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ATHIRSATA

 

 

L’Affaire Diana Vaughan - Léo Taxil

au scanner

 

 

 

 

 

 

La plus grande mystification du XIXème siècle.

Mais pas celle qu’on croit…

 

 

 

SOURCES RETROUVEES

 

 

 

Ouvrage collectif auto-édité

© Sources-Retrouvées, Paris, 2002

 

 

 

 

 

Table des matières

 

 

Table des matières. 2

Introduction. 5

Chronologie succincte pour comprendre. 6

Bibliographie utilisée. 7

A. Les « Pour » : 7

a. Principales sources bibliographiques. 7

b. Principaux ouvrages : 8

B. Les « contres » : 8

a. Principales sources bibliographiques. 8

b. Principaux ouvrages. 9

C. Autres : 10

La Renaissance Symbolique. 10

I. Tous les secrets de la Franc-Maçonnerie sont dévoilés. 10

1..... Tout commence avec Léo Taxil 10

Taxil libre-penseur. 10

Taxil Franc-Maçon. 13

Taxil l’anticlérical à Taxil converti 15

Taxil écrivain anti-maçon. 16

L’Episode avec Drumont 18

La première apparition du Palladisme. 21

2. La grande saga du Diable au XIXe siècle du Dr Bataille. 25

Le Dr Bataille. 25

Les anti-maçons lors de la publication du Diable au XIXe siècle  27

L’origine du Palladisme. 29

L’apparition de Diana Vaughan. 30

Quelques extraits du Diable au XIXe siècle. 34

Une première preuve incontestable à propos de l’existence de Diana Vaughan  51

La succession d’Albert Pike. 56

Témoignage important au sujet du Dr Bataille. 58

Paul Rosen. 60

L’entrée de Taxil à la Revue Mensuelle. 65

Georges Bois. 69

Le docteur Bataille est-il médecin ?. 82

Encore M. Bois. 84

Cerbère. 88

Edifiantes amitiés. 93

L’auxiliaire du Grand Orient 95

L’auxiliaire du Grand-Orient, suite. 97

Un cadavre à tête de rechange. 113

Moïse Lid-Nazareth. 116

La conversion de Jules Doinel 117

La conversion de M. Margiotta. 118

Au pied du mur. 122

Lemmi et Margiotta. 126

Adriano Lemmi hors du Palais Borghèse. 146

La conversion de Diana Vaughan. 148

Déclaration de non-palladisme. 149

Le Temple palladique du palais Borghèse. 150

Mort de Mgr Meurin (1er juin 1895) 156

Satan chez les francs-maçons. 157

Lettre d’un missionnaire aux Etats-Unis au sujet de miss Vaughan  161

La conversion de Solutore Zola. 162

A Gibraltar. 163

Confirmation de l’œuvre du Dr Bataille. 165

II. La secte maçonnique redouble ses efforts et semble marquer des points  174

1. Miss Vaughan et M. Margiotta. 174

2. Le congrès de Trente. 199

3. Témoignage du Commandeur P. Lautier 209

4. La question de miss Diana Vaughan au Congrès de Trente. Lettre adressée au directeur de la « Croix de Paris »  210

5. La question miss Diana Vaughan au Congrès de Trente. 211

Rapport sur l’existence de miss Diana Vaughan. 211

Lettre de miss Vaughan. 216

Pièces justificatives. 217

6. Une lettre de Diana Vaughan au Révérend Père Directeur de La Croix  239

7. Ma « fuite » de Trente. 242

8. Le cas de M. Laurent Billiet 246

9. Mgr Fava et Miss Vaughan. 250

10. Une lettre de M. Tardivel 251

11. Waite. 252

12. Léo Taxil par Mustel 254

13. L’affaire Barbe Bilger 255

14. Renseignements et raisonnements allemands… et autres. 265

15. Les négations de M. Margiotta. 268

16. L’épisode avec Mgr d’Edimbourg. 269

17. Les portraits de Miss Vaughan. 273

18. Article de Tardivel dans la Vérité de Québec. 278

19. Quelques adversaires. 279

20. Diana Vaughan à Villefranche. 280

21. Quelques extraits des Mémoires de Diana Vaughan. 281

22. Un courrier d’Amérique. 308

23. Les variations de Margiotta. 309

24. Témoignage de l’abbé Laugier 320

25. Extraits d’un article de J. P. Tardivel paru dans la Vérité de Québec, du 19 décembre 1896. 322

26. De nombreux mensonges démasqués. 327

Quelques mensonges. 327

Quelques erreurs. 333

27. Résultat de la commission sur Diana Vaughan. 336

28. Une lettre de Taxil au chanoine Mustel 336

29. Diana Vaughan annonce qu’elle va apparaître en public pour faire taire les contradicteurs  337

30. Derniers écrits de Diana avant son assassinat 339

31. Le retournement de Léo Taxil : la journée du 19 avril 1897. 339

32. Thérèse de Lisieux. 357

33. Taxil après le 19 avril 357

III. Mais la vérité finit toujours par éclater. 358

1. Une critique du discours de Taxil par l’abbé de la Tour de Noé  358

2. Recherches sur les publications et révélations relatives à la franc-maçonnerie depuis douze ans  364

Mgr Meurin et le Palladisme. 364

Contribution à l’étude des sources du Diable au XIXe siècle. 366

Les coups de canon. 368

Une lettre de M. de Nion à propos de Sophie Walder. 369

Les Triangles maçonniques. 370

Haute-Maçonnerie et Palladisme selon les Fr.˙. Bertrand et Blitz, (Supérieurs Inconnus) 372

Contribution à l’étude des sources du Diable au XIXe siècle. (Suite.) 377

M. Paul Rosen et son œuvre. 382

M. Paul Rosen : Dernières informations. 391

3. Que penser des œuvres de Taxil ?. 392

4. Qui est l’auteur du Diable au XIXe siècle ? La preuve par le Bnaï-Bérith  409

5. La Franc-Maçonnerie, Lucifer et Satan. 412

6. Des confirmations sur le Dr Hacks. 415

Le dossier Emmanuel Bon. 415

Qui est Emmanuel Bon ?. 415

Le récit du crocodile ailé qui joue du piano. 417

7. Ce qu’en pense Leslie Fry. 419

8. Les origines de Diana Vaughan. 426

Sa mère. 426

Son ancêtre Thomas Vaughan. 426

9. Que pensez de l’œuvre de Diana Vaughan ?. 427

Diana Vaughan confirme l’œuvre du Dr Bataille (et corrige les fautes involontaires) 427

Diana apporte des faits précis non démentis. 430

10. Etude sur les Mémoires, par Hiram.. 430

Eugenius ou Eirenœus ?. 430

Puissance Dogmatique. 442

11. La preuve par Loigny. 451

12. Le Marquis de la Franquerie et Diana Vaughan. 455

Conclusion. 458

Annexe I : La voyante de la Salette Mélanie Calvat confirme notre « thèse »  460

Annexe II : Notre réponse à Massimo Introvigne. 461

Principaux ouvrages nous intéressant ayant paru durant la période : 1860-1900  466

 

 

 

 

 

Introduction

 

 

 

 

Signé d’un pseudonyme, cet ouvrage est l’œuvre d’un collectif de chercheurs indépendants, membres de l’Observatoire de la Haute-Maçonnerie et en collaboration avec la William Morgan Association. 

 

Nous dédions ce livre :

 

   A tous ceux qui luttent contre le conformisme ambiant dans certains milieux.

A tous ceux qui luttent pour rétablir la Vérité.

 

Dans cette affaire, nous allons tout d’abord rendre hommage à ceux qui surent voir le dessous des cartes et garder la tête froide lors de ces évènements.

 

Honneur donc à ces courageux auteurs anti-maçonniques :

 

 

 

 

 

Parchemin vertical: D’abord et surtout : Emmanuel Bon
Et enfin :
Abbé de La Tour de Noé
Abbé de Bessonies
Chanoine Mustel
Abel Clarin de la Rive
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Qui ne connaît pas l’histoire du diable apparaissant sous les formes d’un crocodile ailé, jouant du piano à une réunion de maçons occultistes ? Tous ceux qui s’intéressent un peu à la maçonnerie vous répondront tout de suite : c’est Léo Taxil !

Combien de fois n’avons nous pas entendu dans les milieux bien-pensants ce genre de propos : « mais c’est du Léo Taxil », autrement dit « mais ce sont des sornettes, une mystification, etc. »

L’histoire de Diana Vaughan, cette grande prêtresse luciférienne dans la haute-maçonnerie et qui s’est convertie, mais cela encore, c’est une mystification ! D’ailleurs Léo Taxil a reconnu publiquement qu’il avait tout inventé, qu’il avait voulu jouer un bon tour aux catholiques. L’affaire est donc close. D’ailleurs tous les anti-maçons le reconnaissent.

Tous, oui… ou en tous cas 90 % de ces auteurs. Le conformisme souffle partout et même là où on l’attend le moins.

Le sujet que nous abordons étant très vaste, nous avons dû nous restreindre considérablement. Cependant l’essentiel est là. Par souci d’objectivité, nous avons rassemblé tous les arguments opposés, afin que celui qui nous lit ne soit pas déconcerté par un contradicteur vicieux.

