deux lettres très singulières de ce Monsieur,
qui lui apportait évidemment son concours et son témoignage ? Et pourquoi
faisait-il suivre la première de ces lettres de cette recommandation
flatteuse : « Ce témoignage est d’autant plus autorisé que M. Paul Rosen
est le premier qui ait fait connaître en Europe la Maçonnerie de Charleston et
Albert Pike, en deux ouvrages honorés l’un et l’autre d’un bref de Léon XIII »
- et, en note, au bas de la page, cette jolie réclame : « Satan et Cie
et L’Ennemie sociale (Bloud et Barral. éditeurs). L’Ennemie sociale,
en un simple in-12, de 800 pages, est le plus décisif recueil de documents sur
le rôle politique et social de la Maçonnerie. »
Ajoutons que, dans son ouvrage, M. G. Bois
cite à chaque page M. Paul Rosen. Eh ! bien, nous trouvons étonnant
qu’après avoir publiquement fait campagne ainsi, - nous maintenons le mot, -
avec cet auteur, recommandé ses livres, honorés d’un bref pontifical, M. G.
Bois se défende si fort de toute accointance avec l’auteur de Satan et Cie,
et nous adjure et nous impose comme un acte de justice, dans des lettres
pressantes, de le dégager complètement de toute compromission avec le même P.
Rosen. - que d’ailleurs il connaît très bien, - beaucoup mieux que nous.
M. G. Bois ayant accusé publiquement l’auteur
du Diable au XIXe siècle d’être un « fumiste », un simple
« romancier », en d’autres termes, un imposteur et un « faux
témoin », M. Bataille a répliqué que M. Bois est, lui, un agent du Grand-Orient
de France, et il a promis de le prouver. L’accusation est très grave, et nous
comprenons qu’elle ait profondément blessé celui qui en était l’objet. Celle
qu’il avait portée le premier, sans y être provoqué, contre l’auteur du Diable
au XIXe siècle, l’était-elle moins ? Nullement, à notre avis. Si
l’œuvre de ce dernier était une œuvre d’imposture, ce serait une œuvre infâme
et scélérate au plus haut degré. Donc, les deux accusations s’équilibrent.
Jusqu’à présent, ni l’une ni l’autre n’est
prouvée. M. G. Bois, qui manie la plume avec souplesse et dextérité, doit
s’avouer que les arguments qu’il a accumulés sont faibles et ne peuvent
convaincre aucun homme sérieux. Quant à son adversaire, il doit produire très
prochainement ses preuves, et nous verrons ce qu’elles valent.
Mais M. G. Bois a manqué de sang-froid
jusqu’à s’emballer et se compromettre On connaît la législation française, si
défectueuse, sur la diffamation. Dans aucun cas, aucune preuve n’est admise,
quand il s’agit de particuliers, même journalistes ou candidats à une fonction
élective quelconque. Celui qu’on accuse a donc toujours le moyen de faire
condamner son accusateur ; mais, en ce cas, il se condamne presque
toujours lui-même, puisque, loin de prouver son innocence, il étouffe et
supprime les débats. Aussi n’y a-t-il guère que les publicistes véreux a
recourir aux tribunaux quand ils sont incriminés. Le moyen de se défendre,
c’est de mettre en demeure son adversaire de prouver ce qu’il avance, soit devant
le public, soit devant un jury d’honneur. Mais, en ce cas, il ne faut point le
menacer d’un procès, sinon dans le cas où les preuves peuvent être admises. En
faisant entendre, le 23 novembre, qu’il « se réservait » sur la question de la
police correctionnelle, M. Bois prenait une posture d’intimidation que nous
trouvons fâcheuse pour lui.
A notre avis, M. G. Bois n’a pas été mieux
inspiré en publiant une lettre amicale de M. le vicomte de Marolles. Celui ci
déclare qu’il ne prend point parti entre M. Bataille et M. Bois, mais il
proteste contre l’accusation dont ce dernier est l’objet et que nous avons
indiquée. Or, M. Bois, écrivain catholique, qui, après avoir fait partie de la
rédaction de l’Univers, est actuellement l’un des principaux rédacteurs
de la Vérité, ami de MM. Roussel et Arthur Loth, qui jouissent de
l’estime universelle, devrait comprendre qu’aucun témoignage d’estime et de
confiance, quel qu’en soit l’auteur, ne peut lui être utile. Ou ses
collaborateurs le connaissent ; et, on ce cas, leur jugement suffit ;
ou il a pu les tromper, eux qui le voient tous les jours, avec lesquels il
vit ; - ce qui n’est pas inouï, témoin Nubius ; - et alors il n’est
personne qui n’ait pu se méprendre sur son compte.
D’autre part, il serait facile de relever bon
nombre de contradictions dans les articles de M. Bois. Pourquoi, par exemple,
après avoir écrit à maintes reprises que les révélations du docteur étaient
fausses, s’empare-t-il, le 29 novembre, d’une lettre dans laquelle M. Léo Taxil
reconnaît, - ce qui était su, dès le commencement, de tous ceux qui avaient
voulu prendre des informations, - qu’il donne son concours au docteur
pour : 1° guider les dessinateurs chargés de l’illustration ; 2°
contrôler le docteur Bataille sur les questions purement maçonniques, et en
tire-t-il cette conclusion, absolument contraire à toutes ses attaques
antérieures :
« Ce qui reste acquis, c’est que les
révélations du docteur Bataille, en ce qui se rapporte à la Maçonnerie pure,
ont la même valeur, la même autorité que celles de M. Léo Taxil, lesquelles
elles-mêmes, au-dessus du grade d’apprenti, ne sont plus un témoignage
personnel, mais de simples renseignements.
C’est tout ce que nous voulions dire, et nous
n’avons jamais soutenu autre chose. Et si M. Léo Taxil voulait ajouter que ces
renseignements ont été mis en œuvre avec un peu d’imagination et cette petite
pointe de couleur romanesque que le public aime toujours, nous n’aurions plus
rien à lui demander. Que n’a-t-il seulement commencé par nous écrire cela dès
le premier jour ? Il nous eût épargné et eût épargné à son ami beaucoup
d’entre qui eût pu servir à autre chose ! »
Qu’importe le contrôle de M. Taxil sur les
questions purement maçonniques, c’est-à-dire, évidemment, sur la terminologie,
les rituels, les grades, les rites de la Franc-Maçonnerie ordinaire, qui n’a
pas été l’objet des études ni des investigations du docteur Bataille ? La
question, pour celui-ci, est uniquement celle que M. Bois avait posée et à
laquelle il est revenu : Le docteur a-t-il vu et entendu ce qu’il raconte
comme témoin oculaire ? Les diversions à propos de M. Léo Taxil ou de tout
autre n’ont rien à voir ici. Il n’y a pas d’auteur qui ne réclame, pour se
faire éditer, quelque concours d’amis dans lesquels il a confiance, pour revoir
son œuvre, la critiquer, et, au besoin la modifier. Elle reste cependant bien
son œuvre personnelle, dont toute la responsabilité lui incombe.
Que signifient encore, à propos du Diable
au XIX siècle, les reproches faits à M. Taxil d’avoir publié un livre dans
lequel les mœurs modernes seraient trop crûment dévoilées ? Que le
reproche soit fondé ou non, en quoi atteint-il et un autre auteur et un auteur
ouvrage ?
Enfin, - car il faut finir, - M. G. Bois
abuse de la facilité que lui procure son rôle de rédacteur d’un journal
quotidien pour multiplier sans mesure et varier sans cesse et ses articles et
ses attaques contre un écrivain qui ne peut répondre qu’une fois par mois.
Si nous pouvions entrer dans le fond du
débat, nous ajouterions, preuves à l’appui, que ce n’est pas le docteur
Bataille, mais ses contradicteurs qui se sont trompés ou ont voulu tromper sur
Charleston, sur Albert-George Mackey, sur les Inspecteurs en mission
permanente, qu’ils confondent avec les Souverains Inspecteurs Généraux, 33e
degré de l’Ecossisme, sur Sophie Walder et son père, etc., etc.
Un dernier mot : le 5 janvier, en publiant
l’interrogatoire adressé à toutes les Loges de France des différents Rites, par
la Loge la Clémente Amitié, M. G. Bois reprochait au docteur Bataille de
ne pas donner des renseignements de ce genre, et le raillait, selon son
habitude, à propos de faits démoniaques qu’il raconte. Ici, nous ne comprenons
pas. La Franc-Maçonnerie est une sorte de religion retournée ; elle a ses
œuvres, qui sont des œuvres de destruction et de ruines ; il est bon
certainement de les dénoncer. Mais elle puise ses inspirations plus bas que les
abîmes les plus obscurs et les plus infects du cœur humain. C’est le Diable qui
la dirige et l’inspire. Mettre ce point en lumière, le faire toucher du doigt,
c’est, comme le disait M. le chanoine Ribet, porter à la secte un coup droit,
plus efficace contre elle que la révélation de ses desseins et de ses méfaits.
Pour juger une société, un corps moral, il
est bon de savoir ce qu’elle fait, puisqu’on connaît l’arbre à ses
fruits ; mais mieux vaut encore connaître l’esprit qui l’anime. Aussi
saint Paul ne cessait-il d’avertir les fidèles de son temps qu’ils avaient à
combattre, non seulement contre la chair et le sang, mais contre les esprits de
ténèbres, répandus dans l’air et acharnés à leur perte.
Que M. Bois s’attache à signaler les faits et
gestes du Grand-Orient, c’est fort bien. Mais celui qui montre l’action directe
de l’Enfer éclaire mieux encore la situation. Le blâmer, le ridiculiser, non plus
sous prétexte qu’il trompe, mais parce qu’il consacre ses efforts à cette
mission, c’est se rendre suspect.
L.-M. Mustel. »
Suite à cet article, on pouvait lire ceci
dans le numéro deux de la Revue mensuelle (février 1894) :
« A cet article, M. Georges Bois n’a
rien répondu. il n’avait, en effet, qu’à se taire.
Quant à l’article qui lui a été consacré dans
notre dernier numéro de la Revue Mensuelle, il rendait obligatoire une
disparition ou un aveu ; M. Bois était mis au pied du mur.
Sur la question Pike-Mackey-Batchelor, le
mensonge de M. Bois (prétendant avoir appris au docteur Bataille la mort de
Gallatin Mackey) était flagrant, tellement flagrant que notre maladroit
adversaire, qui avait pourtant tant crié depuis neuf mois à ce sujet, s’est
réfugié dans un mutisme absolu.
Sur la question des documents maçonniques
qu’il a publiés dans son livre, M. Georges Bois, obligé d’avouer les
innombrables falsifications que nous avons signalées, a plaidé fort piteusement
les circonstances atténuantes. Par exemple : dans le compte-rendu du
convent de 1880, il a supprimé le nom du F.˙. Fourcade et l’a remplacé par
une désignation cachant la personnalité, trompant donc le lecteur sciemment
lorsqu’il met sous ses yeux ce qu’il appelle lui-même un document ;
pourquoi cette falsification ?... Nous citons textuellement M. Bois :
« Qui est-ce qui connaît, en France, le
F.˙. Fourcade ? Il y a peut-être, en France, plusieurs centaines de
Fourcade, dont la plupart, peut-être aussi, sont étrangers à la
franc-maçonnerie ? Quand j’ai cité ce nom, qu’ai-je appris au
public ? Rien, et j’ai provoqué un déluge de réclamations.
Je laisse de côté ce nom inutile, et je le
remplace par la qualité officielle du personnage, sa qualité de délégué de la
loge de Tarbes, chargé d’apporter au convent un vœu relatif aux projets de la
maçonnerie sur Notre-Dame de Lourdes. Cette fois, la question s’éclaire, et le
lecteur saisit du premier coup d’œil la valeur de la citation. »
Est-ce assez lamentable, comme
explication ?
A qui M. Bois fera-t-il croire que, s’il
avait publié le document tel quel, - c’est-à-dire : 1° la liste des
délégués au Convent, portant les noms de chacun avec sa qualité officielle
(liste qu’il avait entre les mains et qui ne lui eût pas pris un grand nombre
de pages de son livre, quatre cents lignes environ), et 2° le procès-verbal de
séance avec le nom de chaque orateur, - il aurait provoqué les réclamations
d’un Fourcade quelconque ?
Les documents doivent être reproduits comme
ils sont, et l’on ne saurait invoquer aucune excuse quand on est pris en
flagrant délit de falsification, surtout lorsqu’on se dit catholique et qu’en
cachant les noms à l’aide d’une falsification de ce genre, on désobéit au
souverain chef des fidèles, alors aussi que, d’autre part le fait de cacher
les noms est ordonné par les chefs de la maçonnerie.
Quant à dire que le nom du F.˙. qui a
apporté au Convent les vœux de la loge de Tarbes contre Notre-Dame de Lourdes
n’a aucun intérêt à être connu des catholiques, il faut prendre les lecteurs
auxquels on s’adresse pour des imbéciles pour oser exprimer pareille chose...
Allons, tout cela est pitoyable au suprême degré.
M. Bois aurait dû, là-dessus, dans son
intérêt, garder le silence, comme il s’est tu sur la question Mackey et sur
l’histoire de ses correspondances particulières calomnieuses.
Il a voulu se donner l’air de ne pas avoir le
dernier mot et se dérober avec une pirouette. Il n’a pas compris que son rôle
est fini, que ses répliques ne sont plus que des grimaces macabres, qu’à tout
prendre il lui vaut mieux rester dans la coulisse. Pauvre garçon ! il n’a
même pas l’intelligence de la reconnaissance à notre égard ; car, enfin, il
sait bien que nous avons été pour lui beaucoup plus indulgents qu’il ne le
méritait. »
Un des passages du Diable au XIXe siècle
qui a eu le plus le don de provoquer les rires et les haussements d’épaule des
soi-disant catholiques (vrais sceptiques, au fond) a été celui où j’ai eu
l’occasion de dire quelques mots du démon Cerbère.
Je prie mes lecteurs de se reporter au
premier volume, livraison 98, page 782.
C’était l’entrée en matière du chapitre XXIV,
la Possession et les Démoniaques. J’exposais combien il est regrettable
que la croyance au surnaturel se perde ; je disais l’aveuglement de ces
pauvres fous qui se croient des esprits forts et qui n’aperçoivent pas le
diable opérant à côté d’eux. A ce propos, je citais deux lettres, prises parmi
les innombrables que je reçois, et dans lesquelles mes honorables
correspondants déploraient, eux aussi, la négligence de nombreux membres du
clergé à étudier la mystique.
La seconde de ces lettres, émanant d’un
vénérable prêtre, exorciste aguerri contre Satan et qui avait été témoin de
quantité de faits diaboliques, disait entre autres choses :
« Je lis votre récit avec d’autant plus
d’intérêt, que depuis sept ans je m’occupe spécialement des questions
diaboliques, ayant à soutenir et à exorciser plusieurs personnes possédées par
les démons.
On passe pour exalté quand on parle de ces
choses-là : mais peu de personnes, même parmi les prêtres, soupçonnent combien
l’action du démon est fréquente à notre époque et quelle large part ce monstre
prend aux affaires humaines.
Avec ce que j’ai vu, dans les cas que j’ai
rencontrés, et ce que la théologie nous enseigne, il est facile d’expliquer
tous ces phénomènes que vous rapportez, et pas un de ceux que j’ai lus
jusqu’ici ne m’a étonné...
Je serais heureux, me demandait mon
correspondant, si vous pouviez me dire si, dans votre enquête, vous n’avez pas
trouvé quelque part le démon Cerbère. Je tiens enfermé, dans le corps
d’une pauvre et sainte fille, un démon puissant qui me parait être celui-là. Si
c’est lui, vous n’avez certainement pas dû le rencontrer... »
Citant cette lettre, je l’interrompis en cet
endroit, pour montrer combien l’exemple était significatif. Ce pieux et savant
exorciste avait soupçonné Cerbère dans ce méchant diable qui refusait
obstinément de dire son nom.
La lettre dont il s’agit remontait déjà à
plusieurs mois. Dans le fascicule qui en donna des extraits (fascicule de
septembre 1893), je racontai une partie de ce qui était résulté de ma
correspondance avec le vénérable exorciste.
N’ayant, en effet, jamais rencontré Cerbère
au cours de mon enquête, mais sachant d’autre part à quoi m’en tenir sur son
compte, j’avais pu fournir quelques renseignements à mon correspondant et je
fis connaître ce point à mes lecteurs :
« Lors de mon second voyage à
Charleston, j’ai copié plusieurs des livres infernaux qui sont aux archives du
Suprême Directoire Dogmatique, parmi lesquels un curieux registre où figure
toute la hiérarchie diabolique, telle que Satan l’a fait connaître à son
vicaire (alors Albert Pike).
J’ai donc pu donner quelques indications
précieuses à l’éminent exorciste qui me faisait l’honneur de me consulter.
C’est ainsi que je lui fis savoir que Cerbère s’intitule « marquis de
l’enfer », qu’il est inscrit comme commandant à dix-neuf légions, soit à
128 654 diables subalternes, et qu’il apparaît d’ordinaire sous la forme d’un
chien, à une tête (et non à trois, comme on se l’imagine), ladite tête pourvue
d’une barbe humaine noire et coiffée d’un bonnet pointu. J’indiquai aussi, pour
le cas où le fait eût été ignoré de mon correspondant, qu’on pouvait surprendre
ce démon, en lui parlant d’une certaine Marie Martin avec qui il avait eu des
relations.
Mes renseignements ne furent pas
superflus ; car bientôt ce méchant et puissant démon se laissa surprendre
le secret de son identité : c’était bien Cerbère.
Depuis lors, Cerbère s’est enfui de la ville
où il avait établi sa résidence, dans le corps de la malheureuse possédée dont
il est ici question. »
Voilà ce qui a été imprimé dans le 10e
fascicule qui parut en septembre dernier.
Il n’y avait là rien de risible. Les vrais
catholiques, ceux qui ont gardé la foi et sous les yeux de qui tombèrent ces
lignes, comprirent qu’il s’agissait d’un cas de possession des plus graves,
mais que la discrétion m’empêchait d’entrer dans de plus amples détails.
Dans la feuille innommable où l’ami du
F.˙. Albert Pétrot s’est attaché à tenter, par les moyens les plus
déloyaux, de jeter le discrédit sur mes révélations, ce fascicule fut tout
particulièrement l’objet d’une moquerie à outrance. J’appelle ce journal «
innommable », parce que vraiment on ne peut pas le désigner sous le titre qu’il
a pris ; autant vaudrait appeler « lumière » les ténèbres et « vertu » le
vice, selon la langue à rebours en honneur chez les francs-maçons.