Ne voulant nullement faire de cet écrit une œuvre polémique, nous désirons au contraire faire éclater la vérité toute nue, telle qu’elle est, en nous basant sur les documents d’époque, sur les ouvrages écrits sur cette affaire, et enfin sur des archives ou des documents peu connus ou inédits.

Nous ferons surtout parler les documents par eux-mêmes. Vous trouverez donc dans ce livre que des faits, des documents, des preuves.

Cet ouvrage étant seulement un essai, nous ne prétendons pas avoir éclairci tous les mystères. Nous sommes donc ouvert à toutes communications, à toutes rectifications et à tout dialogue.

Etes-vous prêt à faire un saut dans « l’anti-maçonniquement incorrect » ?

Alors, en avant !

 

 

ATHIRSATA.

 

 

 

 

 

Chronologie succincte pour comprendre

 

 

 

§         21 mars 1854 : Naissance de Léo Taxil, né d’une famille catholique monarchiste.

§         De 1868 à 1885 : Léo Taxil devient libre-penseur et se lance dans la publication d’ouvrages anticléricaux, certains de ses livres étant à la limite de la pornographie.

§         1881 : Léo Taxil est initié à la Franc-Maçonnerie, mais ne reste que 8 mois.

§         Avril 1885 : Conversion de Taxil. Ecrit jusqu’en 1897 de nombreux ouvrages anti-maçonniques.

§         Avril 1891 : Mort d’Albert Pike, chef de la Maçonnerie universelle.

§         1892-1894 : Parution du Diable au XIXe siècle, du Docteur Bataille (Docteur Hacks).

§         Mars 1894 : Diana Vaughan se sépare du palladisme (Haute-Maçonnerie luciférienne dirigeant toute la Maçonnerie) et fonde un groupement de palladistes indépendants en réaction à l’élection à la tête du Palladisme d’Adriano Lemmi. Elle est rejointe et soutenue par l’italien franc-maçon 33e : Domenico Margiotta.

§         Juin 1894 : Conversion de Domenico Margiotta.

§         Décembre 1894 : Conversion de Jules Doinel.

§         Juin 1895 : Conversion de Diana Vaughan.

§         Avril 1896 : Conversion de Solutore Zola.

§         Fin 1896 : Margiotta retourne sa veste : il pense qu’il y a 2 Diana : la vraie demeurée franc-maçonne, et une autre. Puis, il dira qu’en fait Diana Vaughan n’a jamais existé.

§         26-30 septembre 1896 : Congrès anti-maçonnique de Trente.

§         Juste après le Congrès, le docteur Bataille avoue qu’il a mystifié tout le monde avec son Diable au XIXe siècle.

§         Début 1897, Diana s’engage à paraître en public avec toutes ses preuves. Elle annonce qu’elle donnera une conférence publique pour les journalistes le lundi de Pâques, 19 avril dans la grande salle de la Société de géographie, 184, boulevard Saint-Germain.

§         19 avril 1897 : Diana Vaughan n’est pas là, par contre Léo Taxil y est, et affirme qu’il a mystifié les catholiques et que c’est lui l’inventeur de Diana Vaughan, du Palladisme, etc.

§         Depuis, tous les catholiques ont cru à la version de Taxil du 19 avril 1897, sauf une poignée d’irréductibles dont nous sommes les héritiers…

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie utilisée

 

 

 

A. Les « Pour » :

 

 

a. Principales sources bibliographiques

 

La Franc-Maçonnerie démasquée, années consultées : de 1893 à 1899. Abréviation : La FMD. Excellente revue mensuelle dont les principaux collaborateurs sont Gabriel Soulacroix (Abbé de Bessonies) et Abel Clarin de la Rive. Revue qui prit parti pour l’existence de Diana Vaughan. Mais depuis 1897 et le départ d’Abel Clarin de la Rive, c’est l’abbé Joseph dit Tourmentin qui « reprend » la revue d’où une dérive progressive reniant les critiques satanisantes sur la Franc-Maçonnerie.

 

La Revue Mensuelle Religieuse, Politique, Scientifique. Abréviation : La Revue Mensuelle. Complément de la publication « Le Diable au XIXe siècle » du Docteur Bataille. « Organe de combat contre la Haute maçonnerie et le satanisme contemporain ». (1894-1897). Dirigé par le Docteur Hacks puis par Léo Taxil.

 

La Revue Catholique de Coutances, dirigé par le chanoine Mustel, ardent défenseur de Diana Vaughan.

 

L’Anti-Maçon (1896-1897), organe de la Ligue du Labarum antimaçonnique. Dirigé par Taxil (sous le pseudo Paul de Régis) et secondé par Jules Doinel alias Kostka de Borgia.

 

La France chrétienne antimaçonnique, dirigé par Léo Taxil puis à partir de janvier 1896 par Abel Clarin de la Rive.

 

Les Mémoires d’une ex-palladiste, de Diana Vaughan (de juillet 1895 à avril 1897). Abréviation : Les Mémoires.

 

La Revue Internationale des Sociétés Secrètes, (Abréviation : RISS) dans les années 1929-1930, plusieurs articles intitulés : « Diana Vaughan a-t-elle existé ? Notes sur les Mémoires d’une ex-palladiste », par Hiram (en fait Emmanuel Bon). Et aussi l’article de Spectator (en fait Mgr Ernest Jouin et le T. R. Père Pègues) : « Le Mystère de Léo Taxil et la Vraie Diana Vaughan ».

 

b. Principaux ouvrages :

 

Fry Leslie (pseudonyme de Paquita Chichmarev), Léo Taxil et la Franc-Maçonnerie. Lettres inédites publiées par les amis de Mgr Jouin, British-American Press, Chatou, 1934.

 

Marquis de la Franquerie, Lucifer & le Pouvoir Occulte (ouvrage non mis dans le commerce, réservé exclusivement aux amis de l’auteur, 1984).

 

 

B. Les « contres » :

 

 

Remarque : la plupart des ouvrages ou revues contre Diana Vaughan font généralement l’impasse sur les arguments des « pour ». Comme s’ils n’existaient pas. Ce qui est assez hallucinant et démontre bien leur sans-gêne et leur parti pris. Les quelques personnes qui osent parler (un peu) des arguments des « pour » le font généralement d’une façon incomplète, déformée.

 

a. Principales sources bibliographiques

 

La Vérité, de Paris.

L’Univers.

 

b. Principaux ouvrages

 

Waite Arthur Edward, Devil-Worship in France or the Question of Lucifer, London, 1896.

 

Méry Gaston, Un complot maçonnique. La Vérité sur Diana Vaughan, 1897.

 

Lea Henry Charles, Léo Taxil, Diana Vaughan et l’Eglise romaine, histoire d’une mystification, 1901.

 

Weber Eugen, Satan Franc-Maçon. La mystification de Léo Taxil, Julliard, 1964.

L’intérêt de ce livre est que l’auteur a effectué des recherches aux archives de la préfecture de police pour avoir des documents sur Léo Taxil. C’est sur ce livre que se basent tous les auteurs qui écrivent contre Diana Vaughan.

 

Berchmans Michel, Le Diable au XIXe siècle – la mystification du Dr Bataille, Marabout, 1973.

Livre divisé en deux parties : la première qui raconte l’épopée taxilienne reprenant les arguments du livre d’Eugen Weber, et la deuxième partie qui consiste en des extraits du Diable au XIXe siècle du Docteur Bataille.

 

Introvigne Massimo, Enquête sur le satanisme, Dervy, Paris, 1997.

Le « catholique » ésotérisant  Massimo Introvigne, considéré par Le Monde du 12 juillet 1996 comme « le meilleur spécialiste mondial des nouvelles religions » a sorti un livre chez Arnoldo Mondadori Editore en 1994 ayant pour titre : « Indagine sul satanismo. Satanisti e anti-satanisti dal seicento ai nostri giorni ». Les éditions Dervy ont eu la bonne idée de le traduire et de l’éditer trois ans après. Cet important ouvrage, qui mériterait plus d’attention de la part de nos « élites », consacre tout un chapitre intitulé : « La mystification de Léo Taxil ». Se voulant objectif, l’auteur qui connaît bien son sujet et qui apporte des éléments nouveaux, ne fait malheureusement que compiler les arguments anti-Diana Vaughan.

 

Muracciole Bernard, Léo Taxil. Vrai fumiste et faux Frère, Editions Maçonniques de France, 1998.

Aux mêmes éditions, cet auteur franc-maçon (Baryton de l’Opéra, metteur en scène, décorateur et costumier)a également fait paraître ces deux titres : « Vous avez dit …Franc-Maçonnerie ? » (1995) et « Vous avez dit …Chansons Maçonniques ? » (livre +CD, 1996). 

Dans ce livre sur Léo Taxil, le but de l’auteur est simple. Il s’agit de bien insister sur les fumisteries de Léo Taxil avant sa conversion, afin de le discréditer à jamais, et ensuite montrer qu’il n’a passé que huit mois au GODF, ayant été viré grâce à l’exemplaire justice maçonnique.[1]

 

Jarrige Michel, L’Eglise et les Francs-Maçons dans la tourmente, croisade de la revue la Franc-Maçonnerie démasquée, éditions arguments, Paris, 1999.

Ce livre intéressant retrace l’histoire de la revue anti-maçonnique La Franc-Maçonnerie démasquée, de 1884 à 1899.

 

 

C. Autres :

 

 

L’Official bulletin of the Supreme council of the 33d degree for the southern jurisdiction of the United States.

 

La Renaissance Symbolique

 

 

 

 

 

 

I. Tous les secrets de la Franc-Maçonnerie sont dévoilés.

 

 

 

 

 

 

 

« Avant tout, je me suis efforcé de mettre bien en relief ce fait qui me paraît dominer la situation où nous nous débattons : le tarissement de toute source de vérité à laquelle les hommes de ce temps se puissent abreuver.

C’est à ce signe que Satan, le père du Mensonge, l’être des ténèbres, se révèle clairement comme le maître de l’heure présente. L’organisation actuelle est bien le chef-d’œuvre de ce roi de l’imposture et de la malfaisante ironie. Il a machiné cette société de façon à ce que l’homme semble avoir toutes les apparences de la liberté et, qu’en réalité, il ne puisse entendre lui-même ou faire entendre à ses frères une parole de vérité. » (E. Drumont, Le Testament d’un antisémite, préface, pages VI et VII).

 

 

« Il n’y a pas de milieu entre le lutte opiniâtre ou la mort. » (Lettre de S. S. Léon XIII, aux Evêques d’Italie, le 8 décembre 1892, à propos de la Franc-Maçonnerie).

 

 

 

 

 

1.      Tout commence avec Léo Taxil

 

 

Taxil libre-penseur

 

 Léo Taxil est le pseudonyme de Marie Joseph Antoine Gabriel Jogand-Pagès (1854-1907), né à Marseille le 21 mars 1854, fils de Charles-François-Marie Jogand, commerçant et de Joséphine Pagès son épouse. Il a un frère, Maurice, de quatre ans son aîné qui fera une carrière d’écrivain sous le pseudonyme de Marc Mario et une sœur, Marguerite. Son père était, selon un rapport de police, d’opinions «  monarchistes et cléricales »[2] ; son grand-père, au contraire, était franc-maçon, de même que l’un de ses oncles paternels ; Jogand avait aussi, parmi ses tantes, une religieuse. Le père du futur Taxil envoie le jeune Gabriel dans les meilleures écoles privées catholiques de Marseille. A l’age de quatorze ans, alors qu’il est élève au collège Saint-Louis, Gabriel se lie d’amitié avec un camarade dont le père est franc-maçon ; c’est en fréquentant cette famille qu’il commence à s’intéresser à la franc-maçonnerie. Dans la bibliothèque familiale, il ne trouve que le livre de Mgr de Ségur : « Les Francs-Maçons, ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils veulent » (1867). Selon Massimo Introvigne[3], ce livre est aux origines des interprétations « diabolisatrices » de la Franc-Maçonnerie. Mais l’ouvrage a sur lui un effet contraire aux intentions de l’auteur. Progressivement, il se rapproche des libres-penseurs et abandonne la religion catholique.

A l’été 1868 il prend connaissance des premiers numéros de la Lanterne d’Henri Rochefort. Les doctrines révolutionnaires agissent alors sur lui à la manière d’un aimant. Il demande aussitôt à rencontrer deux radicaux matérialistes, messieurs Leballeur-Villiers et Royannez auxquels s’ajoute peu après le juif Simon Weil qui tous trois allaient exercer sur lui une influence décisive. Très affecté par l’exil forcé d’Henri Rochefort en Belgique, à la mi-octobre 1868 il décide de le rejoindre et décide son frère aîné à l’accompagner pour ce voyage qui doit le mener en Belgique via l’Italie. Cette fugue ne durera que quatre jours. En effet, sur l’initiative de leur père, les deux gamins sont récupérés aux abords de la frontière italienne.

Le Père Jogand ayant estimé que son fils cadet était responsable de cette escapade, l’envoie à la colonie pénitentiaire agricole de Mettray près de Tours. Le jeune Jogand-Pagès y passe soixante-cinq jours en cellule.

Cette courte période d’incarcération aura suffi pour faire germer en notre jeune homme un sentiment indélébile de vengeance contre le clergé qu’il croit – à tort – responsable de la décision draconienne de son père.[4]

Jogand n’a alors que seize ans mais fait plus que son âge. Cela lui permet de déclarer qu’il en a dix-huit et de s’engager dans le Troisième régiment de Zouaves, avec lequel il part en août 1870 pour l’Algérie. Sa mère découvre son aventure, communique son âge véritable aux autorités mili­taires et le fait revenir à Marseille en septembre 1870.

A Marseille, il organise avec son ami William Esquiros, fils du préfet des Bouches-du-Rhône, la « jeune légion urbaine », corps de trois cents jeunes gens reconnu et armé par l’Etat. C’est alors qu’il fit la connaissance de Garibaldi, et depuis celui-ci n’a cessé de témoigner au jeune écrivain la plus grande affection.

Lors de la capitulation de Metz, il entre au Midi républicain de Marseille, où il prend le pseudonyme de Léo Taxil, qu’il conservera désormais. Il  choisit ce pseudonyme, « pour ne pas nuire, dira-t-il plus tard, à ma famille ». Pseudonyme qu’il déclare avoir tiré du chef spartiate Léonidas et d’un roi indien appelé Taxile[5]. Notons aussi que le notaire de la famille de ses parents s’appelait Taxil-Fortoul.

Il collabore à la Révolution et au Socialiste pendant la Commune, puis il entre à l’Egalité, où il fait tous les jours un article de variétés politiques et notamment il rédige des biographies d’hommes célèbres. Puis il fonde un journal satyrique La Marotte (1870-1872).

A la fin de 1872 il est cité à comparaître devant la Cour d’assise des Bouches-du-Rhône pour outrage à la religion. Bientôt, il est obligé de faire imprimer ses journaux à la Ciotat puis à Toulon, plus aucun imprimeur marseillais n’acceptant de travailler pour lui. Jusqu’en 1876, il publie ou écrit dans une suite de feuilles anticléricales comme La Fronde, La Jeune République et Le Furet, vit au jour le jour, accumule les procès, les duels (trois entre 1872 et 1874), fréquente les mauvais lieux et partage sa couche avec « des femmes de mauvaise vie ». Il collectionne au cours de ces années tant de condamnations (treize en quelques semaines) et tant d’amendes qu’il se voit contraint, pour échapper à un total de plus de huit ans de prison, de s’exiler à Genève.

A Genève, il vit d’expédients et correspond avec Garibaldi. Quelque temps plus tard, Taxil est expulsé du territoire genevois à la suite de plusieurs plaintes déposées contre lui en particulier pour la publicité faite à des pilules aphrodisiaques vendues sous le nom de « Bonbons du Sérail ».

L’amnistie de 1878 facilite son retour en France et il en profite pour se faire passer pour un exilé politique. Il fait alors le vœu, écrit-il, de se consacrer « spécialement aux attaques contre l’Eglise » et de « répandre dans le peuple des brochures à bon marché, pour vulga­riser les idées anticléricales ». La police parisienne le surveille, mais ne le considère pas comme un révolutionnaire particulièrement dange­reux : un rapport souligne alors que «durant son séjour à Marseille, le sieur Jogand fréquentait assidûment les lieux mal famés et les femmes de mauvaise vie », et que, bien payé pour cela, il n’hésite pas à collaborer avec la police pour fournir des informations sur les activités d’autres jeunes militants « subversifs ».

Taxil possède pour tout viatique, une concubine et deux enfants mais pas un centime en poche. (Il faudra attendre les années 70, le legs de Jean Baylot (1897-1976), préfet de police et Franc-Maçon, dont le très important « Dossier Taxil » à la BNF, pour apprendre que sa concubine, Marie Besson, était une de ces « femmes de mauvaise vie ». En effet, d’après un rapport de police de l’époque, cette Marie Besson aurait été acquittée après une tentative d’assassinat sur un employé de la Régie, son amant du moment. Selon toute vraisemblance, au moins les deux premiers de ses enfants (elle en aura quatre, deux filles et deux garçons) n’étaient pas de Taxil).

La famille Taxil s’installe en février1878 à Montpellier où est imprimé le journal Le Frondeur. En septembre, l’Exposition de 1878 le conduit à Paris. Il obtient des propriétaires du Frondeur l’autorisation de s’installer dans la capitale. Le 1er janvier 1879, Le Frondeur a un dépôt-vente à Paris.

En 1879, il lance L’Anti-clérical, journal hebdomadaire qui, rapidement, devant le succès remporté auprès du public (il tire jusqu’à 60 000 exemplaires) paraît deux fois par semaine. En même temps commence la parution de A Bas la Calotte première brochure (dont le tirage dépassera les 130 000 exemplaires) d’une longue série.

Afin de ne plus être obligé de passer par un éditeur, il fonde sa propre maison d’édition : la Librairie anti-cléricale, rue des écoles à Paris.

A partir de cette date (1879), Léo Taxil ne se contente plus de ses journaux et édite une kyrielle de pamphlets anticléricaux, voir pornographiques :

La vie de Jésus, 1884.

Les soutanes grotesques, 1879.