Donc, M. Georges Bois trouva extrêmement
plaisant cet incident diabolique que je venais de laisser entrevoir ; il
en fit des gorges chaudes. Il consacra deux colonnes à railler des miracles que
j’avais fidèlement rapportés de la vie de saint Dunstan, le grand apôtre de
l’Angleterre, à se moquer des catholiques qui n’ont pas son scepticisme de
joyeux boulevardier ; et M. Auguste Roussel fit à cette diatribe, digne de
la Lanterne et autres organes de l’irréligion gouailleuse, les honneurs
de la première page de son numéro du lundi 30 octobre. Ces plaisanteries de
cabaret s’étalèrent en premier article.
La conclusion de M. Georges Bois est
caractéristique. Je ne me doutais pas alors que j’aurais un jour à la
reproduire.
La voici (elle est devenue, comme on va voir,
de pleine actualité) :
« Terminons par une anecdote qui
déridera le lecteur… Un des correspondants du Diable au XIXe siècle
écrit au docteur Bataille pour lui demander ce qu’il pense du démon Cerbère. A
ce nom, le correspondant soupçonne un démon à tête de chien. Le docteur, lui,
pense aussitôt à son portier. Alors, il répond à son correspondant en le
félicitant avec onction. Ce n’est pas lui qui doute du surnaturel ! Puis,
il ajoute qu’en effet Cerbère est un vilain diable à figure de chien, et qu’il
se montre le plus communément avec un bonnet sur la tète et une barbe humaine.
Voilà le correspondant du docteur désormais
renseigné, et de main de maître, il peut en être sûr !
Signé : Georges Bois. »
Il n’est pas possible de travestir avec plus
de mauvaise foi ce que j’avais écrit ; tout lecteur peut se reporter à ma
livraison 98, pages 752 et 783. Il n’est pas possible non plus de tourner plus
en ridicule un vénérable prêtre, exorcisant une malheureuse possédée, avec
l’autorisation de son évêque et c’est un journal catholique qui se moque en ces
termes d’un pieux exorciste, combattant l’enfer avec tout son zèle de croyant éclairé !...
Quelle triste et honteuse pasquinade !…
Mais, vraiment aussi, il semble que la
Providence s’attache à susciter des événements qui chaque jour confirment la
véracité et la sincérité de mes divulgations. Certes, je n’en tire aucune
gloire, et je dis même que cela prouve que nous sommes bien infimes, bien
misérables, des vers de terre, et qu’entre les mains de la Divine Sagesse nous
sommes tous de très fragiles instruments.
Déjà, j’aurais pu répondre depuis longtemps
aux sottes railleries de M. Georges Bois à propos de Cerbère ; j’ai
dédaigné de les relever, et pourtant il m’eût été bien facile de le faire. Mais
le lecteur comprend à quelle discrétion je suis tenu, recevant les plus graves
confidences.
Cependant, je me trouve obligé aujourd’hui de
revenir sur le diable Cerbère, et je ne puis m’abstenir de signaler combien il
est merveilleux que ce soit précisément ce démon dont une nouvelle
manifestation vient de m’être communiquée.
D’abord, quelques mots sur le passé.
J’ai dit, dans ma livraison 98, que Cerbère,
après avoir été tenu longtemps enfermé dans le corps d’une sainte fille, s’en
était tout à coup échappé.
Je vais être plus précis.
Le souvenir de Marie Martin, sorcière
prédilectionnée de lui, qui fut pendue et étranglée en Picardie le 25 juillet
1580, est un souvenir particulièrement désagréable à Cerbère ; il lui
rappelle une défaite que lui infligea l’Eglise, et il entre en colère chaque
fois qu’on lui jette à la face ce nom. Il avait espéré faire beaucoup de mal
par cette mauvaise femme, et l’Eglise avait brusquement interrompu ses
prestiges.
La malheureuse possédée, - une religieuse, -
dont il fut question lors de mon fascicule de septembre, a été fort
heureusement délivrée. Cerbère se démasqua, quand l’exorciste, mon
correspondant, lui parla de Marie Martin.
Ainsi que je l’ai dit, il s’enfuit tout à
coup de la ville où il avait alors établi sa résidence. Mais voici bien autre
chose, dont je n’ai pas cru devoir parler à cette époque.
Un jour que je me trouvais chez un ami ecclésiastique, j’avais justement sur moi,
venant de la recevoir, la lettre dans laquelle le vénérable exorciste de L***
m’annonçait la disparition subite de Cerbère. Bien entendu, je n’avais parlé de
ce fait à personne. Mon ami désirait me présenter à un saint prêtre, qui, lui
aussi, exorcisait une pauvre possédée, celle-ci laïque. La présentation faite,
nous causâmes. La conversation vint sur la possession dont M. l’abbé X***
s’occupait, et il nous dit que, depuis la veille, un démon réellement terrible
s’était installé chez la victime, la martyrisant plus que tous les autres.
Néanmoins, il avait réussi à contraindre ce diable à se nommer; c’était
Cerbère.
Je n’avais pas à douter de la délivrance de
L***. Je sortis ma lettre et la montrai. Rien n’était plus frappant.
Or, Cerbère fut encore délogé, ainsi que ses
compagnons. La deuxième possédée dont je parle en ce moment a été complètement
et définitivement délivrée dans les derniers jours de juillet 1893.
Maintenant, je vais reproduire des extraits
d’une lettre qui m’est parvenue ces jours-ci arrivant de bien loin, et mes
lecteurs pourront constater que le démon Cerbère n’est pas resté longtemps sans
exercer sa rage de persécution.
Je ne publierai pas l’endroit où il manifeste
ses fureurs à cette heure, mon correspondant ne m’y ayant pas autorisé. Mais,
si M. Auguste Roussel, qui se laisse trop facilement influencer par son
collaborateur sceptique, a lui-même le moindre doute, je lui offre une
vérification qu’il ne peut refuser. Il n’a qu’à déléguer auprès de moi, un lundi,
un ecclésiastique de ses amis, à qui je dirai, sous le sceau du secret, les
noms des trois victimes de Cerbère et ceux de leurs exorcistes. Cet
ecclésiastique pourra se mettre en rapport avec ces derniers, et il constatera
ainsi que l’affreux et cruel démon dont il s’agit a passé de L*** à G*** et de
là à M***, cette ville-ci n’étant pas en Europe. M. Auguste Roussel apprendra
alors que rien n’est plus vrai que ce que je relate, et cela lui fera apprécier
la parfaite inconvenance de son collaborateur M. Georges Bois.
Voici donc la plus récente lettre que j’ai
reçue au sujet de Cerbère :
« M***, le 16 février 1894.
Monsieur le docteur,
Je ne commencerai pas par vous féliciter de
la courageuse campagne que vous avez entreprise ; car vous devez recevoir
chaque jour des éloges à ce sujet, et peut-être commencez-vous à en être
fatigué. Je vous dirai seulement que tous les jours, à la Sainte Messe, je prie
pour vous et que je fais prier quelques bonnes âmes, afin que le Bon Dieu vous
donne le courage et les forces de continuer votre œuvre d’homme de Foi et de
savant.
C’est de Cerbère que je désirerais vous
entretenir.
Il est bien entendu que ce qui me concerne
est strictement confidentiel, et que, si vous jugez à propos de faire usage de
ma lettre dans l’intérêts de vos lecteurs, vous le ferez de telle sorte qu’il
n’y ait aucune indiscrétion ; je désirerais même que l’on ne sache pas que
cette lettre vient de (nom de la contrée où réside mon honorable
correspondant).
Je dirige une personne d’une grande vertu,
que le démon obsède quelquefois d’une façon bien pénible.
Un soir, vers dix heures, - c’était vers le
commencement d’octobre ou la fin de septembre dernier, - un soir donc, me
trouvant dans la chambre immédiatement au-dessus de la sienne, j’entendis
aboyer un chien. Or, je ne possède pas de chien. La voix me semblait venir de
la chambre de ma pénitente. Etonné, je regardai au dehors, et la clarté de la
lune me permit de constater qu’il n’y avait pas de chien à proximité de la
maison. J’entendis aboyer une deuxième fois, et la voix me sembla encore mieux
venir de la chambre au-dessus.
Le lendemain, je demandai à ma pénitente ce
qui c’était passé la nuit dans sa chambre. Elle me dit qu’un gros chien se
jetait sur elle en aboyant (c’était la première fois que le démon lui
apparaissait sous cette forme). Une personne qui couchait dans la chambre
voisine n’avait rien entendu, bien que l’aboiement m’ait paru fort.
Quelques jours plus tard, je recevais votre
fascicule de septembre où il est question de Cerbère. Je demandais alors à ma
pénitente de me décrire le chien, - lequel, depuis ce jour, lui apparaît
quotidiennement et la suit presque nuit et jour, dans la maison, dans l’église,
dans sa cellule, la fatiguant de ses aboiements, l’empestant de son haleine, et
se lançant à tout instant sur elle ; mais il ne peut pas la mordre, il ne
peut que la frapper de sa queue. – Elle me décrivit le chien, avec une barbe
humaine et quelque chose de pointu sur la tête, comme une touffe de poils
raides formant une sorte de bonnet pointu.
Je lui conseillai de prononcer le nom de
Marie martin, quand elle le verrait. Chaque fois qu’elle prononçait ce nom, il
se retirait en grognant ou avec rage.
Je vous avouerai ici que je ne m’explique pas
très bien la rage de Cerbère en entendant le nom de Marie Martin, étant donné
ce que vous en dites dans le fascicule d’octobre (p.846). Peut-être ma
pénitente croyait-elle prononcer le nom de la Sainte Vierge et celui de saint
Martin. Quoiqu’il en soit, quand j’appris par votre publication ce qu’était
Marie Martin, j’ai défendu à ma pénitente de prononcer désormais son nom.
Quand je reçus le fascicule de novembre, je
la questionnai de nouveau au sujet du chien, qui continuai à lui apparaître.
Elle me dit que tantôt elle le voyait comme j’ai dit plus haut, sur ses quatre
pattes, qui ne sont pas cependant des pattes de chien, mais quelque chose de
fourchu ; tantôt debout, avec une sorte de manteau. Je lui montrai alors
la gravure représentant Cerbère (page 937), et elle le reconnut parfaitement,
sauf quelques légers détails de la forme du manteau et sauf la nature du bonnet
qui lui paraît plutôt formé par des poils raides et longs.
En outre, elle voit souvent avec lui un démon
ressemblant à Buer (page 905).
Comme elle voyait le démon près d’elle à ce
moment même, j’ordonnai à celui-ci, au nom de N.-S. Jésus-Christ, de dire à ma
pénitente quel était son nom et ce qu’il venait faire auprès d’elle. Il
répondit avec rage que son nom était Cerbère et qu’il était venu pour lui
enlever la confiance envers son directeur ; ce dont elle était, en effet,
souvent et violemment tentée.
Je n’ai pas poussé les interrogations plus
loin, ne jugeant pas à propos d’engager une conversation avec le démon ;
du reste, quelle foi ajouter à ses paroles ?…
Au moment où je vous écris, ce siège se
poursuit contre ma pénitente, et le démon en vient à la frapper la nuit avec
une chaise.
Je vous serais reconnaissant, monsieur le
docteur, de communiquer ma lettre au vénérable prêtre dont il est question page
782. Il voudra peut-être bien entrer en relation avec moi ; car il pourra
être intéressant pour lui de connaître les faits et gestes de ce Cerbère qu’il
a courageusement combattu, et moi, de mon côté, je pourrai profiter de son
expérience et de ses conseils.
Veuillez agréer, monsieur le docteur,
l’assurance de ma grande sympathie et de ma coopération, quoique faible, par la
prière.
(Signature). »
J’ai mis mon honorable correspondant de M***
en rapport avec les éminents exorcistes de L*** et de G***, et je recommande
aux prières de mes abonnés la malheureuse nouvelle victime de Cerbère. Jusqu’à
présent, comme on vient de la voir, cette pauvre fille n’est encore
qu’obsédée ; que Dieu lui fasse la grâce d’échapper aux horreurs de la
possession !…
Cette manifestation actuelle d’un des plus
cruels démons qui soient au royaume de Satan et les circonstances dans
lesquelles elle se produit prouvent, jusqu’à l’évidence, que mon œuvre est bien
venue à son heure.
Il n’y a pas à en douter, nous sommes à une
époque où les innombrables crimes commis par les hommes contre Dieu ont valu à
notre monde impie un déchaînement presque général de l’enfer. Les sceptiques
s’endurcissent dans leur incrédulité. Dieu leur répond en permettant au diable
d’agir, tout en imposant des limites aux effets de sa rage. Dieu est encore
trop bon pour nous. Il nous châtie, mais en nous inondant de lumière. Ceux qui,
malgré toutes ces manifestations du surnaturel, persisteront à fermer les yeux,
auront bien voulu leur damnation éternelle. […]
M. Auguste Roussel n’a qu’à m’envoyer un
ecclésiastique en qui il ait pleine confiance, et, par l’intermédiaire de cet
ecclésiastique, je lui ferai constater les faits, c’est-à-dire les deux
possessions de Cerbère, aujourd’hui terminées, et l’obsession actuelle.
Dr Bataille.
S’il faut en croire le journal l’Eclair
(numéro portant la date du jeudi 18 mai 1893), il existerait à Paris une
certaine société de joyeux amis, intitulée les Bons Bougres, dont
feraient partie, entre autres membres, trois Vénérables du Grand Orient de
France, les FF.˙. Deschamps, conseiller municipal de Paris et président du
Conseil général de la Seine, Albert Pétrot, ex-conseiller municipal,
actuellement député, et Paul Vivien, candidat anticlérical aux dernières
élections dans le VIe arrondissement. S’il faut en croire encore l’Eclair,
M. Georges Bois (le journal en question l’appelle : « notre confrère ») ferait
également partie de cette société, non secrète évidemment, mais dont le titre a
un parfum de Père Duchêne, bien en harmonie avec le scepticisme décadent
de cette fin de siècle.
Ce numéro de l’Eclair, qui nous a été
envoyé par un de nos abonnés et qui date de dix mois déjà, n’a certainement pas
été composé tout exprès à notre intention. Du reste, nous n’attacherons pas à cette
particularité boulevardière et bien parisienne plus d’importance qu’elle n’en
mérite.
Ce qui est grave, ce n’est pas que M. Georges
Bois dîne en camarade avec des amis qui se trouvent être Vénérables du Grand
Orient de France ; nous aurions mauvaise grâce a lui reprocher ces
relations de table, puisqu’il nous est arrivé, à nous, rédacteurs de la Revue
Mensuelle, d’accepter à déjeuner avec des lucifériens, et nous l’avons dit
à nos lecteurs. Les FF.˙. Deschamps, Pétrot et Vivien ne sont pas
palladistes ; ils sont athées. D’autre part, il est juste de dire que les
relations que nous avons conservées ou acquises nous ont servi à combattre plus
efficacement que jamais la franc-maçonnerie, à faire connaître ses dessous
mystérieux, à recueillir des documents dont la divulgation n’est pas faite pour
être agréable aux chefs secrets de la secte.
Ce qui est grave c’est que - nous citerons un
seul exemple pour ne pas lasser la patience de nos lecteurs, - l’amitié de M.
Georges Bois pour M. Albert Pétrot lui ait fait cacher au public catholique
quel rôle personnel, haineusement anticlérical, son camarade a joué dans les
convents du Grand Orient de France (1889, 1899, 1891). Ce qui est grave, c’est
que M. Georges Bois ait poussé la condescendance la faiblesse, jusqu’à
falsifier dans ce but les documents maçonniques officiels qu’il a
publiés ; c’est qu’il ait, en cela, méprisé les injonctions formelles du
Saint-Siège, qui ordonne, sous peine d’excommunication, de dénoncer les
chefs et coryphées de la franc-maçonnerie, chaque fois qu’on est on mesure de
le faire. Cela, c’est très grave, et d’autant plus grave que M. Georges Bois
lui-même, dans le même livre où il cache les noms des francs-maçons du Grand
Orient de France qu’il ménage, déclare qu’un écrivain catholique ne doit pas
hésiter à publier les noms des francs-maçons « afin que les catholiques sachent
qui ils ont devant eux. »(Page 514).
A Paris, il suffit de prononcer le nom du
F.˙. Albert Pétrot, pour que l’on sache de qui l’on veut parler. Ce
sectaire, à la barbe rouge, à l’aspect vraiment diabolique, est bien connu par
la haine sauvage qui l’anime contre la religion ; et l’on nous apprendrait
demain qu’il est possédé par Belzébuth en personne, que nous n’en serions
nullement surpris.
Mais nos lecteurs des départements et de
l’étranger ignorent ce qu’est ce franc-maçon, dont M. Georges Bois, par amitié,
a caché le rôle au sein des convents de la rue Cadet.
Pour faire connaître cet homme, cet ennemi
acharné de l’Eglise, nous relèverons seulement quelques-uns de ses votes au
Conseil municipal de Paris ; nous les empruntons au bulletin officiel
de l’hôtel de ville :
1890. - Les membres de la minorité demandant
au Conseil d’accorder une subvention aux écoles libres, M. Pétrot répond
« qu’élu pour lutter contre toute ingérence religieuse et cléricale, il a
le devoir d’empêcher, par tous les moyens possibles, les écoles congréganistes
de vivre. »
24 octobre 1890. - M. Georges Berry,
conservateur, ayant soulevé une discussion sur la laïcisation des services de
l’Assistance publique, M. Pétrot répond en déposant (avec MM. Deschamps et
Vaillant) l’ordre du jour suivant :
« L’administration est invitée a créer de
nouvelles écoles d’infirmiers et d’infirmières laïques dans les hôpitaux de la
rive droite. »
Autre ordre du jour, déposé par M. Navarre et
contresigné par MM. Pétrot et Deschamps :
« M. le directeur de l’Assistance publique
est invité à faire diligence pour obtenir une prompte solution du conflit
soulevé par la laïcisation de l’Hôtel-Dieu et de l’hôpital Saint-Louis, et à
poursuivre la laïcisation de tous les services de son administration. »
11 décembre 1890. - Ordre du jour déposé par
M Albert Pétrot :
« Le Conseil invite l’administration à
prendre les mesures nécessaires pour le respect absolu de la liberté de conscience
(nous savons ce que cela veut dire), et à procéder, sans retard, à la
laïcisation de l’hospice de Berck (hospice municipal pour les enfants). –
Signé : Albert Pétrot, Deschamps, etc. »
Il y a dans le bulletin officiel, plus
de cent ordres du jour de ce genre que le F.˙. Pétrot a déposés et réussi
le plus souvent à faire adopter. La vue d’une cornette de sœur de charité
suffit à mettre le F.˙. Pétrot en fureur. Tels, les démons, lorsqu’on leur
montre l’image du Divin Crucifié.