Le fils du jésuite, 1879.

Les jocrisses de sacristie, 1879.

La Chasse aux corbeaux, 1879.

Prêtres, miracles et reliques, 1879.

Calottes et calotins, 1880.

La Clique noire, 1880.

Les Bêtises sacrées, 1880.

Les Friponneries religieuses, 1880.

La Marseillaise anti-cléricale, chant des électeurs, 1881.

Les Amours secrètes de Pie IX, par un ancien camérier du pape, 1881.

La Bible amusante pour les grands et les petits enfants, 1882.

Une pape femelle – Roman historique. Aventures et crimes de la Papesse Jeanne, 1882.

Les Livres secrets des confesseurs dévoilés aux pères de famille, 1883.

La Prostitution contemporaine, 1883.

Jeanne d’Arc, victime des prêtres, 1884.

Les divagations et les grossièretés de Taxil ne laissent pas les croyants indifférents et il continue d’être accablé de procès, la plupart du temps en diffamation. Il perd régulièrement ses procès et les frais de justice se transforment en gouffre financier pour sa librairie. Pour récupérer une partie de ses dépenses, il fait publier les analyses des procès, avec ses propres commentaires, ce qui lui vaut souvent de nouveaux procès.

Dès 1879, certains livres sont préfacés par son ami Garibaldi, qui depuis Caprera l’incite à s’acharner sur « cette race de crocodiles noirs », les prêtres. La formule qui fait le succès de Taxil, c’est « la fusion de l’anticléricalisme avec la pornographie ». Garibaldi n’est pas le seul à se réjouir.

 

Taxil Franc-Maçon

 

En 1878, Taxil est l’invité d’honneur d’une fête organisée par la loge « La Réunion des Amis Choisis » à Béziers ; en 1879, plu­sieurs loges se félicitent du succès obtenu par Le Fils du jésuite.

Léo Taxil est reçu franc-maçon le 21 février 1881 dans la loge « Le Temple des amis de l’honneur français ». Il est initié au « Temple Rouge », 16 rue Cadet, à Paris.

Deux autres personnes sont initiées en même temps que lui : M. Vélitchkoff, député de l’Assemblée provinciale de Roumélie Orientale et M. Rollet musicien au 22ème régiment d’artillerie.

Mais pendant cette cérémonie, le côté facétieux de Taxil ne plaît pas à tous les frères présents : le journaliste anticlérical relève une faute d’orthographe sur un panneau dans le temple ; sans hésiter, il prend sa plume et écrit sur le crâne qui lui a été présenté: « Le Grand Architecte de l’Univers est prié de corriger la faute d’orthographe qui se trouve dans l’inscription du 31e panneau à gauche ».

Selon Esprit-Eugène Hubert, Vénérable d’Honneur ad vitam de la Loge « Le Temple des Amis », « Léo Taxil, à la suite de sa réception, n’est venu qu’à trois de nos Tenues. Les Tenues de mars, juillet et de septembre 1881. »[6]

Commentaire de Bernard Muracciole : « Léo Taxil a donc manqué quatre tenues (avril, mai, juin et août) ce qui est beaucoup pour un jeune initié. En étant présent à seulement trois d’entre elles, ce qui est bien peu, il a  réussi à noircir des dizaines de milliers de pages sur la Franc-Maçonnerie, superbe exploit ! »[7]

 

Voici, à l’époque des faits, les noms des frères ayant une fonction au sein du Collège des Officiers de la Loge « Les Amis du temple de l’honneur français » :

Vénérable : Lemaire

1er Surveillant : Rothé

2nd Surveillant : Le Leurch

Orateur : Lemonon. Adjoint : Vézien

Secrétaire : Castaneda

Trésorier : Pélaquier. Adjoint : Talon

Hospitalier : Voelker

2ème Maître des Cérémonies : Rat

Vénérable d’Honneur ad Vitam : Hubert[8]

Page 15 de son livre Les Mystères de la Franc-Maçonnerie[9], Léo Taxil indique qu’il retranche de la circulaire (que nous reproduisons) le nom du Premier Surveillant, lequel lui a affirmé s’être retiré de l’association. Contrairement à Bernard Muracciole, Léo Taxil montre des documents authentiques, alors que Bernard Muracciole ne montre aucun document.

Dans son livre, Bernard Muracciole nous donne sur dix pages un extrait des Constitutions, statuts et règlements généraux et dispositions judiciaires du GODF en vigueur en 1881.

Puis il nous retranscrit des textes imprimés du « Temple des amis » et des lettres manuscrites de Taxil. Malheureusement, il ne nous montre aucune photocopie ou photographie de ces lettres (que le GODF conserve dans ses archives). Nous avons au contraire comme illustration des extraits de gravures du Diable au XIXe. Par contre aucune lettre. Il faut donc faire aveuglement confiance au contenu de ces lettres que l’auteur à recopié (fidèlement ?)

Bref, l’auteur nous montre beaucoup d’extraits, tout cela pour montrer comment Léo Taxil a été viré de la franc-maçonnerie. En effet, le 28 avril 1881, le secrétariat général de l’Ordre lui écrit pour lui interdire de prononcer des conférences dans les loges - il avait été invité à l’inauguration la loge « La Libre Pensée » de Narbonne - en attendant que soit éclaircie l’une de ses mésaventures judiciaires : Taxil a en effet été accusé de plagiat par des auteurs qui sont francs-maçons comme Louis Blanc ou fils de maçons comme Victor Hugo. En août 1881, un nouvel affrontement a lieu, provoqué par la présentation de sa candidature à la députation à Narbonne, où est aussi candidat le frère Malric, appuyé par le Grand Orient. En octobre 1881, Taxil est contraint de quitter la franc-maçonnerie, qui le déclare exclu définitivement pour indignité le 17 octobre 1881.

 

Taxil l’anticlérical à Taxil converti

 

Début 1881, Taxil est réclamé à Montpellier comme rédacteur en chef du Petit Eclaireur quotidien radical qui est au bord de la faillite. Taxil accepte ce poste et commence ses fonctions en débaptisant Le Petit Eclaireur qui devient Le Midi Républicain.

Taxil va essayer de profiter de l’appui de ce journal pour se présenter à Narbonne en août 1881, à la députation. Il est battu aux élections.

Pour relancer Le Midi Républicain, il a l’idée de faire publier dans ce journal du 24 avril au 25 mai 1881 un feuilleton : Les Amours de Pie IX.

Devant le tollé provoqué par les énormités publiées, le journal est obligé d’en cesser la parution. Sans perdre de temps, Taxil fait alors imprimer la suite par sa « Librairie anti-cléricale » et ce jusqu’en octobre de la même année.

Un procès en diffamation, encore un, lui est intenté par le Comte Mastaï, neveu de Pie IX (Pie IX est mort en 1878).

Taxil va utiliser les réseaux de publications d’Eugène Mayer, propriétaire du journal La Lanterne pour couvrir toute la France de ses écrits et la « Librairie anti-cléricale » prospère : de six à huit recueils par an, plus L’Anti-clérical.

Cependant, à partir de la fin 1882, la concurrence se faisant sentir, ses affaires périclitent et les tirages de son journal et de ses publications baissent. Les procès et les amendes que ses inventions et ses insultes font pleuvoir sur sa maison d’édition, le conduisent tout droit à la faillite.

Le dossier qui le concerne à la préfecture de police de Paris indique que son journal, L’Anti-Clérical, passe d’un tirage de 67 000 exemplaires à 10 000 exemplaires seulement. Le remplacement de cette publication par un énième nouveau titre, La République Anti-Cléricale, ne résout pas les difficultés de Taxil. Cancanière, la police signale aussi qu’à partir d’avril 1882 Taxil a une maîtresse et des différends avec sa femme. Il continue à publier ses opuscules anticléricaux, mais le succès n’est plus celui d’autrefois. En mai 1884, la police parle de l’ « extrême pénurie » de Taxil, et le 30 juillet 1884 la Librairie Anti-cléricale qui est au nom de sa femme (épousée en 1882) dépose son bilan. L’année est celle de la publication de l’encyclique Humanum Genus de Léon XIII. Est-ce un signe de la Providence ?

Un an après la proclamation de l’encyclique Humanum Genus, lors même qu’il est secrétaire de la Ligue anti-cléricale et se penche sur la traduction du procès de Jeanne d’Arc, il est touché par la grâce le 23 avril 1884 et procède à une rétractation publique dans la République anticléricale du 23 juillet 1885.

Un ancien militaire s’occupe alors du cas Taxil. Ce dernier fait retraite dans un couvent de Clamart et se confesse le 4 septembre 1885. Suite à ce revirement, son épouse demande la séparation. Il rend alors visite à sa marraine Joséphine Jogand, religieuse au couvent Notre-Dame de la Réparation à Lyon et qui n’avait eu cesse de prier pour la conversion de son filleul. A la mi-novembre 1885 il reprend la vie commune avec son épouse et, à la fin de décembre, procède à la liquidation pure et simple de la Librairie anticléricale compte tenu que les éventuels acheteurs requéraient le droit de réimprimer les anciens ouvrages de Taxil.

L’Eglise paye les lourdes dettes de Taxil et l’emploie à la librairie Saint-Paul pour 300 F par mois.

 

Taxil écrivain anti-maçon

 

Léo Taxil passe alors à des « révélations complètes sur la Franc-Maçonnerie » en publiant trois livres écrits entre la fin de l’année 1885 et la fin de l’année suivante : Les Frères Trois Points (en 2 volumes), Le Culte du Grand Architecte, Les Sœurs Maçonnes. Suit ensuite une édition populaire résumant ses trois volumes de révélations, sous le titre La Franc-Maçonnerie dévoilée et expliquée. Ce livre est présenté comme un manuel résumant l’édition intégrale, « spécialement destiné à la propagande auprès du peuple » ; mais le contenu des trois volumes est aussi revu et augmenté pour une édition de luxe avec de nombreuses illustrations. Toujours en 1886 Taxil consolide sa réputation auprès des catholiques en publiant un utile recueil des textes antimaçonniques du Saint-Siège : Le Vatican et les Francs-Maçons.

En septembre 1886, Léo Taxil est reçu à Rome par Sa Sainteté le Pape Léon XIII. L’année suivante, il livre ses Confessions d’un libre-penseur (1887) de même qu’une Histoire anecdotique de la 3ème République (1887). En 1888 il fonde la collection « Le contre-poison » où il publie quelques fascicules, poursuit la rédaction de ses ouvrages anti-maçonniques et étoffe La Petite Guerre appelée à fusionner avec le journal Jeanne d’Arc et à devenir La France chrétienne que Taxil dirigera jusqu’à la fin de 1895. Au début de 1888 il fait la connaissance de l’abbé Paul Fesch avec lequel il développe des contacts de plus en plus étroits jusqu’en 1890[10] ; d’ailleurs ils signeront conjointement Le Martyr de Jeanne d’Arc (1890). Au témoignage de l’abbé Fesch[11], nul doute que la conversion de Taxil fut réelle et authentique et il en veut pour preuve des signes dont il a été témoin et qui ne peuvent mentir, mais il est non moins certain qu’il ne persévéra pas et l’abbé Fesch situe la rechute au cours de l’année 1890.[12] Taxil continue d’écrire sa littérature anti-maçonnique jusqu’en 1895.[13]

Voici ce qu’écrit Michel Jarrige : 

« A partir de 1887 Taxil réalise son souhait. Il publie dans son journal La Petite Guerre (La Petite Guerre. Organe populaire de la lutte contre la Franc-Maçonnerie, parut de janvier 1887 à janvier 1889, et fut remplacée en septembre 1889 par Le Petit Catholique) les noms qu’il a trouvés dans les documents maçonniques en sa possession. Afin de compléter la nomenclature en gestation l’écrivain incite ses lecteurs à la délation. Numéro après numéro le panorama entier de la franc-maçonnerie française défile sous le titre La France maçonnique : loges de Paris et de province, adhérents, dirigeants. Tout y passe. Au total l’auteur révèle l’identité de treize mille francs-maçons. Et il le fait méticuleusement, à la façon d’un clerc de notaire consciencieux. Il donne les coordonnées com­plètes de ses victimes qu’il classe par ordre alphabétique. Rien n’est oublié dans ces dénonciations en masse. Le Grand Divulgateur s’était fixé l’objectif de réunir toutes ses informations en un gros volume, une sorte de Bottin de la secte. Et effectivement l’ouvrage annoncé paraît en 1888 (La France maçonnique. Liste alphabétique des francs-maçons noms, prénoms, professions et domiciles. Seize mille noms dévoilés. Organisations actuelles des loges).

Puisque les conférences sont à la mode et attirent les foules, Taxil se lance, lui aussi, à l’assaut des salles. Sa première prestation, agrémentée de soixante et onze projections à la lumière oxhydrique, le dernier cri de la technique de l’époque, se déroule à Paris dans une Salle des Capucines bondée. L’orateur dévoile à des spectateurs confortablement installés dans leurs fauteuils les rites secrets réservés d’ordinaire aux seuls initiés. Comme s’ils y étaient. Grâce à la magie des projections. Les commentaires acidulés du conférencier déclen­chent l’hilarité générale. Le succès considérable qu’il remporte ce soir-là l’encourage à persévérer. Six représentations identiques furent données, suivies d’une tournée en province.

Tout ce travail antimaçonnique fourni sans compter par le très médiatique repenti ne pouvait que plaire à La Franc-Maçonnerie démasquée. D’autant que le célèbre converti se réclamait bruyamment d’un catholicisme ardent pour fonder de nouveaux journaux La France chrétienne, une revue hebdomadaire antimaçonnique, en 1887 Le Petit Catholique, un hebdomadaire populaire de lutte contre la franc­-maçonnerie, en 1889. Cette même année La France chrétienne absorba l’hebdomadaire Jeanne d’Arc créé par l’abbé Paul Fesch et dont Taxil était le principal collaborateur.

En 1888 Taxil marie sa belle-fille, qu’il élève depuis l’âge de sept ans, à un architecte de Maisons-Laffitte, Édouard Joubert. Les anciens amis du « traître » prennent prétexte de la cérémonie nuptiale pour régler quelques vieux comptes en souffrance. Des tracts et des articles de presse s’en prennent à la vie privée de l’écrivain. La mariée serait la fille naturelle de l’une de ses nombreuses maîtresses. L’affaire se termine devant les tribunaux qui condamnent les auteurs des libelles diffamatoires à de lourdes peines de dommages-intérêts. La Franc-Maçonnerie démasquée révèle qu’en réalité Léo Taxil se trouve, par rapport à la jeune madame Joubert, exactement dans la même situation que Lockroy vis-à-vis de Georges et Jeanne Hugo, les petits-enfants du poète. Le ministre de l’Instruction publique a, en effet, épousé la veuve de Charles, fils de Victor Hugo. »[14]

 

 

 

 

 

L’Episode avec Drumont

 

Le dernier chapitre du livre d’Edouard Drumont Testament d’un antisémite (1891), intitulé : « Léo Taxil et le nonce du pape », est une réponse au livre de Taxil : Monsieur Drumont, étude psychologique. Ce livre de Taxil fut écrit en 1890, lors de l’élection municipale de Paris. Taxil et Drumont étaient tous deux candidats à un siège de conseiller municipal dans le quartier du Gros Caillou. Léo Taxil représentait le parti conservateur et Drumont le mouvement antisémite. Ils se trouvaient donc face-à-face dans la recherche des voix des catholiques et du « bon peuple ». Sans entrer dans les arguments de l’un et de l’autre (cette polémique très intéressante fera certainement l’objet d’un livre ou d’une brochure prochainement),  essayons de retenir ce qui peut nous intéresser pour notre étude. Taxil, ne croyant pas au rôle prédominant des juifs dans la franc-maçonnerie, il n’est pas un fanatique des idées de Drumont[15]. En effet, dans son livre de presque deux cents pages, Léo Taxil démontre que les papes ont toujours protégé les juifs, que ce n’est pas bien d’avoir la « haine du juif », et enfin, il démontre que Drumont est un homme riche (grâce au succès de la France juive) et avare comme les juifs. Il n’a donc pas à donner de leçons aux Rothschild puisque lui fait pareil. Taxil, dans la deuxième partie de son livre, traite Drumont de « juivomane » et étudie le personnage comme relevant de l’hôpital psychiatrique.

C’est dire si après ça, Edouard Drumont ne se montre pas tendre envers Léo Taxil. Voici un extrait, page 405 du Testament d’un antisémite :

« Il est bon de dire, en effet, pour prouver la sincérité et l’honnêteté du Monsieur qui parle «  au nom du haut clergé », que quelque mois avant de prendre chaleureusement la défense d’Israël et de déclarer que « les noms des Rothschild, des Pereire, des Cahen d’Anvers, des de Hirsch, des Ephrussi, des Camondo sont universellement estimés », Taxil attaquait les juifs à outrance et les montrait exerçant leurs ravages à Vienne comme à Paris : 

« A Vienne, disait le Petit catholique du 15 octobre 1889, les Juifs sont à peu près maîtres de toutes choses. D’après de récentes statistiques ils possèdent 40 pour 100 des maisons de la ville et 40 autres pour 100 leur sont hypothéquées ; ce qui revient à dire qu’en dehors des édifices communaux et de quelques palais aristocratiques, toute la fortune privée est entre leurs mains. En 1848, pas un juif ne possédait un immeuble dans la capitale autrichienne.

Ces immenses richesses leur ont permis de confisquer à leur profit l’industrie, le commerce et jusqu’à la vie intellectuelle et politique de la nation. La Presse, même gouvernementale, dépend de leurs caprices et est dirigée ou rédigée par eux.

L’instruction publique à tous ses degrés est devenue un instrument docile de leurs haines religieuses ; et si le projet de loi scolaire du prince Lichtenstein a rencontré tant d’opposition, c’est que les juifs n’en veulent point. Il y a des universités où le corps enseignant est peuplé de Juifs ; à Vienne, dans une des plus anciennes universités du monde et qui, en vertu de ses lettres de fondation, devrait être une université foncièrement catholique, la majorité des professeurs est formée par des juifs. Si cela continue ainsi, la fameuse science allemande se réduira, dans un temps qu’on peut prévoir, à des cours sur la Talmud et Schoutchan-Brouch.