Mais voici, pour terminer, une des
laïcisations qui ont le plus vivement indigné les catholiques parisiens, celle
de la maison de charité fondée par cette sainte femme qui est universellement
connue et bénie des pauvres sous le nom de Sœur Rosalie. A la demande du
F.˙. Pétrot et de ses amis, on expulsa les Filles de Saint-Vincent de Paul
de cette demeure, qui leur appartenait bien, certes. La minorité conservatrice
protesta contre cette expulsion, qui est le dernier mot de la rage sectaire.
Cette protestation fut accueillie, on va voir
comment, par les francs-maçons du Conseil municipal.
Lisons le bulletin officiel :
« 4 novembre 1891. - Délibération sur la laïcisation du
dispensaire connu sous le nom de Maison de la sœur Rosalie.
M. Deschamps : - « En laïcisant la
Maison de la sœur Rosalie, le directeur de l’Assistance publique a fait son
devoir, et nous, représentants du Ve et du VIe arrondissements, nous félicitons
la municipalité d’avoir pris cette initiative. Comme sanction à ce débat, je
dépose l’ordre du jour suivant :
Le Conseil, respectueux de la liberté de
conscience (!!!), invite l’administration à poursuivre l’œuvre de la
laïcisation des maisons de secours, et passe à l’ordre du jour. - Signé «
Deschamps, Albert Pétrot. »
Adopté par 43 voix contre 9. »
Nous croyons qu’il serait superflu d’ajouter
le moindre commentaire. Que M. Georges Bois rétablisse donc, dans son volume,
le nom de son ami Pétrot à tous les passages où il l’a retranché. Il en a le
devoir, s’il a à cœur de réparer sa faiblesse.
Notre gérant a reçu de
l’auxiliaire du Grand-Orient de France une lettre dont ce personnage demande
l’insertion. Par extraordinaire, le monsieur ne nous a pas envoyé sa prose par
huissier. Nous la publions ; mais nous comptions la faire suivre d’un
document que le rédacteur du Mensonge malgré tout l’aplomb dont il est
doué, ne pourra pas nier. Ce document, pour être compris, a besoin, d’autre
part, d’être mis en parallèle avec certaine pièce, également authentique,
émanant du Grand-Orient de France. Tout cela demande de la place et, pour ce
numéro-ci encore, la place nous fait défaut car la crise de la haute-maçonnerie
intéresse plus nos lecteurs que le cas particulier de M. Georges Bois et de son
compère Paul Rosen, et il importe peu que la lumière complète se fasse un peu
plus tôt ou un peu plus tard sur ces deux individus.
Voici donc la lettre de M.
Georges Bois ; nous ne la ferons suivre que de courtes réflexions.
« Paris, le 12 avril 1894.
Monsieur le gérant,
Dans votre numéro 3, daté de mars 1894, en un
article anonyme qui a pour titre Edifiantes amitiés, vous racontez,
d’après l’Eclair du 18 mai 1893, que j’ai pris part, à cette date, à un
déjeuner dit des Bons Bougres. A ce banquet assistaient des francs-maçons,
que j’aurais eu, à cause de cela, le tort de ménager dans la polémique.
Je vous déclare que je ne suis pas de la
société des Bons Bougres et que je n’ai pas déjeuné avec eux. L’Eclair
se trompe ou désigne un homonyme.
Par occasion, votre collaborateur met de nouveau sur le chevalet mon
malheureux volume : Maçonnerie Nouvelle du Grand Orient et me
reproche avec vigueur tout ce qui ne s’y trouve pas !
Comme si toute la maçonnerie devait tenir
dans un in-octavo de 500 pages !
Il n’y a pas de livre qui dise tout. Léo
Taxil et le docteur Bataille ne disent pas tout. Le P. Deschamps n’a pas tout
dit. On n’écrit pas pour tout dire, parce que ce n’est pas possible en une vie
d’homme. On écrit modestement pour dire ce qu’on a pu savoir de nouveau, si
cela en vaut la peine. Mon livre explique seulement deux choses annoncées par
son titre : les rituels nouveaux du Grand Orient et l’organisation
politique de la fédération. S’il s’y trouve davantage, c’est par accident et
par surcroît et pas du tout par la prétention de tout dire.
Quant au reproche de fuir la polémique et de
ménager les francs-maçons, permettez-moi de dire que c’est une véritable
plaisanterie. Les lecteurs de la Vérité savent à quoi s’en tenir, et
votre collaborateur anonyme, s’il veut s’édifier, n’a qu’à jeter un coup d’œil
sur la collection du journal.
Je me plais à compter sur votre courtoisie
encore plus que sur la loi pour l’insertion, dans votre prochain numéro, de la
présente et nécessaire rectification.
Et je vous prie, Monsieur, d’agréer mes
sentiments distingués.
Georges Bois. »
D’abord, il est nécessaire d’en finir avec
cette question d’anonymat que l’ami du F.˙. Pétrot soulève à tout bout de
champ. Les rédacteurs de la Revue mensuelle sont connus de M. Georges
Bois et se sont tous déclarés solidaires contre lui pour relever ses
inqualifiables attaques contre leur ami M. le Dr Bataille. Pour simplifier, je
prends personnellement la responsabilité de tous les articles où il a été ou
pourra être encore question du rédacteur du Mensonge.
Maintenant, je dis à M. Georges Bois que
c’est lui qui se moque du public. S’il n’était pas vraiment le commensal de son
ami le F.˙. Pétrot au dîner des Bons Bougres, et puisqu’il y a,
parait-il, un autre Georges Bois, le Georges Bois à qui nous avons à faire
aurait dû, à l’occasion de cette ripaille sur laquelle nous n’avions pas
d’ailleurs insisté, adresser à l’Eclair une lettre pour éviter la
confusion. Au surplus, M. Georges Bois a déclaré dans le journal de M. Auguste Roussel
qu’il préférerait être membre de la Société des Bons Bougres plutôt que
d’être mon collaborateur. C’est entendu, et je remercie M. Georges Bois pour
cette bonne parole.
Mais les phrases de la lettre de l’ami du
F.˙. Pétrot ne sont que des phrases ; il passe, comme toujours, à
côté de la question.
Et la question, la voici :
On ne reproche nullement à M. Georges Bois de
n’avoir pas tout dit dans son volume ; on lui reproche d’avoir falsifié
les documents qu’il a publiés, et d’avoir fait ces falsifications expressément
pour cacher les noms des francs-maçons que le public catholique a intérêt à
connaître en tant que sectaires militants, participants aux convents du
Grand-Orient de France.
Des falsifications aussi graves ne peuvent
être que l’œuvre d’un auxiliaire de la secte ; je l’ai dit, je le répète,
je le maintiens, et toutes les personnes de bon sens pensent comme moi.
S’il y a une diffamation à dire cela, M.
Georges Bois n’a qu’à m’assigner devant le tribunal correctionnel.
Au surplus, pour accentuer le défi que je
porte à M. Georges Bois de faire faire la lumière au grand jour d’un débat
public, j’ajoute ceci :
Vous, falsificateur de documents, vous avez
dit et écrit, de connivence avec votre compère Rosen, que j’avais fabriqué des
lettres de Mlle Sophie Walder pour tromper mon vénérable ami M. le chanoine
Mustel, vous m’avez accusé d’être un faussaire. Je vous réponds que, vous et
votre compère Rosen, vous êtes deux drôles, deux infâmes menteurs. Votre action
était d’autant plus lâche, que vous l’accomplissiez sous le couvert de
correspondances particulières, adressées à toutes les personnes auprès de qui
vous pensiez me nuire ; et vous étiez d’autant plus coupables, que l’un de
vous deux connaissait l’écriture de Sophia et la mienne et ne pouvait les
confondre ; mais vous propagiez la calomnie clandestinement, pensant
qu’elle ferait son chemin sans être découverte.
Est-ce là la conduite d’un bon
catholique ?
Aujourd’hui, votre compère Paul Rosen
continue, à votre instigation, la campagne de dénigrement que vous avez
inaugurée tous deux, en bons complices que vous êtes. Il nous accuse de
mensonges, nous rédacteurs de la Revue mensuelle, en prétendant que la
fille en question s’appelle Walcker et non Walder. C’est
possible ; mais il n’y a pas de mensonge à publier le nom que Sophia
porte. Consciencieusement, nous avons fait faire des recherches à l’état-civil
de Strasbourg, et sous le nom de Walder nous n’avons jusqu’à présent rien
trouvé ; ce qui intéresse le public catholique, c’est que nous démasquions
les agissements de cette infernale créature, quelle se nomme Walcker ou
Walder, peu importe et c’est ce que nous continuerons à faire, malgré vous,
monsieur Georges Bois, et malgré son ami Paul Rosen, votre ami !
Vous avez dit, tous les deux, que le Palladisme
n’existe pas comme rite suprême de la franc-maçonnerie, que c’est « une
simple société de fumistes faisant de la pornographie sous prétexte de
spiritisme », et qu’il n’y a pas de direction centrale de la
franc-maçonnerie. Vous, personnellement, vous avez passé sous silence tous les
faits se rattachant au Convent secret du 20 septembre dernier, même après leur
divulgation éclatante. Quand vous avez à parler de Lemmi, vous affectez de le
qualifier uniquement de « grand-maître de la maçonnerie italienne »,
et vous savez pourtant qu’il a dans la secte un grade bien plus élevé ;
mais l’ordre maçonnique est formel : « Nier toujours et quand même
l’existence d’une direction centrale, cacher toujours et quand même
l’organisation de la haute maçonnerie ».
Mettre la lumière sous le boisseau, est-ce là
le fait d’un catholique ou d’un auxiliaire de la secte ?
Enfin, vous avez dit et écrit qu’il était
faux que, dans les arrière-loges, on pratiquât les infamies du Pastos ;
qu’il y eût ces orgies sacrilèges que le docteur Bataille et moi-même avons
fait connaître ; vous nous avez traités d’imposteurs, pour arrêter l’effet
de ces révélations. Et aujourd’hui que le voile se déchire de toutes parts,
malgré vous, vous adoptez une autre tactique, et de la négation d’hier vous
passez aux exagérations, pour épouvanter les catholiques et, d’une autre
manière, les faire douter ; car leur dire cette fausseté qu’il y a vingt-deux
chapelles lucifériennes dans le seul quartier de Saint-Sulpice, c’est les
amener à ne plus croire a ce qui a été dit. Vingt-deux temples secrets de
Satan, comme statistique d’un seul des quatre-vingts quartiers de Paris !
Vous savez bien que cela n’est pas vrai. Il y a en tout à Paris cinq triangles,
dont le docteur Bataille a promis de donner les adresses (à la XIe partie de
son ouvrage), et il les donnera. Vous, nous vous mettons au défi d’indiquer les
adresses des vingt-deux chapelles lucifériennes dont vous parlez. Vous ne
relèverez pas ce défi ; car vous avez menti.
Quant aux obscénités de certaines arrière-loges
vous saviez parfaitement à quoi vous en tenir ; un de vos récents articles
le prouve. Vous n’ignoriez pas ces infamies, et vous avez écrit que c’était
tout autant d’inventions de ma part.
Il y a quelques jours à peine, vous imprimiez
encore que les accusations du docteur Bataille et les miennes contre la
franc-maçonnerie étaient du pur roman. Je dis, je répète, je maintiens que
tout, dans votre conduite, y compris la publication même de votre livre, est la
preuve, pour quiconque a étudié les dessous de la secte, que vous êtes un de
ses auxiliaires, en dépit de vos protestations.
Léo Taxil.
[…] Du jour où je me suis uni à mon cher camarade d’enfance, le docteur
Bataille, pour le seconder, avec quelques amis, dans sa campagne de
divulgations, les vieilles haines qui s’étaient endormies pendant un certain
temps, se sont tout à coup réveillées, plus vivaces que jamais. Quand nous
avons entrepris la création de notre service d’informations maçonniques qui est
si utile et qui nous a permis de découvrir tant de choses si jalousement tenues
secrètes, quand surtout j’ai eu pris, personnellement, la plus grande part à la
direction des enquêtes menées en Italie sur les complots contre la Papauté,
alors les haines sont devenues furieuses.
On ne me pardonne pas d’avoir contribué à
faire la lumière. Comment, lorsqu’on est sectaire, combattre un homme qui met
au jour des vérités, si ce n’est en le discréditant, en le représentant comme
un être vil et méprisable ? Telle est la tactique de la franc-maçonnerie.
Elle invente les imputations les plus infamantes, elle fait imprimer les plus
noires calomnies et, se tournant vers les catholiques, elle leur dit :
« Voilà l’homme qui prétend nous
démasquer ; pouvez-vous le croire ? Voilà l’homme qui combat pour
votre cause ; pouvez-vous l’accepter comme champion ? Non, certes,
cet homme est le pire des aventuriers, c’est un coquin, un fripon, un chevalier
d’industrie ; il est de ceux à qui les honnêtes gens, à quelque parti
qu’ils appartiennent, ne sauraient serrer la main. » En un mot, on ne recule
devant rien pour écraser le gêneur, pour l’assassiner moralement.
C’est ainsi que, tout récemment, des
francs-maçons canadiens, obéissant sans aucun doute, au chef suprême Lemmi, publiaient
sur mon compte, dans un de leurs journaux les plus répandus, des accusations ne
reposant sur rien, des inventions fabriquées de toutes pièces, je me hâte de le
dire, mais de nature à ébranler les catholiques de ce pays. Le coup a été fait
au Canada, parce que notre Revue Mensuelle a là-bas près de 2 000
abonnés, parce que la maçonnerie travaille en ce moment cette contrée de la
façon la plus active, et que les journaux catholiques, en nous reproduisant,
font pièce à la secte, victorieusement. Il fallait arrêter notre campagne
canadienne à n’importe quel prix.
C’est le journal la Patrie, de
Montréal, qui a été choisi pour mettre les nouvelles calomnies en circulation.
Le directeur propriétaire de cette feuille, le sieur Beaugrand est un
franc-maçon avéré ; le rédacteur principal, le sieur Louis Fréchette, a
eu, dans la Chaîne d’Union des articles très élogieux, dont l’auteur, le
faisant valoir comme étant un grand homme canadien, n’était autre que le
F.˙. Paul Bert.
Or, voici les principales allégations de la Patrie,
de Montréal, à mon sujet :
1° J’ai été condamné à deux ans de prison
pour escroquerie. - On néglige de dire par quel tribunal, ni à quelle époque.
2° A Macon, à une époque, qu’on ne précise pas, où je faisais des
conférences « pour ramasser l’argent des pauvres ouvriers sous toutes
sortes de prétextes », j’ai été arrêté, étant ivre, pour outrage public a la
pudeur ; ce qui m’a valu encore un mois de prison. - Tout ce qui est vrai
là-dedans, c’est que j’ai fait des conférences au temps de mon impiété. Mais
jamais, entendez-vous ? Pas une seule fois, je n’ai accepté un centime des
sociétés de libre-pensée qui prenaient l’initiative de ces conférences ;
j’ai toujours refusé jusqu’au remboursement de mes frais de voyage et d’hôtel ;
il m’est arrivé même, pour faire bénéficier d’autant la société populaire
organisatrice, de prendre à ma charge mes frais de voyage d’un second
conférencier qu’on avait prié de venir avec moi. Et, comme la propagande du mal
a toujours plus de succès que la propagande du bien (c’est un fait reconnu), il
s’ensuit que les conférences dont parle le journal franc-maçon furent toujours
des plus fructueuses pour le parti anti-clérical. J’ai si peu exploité la libre
pensée, que, pour citer une ville, Saint-Etienne, le produit de deux
conférences que j’y fis, servit à fonder une école laïque : ce que je me
reproche amèrement aujourd’hui. Quant à Macon, je n’y ai, de ma vie, jamais mis
les pieds. Toute cette histoire est aussi impudemment inventée que celle des
deux ans de prison pour escroquerie.
3° Il y a encore une autre condamnation qu’on
a imaginée ; on n’en précise pas la date, on ne nomme pas le tribunal qui
l’a prononcée, on ne dit pas en quoi elle a consisté comme peine.
Voici en quels termes cette infâme calomnie
est rédigée :
« Tout le monde sait en France qu’il
(Léo Taxil) a été non seulement condamné pour filouterie, mais qu’à la suite
d’une condamnation pour tenue illicite d’un cercle où l’on dévalisait les
joueurs naïfs, il se réfugia en Belgique. C’était à la fin du septennat du
maréchal Mac-Mahon, et plus tard, quand la prescription de sa condamnation par
défaut lui fut acquise et lui permit de rentrer dans son pays, il essaya de
jouer le rôle d’un proscrit politique. Des ouvriers le crurent sur
parole ; mais il fut démasqué par Lissagaray et chassé honteusement de la
Ligue socialiste de la libre-pensée de Versailles où il s’était fait admettre
et était devenu trésorier ! Jamais il ne rendit ses comptes ; la
société n’était pas autorisée et ne pouvait porter plainte contre lui. Il garda
l’argent péniblement mis de côté par les ouvriers pour acheter une bannière et
un drap mortuaire. »
Autant de mots, autant de mensonges.
Cette calomnie est échafaudée sur le fait
vrai de deux années d’exil que j’ai passées en Suisse, de mai 1876 à février
1878. Je m’étais expatrié à la suite de plusieurs condamnations, toutes pour
délits de presse, encourues à la fin du régime de l’état de siège, à Marseille,
ma ville natale et je bénéficiai de la première amnistie qui fut votée par la
Chambre et le Sénat, au mois de février 1878. Mais je n’ai jamais eu de
condamnation de droit commun, pas plus à cette époque-là qu’en aucun autre
temps.
Je n’ai jamais été gérant ni administrateur
d’un cercle quelconque. Si j’avais eu une condamnation du genre de celle qui
est alléguée par la Patrie, de Montréal, je n’aurai pu rentrer en France
qu’en mai 1881, les condamnations correctionnelles étant prescrites seulement
au bout de cinq ans. En outre, ces condamnations-là, bien que n’étant pas
subies par le fait d’un bannissement volontaire de cinq années, restent
inscrites au casier judiciaire et privent le condamné de ses droits politiques.
Or, en août 1881, j’étais candidat aux élections législatives dans
l’arrondissement de Narbonne, où j’obtins 2 270 voix, ainsi qu’en témoigne l’Officiel.
J’étais donc parfaitement éligible, et il est impossible de supposer une
seconde que la préfecture eût admis sans protestation la candidature d’un homme
frappé d’une condamnation infamante.
Tout cela est faux, archi-faux, inventé à
plaisir. J’ai pu être attaqué par Lissagaray, mais après ma conversion (1885)
et à propos de ma conversion. Je n’ai jamais fait partie d’une Ligue socialiste
ni de la libre-pensée de Versailles ; j’ai demeuré trois ans à Maisons-Laffitte,
qui fait partie du canton de Saint Germain-en-Laye, dans l’arrondissement de
Versailles, et qui est à demi-heure de Paris, mais c’est encore après ma
conversion (années 1886, 1887 et 1888). En fait de société de libre-pensée, je
n’ai jamais appartenu qu’à celle qui se nommait le Groupe Garibaldi (un
des groupes parisiens de la fédération dite Ligue Anti-Cléricale) ;
j’ignore s’il existe encore : mais jamais je n’en fus trésorier. Ce conte
bleu de bannière et de drap mortuaire, dont j’aurais gardé l’argent, est
d’autant plus absurde, que c’est au contraire moi qui ai fait cadeau de son
drapeau au Groupe Garibaldi.
Je demande pardon à nos lecteurs d’entrer dans ces détails ; ils
ne montreront que mieux le cynisme de ces misérables calomniateurs, qui ne
savent qu’inventer pour salir un adversaire.
Enfin la Patrie, de Montréal, a l’audace d’imprimer encore ces
lignes, en parlant de moi :
« C’est quand il s’est vu honni partout, impliqué dans une
nouvelle sale affaire, un chantage, qu’il s’est retourné du côté des
ultra-cléricaux. Hors de France, on ne connaît pas les infamies de cet homme,
et en Angleterre aussi bien qu’au Canada, nous rencontrons des imbéciles qui
pleurent de joie au nom de Léo Taxil, la brebis égarée revenue dans le bon
chemin, disent-ils, l’athée devenu un saint. »
Ces dernières lignes dévoilent bien le but poursuivi par les sectaires
: ce qu’ils veulent, c’est ôter tout crédit à notre campagne anti-maçonnique,
et ils espèrent y parvenir en me prenant pour bouc émissaire et en me traînant
dans la boue.
Nous avons imprimé in-extenso le
jugement, - authentique, celui-là, - par lequel leur chef Adriano Lemmi a été
condamné pour vol à un an et un jour de prison et cinq années de surveillance
de la haute police. On invente alors que j’ai, moi, à mon dossier, une
condamnation pour tenue illicite de tripot, ayant nécessité de ma part un
bannissement volontaire de cinq ans, une condamnation à un mois de prison pour
ivresse publique et outrage à la pudeur, et une condamnation à deux ans pour
escroquerie ; par conséquent, je suis le dernier des hommes. C’est la
riposte à nos coups contre la secte, rien n’est plus certain.
Eh bien, le voici, mon casier
judiciaire :
Bulletin n°2
Tribunal de première instance de Marseille
(on sait que le casier judiciaire de chaque français est tenu à jour au greffe
du tribunal de première instance d’où dépend la ville ou la commune natale. On
sait aussi que les condamnations politiques ne figurent pas au casier
judiciaire, lorsqu’elles ont été effacées par une amnistie.)
Casier judiciaire
Relevé des bulletins individuels de
condamnation alphabétiquement classés au Casier, concernant :
JOGAND, Marie-Joseph-Antoine-Gabriel,
Né à Marseille, le 21 mars 1854,
Fils de Charles-François-Marie Jogand
Et de Joséphine-Françoise-Antoinette Pagès,
Domicilié à Paris, rue d’Alésia, 137 ;
Profession : homme de lettres.
Date des condamnations……NEANT
Cours ou Tribunaux………...NEANT
Nature des crimes et délits….NEANT
Nature et durée des peines.…NEANT
Observations……………..…NEANT
Certifié conforme :
Marseille, le 5 mai 1894.
Le greffier du Tribunal :
(Signature illisible)
Vu au Parquet,
Pour le Procureur de la République :
(Signé) : GIRAUD
Timbre du Parquet
1fr.25.
Enregistré à Marseille, le cinq mai 1894,
folio 16, case 8.
Reçu vingt-cinq centimes, décime compris.
(Signature illisible)
Il est pénible, je vous l’assure, d’être
obligé d’en venir à la production publique d’un document de cette nature, et
d’ajouter que, en outre, n’importe qui peut vérifier que je jouis de tous mes
droits civiques, étant inscrit comme électeur à Paris, sur les listes
électorales du XIVe arrondissement.
Mais enfin, si j’en viens là, c’est qu’il est
nécessaire qu’aucun doute ne reste dans l’esprit de nos lecteurs. Diverses
correspondances nous ont appris que grand nombre de nos abonnés catholiques du
Canada ont été vivement émus, troublés même, par les abominables imputations du
journal du F.˙. Beaugrand.
J’ai été grandement coupable envers l’Eglise
pendant longtemps, et de ces fautes passées, j’ai été absous, il y a neuf ans,
par la miséricorde du Saint-Père. Mais il importe que les catholiques sachent
bien que, sous le rapport de la probité, personne n’a rien a me reprocher,
rien, absolument rien, et qu’ainsi les inventions de la secte et les
insinuations de ses auxiliaires sont infâmes au suprême degré.
Quand, le 5 avril 1888, Léon XIII me faisait
écrire par Mgr Nocella, secrétaire des brefs pontificaux : « La bonté
divine a voulu que, abandonnant le camp des ennemis de l’Eglise, vous
recouvriez votre dignité et votre liberté », le Souverain Pontife n’entendait
certainement pas dire que j’avais été auparavant un chevalier d’industrie. Il
ne m’eût pas, évidemment, honoré d’un bref apostolique, m’engageant « à
consacrer désormais, avec constance et dévouement, mes facultés, mes travaux et
mes forces à la défense et à l’honneur du Saint-Siège et de l’Eglise
catholique ». Léon XIII n’aurait pas dicté ces lignes :
« Le Très Saint Père vous décerne ses
encouragements, afin que vous répondiez avec ardeur à la grâce divine et que
vous en recueilliez les plus précieux fruits, afin que, demeurant un salutaire
exemple pour un grand nombre, vous assuriez à votre nom ma vraie gloire et à
vous-même le réel bonheur. »
A un fripon qui se convertit, l’Eglise
dit :
« Dieu vous pardonne, à raison de votre
repentir ; mais restituez ce que vous avez escroqué, et disparaissez dans
la retraite et l’oubli. » Elle ne lui dit
pas : « Consacrez-vous désormais à la défense et à l’honneur du
Saint-Siège et de l’Eglise catholique. »
En lisant ce qui précède, nos amis se
demanderont où je veux en venir, puisque le titre de cet article indique que
j’ai à m’occuper de M. Georges Bois.
Tout ce qui vient d’être dit avait sa raison
d’être ici. En effet, la tactique de la franc-maçonnerie est double. En même
temps qu’elle publie à l’étranger des infâmes calomnies, claires et nettes,
bien caractérisées, en France elle procède par insinuations ; et il est
facile de voir que tout cela se tient, que tout cela est le résultat du même
mot d’ordre.
M. Bois, lui, n’oserait pas imprimer des
allégations semblables à celles de la Patrie, de Montréal ; il ne
s’y risquerait pas. Les FF.˙. Beaugrand, Fréchette et Maurin ont eu
l’audace d’en venir à la calomnie la plus impudente, à raison des difficultés
qu’il y a pour moi à entamer une procédure contre eux, à l’étranger, si loin.
Lui, le Georges Bois, pour remplir sa
mission, il a recours à la correspondance particulière, s’il veut lancer une
imputation précise, et il se renferme dans les généralités quand il écrit pour
le public.
C’est ainsi qu’au courant de ses lettres à
diverses personnes il a eu le cynisme de prétendre que j’ai commis des faux,
tandis que, dans le journal où sont insérées ses élucubrations, il me
représente comme un être absolument méprisable, déshonoré. Je lui ai donné le
plus formel démenti en ce qui concerne ses accusations par lettres privées. Il
ne les regrette aucunement, il ne s’en excuse pas ; il n’y fait aucune
allusion dans sa réponse publique. Il affecte de prendre la chose avec une
sorte de gaieté mêlée de mépris. Mes démentis, il n’en a cure. « Voilà qui
est terrible, écrit-il ; mais nous aimons mieux cela que si Léo Taxil nous
offrait son estime. » Je l’ai mis au défi de me poursuivre, lorsque je
l’accuse d’être un auxiliaire du Grand-Orient de France. Il sait bien que, dans
ce cas, l’introduction d’une demande reconventionnelle démontrerait qu’il m’a
calomnié sur la question des prétendus faux et sur le reste ; il sait
qu’il en serait, par conséquent, pour sa honte. « Faire un procès à Léo
Taxil ? Répond-il. A quoi bon ? Le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Que m’importe de lui faire octroyer une condamnation de plus ! »
Notez que c’est Georges Bois qui nous a menacés d’une poursuite judiciaire, si
nous persistions à le déclarer auxiliaire du Grand-Orient de France.
Or ça, cela nous va tout aussi bien. Je ne
redoutais pas l’assignation de M. Georges Bois ; je la souhaitais de tout
mon cœur. On va comprendre pourquoi.
Je me serais défendu contre M. Bois, en
démontrant juridiquement l’odieux de son accusation de faux, au sujet des
lettres de Mlle Walder à M. l’abbé Mustel. La démonstration se faisait :
1° par un expert-juré en écritures ; 2° par un haut-maçon, qui n’a pas
encore à se faire connaître, mais qui, dans une circonstance aussi grave, n’eût
pas hésité à venir répondre, sous la foi du serment, aux questions que je lui
aurais fait poser par le tribunal.
M. Georges Bois peut feindre le rire
encore ; son rire est trop forcé pour tromper personne. Oui, un membre de
la haute-maçonnerie, un de ceux par qui nous avons eu des renseignements de la
plus haute importance, un ami personnel de miss Vaughan, actuellement membre
actif d’un Suprême Conseil (pas de celui de France), aurait édifié le tribunal
sur tout ce que Georges Bois nie. Ce n’est que partie remise, puisqu’il n’y
aura pas de débats judiciaires. Notre collaborateur[45]
- si l’on peut lui donner ce titre, - a des raisons très sérieuses pour ne pas
se retirer « publiquement » de la franc-maçonnerie avant quatre
mois ; mais il eût devancé cette époque, en cas de procès où son
témoignage eût été nécessaire.
Nous n’exhiberons donc pas les lettres de M.
Bois à une audience ; nous les publierons ici.
Que l’on ne vienne pas dire que je viole le
secret de la correspondance privée. Il ne s’agit aucunement de choses intimes,
touchant à l’honneur des familles. Le jeu de M. Bois a été celui-ci : il a
écrit diverses lettres, partout où il a pensé pouvoir nuire au docteur Bataille
et à ses amis ; il écrivait, disait-il, confidentiellement, mais en
donnant l’autorisation de communiquer la lettre à un tiers, dans le cas où l’on
croirait utile d’éclairer l’opinion personnelle d’un ami. Je le demande à tout
homme de bonne foi : est-il possible d’agir plus traîtreusement ? Et
ces lettres, M. Georges Bois les envoyait aux directeurs catholiques, qui
appuyaient la publication du docteur Bataille.
On dira ce qu’on voudra ; jamais
pareille choses ne s’est vue dans les annales de la presse. Il arrive à tout
journaliste de critiquer, d’attaquer même un ouvrage qui ne lui plaît
pas ; mais jamais, jamais on n’a vu un critique, eût-il porté les
appréciations les plus hostiles, entreprendre, après son article, contre
l’ouvrage déplaisant, une campagne de dénigrement, par voie de correspondance
privée, auprès de ses confrères à qui l’ouvrage avait plu. Non, jamais un
publiciste, ayant donné son avis public sur un livre, n’a eu recours au procédé
de M. Georges Bois. Il y a donc en Bois, cela crève les yeux, autre chose qu’un
critique.
A quelque parti qu’un homme appartienne, il
est jugé quand il agit de la sorte. Cette conduite ne peut s’expliquer que de
deux façons : ou c’est le fait de l’obéissance à une consigne, c’est
l’exécution d’un mot d’ordre ; ou bien c’est la manifestation d’une haine
personnelle, violente, intense, qui déborde, qui ne peut se contenir. En tous
cas, c’est tout ce qu’on peut imaginer de plus déloyal.
S’il y a haine de la part de M. Bois contre
le docteur Bataille, toutes ses attaques passionnées tombent d’elles-mêmes.
Mais si Bois a eu soin d’écrire qu’il n’avait absolument rien contre notre ami,
ni contre ses collaborateurs de la Revue Mensuelle ; ce n’est donc point dans un sentiment de
haine qu’il faut chercher la cause de cet incroyable acharnement.
Cette cause apparaît très nette en rapprochant
d’une « planche » du Grand Orient de France une des lettres
particulières de M. Georges Bois. L’analogie est frappante. Le Grand Orient
déclare que les révélations que j’ai faites sur la maçonnerie sont fausses, ne
reposent sur aucun fondement ; M. Georges Bois vient à la rescousse et dit
exactement les mêmes choses, mais il entre dans les détails et nie précisément
ce que la maçonnerie a donné ordre toujours de tenir le plus caché.
Voici d’abord le document du Grand Orient de
France ; cette planche a paru dans le Bulletin Officiel du rite
français, n° de décembre 1891, pages 797-798 ; nous la reproduisons
textuellement :
« O.˙. de Paris de Paris, le 8 janvier 1889 (E.˙.
V.˙.)
TT.˙. CC.˙. et Hon.˙. FF.˙.,
Par une planche du 30 août 1888 (E.˙.
V.˙.), le T.˙. C.˙. et Ill.˙. F.˙. Octavio Baéna 33e.˙.,
Chancelier de l’Ordre (il est le secrétaire grand chancelier du Suprême Conseil
néo-grenadin, Etat de Bolivar, en Colombie), nous a fait part de l’émotion
produite dans les régions soumises à votre pouvoir maç.˙. par la
publication à Barcelone d’un livre odieux de l’ex-F.˙. Léo Taxil, payé par
les éternels adversaires de la liberté humaine pour calomnier et déconsidérer
notre impérissable et frat.˙. Institution.
Il nous a demandé s’il existait à Paris une
réfutation imprimée du sbire littéraire que la grande famille maçonnique a
chassé de son sein, après avoir constaté son indignité.
Je suis chargé par le Conseil de l’Ordre,
TT.˙. CC.˙. FF.˙., de vous marquer l’extrême répugnance que les
Maçons français ont toujours éprouvée pour une réfutation de griefs qui ne
reposeraient sur aucun fondement. En répondant à un renégat, la
Franc-Maçonnerie lui aurait fait un honneur dont il n’était pas digne, et sur
lequel comptaient peut-être ceux qui avaient spéculé sur notre indignation. M.
Léo Taxil est aujourd’hui écrasé sous le commun mépris de ceux qui ont acheté
ses services et de ceux qu’il a inutilement tenté de desservir ; il n’est
pas même parvenu à se faire prendre au sérieux par le Grand Orient de France,
et le public profane, après s’être laissé séduire un moment par un appât de
malsaine curiosité, n’a pas tardé à juger à leur vraie valeur des attaques
faites contrairement aux règles de la conscience, de la délicatesse et de la
plus élémentaire pudeur.
Le milieu éclairé dans lequel nous vivons
nous a donc permis de ne pas compromettre la gloire de la Franc-Maçonnerie
française dans une contestation publique avec un adversaire jugé indigne, et de
répondre aux sectes qui ont acheté les renégats à vendre, par la seule attitude
qu’elles méritaient : par le mépris.
Si quelques esprits ont pu momentanément
hésiter dans les localités éloignées des centres intellectuels, leur hésitation
ne résistera pas longtemps aux lumières que leur apporte le zèle de nos FF.˙.,
et nous nous persuadons, l’expérience aidant, que l’utile réplique à faire aux
manœuvres et aux publications des cléricaux, c’est le recrutement par nos Loges
d’un grand nombre d’esprits amis de la liberté et de la justice, c’est la
création d’Ateliers nouveaux pouvant allumer parmi les hommes le flambeau des
vérités maçonniques fondées sur la liberté, l’égalité et la fraternité.
Il n’existe donc pas, à Paris de réfutation
imprimée des ouvrages de Léo Taxil, et, par suite, il ne nous est pas possible
de déférer au désir que vous exprimez d’en recevoir un exemplaire.
Veuillez agréer, TT.˙. CC.˙. et
Ill.˙. FF.˙., l’expression de nos sentiments dévoués et fraternels.
Par le Président du Conseil de l’Ordre,
Le vice-président : Fontainas,
33e.˙.
Le secrétaire :
G. Level, 33e.˙.
Le Conseil décide que cette communication
figurera au Bulletin, pour expliquer le silence du G.˙. O.˙.
de France en réponse aux attaques dont la Franc-Maçonnerie est l’objet. »
Pour juger ce que vaut le F.˙.
Fontainas, on me saura gré de reproduire les renseignements publiés sur son
compte par la Croix de Paris :
« Cet ennemi des congréganistes a un
singulier dossier, s’il est vrai qu’il n’y a pas deux Fontainas parmi les
francs-maçons belges.
Voici le passé du F.˙. Fontainas, maçon
belge :
Echevin à Bruxelles en 1874 (ou75), avec
droit d’inscription dans les écoles, il fut révoqué.
1° Pour avoir perdu une jeune fille mineure,
placée par lui à la tête d’une école communale. Ce scandale fut découvert quand
il fut devenu impossible de le cacher.
2° Il fut emprisonné pour avoir tué le frère
de la malheureuse fille, qui, désespéré et déshonoré, venait lui demander
réparation.
Après un certain temps de prison, il
s’installa pompeusement à Paris, avec l’ex-institutrice dont il a plusieurs
enfants, oubliant sa femme et ses trois enfants légitimes.
Mme Fontainas est morte de chagrin en
quelques jours.
Malgré toutes les déclamations du F.˙.
maçon, ses deux filles ont été élevées dans un couvent en Belgique, où elles
ont fait leur première communion.
Nous avons encore des détails sur les secours
donnés par des couvents à la famille du F.˙. Fontainas, maçon belge,
ennemi des congréganistes et conseil du gouvernement français. »
Fermons la parenthèse sur le F.˙.
Fontainas, signataire de la planche où mon indignité est proclamée. On a vu
plus haut à quelles infâmes calomnies les francs-maçons ont recours pour
atténuer la portée des révélations que j’ai faites, et que le docteur Bataille
et M. de la Rive[46]
sont venus confirmer et renforcer, en attendant que d’autres viennent
encore apporter leur témoignage à la vérité des faits par moi divulgués. Il est
facile de comprendre que, si les sectaires ne nous réfutent pas, c’est que cela
leur est impossible ; ils se donnent alors des airs méprisants.
Il faut constater que ce dédain affecté n’a
pas réussi à faire croire à la parfaite innocence de la franc-maçonnerie ;
car, un an et demi après la publication de la fameuse planche de mépris dans le
Bulletin Officiel du Grand Orient, on a eu recours à une nouvelle
tactique. Le docteur Bataille venait d’éclairer la situation de la façon la
plus lumineuse ; il était net, précis ; à côté des faits surnaturels
qu’il relatait en montrant l’œuvre de Satan dans la secte, il expliquait tout
le mécanisme de cette association ténébreuse internationale ; il venait
d’annoncer, admirablement renseigné, que la direction suprême de la
franc-maçonnerie allait être transportée en Italie, et il désignait
formellement l’Italie comme devant être, à bref délai, le théâtre de la grande
lutte contre l’Eglise.