 La magistrature, le corps médical, le barreau sont envahis par des juifs. La bureaucratie est imprégnée de leurs principes et obéit à leur mot d’ordre. Il y a quelque chose de plus navrant encore. Grâce aux propriétés qu’ils ont acquises, les Juifs possèdent en Autriche 63 patronats ecclésiastiques ; de sorte qu’il y a autant de curés forcés de demander leur investiture à des juifs ! La Cour elle-même n’est plus à l’abri des envahissements sémitiques, et le moment arrivera, sans doute, où les archiducs seront trop heureux d’épouser des filles d’Israël. Seule, l’armée a su tenir les juifs à distance. »

Dans l’élucubration qu’il a publiée contre moi, Taxil déclare que la Franc-Maçonnerie n’a rien à voir avec les juifs, que «  la franc-maçonnerie n’a pas été fondée par les juifs et n’est nullement une institution juive ». On ne voit même pas très bien l’utilité de ce mensonge niais. Les Israélites eux-mêmes, en effet, reconnaissent, ce qui est d’ailleurs indéniable, l’origine juive de la Franc-Maçonnerie. Dans l’Annuaire des Archives israélites, pour l’an du monde 5651 (du 15 septembre 1890 au 2 octobre 1891), un érudit fort connu, M. Schwab, a publié un très intéressant article sur ce sujet. En invoquant le témoignage du Talmud et du rabbin Pinhus B. Yair, M. Schwab, démontre que la Franc-Maçonnerie est copiée dans ses moindres détails sur l’organisation des Esséniens.

« Ceux qui entraient dans cet ordre, dit M. Schwab, commençaient par ceindre leurs reins d’un tablier de peau ; ils le revêtaient en se réunissant pour porter sur eux d’une manière ostensible l’emblème de leur zèle et de leur activité. De même, dans la Maçonnerie, celui qui est reçu au premier degré ou au titre d’apprenti porte comme insigne, dans les assemblées (plus exactement les tenues), le tablier en peau blanche.

Il est évident une fois de plus, dit en terminant M. Schwab, que la Maçonnerie se rattache, par l’ensemble comme par les détails, au judaïsme ; c’est d’après lui qu’elle a été formée, organisée et, à son exemple, ses adhérents se trouvent répandus sur toute la surface de la terre. »

Les rares ecclésiastiques qui auraient confiance en ce qu’écrit Léo Taxil savent maintenant à quoi s’en tenir sur sa véracité.

A la date du 18 décembre 1889, Taxil montrait dans la France chrétienne la Maçonnerie et la Juiverie associées pour tenter de déshonorer la figure de Jeanne d’Arc :

« En France, les sectaires, qui dominent dans les assemblées délibérantes, applaudissent les révolutionnaires du Brésil ; ceux-ci les avaient prévenus, depuis longtemps, de leurs projets. Toute la Juiverie maçonnique de Paris et des départements adresse de chaleureuses félicitations aux FF\ brésiliens.

Chez nous, la secte est plus militante que jamais. Elle n’a plus de trône à renverser ; mais les autels sont encore debout. La foi renaît, les églises redeviennent pleines, le peuple n’écoute plus, comme il y a quelques années, les prédicateurs d’athéisme. Il y a en France un mouvement incontestable de retour à la religion : tels citoyens qui se désintéressent de la politique déclarent hautement que la religion doit être respectée. Aussi, les Juifs et les Francs-Maçons cherchent par quel moyen ils pourront arrêter ce mouvement.

Tout leur est bon.

Un exemple : on sait à quel point Jeanne d’Arc est sympathique au peuple ; elle est la personnification de la France chrétienne ; son histoire merveilleuse prouve combien Dieu aime notre pays. Eh bien, en présence des témoignages toujours plus nombreux et plus vifs de l’admiration de nos compatriotes pour l’héroïque vierge de Domrémy, les Francs-Maçons et les Juifs, dignes fils de Voltaire, complotent de diminuer, aux yeux du peuple, la grande figure de la libératrice de la France.

Ils ont fait, en effet, monter un drame soi-disant populaire, qui va se jouer prochainement à Paris : Jeanne d’Arc est le sujet de cette pièce de théâtre. Et, pour représenter le personnage de la sublime chrétienne, les ennemis de Dieu ont choisi une actrice juive dont les aventures scandaleuses défraient couramment la chronique des journaux boulevardiers. Cette juive s’appliquera à jouer le rôle de Jeanne d’Arc à contre-sens ; elle en fera une hallucinée, une hystérique[16] ; elle lui donnera des allures extravagantes ; de la sainte fille elle fera une virago folle et grotesque.

Ce complot de la juiverie boulevardière échouera, nous en avons la conviction […]. »

Voilà comment parlait des juifs en décembre 1889 celui qui devait les louer si chaleureusement en avril 1890 ! »

Que retenir de tout cela ?

Tout d’abord, faisons remarquer que si Léo Taxil attaquait les Juifs dans des articles en 1889, c’était pour dénoncer leur haine anti-catholique. Et l’on peut attaquer les juifs sans pour autant croire que ce sont les « fondateurs ou inspirateurs de la franc-maçonnerie ». Si en 1890, Edouard Drumont  trouve que Léo Taxil a retourné sa veste envers les juifs, à cause de son livre Monsieur Drumont, en fait il se trompe. Léo Taxil n’a pas changé d’avis. Seulement, face aux passages du livre de Drumont La Dernière Bataille, où Drumont, dans des accès de sainte colère veut « exterminer les juifs », Taxil rappelle que tuer un juif ou le voler est anti-chrétien. 

En fait, nous avons face-à-face deux esprits forts, à la polémique facile, ce qui nous vaut de beaux passages de littérature, pour notre plaisir à tous.

En ce qui concerne l’origine juive de la franc-maçonnerie, Drumont s’appuie sur un historien juif franc-maçon qui affirme que la Franc-Maçonnerie descend des Esséniens. Pourquoi pas. Mais cela est très controversé et il ne faut pas prendre tout ce que dit cet « historien » pour argent comptant. Est-ce à dire que Léo Taxil à raison sur Drumont sur cette question ?

Non, car, on peut démontrer l’influence juive, par d’autres exemples irréfutables, voir sur ce point le chapitre du Diable au XIXe sur cette question.

 

La première apparition du Palladisme  

 

Page 37 du livre : L’Existence des loges de femmes, d’Adolphe Ricoux, nous lisons :

« La haute direction de la secte a été dès lors scindée en deux : à Rome, siège le Chef d’Action Politique, qui a été, jusqu’en 1872, le Fr. Mazzini, puis de 1872 à 1882, le Fr. Garibaldi, auquel a succédé le Fr. Giuseppe Petroni, remplacé aujourd’hui par le Fr. Adriano Lemmi ; à Charleston, d’autre part, siège le Chef Dogmatique, l’Anti-pape secret, qui a été pendant fort longtemps le Fr. Albert Pike, général américain, décédé il y a quelques semaines et que l’on s’occupe à présent de remplacer…

Albert Pike a réformé l’ancien rite Palladique et lui a donné le caractère luciférien dans toute sa brutalité. Le Palladisme, pour lui, est une sélection : il laisse aux Loges ordinaires les adeptes qui se bornent au matérialisme ou qui invoquent le Grand Architecte sans oser lui donner son vrai nom ; et il groupe sous le titre de Chevaliers et de Maîtresses Templières, les fanatiques que le patronage direct de Lucifer ne fait pas frémir. »[17]

Ecrit en 1891, c’est la première fois qu’il est question de Palladisme dans des écrits anti-maçonniques. C’est en fait Léo Taxil qui commence sous le pseudonyme d’Adolphe Ricoux. Il parle du Palladisme plus de 5 ans après ses premiers ouvrages anti-maçonniques. Pourquoi cela ? Pourquoi seulement après plus de cinq ans ? Tout simplement parce qu’il n’en connaissait pas l’existence. N’oublions pas que Léo Taxil n’a été lors de son passage dans la Franc-Maçonnerie qu’apprenti. Mais depuis 1891, il a repris contact avec le Dr Hacks (un ami d’enfance), et c’est celui-ci qui lui a alors donné des faits dont il ignorait l’existence.

Petite précision : le rite palladique luciférien dont il est question a pour origine un rite androgyne créer au début du XVIIIe : le « Rite Palladique », rite qui est tombé en désuétude au cours du XIXe siècle. Albert Pike a repris ce rite, et l’a remanié pour faire son rite luciférien.

Le rite palladique originel n’est pas une invention. Léo Taxil en parle page 622  de son livre : Les Mystères de la Franc-Maçonnerie :

« La maçonnerie palladique est celle dont les rites sont pratiqués par des Ateliers androgynes ayant pour but de dresser une certaine catégorie de femmes aux intrigues de la politique. Elle est donc une sorte de sélection féminine.

Cette sorte de sous-Maçonnerie se divise en deux Ordres ou rites : l’Ordre des Sept Sages ou de Minerve, qui, à part certaines séances exclusivement réservées aux hommes, est la réunion particulière des Frères s’occupant de la direction des Sœurs, et l’Ordre du Palladium ou Souverain Conseil de la Sagesse, où les Frères se mêlent aux Sœurs qui ont été distinguées dans les Loges d’Adoption et auxquelles on veut faire jouer un rôle.

Le second système des Rites Palladiques se compose de deux grades masculins et d’un grade féminin.

Grades de Frères : 1er degré, L’Adelphe ; 2e degré, Compagnon d’Ulysse.

Grade sœur : unique degré, la Compagne de Pénélope. »

Pour montrer que Léo Taxil n’invente rien, voici des photocopies du Tuileur général de la Franc-Maçonnerie de J.-M. Ragon, pages 98-99.[18]

 

 

 

 

 

2. La grande saga du Diable au XIXe siècle du Dr Bataille

 

Le Dr Bataille

 

De son vrai nom Charles Hacks, il est un ami d’enfance marseillais de Léo Taxil. Mais à la différence de Taxil, il est fervent catholique. Il est médecin à bord des bateaux de la Compagnie des Messageries Maritimes. En 1880, sur un bateau le conduisant de Marseille au Japon, il reçu les confidences d’un homme d’affaire italien, M. Gaëtano Carbuccia, natif de Maddaloni (province de Caserta), qui s’était imprudemment fait initier, dans l’espoir d’améliorer ses affaires, à la franc-maçonnerie dans le rite de Memphis-Misraïm, dirigé à Naples par Giambattista Pessina[19]. Mais le rite de Pessina n’avait été pour Carbuccia que la porte d’entrée dans un monde plus ténébreux. Il était passé à la société du « Nouveau Palladium Réformé » ou des « Ré-théurgistes optimates » (Cette dernière expression avait déjà été utilisée par Huysmans dans Là-Bas). Le docteur Bataille décide alors, après avoir soigné Carbuccia, de devenir « l’explorateur, et non le complice du satanisme moderne » en s’infiltrant dans les sociétés sataniques. Il rencontre à Naples Pessina, qui lui vend pour cinq cents francs un diplôme de « Souverain Grand Maître à Vie » du Rite de Memphis-Misraïm[20], et se lance, d’après Massimo Introvigne, « après que ses confesseurs l’en eurent dissuadé en vain », dans l’exploration du satanisme international. Remarquons que cela est faux, puisqu’il s’est expliqué de son projet qu’à un seul abbé (l’abbé Laugier) et non à plusieurs « confesseurs ». Deuxièmement, bien qu’hostile au début, l’abbé finalement accepta (certes, sans grande joie) et lui donna des conseils.

Le Dr Hacks va raconter tout son « voyage » à travers le monde luciférien de la Haute-Maçonnerie palladique dans : Le Diable au XIXe siècle[21], sous le pseudonyme du Dr Bataille.

Le Diable au XIXe siècle est publié de 1892 à 1894 (en tout 1800 pages). Puis, pour défendre son œuvre, le Dr Bataille publie en 1894, 1895 et 1896, la Revue Mensuelle, dont le premier numéro sort en janvier 1894. L’intitulé exact de cette revue est : « Revue mensuelle, religieuse, politique, scientifique, complément de la publication Le Diable au XIXe siècle. Cette revue mensuelle est spécialement un organe de combat contre la Haute-Maçonnerie et le satanisme contemporain. Elle est aussi consacrée à l’examen, selon la science catholique, des faits surnaturels du prétendu spiritisme et autres manifestations diaboliques constatées. »

 

Les anti-maçons lors de la publication du Diable au XIXe siècle

 

Massimo Introvigne, de la page 162 à la page 167 de son ouvrage, nous dépeint les principaux courants anti-maçonniques :

« Une autre controverse violente divise d’ailleurs l’antimaçonnisme des dernières décennies du XIXe siècle. Tant l’antimaçonnisme laïque que le contre-maçonnisme religieux (dans ses deux variantes philosophique et « diabolisatrice ») se scindent en effet à propos du rôle des juifs dans la franc-maçonnerie. Pour « Saint-André » (autrement dit Dom Emmanuel A. Chabauty), cela ne fait aucun doute : la Haute Maçonnerie diabolique est entièrement dirigée par les juifs. D’une manière moins virulente et plus érudite – grâce à une bonne connaissance de l’hébreu (ainsi que de l’anglais, du persan et du sanscrit), à une carrière internationale et à une familiarité avec les écrits de Gougenot des Mousseaux -, cette thèse sera reprise par un évêque catholique, Léon Meurin (1825-1895), fils d’un officier de Napoléon. Elevé à Berlin et entré au séminaire de Cologne, Meurin était devenu prêtre en 1848 et jésuite en 1853. Missionnaire en Inde à partir de 1858, il devient en 1867 évêque et vicaire apostolique de Bombay. Diplomate pontifical, chargé de missions délicates en faveur des catholiques indiens, il est nommé en 1887 évêque de Port-Louis, dans les îles Maurice. Or à Port-Louis, une loge maçonnique anticléricale, la «  Triple espérance », se trouve au centre de la vie sociale. Mgr Meurin se sent alors poussé à reprendre son projet d’un ouvrage antimaçonnique qu’il avait déjà commencé en Inde.  Après avoir recueilli en France une documentation supplémentaire, il publie en 1893 La Franc-Maçonnerie, synagogue de Satan, qui deviendra l’ouvrage le plus connu du contre-maçonnisme catholique de type anti-judaïque et qui sera traduit en plusieurs langues, dont l’italien en 1895.

Entre-temps, un autre genre de littérature contre-maçonnique avait toutefois fait son apparition, prenant systématiquement ses distances avec l’antisémitisme et la critique de judaïsme. Cette littérature attaquait la franc-maçonnerie comme satanique mais soutenait que les juifs, peuple profondément religieux, n’étaient pas moins victimes de la « Haute Maçonnerie » sataniste – qui en outre abusait de leurs symboles – que les chrétiens. L’auteur le plus représentatif de ce courant est Samuel Paul Rosen (1840-1907), juif polonais né à Varsovie, rabbin et franc-maçon avant de se convertir au catholicisme. Il paraît que René Guénon racontait que Rosen, fameux bibliophile, portait volontiers une houppelande avec de grandes poches intérieures où il pouvait, si nécessaire, cacher les livres qu’il dérobait dans les bibliothèques. Rosen fit ses débuts d’auteur antimaçonnique peu après s’être installé en France. Après avoir quitté la Pologne, il avait vécu, un temps, à Constantinople. En 1885, il publie une histoire chaotique des sociétés secrètes, depuis les druides jusqu’aux carbonari en passant par les francs-maçons. En 1885, il réussit un « coup de maître » : sous le titre Maçonnerie pratique paraît le premier tome d’un gros ouvrage dans lequel il fournit des informations très complètes sur chacun des 33 degrés du Rite écossais.

Alors qu’il écrivait ce livre, Rosen s’était rapproché de l’Eglise catholique, au point de publier en appendice l’encyclique Humanum genus. Mais son ouvrage, qualifié par un auteur pro-maçonnique d’ « un des plus sérieux qui aient jamais été écrits sur la Franc-Maçonnerie », se tenait assez loin de l’interprétation « diabolisatrice ». On ne peut pas en dire autant de l’ouvrage suivant de Rosen, qui eut pourtant «  un prodigieux succès » et qui s’intitule Satan & Cie. »

[…]

« Rosen, comme ses adversaires les plus acharnés le reconnaissent, n’invente rien, ou presque rien : son tort consiste plutôt à vouloir présenter comme un système cohérent, tant du point de vue de la doctrine que du point de vue de l’organisation, une série de thèmes, de groupes, d’idées qui, au sein du monde des nouveaux mouvements magiques (bien plus vaste que la franc-maçonnerie, régulière ou « de marge »), se présentent de façon désarticulée. Cela étant, un catalogue établi par des ésotéristes de notre siècle déclarait que « bien conçu dans un but nettement hostile à la franc-maçonnerie, cet ouvrage est l’un des plus documentés qui existent sur cet Ordre ». La carrière de Rosen ne s’achève pas avec Satan & Cie. Deux ans plus tard, l’ancien rabbin publie un autre gros livre, l’Ennemie sociale, rehaussé d’une bénédiction apostolique de Léon XIII. Rosen y répète que la franc-maçonnerie a été « instituée par Satan » et que les initiales AGDGADU – familières à la franc-maçonnerie française, qui les avait pourtant rendues facultatives à l’occasion du tournant vers l’athéisme et du schisme avec la Grande Loge d’Angleterre – ne signifie pas, comme on le croit, « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers », mais «  A la Gloire de la Grande Association Destructrice de l’Univers ». Rosen révèle aussi que la direction suprême de la Haute Maçonnerie se trouve à Berlin, dont dépendent quatre centres situés à Naples, Calcutta, Washington et Montevido : une affirmation qui ne sera confirmée par aucun historien franc-maçon mais que le Dr Bataille mettra à profit, en la modifiant légèrement. Pour autant, le thème satanique joue somme toute un rôle moins important dans l’Ennemie sociale que dans les précédents livres de Rosen.