Rappelez bien vos souvenirs, chers
lecteurs ; revoyez les fascicules du docteur (notamment le 5e
et 6e, parus en avril et en mai 1893). Il était évident, dès lors,
pour les Suprêmes Conseils et Grands Orients, que le docteur Bataille avait
conservé, dans l’intérêt de la cause chrétienne, des intelligences dans la
place, puisqu’il pouvait en quelque sorte annoncer à coup sûr ce qui allait
arriver.
Eh bien, c’est à ce moment-là même que M.
Georges Bois entre en scène, flanqué de son compère Paul Rosen, dont il essaie
à présent de se séparer, le trouvant devenu compromettant ; car il le sait
pris et bien pris. C’est alors que M. Bois commence sa campagne. Les
francs-maçons, eux, se taisent ; c’est le premier point de la consigne
(planche Fontainas). Le second point sera exécuté par M. Bois, qui, dans la
presse catholique, est parvenu à obtenir les fonctions de secrétaire de la Corporation
des publicistes chrétiens. C’est en usant de ce titre que, de son autorité
privée, M. Georges Bois, tout en fulminant dans la pseudo-Vérité contre
le docteur Bataille et ses amis, adressera aux journalistes adversaires de la
secte ces lettres particulières si perfides, dont le but indéniable est
d’arrêter le mouvement en faveur du révélateur redoutable, et, par conséquent,
dont l’effet matériel, indéniable aussi, est de servir, hypocritement, en
secret, la cause de la franc-maçonnerie.
La copie d’un certain nombre de ces lettres
nous a été envoyée. Des amis du docteur se sont trouvés être les tiers en faveur
de qui M. Bois autorisait la communication de ses factums prétendus
confidentiels. Des personnes indignées en présence d’aussi déloyales manœuvres,
sont devenues de nouveaux amis pour le docteur Bataille et ses collaborateurs
de la Revue Mensuelle. Bref, le misérable procédé de M. Bois s’est
retourné contre lui. Alors, - et c’est cela qui prouve bien qu’il avait
conscience de la déloyauté de sa conduite, - alors M. Georges Bois a fait, même
par huissier, défense aux destinataires de ses lettres de les publier ; il
a menacé un journal qui comprenait dans sa rédaction un de nos amis, sachant
que celui-ci avait reçu communication de plusieurs de ces fameuses lettres.
Trop tard, monsieur Bois ! Nous l’avions
déjà, votre correspondance perfide et calomnieuse, et nous la publions sans en
demander la permission aux destinataires, sans nous soucier de vos menaces. Et
ne venez pas dire que nous n’avons pas le droit de faire cela ; car nous
agissons ainsi pour faire apparaître au public les moyens de connaître votre
machiavélisme, en un mot, pour vous démasquer. Il serait vraiment trop commode
de calomnier les gens sous le sceau du secret, de multiplier des coups portés
dans l’ombre sous le couvert de correspondances confidentielles, et de venir
s’opposer ensuite à ce qu’une conduite aussi lâche et déloyale soit mise au
jour.
Vous avez envoyé de tous côtés des lettres
remplies de mensonges, monsieur Georges Bois ; pour votre honte, nous les
publions.
En voici, d’abord, une qui a été adressée au
rédacteur en chef d’un journal catholique de l’Est. Ce publiciste avait été
entrepris par M. Bois, qui était parvenu à lui rendre suspecte l’œuvre de
divulgation du docteur Bataille. Il est un de ceux auprès de qui M. Bois
m’accusa d’avoir commis des faux, et c’est précisément cette accusation
calomnieuse qui fut cause du revirement d’opinion du journaliste dont il s’agit
en notre faveur ; un hasard providentiel lui mit entre les mains une
preuve matérielle du contraire de ce que Bois avait allégué ; M. Bois était
allé trop loin. Ce n’est pas de ce publiciste que nous tenons la lettre qu’on
va lire ; M. Bois en ayant autorisé la communication à des tiers, il s’est
trouvé qu’un de mes amis en a eu connaissance et s’est empressé de m’en
transmettre la fidèle copie. Le destinataire, qui est un homme de conciliation,
qui est un de ceux qui regrettent cette polémique (dans laquelle nous n’avons
pas été les provocateurs, on le reconnaîtra), sera peut-être peiné de cette
publication ; mais c’est aussi un homme d’honneur, et il ne démentira pas
l’existence de cette lettre ; d’où il résulte que M. Bois ne pourra pas la
nier.
On avait mis en question la Loge-Mère le
Lotus, de Paris, qui est le triangle palladique d’où sont nés en France
tous les autres triangles existant à cette heure. C’est à ce propos que M.
Georges Bois écrivait, à la date du 12 septembre 1893, en ces termes :
« … Si Léo Taxil connaît une loge du nom
de Lotus, qu’il veuille bien dire où elle se trouve. Il doit le savoir,
s’il sait ce qui s’y passe. Ce qui est actuellement connu sous le nom de
« Lotus », c’est une revue, organe d’un groupe de personnes occupées
d’occultisme, de magie, de théosophie, de magnétisme, ou d’orientalisme hindou.
Ce n’est pas une société secrète. Ce sont les disciples de Papus, du sâr
Péladan, la suite de l’école autrefois fondée par le baron Du Potet. Tout cela
se trouve à la disposition du public.
Y a-t-il des lucifériens ? Le baron Du
Potet, qui a fait un livre déjà ancien, connu et très supérieur à celui du
docteur Bataille par les faits qu’il décrit et qui sont des faits contrôlés,
était, sans le dire, un luciférien ; ses disciples disent : un
magicien.
Il y a des gens adonnés aux pratiques
démoniaques. On dit couramment la messe noire, mais je ne connais pas
d’organisation ni de grades.
Je ne connais rien non plus qui permette de
croire aux fêtes folles que Léo Taxil a décrites sous couleur de divulguer les
secrets des loges de femmes dans la Maçonnerie. Récemment, le Bulletin du
Grand Orient annonçait le mariage du F.˙. Gouverneur, secrétaire du
Grand-Orient, avec la lowtonne Grimler, fille du concierge du Grand Orient.
D’ailleurs, les maçons ne se cachent nullement d’attirer les femmes à la
maçonnerie, et ne font pas même le silence sur les solennités où on les invite.
On trouve chez Teissier (rue Jean-Jacques Rousseau, 37), les ornements et
rubans de sœurs. J’ai vu moi-même défiler un enterrement civil, suivi de maçons
ornés de leurs cordons, et de dames parées d’attributs maçonniques.
Ce que les dames font dans la maçonnerie, je
n’y suis pas allé voir. Je suppose que les fêtes maçonniques où figurent les
dames sont aujourd’hui ce qu’elles étaient au beau temps des loges de femmes
sous l’Empire et la Restauration : des moyens de soustraire la femme à
l’action de l’Eglise. Léo Taxil, d’ailleurs, qui a été maçon peu de temps,
n’est jamais entré dans une loge de dames. Ce qu’il en rapporte ressemble trop
à ce qu’il rapporte en un livre obscène, qu’il a publié sous le titre de la Corruption
fin-de-siècle. Ses loges de femmes portent de gros numéros.
Or, si c’est vrai, je veux bien qu’on me le
dise, mais je ne veux pas me laisser raconter indéfiniment des histoires que
rien n’appuie ni ne contrôle, et qui offensent le sens commun autant que la
décence. »
Ici, je suis obligé d’interrompre la lettre
de M. Georges Bois et d’en sauter un passage. Il s’agit d’un fait que j’ai
relaté dans Y a-t-il des femmes dans la
franc-maçonnerie ?[47] ;
mais ce qui est imprimé dans un livre ne saurait être inséré dans un journal.
M. Bois s’inscrit en faux contre ma révélation d’une ignoble pratique, aggravée
par le plus infâme des sacrilèges. Et, défendant les maçons accusés de ce
forfait, M. Bois écrit : « Je me demande où est l’homme qui
consentirait à cela ! Cette action, si elle était vraie, ferait mourir de
honte ce frère maçon, avant de lui donner un plaisir ! »
M. Bois m’attribue ensuite la paternité du
récit fait par le docteur Bataille, qui a rapporté que les Chinois fanatiques,
lors des émeutes soulevées pour amener le massacre des missionnaires, poussent
l’ignominie jusqu’à uriner dans la bouche des martyrs mis à la torture. Or,
c’est bien M. le docteur Bataille qui a rapporté ce fait, et il possède, à
l’appui, un album imprimé en Chine, reproduisant, sous forme de gravures de
propagande anti-catholique, les peintures murales des temples de la
San-ho-hoeï. Voir les 4 spécimens publiés dans le Diable au XIXe Siècle,
premier volume, pages 260, 261, 268, 269. Ce ne sont pas des copies faites à la
main et dont l’authenticité pourrait être contestée ; c’est l’album imprimé
même que le docteur Bataille possède, chacun de ces abominables dessins étant
accompagné de la légende explicative, en chinois. Cet album, notre ami l’a
montré chez son éditeur qui a voulu le voir. Dire que ces horreurs sont des
inventions et qu’elles ont été imaginées par moi, est un mensonge impudent.



Mais c’est la fin de la lettre de M. Bois
qu’on ne saurait trop méditer, après avoir lu, d’autre part la planche
Fontainas ; le secrétaire de la Corporation des publicistes chrétiens
ne craint pas d’aller jusqu’à faire l’éloge des vertus privées de ces bons et
chers francs-maçons. Savourez cette défense de la secte contre les accusations
portées par Bataille, par moi, par tant d’autres ; admirez avec quel art,
avec quel raffinement d’hypocrisie elle est présentée, et dites ensuite si un
tel défenseur n’est pas pour les francs-maçons un précieux auxiliaire :
« Il faut laisser de côté ces exagérations, écrit M. Georges Bois.
La vérité est qu’il faut étudier la maçonnerie comme une branche de l’histoire
contemporaine, avec le même scrupule de l’exactitude, la même précision des
faits, des personnes et des dates, la même recherche des documents. Un seul
fait bien prouvé à plus d’autorité que la collection entière des livres de
Taxil et de Bataille.
Il en est de même de la façon de juger les
francs-maçons actuels. Le bon sens et l’expérience de la vie sont des guides
plus sûres que les feuilletons merveilleux. Il n’est pas difficile de connaître
les francs-maçons autour de nous : voyez comme ils vivent en public et
dans la famille, comment ils font leurs affaires, comment ils se conduisent,
s’ils sont bons maris et bons pères, s’ils méritent la considération publique,
s’il y a place dans la vie pour des relations mystérieuses avec une maçonnerie
des dames ?… Les scènes affreuses et romanesques ? ces choses ne
passent pas inaperçues dans la vie d’un maçon qu’on a pour voisin et qu’on
coudoie du matin au soir !… L’existence des francs-maçons hauts-gradés ou
bien des militants très en vue n’a rien non plus, en général, de secret. Ils ne
font pas un pas plus long que l’autre, sans que la presse en retentisse. Les
histoires de diable ne seraient pas longtemps des histoires inconnues.
A l’étranger, je ne connais que l’Espagne où
la maçonnerie des dames est officielle ; on dit que la reine en est
grande-maîtresse honoraire… Je n’en ai pas d’autres preuve. C’est aussi en
Espagne que les loges portent le nom de triangles. La maçonnerie espagnole
paraît en ce moment occupée surtout de politique. On dit qu’elle prépare la
République ?… »
Eh bien, je le demande à nos lecteurs
catholiques, sont-ils fixés sur le monsieur ? La manœuvre et son but
sont-ils assez évidents ?
Pour moi, qui, par mes relations, suis au
courant de bien des choses maçonniques ignorées du public, je ne puis pas
croire à des erreurs de la part de M. Bois. Cet homme sait exactement à quoi
s’en tenir, et il cherche à donner le change, à créer des quiproquos,
aujourd’hui que l’occultisme maçonnique luciférien est découvert.
Quiproquo, à propos de la Loge-Mère le
Lotus, dont le docteur Bataille a promis d’indiquer le local, nom de la rue
et numéro de la maison. S’il ne l’indique pas avant d’en être arrivé à la XIe
partie de son ouvrage, c’est qu’il a ses raisons pour cela ; et l’on
admettra bien, je suppose, qu’il n’a pas a en rendre compte à M. Bois, lequel
n’a en somme aucun mandat d’une autorité ecclésiastique quelconque pour
l’interroger.
Quiproquo voulu, à propos des disciples de
Papus, de Péladan et de Du Potet. Dès le début, le docteur Bataille a spécifié
qu’il n’y avait point lieu de confondre les satanistes non organisés,
manœuvrant en petits groupes épars, auxquels M. Bois fait allusion, et les
palladistes, qui sont les véritables lucifériens et qui sont parfaitement
organisés ; le convent du palais Borghèse (20 septembre 1893) en est
l’indestructible preuve.
Quiproquo voulu encore, à propos des
pseudo-sœurs, femmes ou parentes de maçons, et les vraies sœurs maçonnes,
celles dont nous nous occupons et qui, réalisant la formule de Weishaupt et d’Albert
Pike, servent à parfaire les frères trois-points dans l’art de vaincre leurs
passions.
Quant aux faits monstrueux de débauches
compliquées de sacrilèges, dans certaines arrière-loges, il n’est pas
nécessaire d’en avoir été le témoin pour en connaître l’existence. Un de ces
faits-là, et précisément un de la nature de celui que M. Georges Bois déclare
inventé par moi, peut être certifié par une personne dont le rédacteur en chef
du journal de M. Bois ne saurait mettre la parole en doute.
Nous l’avons toujours dit ici, malgré les
entraînements de la polémique, nous nous refusons à considérer M. Auguste
Roussel comme solidaire de la conduite de son collaborateur. M. Roussel,
aveuglé par son amitié pour M. Bois, peut me traiter aussi injustement qu’il lui
sera possible ; à lui, je ne riposterai jamais, et, s’il veut se rappeler un
incident de la guerre odieuse qui m’est faite par la maçonnerie (août 1888), il
comprendra pourquoi. M. Auguste Roussel se laisse égarer, au point de n’avoir
pas voulu prendre communication des preuves que le docteur Bataille s’est
offert à mettre sous ses yeux au sujet de la question Cerbère, niée par M.
Bois. Je fais à mon tour une autre proposition à M. Auguste Roussel, qui est un
homme d’honneur : contre sa parole d’honneur, à lui, de garder le secret
absolu sur les personnes en cause, je le mettrai en rapport avec quelqu’un qui
pourra lui attester que le fait dont il s’agit n’est nullement une invention de
ma part, mais est malheureusement trop vrai et n’est pas un fait isolé,
accidentel. Je vais plus loin : d’avance, je passe condamnation de mon
récit, si M. Roussel, quand je lui aurai nommé la personne qui pourra le
renseigner, déclare que l’affirmation de cette personne n’a pas de valeur à ses
yeux.
Mais, d’autre part, si cette enquête est
acceptée, je demande à M. Auguste Roussel quelle mesure il prendra à l’égard de
son collaborateur, lorsqu’il lui aura été prouvé que j’ai été l’écho de
l’exacte vérité. Couvrira-t-il plus longtemps M. Bois ?...
En passant, je dois relever la perfide
accusation d’obscénité portée par M. Bois contre mon livre La Corruption
fin-de-siècle. De ce que ce livre ne peut pas être mis entre toutes les
mains, - il en est de même de bien d’autres conçus dans le meilleur esprit, -
il ne s’ensuit pas que ce soit une œuvre d’immoralité.
Des écrivains catholiques, dont l’honnêteté
vaut bien celle de M. Georges Bois, certes, l’ont hautement approuvé ; des
ecclésiastiques l’ont recommandé ; des religieux l’ont publiquement déclaré
utile et honnête. Plus de cent comptes-rendus favorables en ont été donnés par
la presse conservatrice et catholique. Je n’en citerai qu’un, celui du Nouvelliste
de Bordeaux, d’abord parce qu’il est le plus court, ensuite parce que
l’opinion de ce journal ne saurait être récusée par la Vérité, notre
confrère girondin suivant la même ligne de conduite politique et religieuse que
la Vérité de M. Auguste Roussel.
« M. Léo Taxil vient d’écrire un nouvel
ouvrage des plus intéressants et des plus méritoires ; - ainsi s’exprimait
le Nouvelliste, lors de la première édition. - Son livre, La
Corruption fin-de-siècle, est le tableau écœurant, mais exact, des
turpitudes que tolèrent et que protègent trop souvent les pouvoirs publics. Ce
livre s’adresse aux personnes d’un âge mûr et ne saurait être mis entre les
mains des jeunes gens. Mais M. Léo Taxil a eu raison de l’écrire ; car il faut
à tout prix que l’opinion publique flétrisse les corrompus de cette
fin-de-siècle. »
Quand M. Georges Bois joue l’indignation à
propos de cet ouvrage, c’est tout uniment une variation de son rôle de
comédien. Là surtout, c’est un simple farceur.
Lorsque M. Bois nie le fonctionnement du
satanisme maçonnique, nie les loges féminines, prétend qu’il n’y a, excepté en
Espagne, aucune organisation d’ateliers androgynes, affirme qu’en France on se
borne à donner des cordons à des louvetonnes et à des femmes de maçons, et
célèbres les vertus des sectaires, en les peignant comme de braves gens, dont
on peut ne pas partager les idées, mais qui s’occupent uniquement de
politique ; lorsqu’il recourt en même temps à la calomnie, pour
discréditer les anti-maçons, c’est une autre affaire, et il faut avoir l’esprit
bien prévenu pour ne pas voir son jeu.
Et quel aplomb a cet homme d’oser écrire que
les triangles sont tout bonnement les loges (espagnoles) ordinaires !
Les triangles ? Les loges
lucifériennes ? Mais il en connaît l’existence depuis longtemps !…
Son rôle consiste à empêcher la lumière de se
produire. Sitôt que des révélations sont trop gênantes pour la secte, vite il
contrecarre leur auteur ; il s’efforce de le vilipender de toutes façons ;
il envoie des petits papiers partout afin de faire naître la défiance et
d’empêcher ainsi l’attaque de s’étendre. Il ne recule devant rien pour arriver
à ses fins. Puis, s’il n’atteint pas le résultat qu’il s’était proposé, il
change ses batteries. Voilà un événement inattendu, le schisme des hauts-maçons
américains, qui met en plein jour ce luciférianisme maçonnique organisé qu’il
niait ; voilà le sacrilège audacieux, le vol des hosties consacrées, à
Notre-Dame ; voilà le scandale causé par dom Sommorostro, l’archiprêtre de
Ségovie, que l’on découvre être Vénérable de loge depuis près de trente ans ;
voilà l’affaire Barbe Bilger ; voilà le tapage de l’insurrection de miss
Vaughan et de Paolo Figlia contre Lemmi ; voilà aussi le procès de Lucie
Claraz, la grande-maîtresse de Fribourg. Il n’y a plus possibilité de nier,
maintenant. Alors, M. Georges Bois exécute une pirouette ; et, lui qui nous
accusait d’exagérer, il imagine tout à coup que, dans le seul quartier
Saint-Sulpice, à Paris, il y a vingt-deux chapelles satanistes !…
Sont-ce des loges maçonniques
lucifériennes ? Oh que nenni ! Le Grand-Orient de France n’avoue pas
ces choses-là ; il n’y a pas de danger que M. Bois en parle jamais. Mais
on a droit de s’étonner que M. Georges Bois, qui demande l’adresse le la
Loge-Mère le Lotus, ne donne pas celles de ses vingt-deux chapelles
satanistes du quartier Saint-Sulpice. Soyez certains qu’il ne les donnera
pas ; il y a à cela une bonne raison, c’est qu’il a menti.
Il est dans la situation de l’espion
politique que le directeur de la sûreté générale a placé en observation dans un
club ; si l’indicateur policier s’aperçoit qu’il est suspecté, vite il
fait des motions ultra-révolutionnaires, espérant par là endormir les
soupçons ; les autres membres du club ne sont plus que de pâles
réactionnaires auprès de lui.
Avant peu, M. Georges Bois nous servira des
diableries bien autrement extraordinaires que les récits du docteur Bataille.
Mais, pour en revenir à ce que je disais,
savoir que M. Bois connaissait fort bien l’existence des loges lucifériennes,
il suffira de reproduire quelques lignes d’un récent article de M. Bois.
M. de la Rive venait de donner, dans son
volume La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie universelle[48],
de nombreux détails sur la loge de Fribourg La Régénérée, qui avait
comme annexe un temple à Satan, creusé dans le roc, à l’extrémité du jardin et
indépendamment du local de la loge ordinaire. M. Huysmans, dans une interview
publiée par le Matin, avait confirmé les dires de M. de la Rive.
L’affaire de la sœur Lucie Claraz venait devant les tribunaux. Or, M. Georges
Bois savait tout cela, et il n’avait rien dit.

Il n’était plus possible de garder le
silence. Le 30 avril dernier, enfin, la Vérité se décida à parler. Elle
reproduisit l’interview de M. Huysmans, où il est dit, après M. de la Rive,
très expressément, qu’il s’agit bien d’un atelier maçonnique, annexe d’une loge
ordinaire ; qu’on y poignardait des hosties consacrées ; que « le
costume de rigueur pour les Sœurs maçonnes était celui d’Eve avant le péché
» ; que ces filles étaient chargées de fournir les hosties et se les
procuraient par des communions sacrilèges ; qu’on chantait des psaumes et
des cantiques en l’honneur de Lucifer, etc. A son tour, la Vérité
déclarait « confirmer ce récit ». Un ami connaissait ce temple souterrain,
l’avait visité.
Citons quelques passages de l’article de M.
Georges Bois :
« Cette construction souterraine est
l’œuvre d’un avocat fribourgeois, qui dépensa une somme considérable à
reconstituer, selon le rite que de ténébreuses recherches lui avaient fait
connaître, une loge mixte de Sœurs et de frères diabolisant. C’est la seule
loge dont nous ayons entendu parler où les sœurs paraissent, en masse,
entièrement dévêtues. Par ce détail, elle semble se distinguer des rites
maçonniques jusqu’ici connus. »
Que dites-vous de cela ?... Il n’était
plus possible de nier, à raison du procès de la grande-maîtresse Lucie Claraz.
Donc, M. Georges Bois ne peut se soustraire à la nécessité de parler de la loge
fribourgeoise et de ses orgies lucifériennes ; mais comme il a soin de
déclarer qu’il n’y a pas d’autres loges où ces infamies soient mises en
pratique !… Est-ce un adversaire ou un défenseur de la maçonnerie qui a
écrit les deux phrases que j’ai reproduites en italiques ?
Et, pour atténuer plus sûrement l’effet de
ces constatation, écrasantes pour la secte, il imagine immédiatement un conte
bleu : cette loge, dit-il, pratiquait un rite en onze grades dit des Architectes
d’Afrique, elle était un dernier vestige d’un rite totalement oublié.
Menteur ! Ou a-t-il vu que, dans le rite
des Architectes d’Afrique, on communiait avec des hosties noires
consacrées à Lucifer ?… Et c’est pourtant là ce que M. de la Rive et M.
Huysmans ont raconté au sujet de la loge de Fribourg. Or, la communion avec des
hosties noires consacrées à Lucifer est la cérémonie caractéristique de la
messe dite « adonaïcide » des Odd-Fellows de la seconde classe, rite sataniste
imaginé par Moïse Holbrook, organisé par Longfellow, et pratiqué actuellement
dans tous les pays du globe.
Après cela, M. Bois donne la description du
temple souterrain, description qui confirme d’autant mieux celle faite par M.
de la Rive, qu’elle y ajoute quelques menus détails nouveaux.
M. Bois dit encore, après sa
description :
« Les frères et les sœurs en maçonnerie,
expropriés de cet asile où le mystère était remarquablement sûr, ne semblent
pas avoir cependant renoncé à leur culte diabolique. La Grande-Maîtresse de la Régénérée
que plusieurs personnes connaissent à Fribourg, n’a rien changé à ses allures.
On la voit presque journellement dans les églises, et, plus souvent
qu’ailleurs, à la collégiale de Saint-Nicolas, où elle fait des communions dont
le caractère sacrilège n’est pas douteux. »
C’est à cause de ces communions sacrilèges
qu’a eu lieu le procès ; un vénérable curé, voyant la grande-maîtresse
Lucie Claraz s’approcher de la sainte table, refusa formellement de lui donner
la divine Eucharistie.
Et le Georges Bois qui, le 30 avril 1894,
s’est vu contraint de constater publiquement l’existence d’une loge androgyne
luciférienne, où dans les assemblées les Sœurs étaient complètement dévêtues,
est le même Georges Bois qui, moins d’un an auparavant, alors qu’il croyait
réussir à étouffer les révélations du docteur Bataille, écrivait la lettre du
l2 septembre 1893, reproduite plus haut !...
Puis, est survenue l’affaire des loges parisiennes
insultant la mémoire de Jeanne d’Arc. Le tollé contre la maçonnerie a été
général. Le Matin, lui-même, qui n’est guère entaché de cléricalisme, a
dit à ce propos quelques dures vérités aux frères trois-points. Il terminait un
article en ces termes : « Les modernes Cauchons du Grand Orient perdraient
en France tout crédit, s’ils voulaient brûler une seconde fois l’héroïne
d’Orléans. »
Là-dessus, M. Georges Bois de faire chorus.
« Les modernes Cauchons du
Grand-Orient ! Écrit-il (mardi 22 mai), le mot est bien trouvé… Puissent
tous les gens de bon sens ouvrir les yeux et comprendre ce que sont
intellectuellement ET MORALEMENT ces mauvais lieux qu’on nomme des loges,
et que partout dans les villes moyennes de province on se montre du doigt en
passant ! »
Voilà, certes, des lignes auxquelles on ne
saurait trop applaudir, si elles étaient sincères. Mais voilà, ceux qui n’ont
lu que cet article de M. Bois, ceux qui ignorent ses manœuvres, ceux qui ne
sont pas au courant de ses contradictions, ceux qui n’ont pas sondé les dessous
de sa campagne de dénigrement systématique contre les anti-maçons les plus
détestés par la secte, ceux-là peuvent s’y laisser prendre. Pour nous, c’est
une nouvelle comédie.
L’homme qui est si complètement d’accord avec
le F.˙. Fontainas, l’homme qui est l’ami du F.˙. Pétrot, l’homme qui
a écrit la lettre du 12 septembre 1893, n’a pas le droit, ayant célébré les
vertus domestiques des frères trois-points, ayant nié impudemment les loges
androgynes et leurs honteux mystères, d’imprimer aujourd’hui que « les
loges sont des mauvais lieux. » Ou alors, pour pouvoir honorablement faire
cette volte-face, il aurait fallu que M. Georges Bois commençât par présenter
des excuses aux anti-maçons qu’il a calomniés. Au contraire, il a fait le rodomont ;
il l’a pris de haut, lui qui aurait dû se faire bien petit, lui qui s’était
empêtré d’un Paul Rosen, lui qui s’est porté le garant de Moïse Lid-Nazareth.
Maintenant, il est trop tard. Toutes les
variations que M. Bois pourra exécuter ne sauraient effacer les mots justes que
notre vénérable ami M. le chanoine Mustel lui a appliqués : « Aucun
témoignage d’estime et de confiance, quel qu’en soit l’auteur, ne peut lui être
utile. Ou ses collaborateurs le connaissent, et, en ce cas, leur jugement
suffit : ou il a pu les tromper, eux qui le voient tous les jours, avec
lesquels il vit ; - ce qui n’est pas inouï, témoin Nubius ; - et
alors il n’est personne qui n’ait pu se méprendre sur son compte. »
M. Bois aura beau faire, beau dire, beau
écrire ; il s’est rendu « suspect ».
Il me reste à reproduire encore d’autres
lettres de lui ; mais, comme celles-ci ont été rédigées en collaboration
avec M. Paul Rosen, je dois m’occuper à présent de ce dernier.
Nous n’avons pas la preuve de l’inscription
de M. Georges Bois sur un tableau d’atelier maçonnique ; mais nous avons
la preuve que M. Paul Rosen n’a jamais cessé d’appartenir à la
franc-maçonnerie, que Moïse Lid-Nazareth et lui ne font qu’un, qu’il connaît
personnellement et intimement Sophie Walder, dont il est à l’occasion le
compagnon de voyage, et qu’il est en correspondance maçonnique avec le
secrétaire même d’Adriano Lemmi, chef suprême de la secte. Or, quand il aura
été prouvé ensuite, et pour terminer, que M. Georges Bois n’ignorait rien de
tout cela, il me semble que le fait de s’être associé avec M. Rosen, d’avoir
coopéré à plusieurs de ses manœuvres et de s’être porté garant pour lui auprès
des catholiques, il me semble que ce fait, cette attitude, cette situation,
équivaudra, aux yeux de tout homme de bonne foi, à une inscription officielle.
M. de Marolles n’en demanderait pas tant pour
m’exécuter, moi.
Le religieux qui a fait découvrir
l’affiliation maçonnique de dom Sommorostro, est parti en campagne à raison de
certains soupçons ; son enquête a été appuyée, et l’on est arrivé à
connaître la triste vérité. Pourtant, dom Sommorostro n’avait pas contre lui
des falsifications de documents maçonniques, faites de façon à servir les
intérêts de la secte ; l’enquête a été néanmoins engagée, et finalement
l’archiprêtre de la cathédrale de Ségovie a été mis au pied du mur. Il a fini,
non sans peine, par avouer.
Après l’exécution de son ami Paul Rosen, M.
Georges Bois avouera-t-il ?
Léo Taxil.
Au cours de sa campagne contre le Diable
au XIXe siècle, l’ami de Pétrot, Rafichart et Moïse Lid-Nazareth n’est
vraiment pas heureux dans ses trouvailles.
Il avait prétendu d’abord que c’était lui qui
avait appris, le 5 mai 1893, au docteur Bataille, lors de sa conférence au
salon de la Société Bibliographique, que le docteur Gallatin Mackey était mort
le 20 juin 1881. On a répondu en lui mettant sous les yeux le 4e
fascicule du Diable au XIXe siècle, imprimé le 28 février 1893 et mis en
vente le 5 mars, où le docteur Bataille raconte que, le 10 mars 1881, il avait
fait la connaissance de son collègue Gallatin Mackey, ajoutant :
« C’était environ trois ans avant sa mort. » La prétention du sire
Georges Bois était tellement bête, que notre ami n’avait pas daigné lui
répondre ; aussi, pendant longtemps, le rédacteur du Mensonge
triompha-t-il bruyamment. Mais quand, lassé de ses pasquinades, nous lui mîmes
le nez dans ses sottises, quand nous démontrâmes[50]
que l’ami de Pétrot, Rafichart et Moïse Lid-Nazareth avait impudemment menti, le
bonhomme se tint coi sur ce sujet et se garda bien de faire la moindre allusion
à sa honteuse défaite. Pour tout esprit impartial, la polémique de cette
mauvaise tête de Bois était jugée.
Aussi, avions-nous négligé de répondre à une
autre de ses sottises : il avait contesté, - sans apporter, bien entendu,
aucune preuve contraire au récit du docteur Bataille, - les faits survenus à
propos du différend entre miss Vaughan et le fameux Bordone. Il niait les
faits, uniquement parce qu’ils lui paraissaient extraordinaires.
Or, miss Diana Vaughan est venue trois fois à
Paris, en août et décembre 1893, et dans la première quinzaine de mai 1894,
avant de retourner dans son pays. La tête de Bois avait là une excellente
occasion de se renseigner. L’ex-grande-maîtresse de New-York, rompant un peu
avec ses habitudes en ces circonstances, n’avait fait aucune difficulté pour
recevoir, en dehors de ses amis, plusieurs personnes appartenant au clergé et à
la presse catholique, et même des reporters de journaux d’informations. Au
besoin, si l’illustre Georges nous en avait témoigné le désir, nous nous
serions fait une joie de le présenter à miss Vaughan. Elle ne lui aurait sans
doute pas raconté tout au long les incidents étranges de son conflit avec
Bordone ; car elle n’aimait guère à causer de ces choses-là. Mais, en tous
cas, elle n’aurait pas démenti ce que le docteur Bataille a relaté. D’autre
part, l’illustre Georges aurait certainement appris, dans cette entrevue,
comment nous sommes parfaitement fixés sur le compte de son ami, le non moins
illustre Moïse Lid-Nazareth, et quelques renseignements à ce sujet lui auraient
sans doute fait le plus grand plaisir.
Trois fois, hélas ! La tête de Bois n’a
pas tenté la moindre démarche. Le bonhomme a, sans doute, le sentiment de sa
valeur morale, et il sait que miss Vaughan, très honnête malgré son erreur,
méprise souverainement les gens dépourvus de toute loyauté. Cependant, nous
pensons qu’elle aurait surmonté ses répugnances.
Enfin, passons, et laissons-là l’histoire
Bordone.
Depuis lors, la tête de Bois a trouvé du
nouveau, non plus à propos du Palladisme, mais à propos de la San-ho-hoeï.
D’abord, cette San-ho-hoeï existe-t-elle
vraiment ? N’est-ce point là une invention du docteur Bataille ?
S’est demandé la tête de Bois. – Vlan ! Voilà le Bulletin du Suprême
Conseil de France, qui publie une communication du F.˙. Raynaud,
d’après les travaux du F.˙. Léon de Rosny, confirmant les renseignements
donnés par le docteur Bataille sur l’organisation de la San-ho-hoeï (maçonnerie
chinoise). Pas de chance, la tête de Bois !
Mais l’illustre Georges est enragé et veut
mordre quand même ; effet des chaleurs qui commencent et du remplacement
de Lozé par Lépine, lequel, bon aux toutous, ne prescrit pas la muselière
obligatoire. Et alors le toutou Georges s’élance sur le docteur ;
attention, c’est cette fois-ci qu’il va le dévorer !…
Bois s’est procuré une photographie semblable
à celle que le F.˙. archiviste du temple maçonnique de Kou-Lan-Sou a
remise à Bataille, et que celui-ci a reproduite dans le Diable au X1Xe
siècle (Ier volume, page 289). Cette photographie ne représente pas
l’exécution d’un frère de la San-ho-hoeï, qui avait trahi le secret, ainsi que
l’archiviste de Kou-Lan-Sou l’avait affirmé au docteur, s’écrie l’illustre
Georges ; elle représente l’exécution d’un parricide. En Chine, le
criminel coupable de parricide subit l’ablation des bras, des jambes, du nez et
des oreilles, avant d’être décapité, déclare l’ami de Pétrot, qui tient ce
renseignement d’un correspondant.

Oui, mais voilà ! Sur la photographie en question, représentant un
cadavre coupé en morceaux, on voit la tête, détachée et gisant auprès du tronc
horriblement massacré, et cette tête a son nez et ses oreilles très visibles...
Alors, la photographie ne représente pas l’exécution d’un parricide ?
Que si ! Que si ! Clame l’illustre
Georges, qui n’est pas embarrassé pour si peu. Seulement, la tête qu’on voit là
n’est pas la tête du parricide exécuté ; c’est une tête de rechange, tout
simplement.
Une tête de rechange ?!?!?
Mais oui, une tête de rechange, et voici
comment les choses se sont passées. Suivez bien l’explication de notre
Bois ; c’est trop beau. Vous allez admirer comment l’illustre Georges est
devenu tout à coup heureux dans ses trouvailles.
On exécutait un parricide en Chine ; un
photographe amateur avait obtenu l’autorisation de photographier la scène du
supplice. Le bourreau fait son œuvre ; le photographe amateur dispose son
appareil ; mais, au moment décisif, on s’aperçoit que la tête du parricide
vient d’être emportée en vertu de la loi, cette tête doit être exposée à
l’endroit même où le crime a été commis. Le photographe amateur n’a plus devant
lui qu’un cadavre coupé en morceaux, mais sans tête. Que faire ? Car le
temps presse. Les autorités, qui avaient permis à l’amateur de photographier,
se consultent ; et vite, on va chercher la tête d’un autre criminel qui
venait d’être supplicié dans les environs. Voyez comme cela se trouve à
merveille, tout de même ! Par malheur, la nouvelle tête n’était pas une
tète de parricide ; elle avait son nez et ses oreilles intacts, celle-ci.
Baste ! C’est un détail de peu d’importance pour le photographe amateur.
On dépose la tête du criminel pas parricide à côté du tronc et des membres
coupés du cadavre parricide. Cette fois, ça y est ! « Ne bougeons
plus ! » et l’amateur photographe opère, avec la paisible conscience
du devoir accompli.
Et voilà comment il existe en Chine la
photographie d’une exécution de parricide, où le cadavre du décapité supplicié
est un cadavre parricide, sauf quant à la tête, tête de rechange, qui est une
tête non-parricide.
On voit que rien n’est plus simple, que rien
n’est moins compliqué.
Et ceci est l’exacte vérité ; l’illustre
Georges se porte garant de son correspondant, comme il s’était porté garant de
l’illustre Moïse Lid-Nazareth.
Par conséquent, la tête de Bois est à jamais
lavée de son mensonge relatif à la mort du docteur Gallatin Mackey ; quant
aux falsifications des documents du Grand Orient de France, falsifications
opérées par la tête de Bois dans sa reproduction, elles disparaissent comme les
ténèbres de la nuit à l’approche du soleil levant, elles s’évanouissent, et les
documents falsifiés doivent être tenus désormais pour parfaitement exacts.
La tête de Bois n’avait pas eu de chance,
lors de ses premières trouvailles ; mais le coup du cadavre parricide à tête
non-parricide change la face des choses. Hourrah pour la tête de Bois !
Quivis.
[Enfin, rappelons que le Dr Bataille a fait cette offre dans le Diable
au XIXe siècle, page 304 :
« Dira-t-on que le
dessin de cette scène affreuse est un dessin de fantaisie, un dessin fabriqué
par l’artiste chargé d’illustrer cet ouvrage ?…
J’ai prévu même cette
objection, et je vais donner aux incrédules le moyen très simple de vérifier. La
photographie originale, rapportée de moi de Kou-Lan-Sou, est entre les mains de
mes éditeurs, MM. Delhomme et Briguet, 13, rue de l’Abbaye, à Paris. Ils ne
s’en dessaisiront point, bien entendu ; mais quiconque a le moindre doute
n’a qu’à aller chez ces messieurs ou à y envoyer un ami, en compagnie d’un
homme du métier, d’un photographe. Tout photographe, qui examinera mon
document, déclarera que c’est bien là, non pas une reproduction photographique
d’un dessin fabriqué pour les besoins de la cause, mais bien une photographie
directe, absolument prise sur place, tirée d’après nature. »
ATHIRSATA.]
L’illustrissime Paul Rosen
vient de se livrer à une manœuvre, aussi ridicule que maladroite, dans l’espoir
d’empêcher la lumière de se faire sur son compte. Il a fait signifier par
huissier, le 5 juillet, à M. de la Rive et à ses éditeurs MM. Delhomme et
Briguet, sommation d’avoir à enlever du volume La Femme et l’Enfant dans la
Franc-Maçonnerie universelle le nom « Moïse Lid-Nazareth » partout
où il se trouve, ou, à défaut, d’avoir à « déclarer, par une note en bonne
place, que Moïse Lid-Nazareth n’est pas un pseudonyme pouvant atteindre le
requérant Paul Rosen ». Si l’on n’obéit pas à la sommation de
l’illustrissime, il menace d’intenter une action en dommages-intérêts.
Voyez-vous ça !
Notre homme, dans son papier timbré, dont M.
De la Rive m’a envoyé copie, se base, dit-il, sur ce que « le sieur Léo
Taxil, dans la Revue Mensuelle, numéro de mai 1894, paru le 15 juin,
page 140, 2e colonne, lignes 24-25-26, a déclaré que M. De la Rive,
dans son volume, aurait entendu viser le requérant Paul Rosen sous le nom de
Moïse Lid-Nazareth. »
Il suffit de se reporter au dit numéro de mai
pour voir que, dans le passage en question, je n’ai pas fait la moindre
allusion à M. de la Rive ni à son volume. Mon opinion même, concordant avec
celle de tout lecteur de l’ouvrage de notre ami, est qu’il est logiquement,
d’après ce qu’a écrit M. de la Rive, de pouvoir comprendre, bien mieux, de
soupçonner que Moïse Lid-Nazareth et Paul Rosen ne font qu’un. Tout homme de
bonne foi reconnaîtra que, dans le livre de notre ami, Moïse Lid-Nazareth et
Paul Rosen ont, bien au contraire, plutôt l’air d’être deux personnages
parfaitement distincts. Et c’est précisément parce que j’ai, moi, des preuves
formelles, absolues, - que M. Rosen lui-même ne pourra pas récuser, - que j’ai
tenu à ne pas laisser subsister la distinction d’individualités résultant de la
lecture du volume de M. de la Rive.
Je ne reproche pas à notre ami de ne pas
avoir éclairé la lanterne ; je constate que, dans la question Moïse
Lid-Nazareth, il n’a ni nommé ni désigné l’illustrissime Rosen. Pour dire
devant un tribunal que M. de la Rive a entendu parler de lui, il faudrait que
l’illustrissime plaidât que son voyage à Reims avec Sophie, à la recherche de
Barbe Bilger, était de notoriété publique. Ca, se serait amusant !
Le F.˙. Paul Rosen en sera donc pour ses
frais d’intimidation. MM. Delhomme et Briguet, aussi bien que M. de la Rive,
l’ont envoyé promener, et ils ont bien fait. C’est la Revue Mensuelle
qui aura l’honneur, par la plume de votre serviteur, heureux et jaloux de cette
responsabilité, de démontrer publiquement l’identité de héros maçonnique,
lemmiste et waldériste, existant entre le beau Rosen et le séduisant Moïse
Lid-Nazareth.
Pour attendre, nos lecteurs n’auront rien perdu ; je leur promets
un vrai régal. Et, puisque Paul-Moïse est d’humeur belliqueuse, il n’aura pas à
se gêner vis-à-vis de moi. Quand mes articles le concernant auront été publiés,
il pourra, si le cœur lui en dit, m’envoyer tous les huissiers de France et de
Navarre ; ils seront reçus avec joie, accueillis avec transport, embrassés
comme des frères que sœur Anne, du haut de sa tour, interrogeant l’horizon,
s’est longtemps lamentée de ne pas voir venir.
L. T.
Jules Doinel (1892-1902),
est archiviste, aux activités occultistes nombreuses et animateur d’une loge
spiritualiste qui prétendait conserver l’invocation au Grand Architecte de
l’Univers. Visité par l’esprit de Guilhabert de Castres, ancien évêque de
Montségur, il réveilla l’Eglise gnostique en 1888 mais rentra dans le giron
catholique en 1894, pour le quitter à nouveau, semble-t-il, et y revenir in
extremis.
De famille et d’éducation
catholiques, il rejoignit la franc-maçonnerie après avoir hésité entre les
ordres et les études. Cependant, bien que vénérable et membre d’un chapitre
Rose-Croix à Paris en 1893, il supporta mal la laïcisation de l’ordre. C’est à
l’automne 1888 qu’il avait réveillé l’Eglise gnostique à laquelle s’agrégèrent
bientôt Papus notamment. Le nouveau patriarche, sous le nom de Valentin II,
avait écrit, selon M.F. James, une lettre en latin au cardinal Rampolla
destinée à amorcer une réconciliation entre la gnose antique et le
catholicisme. Il se convertit au catholicisme en décembre 1894.
La qualité scientifique des
travaux de ce chartiste poursuivant sa carrière d’archiviste paraissait une
garantie ; sous le nom de Jean Kotska il publia Lucifer démasqué.[52]
Comme l’écrit Michel
Jarrige, « Doinel, franc-maçon du 18e degré (Rose-Croix), gnostique et
occultiste, n’a jamais appartenu au palladisme. Il n’avait donc pas à en parler
et, de fait, son livre n’y renferme aucune allusion. Ses récits et ses
confidences complètent, sans les infirmer en rien, « tout ce que nous
savons sur le palladisme ». La première partie de l’ouvrage se compose de
récits et de souvenirs. Dans la seconde partie, intitulée la Symbolique de Lucifer,
l’auteur développe à satiété le sens satanique des divers grades de la
franc-maçonnerie, depuis le simple apprenti jusqu’au 33e degré. »[53]
Selon Jean-Pierre Laurant dans son
livre : L’Esotérisme chrétien en France au XIXe siècle (Lausanne,
l’Age d’Homme, 1992), page 162, l’abjuration faite entre les mains de Mgr
Stanislas Touchet à Orléans n’était qu’une feinte, une manœuvre habile pour lui
permettre de faire des dupes dans le monde ecclésiastique. Déplacé à
Carcassonne où sa famille ne le suivit pas, il aurait été officier dans un
groupe de « la colombe du Paraclet » et mourut entre le catharisme et
l’Eglise catholique. Mais ce point est très controversé.
« […] Du reste, toute la presse
catholique, dans le monde entier, marchait à l’unisson contre la
franc-maçonnerie une fois de plus démasquée. La Vérité elle-même a suivi
le mouvement ; ce qui est un signe !!! Pour tout dire, il est bon de
savoir que M. Georges Bois est à la campagne, fort loin de Paris ; il n’a
donc pas pu se concerter avec son ami Rosen, pour venir tous deux affirmer à M.
Auguste Roussel que M. Margiotta n’existait pas plus que ses lettres de
démission, et que le mieux serait de faire un silence complet sur l’incident,
attendu qu’il fallait s’en rapporter aux déclarations du Grand Orient. En
effet, la Vérité ayant toujours soutenu, par les articles de M. Georges
Bois, que la haute-maçonnerie et son rite spécial, le Palladisme, étaient tout
autant d’inventions du docteur Bataille, il faut que la lumière se soit faite
enfin bien éclatante pour que le journal de M. Auguste Roussel ait, cette fois,
emboîté le pas derrière les autres organes de la presse catholique, qui eux,
n’ayant pas de Georges Bois dans leur rédaction, savent à quoi s’en tenir
depuis longtemps.
Quant au bon M. de Marolles, pour qui M. Bois
est le seul puits de science maçonnique, il est à présumer qu’il doit être
passablement ahuri, en présence de ces nouvelles révélations qui confirment
toutes celles du docteur Bataille. N’insistons pas ; la boussole Bois ne
marquant plus le nord, le cerveau de l’excellent homme doit être depuis
quelques jours dans un bien triste état.
C’est égal, la serte a reçu, dans le courant
de ce mois qui lui est si cher, une série de grêle qui a fort endommagé le toit
de son temple. Aussi, le 23, le Peuple Français insérait-il avec raison
ces lignes :
« On comprend maintenant le désarroi
dans lequel la conversion du commandeur Margiotta a jeté la secte ; les
hauts-maçons n’ignoraient pas qu’il était au courant de tous leurs tripotages,
crimes et turpitudes. Au Grand Orient de France, où il y a plus de F.˙.
gogos que de parfaits initiés, on ne pouvait prévoir un tel déluge d’aussi
formidables tuiles ; voilà pourquoi le Convent de la rue Cadet a cru se
tirer d’affaire en votant la proclamation que l’on sait, communiquée à la
presse profane. Mais, en Italie, où l’élément palladiste est beaucoup plus
nombreux au sein des Loges, on a été littéralement consterné, atterré ; de
là, l’attitude embarrassée des journaux lemmistes, la Tribuna, la Riforma,
qui ne savent que répondre au Nouveau Moniteur de Rome et a la presse
catholique de France, et qui se bornent à dire que M. Margiotta se venge
d’avoir été exclu du Parlement par la majorité crispinienne. Piteuse
réponse ! Car l’élection du commandeur Margiotta par la ville de Palmi
date de 1888.
La vérité est que M. Margiotta est demeuré
encore six ans dans l’aveuglement, après cet incident de sa vie politique, et
que, tout en restant honnête au sein de la Maçonnerie italienne qui compte tant
de fripons, il se considérait comme lié par le serment des Loges et des
Triangles ; il espérait que la minorité honnête, l’infime minorité de ses
amis antilemmistes, finirait par avoir le dessus dans la secte et la
purifierait en expulsant les pourris. Le triomphe de Lemmi lui a ouvert les
yeux, ainsi qu’il l’explique si bien dans sa touchante lettre à miss Diana
Vaughan. »
[…]
Témoignage du chanoine Mustel :
« Enfin le bon Dieu a eu pitié de cet
honnête homme, fourvoyé dans le camp de Satan, et il y à deux mois et demi ou
trois mois, M. le commandeur Margiotta abjurait, devant le Saint-Office, ses
erreurs, répudiait la Maçonnerie et recevait des cardinaux Rampolla et Parocchi
un accueil dont il ne parle pas sans émotion. Au moment où nous l’avons
rencontré à Paris, il venait de Grenoble, où Mgr Fava, qui a contribué à sa
conversion, l’avait reçu comme le Père de famille de l’Evangile reçoit l’Enfant
prodigue ; il avait fait, sous sa haute protection, et d’après ses
conseils, une retraite dans une maison religieuse, et il sortait tout
transfiguré de cet asile du recueillement, de la méditation et de la
prière. »

Domenico Margiotta
[…] A cet égard, M. Margiotta remplit courageusement
ses devoirs de converti et mérite des encouragements. Réconcilié avec l’Eglise,
il a été absous de son erreur passé ; mais les catholiques lui doivent
leurs prières, afin de lui obtenir de Dieu la grâce de la persévérance.
Quelques personnes nous ont écrit pour nous
demander si sa conversion était sincère. A cette question délicate sur M.
Margiotta, nous ne pouvons que répondre : « Ceci est un secret entre
sa conscience et Dieu ». Toutefois, il nous est permis de constater que
nous n’apercevons aucun avantage humain à la conduite présente de
l’ex-haut-maçon : sa rupture avec la secte lui vaut des haines, qui ne
désarmeront pas de sitôt à raison de l’omnipotence maçonnique en Italie, il a
été obligé de s’expatrier. Enfin, sa meilleure référence est celle de Mgr Fava,
le vaillant évêque de Grenoble, qui l’a dirigé pendant sa retraite, après sa
conversion, et qui ne lui aurait certainement pas écrit, pour la publier, la
belle lettre que nous avons reproduite, s’il n’avait pas été convaincu de son complet
retour au bien.
G. A. »

[Quand Domenico Margiotta
sort son livre : « Adriano Lemmi chef suprême des francs-maçons,
souvenir d’un trente-troisième, Lemmi dément tout ne bloc. Ce Margiotta, il
ne le connaît même pas ; existe-t-il seulement ?
Lemmi déclare solennellement
ne pas connaître Margiotta et atteste que celui-ci n’a jamais fait partie d’une
quelconque loge italienne. Or Domenico Margiotta existe bien et est bien
franc-maçon, comme l’atteste l’extrait de la revue officielle de Charleston.
Pourquoi ce mensonge de la part de Lemmi ? Poser la question…
Lemmi aurait pu nier le palladisme, sans pour
autant nier l’appartenance à la Franc-Maçonnerie de Margiotta. Mais non. Même
pas. Tout nier est sa tactique. Tant pis pour lui…
De même, voici comment
Massimo Introvigne nous présente Margiotta : « Dans l’ombre, en
effet, un Calabrais nommé Domenico Margiotta ourdissait ses
manœuvres. Peut-être avait-il été vraiment franc-maçon ; ce qui est
sûr, c’est qu’il allait plus tard s’inventer une série de fonctions
mirobolantes qu’en fait il n’avait jamais assumées. »
Pourquoi peut-être ? C’est sûr et
certain, comme le prouve l’extrait que nous reproduisons de l’Official
Bulletin. ATHIRSATA.]

Official bulletin of the Supreme council of the 33d degree for the
southern jurisdiction of the United States,
1886, page 762.
Enfin, voici la solution que
M. Margiotta vient de proposer à M. Goblet d’Alviella pour terminer leur débat
et faire la lumière :
« Londres, le 8 octobre
1894.
Monsieur le directeur du Patriote,
à Bruxelles.
M. Goblet d’Alviella s’étant
fait le champion de la haute-maçonnerie pour nier hardiment son existence
supérieure à tous les rites et son organisation internationale sous la
direction actuelle de M. Adriano Lemmi, il y a lieu, à mon avis, de le mettre
au pied du mur et de provoquer un débat public, avec une sanction sérieuse,
afin que tout le monde sache bien désormais qui dit la vérité et qui ment.
Puisque le Patriarche Emérite de la
haute-maçonnerie belge s’est avancé, maintenant il n’a plus le droit de
reculer.
Les dénégations de M. Goblet peuvent se résumer comme voici :
« D’abord, - je nie que la Maçonnerie belge
manque d’indépendance absolue ; je nie qu’elle ait, d’une façon
quelconque, à s’incliner devant une autorité maçonnique étrangère
quelconque ; je nie quelle soit dirigée ou influencée, directement ou
indirectement, par un pouvoir maçonnique extra-national, quel qu’il puisse
être.
Ensuite, - je nie cela, et il faut me croire,
parce que je déclare qu’il en est ainsi, et que M. Margiotta ne pourra pas
prouver le contraire. »
Les dénégations de M. Goblet étant ainsi
condensées, je me fais fort d’obliger M. Goblet à capituler et à reconnaître
publiquement qu’il a menti en niant.
Pour cela, je mets en avant trois
propositions, chacune bien distincte des deux autres, mais toutes trois liées
ensemble et ne pouvant être séparées.
Sur chaque proposition, j’offre un enjeu de
10 000 francs, et M. Goblet d’Alviella devra, en même temps que moi, consigner
pareille somme.
Un jury de trois membres sera constitué, ne
comptant dans son sein ni franc-maçon ni aucun de ces catholiques que la
franc-maçonnerie qualifie de cléricaux ; c’est-à-dire, il se composera de
personnes notoirement neutres et acceptées par les deux parties. Ainsi, je
déclare dès à présent accepter, dans ce comité d’arbitrage, un socialiste probe
et loyal, nullement suspect de cléricalisme, mais aussi nullement acquis à la
franc-maçonnerie. On pourra trouver facilement deux autres arbitres d’une indépendance
reconnue.
Première proposition :
Je dis et soutiens que M. Goblet d’Alviella
ne doit pas être cru, parce qu’il parle en franc-maçon et dans l’intérêt de la
maçonnerie.
Je prétends prouver que, lorsqu’un
franc-maçon parle comme un franc-maçon et en s’adressant au public profane, sa
parole n’est pas l’expression de la vérité.
Je ferai cette preuve en établissant cent
mensonges maçonniques publics sur des faits passés. C’est-à-dire : je
prendrai des déclarations publiques officielles de la franc-maçonnerie, tant de
Belgique que d’autres pays (le principe maçonnique étant le même partout, ainsi
que l’a dit M. Goblet dans son toast à la fête solsticiale de juin 1884), et,
par cents exemples différents, basés sur des faits faciles à constater par la
vérification des documents maçonniques que j’indiquerai et se trouvant entre
les mains mêmes de la partie adverse, je prouverai que les francs-maçons ayant
fait ces déclarations ont cent fois menti.
Si le jury déclare que ma preuve n’est pas
cent fois faite sur ce premier point, mes 10 000 francs appartiendront à M.
Goblet d’Alviella.
Si au contraire les arbitres se prononcent
pour moi, M. Goblet aura perdu ses 10 000 francs.
Deuxième Proposition :
Le Suprême Conseil de Belgique, dont M.
Goblet d’Alviella est le lieutenant grand commandeur, pratique le Rite Ecossais
Ancien Accepté.
Je dis et soutiens que la Maçonnerie belge,
en tant que maçonnerie pratiquant l’Ecossisme, a au-dessus d’elle un pouvoir
exécutif secret, aux décisions duquel elle est obligée de se soumettre.
Je dis et soutiens, contrairement à M. Goblet
d’Alviella, que ce pouvoir supérieur n’est pas belge, qu’il est
extra-national ; et j’indique quel il est et où il réside : c’est le
Suprême Conseil de Lausanne (Suisse).
Je dis et soutiens que, par exemple, en cas
de contestation quelconque touchant les questions d’ordre général du Rite
Ecossais, le Suprême Conseil de Belgique n’est pas libre de trancher la
question en litige, même si la Maçonnerie belge est personnellement en cause,
mais qu’il est contraint de la faire trancher par le Pouvoir Exécutif secret
siégeant à Lausanne ; j’ajoute que, lorsque le souverain commandeur
grand-maître de Lausanne, assisté de ses officiers du Suprême Conseil Suisse, a
prononcé dans l’espèce à lui soumise, le Suprême Conseil de Belgique est obligé
de s’incliner, d’obéir, quoiqu’il lui en puisse coûter, sous peine de voir tous
les Suprêmes Conseils du globe rompre avec lui et toutes les loges de rite
écossais se fermer devant les visiteurs membres de la Maçonnerie belge.
Si le jury déclare que j’ai fait la preuve de
cette subordination du Suprême Conseil de Belgique au Suprême Conseil Suisse et
de ce que celui-ci est vraiment le Pouvoir Exécutif secret commandant à toute
la Maçonnerie de rite écossais sur les questions d’ordre général, M. Goblet
aura perdu son second enjeu de 10 000 francs.
Si au contraire je succombe sur ce second
point, d’après la déclaration du jury, mes deuxièmes 10 000 francs
appartiendront à M. Goblet.
Troisième Proposition :
A M. Goblet d’Alviella, qui ose dire qu’il
ignore le Palladisme (dont il est grand-maître provincial pour la juridiction
du Lotus 55), je prouverai, devant les arbitres, combien son mensonge est
audacieux sur le troisième point.
Non seulement la Maçonnerie belge, à raison
de son écossisme, est la subordonnée du Suprême Conseil de Lausanne ; mais
encore, en dehors de la question spéciale de rite et comme n’importe quelle
maçonnerie, elle est, par le fait de l’organisation intérieure et supérieure des
Triangles, la vassale et la sujette du Suprême Directoire Dogmatique de la
franc-maçonnerie universelle, lequel était établi à Charleston jusqu’au 20
septembre 1893 et est établi à Rome (au palais Borghèse) depuis lors.
Ainsi, contrairement aux affirmations de M.
Goblet, la Maçonnerie belge est deux fois subordonnée, et de deux façons
différentes, à une maçonnerie étrangère.
Il est vrai que, sur ce troisième point, mon
contradicteur est fortifié par toutes les habiles mesures de précaution prises
pour pouvoir cacher l’existence du Rite Suprême, même à ceux des membres des
hauts-grades des rites officiels à qui la dernière initiation n’est pas donnée.
En effet, les créateurs du Rite Suprême, les FF.˙. Albert Pike et Giuseppe
Mazzini, hommes très experts en organisations secrètes, ont mis en œuvre leur
imagination féconde et leur intelligence machiavélique pour multiplier tous les
obstacles possibles de nature à entraver et dérouter les investigations. Aussi,
des documents purement palladiques ne paraîtraient rien prouver, parce que
c’est expressément voulu qu’ils ne ressemblent pas aux documents maçonniques,
qu’ils sont scellés de sceaux qui n’ont rien de particulièrement maçonnique,
qu’ils sont presque tous signés de nombres ou de pseudonymes conventionnels, cabalistiques
ou même extravagants, au lieu des noms véritables.
M. Goblet, devant les arbitres, aurait beau
jeu pour dire : « Tout cela, c’est une farce. »
Cependant, et malgré ces difficultés,
j’affirme que je le confondrai également sur le fait de la haute-maçonnerie
palladique ; et je prouverai ce que je soutiens, en m’appuyant même sur
certains documents émanant du Suprême Conseil de Belgique ou en sa possession.
Pour expliquer sommairement comment j’entends
faire ma preuve, voici seulement deux exemples :
1° Tandis que, dans la plupart des pays, les
FF.˙. jugés dignes de la parfaite initiation sont choisis seulement à
partir du grade de Kadosch (30e degré) parmi les membres des Aréopages, en
Belgique, où le Palladisme est depuis longtemps très développé, on les choisit
même à partir du grade de Rose-Croix (18e degré) parmi les membres des
Chapitres. C’est pour cela qu’on rencontre beaucoup de brefs (diplômes) de
Roses-Croix belges portant cette formule : A la gloire du Grand Architecte de
1’Univers, de l’orient de l’Univers, par les nombres 77 à nous seuls connus.
Eh bien, 77 est un des nombres palladiques et
je mets M. Goblet d’Alviella au défi de l’expliquer d’une manière uniquement
maçonnique, c’est-à-dire de donner une explication d’écossisme pur et simple.
L’explication vraie, la voici : - Le nombre
77 est nombre sacré, parce qu’il est le produit de la multiplication de 7,
nombre sacré, par 11, nombre sacré. Le nombre 7 est sacré, parce qu’il est le
total du nom ineffable du Grand Architecte de l’Univers, qui est en sept
lettres (Lucifer, nom révélé seulement dans les Triangles). Le nombre 11 est
également nombre sacré luciférien, parce que cabalistiquement il représente
l’En-Soph et les dix Séphiroth, dont les incarnations maçonniques sur terre
sont le Souverain Pontife de la franc-maçonnerie universelle et les dix
Patriarches composant le Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites (parmi
lesquels M. Goblet d’Alviella est le Malkhuth, depuis le 29 septembre
1893). Enfin, le nombre 77 est trois fois sacré, parce qu il est le nombre de
la Hiérarchie Céleste, selon le Livre apadno. C’est en l’honneur de ce
nombre que la juridiction suprême de la haute-maçonnerie est divisée en 77
Provinces Triangulaires.
M. Goblet d’Alviella aura à produire, devant
les arbitres, les diplômes imprimés que le Suprême Conseil de Belgique décerne
aux Roses-Croix belges. On constatera que ces documents portent la formule
ci-dessus, et nous verrons si M. Goblet d’Alviella pourra en donner une
explication autre que celle que je viens d’indiquer.
2° A chaque Suprême Conseil, il y a le Livre
d’Or double, où sont inscrits et matriculés tous les FF.˙. qui ont été
initiés à un grade supérieur à celui de Maître (3e degré). Un exemplaire du
Livre d’Or du Suprême Conseil est déposé entre les mains du souverain
commandeur grand-maître, et l’autre est confié au grand chancelier grand
secrétaire qui le tient à jour. Ce registre est en double, sous prétexte qu’il
faut parer à un accident possible de destruction, par incendie ou autrement. La
vérité, c’est que l’un des deux registres, qui paraît semblable à l’autre aux
yeux des imparfaits initiés, sert à marquer, parmi les membres des grades
supérieurs au Maître, ceux qui sont en outre palladistes.
En effet, il peut arriver qu’un commandeur grand-maître
de Suprême Conseil ne soit pas palladiste, et cela est arrivé. Le F.˙.
Batchelor, qui succéda à Albert Pike au Suprême Conseil de Charleston, n’était
pas palladiste, et d’autres FF.˙. du même Suprême Conseil l’étaient,
quoique moins importants en écossisme. En Belgique, par exemple, le F.˙.
De Mot n’est pas palladiste, et le F.˙. Goblet d’Alviella l’est. Mais,
d’autre part, toujours les palladistes qui sont au sein d’un Suprême Conseil
unissent leurs influences pour faire nommer grand secrétaire l’un d’eux ;
toujours, je le répète, le grand chancelier grand secrétaire d’un Suprême
Conseil reconnu par la Mère-Loge du Monde est un palladiste.
Et voici à quel signe un Inspecteur Général
du Palladium en mission permanente reconnaît sur le Livre d’Or n° 2 du Suprême
Conseil qu’il visite, les hauts gradés du rite qui appartiennent secrètement
aux Triangles : - Si le grand secrétaire qui inscrit les noms a une écriture penchée,
il marque les palladistes en faisant droite une des lettres d’un des
prénoms, une lettre quelconque au hasard, celle qui se prêtera le mieux à ne
pas faire remarquer cette légère différence, laquelle passera inaperçue pour
tout frère ignorant ce signe secret. Si le grand secrétaire a une écriture droite,
il fait une des lettres légèrement penchées. Comme on le voit, c’est
très simple, mais c’est fort caractéristique ; et maintenant, M. De Mot
pourra connaître quels sont ses collègues et ses subalternes qui ont reçu une
lumière plus complète que la sienne.
M. Goblet d’Alviella aura à produire devant
le jury le Livre d’Or n° 2 du Suprême Conseil de Belgique. Les arbitres, ainsi
prévenus, constateront qu’un certain nombre de noms sont inscrits de la façon
particulière que je viens d’indiquer ; et nous verrons si M. Goblet
d’Alviella pourra donner une autre explication, reconnue satisfaisante, de ce
genre d’inscriptions si légèrement dissemblables, mais non fortuitement.
Je me réserve de guider les arbitres, pour
leur faire faire d’autres constatations, toujours avec les documents mêmes du
Suprême Conseil de Belgique, afin qu’on ne puisse pas prétendre que j’apporte
aux débats des preuves fantaisistes.
Et si la conviction du jury est également
faite sur ce troisième point, comme sur les deux précédents, M. Goblet
d’Alviella aura perdu son troisième enjeu de 10 000 francs.
Si au contraire les arbitres déclarent ne pas
être convaincus, mes troisièmes 10 000 francs seront à M. Goblet d’Alviella.
Je m’en rapporte à vous, Monsieur le
directeur du Patriote, pour la désignation des trois jurés à choisir
parmi les personnes inaccessibles au soupçon de partialité. Sur le choix, il
vous sera aisé de vous entendre avec M. Goblet d’Alviella, s’il accepte mon
défi et consent à faire la triple expérience publique que je propose.
Une fois que vous serez d’accord tous deux et
que les arbitres auront été, de part et d’autre, reconnus comme observant une
neutralité absolue dans ce litige, je me rendrai à Bruxelles, et les séances du
jury pourront commencer aussitôt. J’ajoute que je serai accompagné et assisté d’une
personne, dont la présence ne pourra pas manquer de causer plus de surprise que
de plaisir à M. Goblet d’Alviella.
Pour la première proposition, il faudra
peut-être plus d’une séance, à moins que les arbitres se déclarent suffisamment
éclairés, avant que j’aie convaincu cent fois la franc-maçonnerie de mensonge
flagrant sur des faits passés. Pour chacune des deux autres propositions, une
seule séance suffira.
Il doit être bien entendu que rien ne sera
tenu caché de ce qui sera démontré au cours de ces séances ; quant à moi je ne
crains pas le grand jour, en tout ce que j’ai à dire et à prouver. Le triple
verdict devra être rendu publiquement et les journaux des divers partis
pourront avoir des représentants, afin de publier ce qu’ils jugeront utile en fait
de preuves pour ou contre apportées par M. Goblet d’Alviella et moi.
Certain de gagner hautement la partie sur les
trois points, j’abandonne d’avance à l’Assistance publique de Bruxelles les 30
000 fr. conquis à M. Goblet d’Alviella. Quant à lui, s’il se croit sûr de me
confondre, il ne doit pas hésiter à prendre le même engagement au sujet de mon
enjeu. De cette façon, la lumière sera faite, et, quel que soit le vaincu, les
pauvres auront le bénéfice du débat.
Veuillez agréer, Monsieur le directeur, l’expression
de mes sentiments dévoués et mes empressées salutations.
Domenico Margiotta.
P. S. - Je prie les journaux antimaçonniques
d’autres pays de vouloir bien reproduire ma lettre car ce qui est vrai pour la
Belgique est vrai partout. Les révélations, ainsi provoquées par l’impudent et
maladroit démenti de M. Goblet d’Alviella, s’appliqueront en tout à la
Maçonnerie des divers pays.
D. M. »
Depuis la publication du volume de M.
Margiotta, l’illustrissime Adriano Lemmi n’a fait parvenir aucune protestation
en France ; mais en Belgique, il n’en a pas été de même. Là, Goblet
d’Alviella ne se console pas de son échec auquel l’ex-franc-maçon converti a
fortement contribué ; le pauvre F.˙. Goblet, sénateur sortant, se contentait
de poser sa candidature à la Chambre des députés : on se rappelle la
polémique entre M. Margiotta et le Goblet belge, nous l’avons reproduite dans
notre dernier numéro ; le triple défi porté par notre nouveau compagnon
d’armes, n’ayant pas été relevé (et il ne le pouvait être), a été le coup de
massue administré à la candidature du comte d’Alviella. En outre, grand
mécontentement dans les loges belges, démissions de plus en plus nombreuses,
interpellations aux vénérables, demandes d’éclaircissements par tous les FF.˙.
gogos ; bref, bouleversement complet. Goblet d’Alviella a donc secoué la
torpeur d’Adriano ; il a fait le signe de détresse : « Niez donc tout
carrément, très illustre grand-maître Lemmi, ou sinon, le temple d’Hiram
s’écroule ! »
Et Lemmi a écrit au Patriote, de
Bruxelles, qui avait publié en plusieurs articles le premier chapitre de M.
Margiotta.
Nous trouvons cette lettre dans le Peuple
Français[57] ;
c’est M. Margiotta lui-même qui la reproduit du Patriote et qui
l’accompagne d’une réfutation de main de maître.
« Monsieur le Directeur
du Peuple Français,
Le journal le Patriote, de Bruxelles,
qui, aux dernières élections, a mené si vaillamment la campagne contre le
F.˙. Goblet d’Alviella et autres candidats francs-maçons belges, et qui a
tant contribué à leur complète défaite, vient de recevoir par ministère
d’huissier, une lettre, vraiment un peu trop tardive, du sire Adriano Lemmi.
Le grand chef maçon, dont le mot d’ordre
avait été « Silence partout », s’est rallié à l’avis du F.˙.
Goblet d’Alviella : « Nions carrément », et, en effet, comme on
va le voir, il nie tout, même le fait d’avoir renié le catholicisme pour
embrasser le judaïsme. Oui, c’est ainsi ; Lemmi, qui depuis tant d’années
souriait avec bonheur lorsqu’on lui rappelait son entrée dans la tribu
d’Israël, Lemmi n’est plus juif, n’a jamais été juif !
Permettez-moi de vous reproduire en entier
cette étonnante lettre. Elle me vise, et j’y répondrai sur les points
principaux ; je l’extrais du Patriote, numéro du 1er novembre, qui
vient de me parvenir, et à qui j’envoie également ma réponse.
« Rome, le 24 octobre 1894.
Monsieur le directeur,
Sous la signature Domenico Margiotta, vous
avez publié dans les numéros 265 à 272, du mois de septembre écoulé, du journal
que vous dirigez, plusieurs articles contre moi.
Tout ce qui, dans ces écrits, que je ne veux
pas qualifier ici, peut offenser ma réputation d’honnête homme est complètement
faux.
La nouvelle organisation maçonnique
internationale dont vous parlez, n’existe pas. Je n’ai jamais embrassé le judaïsme.
Je n’ai jamais été poursuivi devant aucun tribunal. Depuis le mois de février
1844, jusqu’à la fin de l’année 1845, j’ai résidé à Constantinople ou je
dirigeais l’office d’affaires maritimes établi à Galata par M. François
Salomon, de Malte, sujet britannique. Je m’y suis ensuite établi d’abord sous
mon nom personnel et peu de temps après sous la firme « Tito et Adriano
Lemmi ». En 1860, je suis rentré définitivement de Constantinople en
Italie.
Je n’ai jamais connu Domenico Margiotta, ni
aucun de ses amis ; - maintenant seulement je sais quel individu c’est. Je
suis entré en 1878 dans l’ordre maçonnique et je certifie que depuis cette date
cet homme n’en a jamais fait partie.
Je me réserve de poursuive en justice tous
ceux qui tentent de diffamer mon nom.
Eu attendant, je vous prie, Monsieur le
directeur, de publier la présente dans votre journal et je vous en remercie.
Signé : Adriano Lemmi,
Grand-maître de la Maçonnerie
italienne. »
Sur la question de l’organisation maçonnique
internationale, qui n’est pas nouvelle (quoique dise Lemmi), mais qui date de
1870, mon volume répond amplement. Sans doute, les chefs de la maçonnerie belge
voient les démissions se multiplier, et ils ont sollicité du grand chef le
démenti qui le rend tout à coup si modeste, histoire de rassurer les
Frères-gogos. Je n’insiste pas. Il suffit de voir la voûte de protestation des
hauts-maçons américains que j’ai publiée in extenso (page 320 à 351) et les
décrets du Suprême Conseil scissionniste de Palerme, reproduite en fac-similé
(pages 358 à 363). Ces documents écrasent le démenti d’Adriano Lemmi.
Pour nier sa condamnation, Lemmi, dit
aujourd’hui qu’il est venu à Constantinople en février 1844 ; que, de
cette époque-là à la fin de l’année 1845, il a dirigé dans cette ville un office
d’affaires maritimes pour le compte d’un anglais nommé François Salomon, de
Malte ; et qu’ensuite il s’est établi pour son compte personnel, toujours
à Constantinople, seul d’abord, et avec un autre Lemmi portant le prénom de
Tito, après. C’est seulement en 1860 qu’il a quitté Constantinople pour rentrer
en Italie. (Je prie le lecteur de bien noter ces dates).
Eh bien, Adriano Lemmi ment impudemment, et,
pour prouver son mensonge, je me contenterai, pour aujourd’hui, de reproduire ce
que le même Adriano Lemmi écrivait, le 23 avril 1890, au journal romain la Voce
della Verità.
A la suite du scandale pour l’affaire des
tabacs, où Lemmi fut accusé, à la tribune du Parlement italien, d’avoir
escroqué plusieurs millions, - ces débats parlementaires sont historiques et ne
peuvent être niés, - la Voce della Verità jeta à la face de cet homme la
fameuse condamnation infamante de Marseille. Lemmi, la niant toujours, paya
d’audace ; mais ce qu’il dit à cette époque ne concorde pas le moins du monde
avec ce qu’il dit aujourd’hui. Voyez plutôt :
« Pour éviter toute équivoque, écrivait
Lemmi au journal romain (lettre publiée dans le n° du 24 avril 1890), je vous
prie de vouloir bien accueillir et insérer la déclaration suivante :
Adriano Lemmi, de Florence, condamné à Marseille en 1844, n’a rien de commun
avec Adriano Lemmi de Livourne, lequel établi depuis 1843 à Constantinople,
était en 1844, directeur d’une maison de commerce en affaires maritimes dans
cette même ville, qu’il n’a quittée qu’en 1847 pour se rendre à Londres.