Vers 1890, il existe donc au moins quatre écoles différentes d’anti-maçonnisme, qui réagiront différemment à la parution du Diable au XIXe :

a)            Il y a, tout d’abord, une école antimaçonnique qui, bien que composée de catholiques également, se sert d’arguments « laïques » et politiques, en estimant que pour réagir contre l’influence abusive de la maçonnerie sur l’Etat, il faut créer un front plus large qui ne comprenne pas seulement les fidèles de l’Eglise catholique. Généralement antijudaïque et parfois ouvertement antisémite, ce courant est représenté surtout par Edouard Drumont (18844-1917) et par son disciple Gaston Méry (1866-1909). Quand en 1894, année où prend fin la publication du Diable sous la forme de fascicules, la France se coupera en deux à propos de l’Affaire Dreyfus, ce sera cette école qui prendra la tête de la faction antimaçonnique et antisémite[22].

b)            Dans le monde catholique plus lié aux organisations officielles de l’Eglise, la critique de la maçonnerie part de la doctrine et voit dans les positions défendues spécifiquement par la maçonnerie en France une conséquence inévitable des présupposés doctrinaux. On peut donc parler de contre-maçonnisme plutôt que d’anti-maçonnisme. La bibliographie de ce contre-maçonnisme philosophique catholique (pour ne pas parler du contre-maçonnisme protestant, largement répandu aux Etats-Unis et doué de caractéristiques propres) est immense ; parmi ses représentants typiques à l’époque où est publié Le Diable, on peut rappeler Mgr Henri Delassus (1836-1921), directeur de La Semaine religieuse de Cambrai, et l’avocat parisien Georges Bois (1852-1921), ami de Huysmans comme Jules Bois mais sans lien de parenté avec ce dernier. Des auteurs comme Delassus et Bois restent attachés, dans le sillage de l’encyclique Humanum genus, à une critique doctrinale de la maçonnerie et regardent avec beaucoup de suspicion les interprétations «  diabolisatrices ».

c)            Par opposition à la tendance philosophique, un autre courant du contre-maçonnisme catholique est, lui, nettement « diabolisateur ». Le courant qui culmine avec l’œuvre de Mgr Meurin complète les simples aperçus des auteurs antisatanistes des années 1860 à propos de la maçonnerie et relie étroitement, en s’inspirant des interprétations générales de ces auteurs (surtout de Gougenot des Mousseaux), maçonnerie et judaïsme, adoptant une attitude antijudaïque.

d)            Au sein même du contre-maçonnisme catholique qui adopte une interprétation « diabolisatrice » de la maçonnerie, un autre courant, préoccupé par la possibilité de glissements vers l’antisémitisme, cherche à prendre ses distances avec l’antijudaïsme. Samuel Paul Rosen est le principal représentant de cette tendance. »

 

L’origine du Palladisme

 

Pour le docteur Bataille, le Palladisme a été fondé le 20 septembre 1870, jour de la prise de Rome et de la fin du pouvoir temporel des papes. Est créé à Charleston une papauté maçonnique, et est nommé un souverain pontife luciférien. Tout cela pour préparer le règne de l’Anté-Christ. Laissons Massimo Introvigne nous résumer la description que fait le docteur Bataille du palladisme[23] : « Toutefois, il ne faudrait pas confondre le Palladisme, qui est «  le culte de Satan », avec la « Haute Maçonnerie », structure qui se tient derrière les loges maçonniques courantes. Certes, les « chefs secrets » du Palladisme et de la « Haute Maçonnerie » sont souvent les mêmes ; mais alors que tous les responsables administratifs de la « Haute Maçonnerie » ne sont pas automatiquement Palladistes (certains sont athées ou sceptiques, alors que le Palladisme, bien que satanique, est « un culte, une religion »). Pour compliquer les choses, sont parfois admis parmi les Palladistes – « mais à titre tout à fait exceptionnel » - des lucifériens qui n’ont jamais fait partie de la « franc-maçonnerie ordinaire », mais qui y viennent, par exemple, des hautes sphères du spiritisme. Quoi qu’il en soit, il ne fait aucun doute que le Palladisme est personnellement dirigé par Satan, qui en avait du reste demandé la fondation en apparaissant en juillet 1870 à Milan.

Au-dessus d’Albert Pike (et de son successeur, le grand maître du Grand Orient d’Italie, Adriano Lemmi), il n’y a que Satan ; mais aux côtés de Pike, qui est le « Suprême Chef Dogmatique », il y a un « Chef de l’Action politique » qui réside à Rome, et que Bataille identifie à Giuseppe Mazzini. Il existe aussi un Souverain Directoire Administratif à Berlin, dont les chefs, toutefois, se succèdent par roulement et ne sont pas sur le même plan que Pike et Mazzini. En dessous de ce commandement suprême, il y a cinq Grands Directoires Centraux, qui divisent le monde par zones géographiques et qui siègent respectivement à Washington, Montevido, Naples, Calcutta et Port-Louis (dans les  îles Maurice). Plus bas encore il y a les chefs apparents des différentes sociétés secrètes, occultes, spirites, etc., qui se trouvent donc toutes, quelles le sachent ou non, sous la direction du Suprême Directoire Dogmatique. »

 

 

Albert Pike

 

 

 

 

 

L’apparition de Diana Vaughan

 

C’est dans le Diable au XIXe siècle, que va apparaître pour la première fois le personnage Diana Vaughan. Voici pourquoi :

Albert Pike est mort en avril 1891. Adriano Lemmi devait lui succéder après un court intervalle, mais il n’accéda au Pontificat Suprême qu’au prix d’une élection remplie d’intrigues et de fraudes. Ce qui était pire, car les irrégularités électorales inconnues ailleurs sont tout de même assez communes dans le monde maçonnique, c’est que Lemmi avait toujours montré un penchant prononcé pour le culte du diable, non pas en sa qualité de Dieu Bon des lucifériens, mais comme prince du mal. Quatre mois après son élection de septembre 1893, une encyclique de sa main autorisait les palladistes à s’adresser au dieu qu’ils adoraient indifféremment sous les noms de Lucifer ou de Satan. C’était trop. On apprenait des sécessions, dont la plus marquante était celle de Miss Diana Vaughan qui s’apprête alors à déclencher une révolte et un schisme. Diana Vaughan fonde une contre-association de palladistes indépendants et une revue, Le Palladium Régénéré et Libre, lien des groupes Lucifériens indépendants, dont le premier numéro apparaît en mars 1894.

Un autre sécessionniste, le professeur Domenico Margiotta, bientôt chevalier de l’ordre pontifical du Saint-Sépulcre, attaquait Lemmi dans un ouvrage qui fit quelque bruit, Souvenirs d’un Trente-Troisième. Adriano Lemmi, Chef Suprême des Francs-Maçons[24].

Mais n’allons pas trop loin et occupons-nous des réactions et surtout des critiques que suscita la publication du Diable au XIXe siècle. Pour cela, nous allons procéder à une étude chronologique des faits concernant les réactions face au Diable au XIXe siècle et les événements qui vont venir se greffer par la suite. Nous suivrons donc cette aventure pas à pas, en relatant les controverses d’alors, en faisant parler d’elles-mêmes les sources, pour que nous soyons bien dans l’ambiance de l’époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques extraits du Diable au XIXe siècle

 

P.19-20 :

« Le rôle que je m’assignai fut celui de témoin, de simple témoin, faisant serment dans mon cœur de refuser mon concours à tout acte contraire à ma foi, s’il m’était demandé, et quels que soient les dangers que mon refus pourrait me faire courir. »

P.36 :

« Toutefois, il importe de remarquer que les cabalistes admis aux mystères de la théurgie ne prononcent jamais le mot Satan ; ils disent Lucifer ou Lucif. Ils considèrent comme hérétiques certains adeptes dissidents qui invoquent le diable sous le nom de Satan ; le système de ces derniers, dont je m’occuperai aussi, s’appelle la goétie, par opposition à la théurgie. Les théurgistes disent pratiquer la magie blanche, et ils qualifient la goétie de magie noire. »

P.42 :

« Je m’expliquerai plus loin sur les phénomènes étranges, dont j’ai tenu à citer un exemple sans tarder ; je dirai, comme médecin, jusqu’où peut aller la nature dans ces choses, et où commence le surnaturel, à moins qu’il n’y ait supercherie. »

P.50 :

« L’abbé m’expliqua encore que le diable, véritable « singe de Dieu », - c’est ainsi, du reste, que le qualifient tous les Pères de l’Eglise, - met une sorte d’amour-propre à répondre aux miracles du ciel par des prodiges qui n’en sont que des grotesque imitation.

Jésus-Christ, quarante jours après sa mort, s’éleva glorieusement au ciel sur le mont des Oliviers. Simon le Magicien, le fondateur du gnosticisme, pour montrer publiquement qu’il avait à sa disposition des puissances surnaturelles, s’éleva dans les airs devant l’empereur Néron et le peuple romain : il est bon de dire que ce prestige ne réussit qu’à moitié ; Simon avait opéré son ascension jusqu’à une certaine hauteur, lorsque saint Pierre qui était là se mit à prier, et aussitôt le sectateur de Lucifer fit une chute effroyable, dans laquelle il se cassa les deux jambes et dont il mourut peu après. »

P.158 :

« Le Palladisme, nous le savons, est la haute maçonnerie. Il se compose, en tout, de cinq grades : trois grades masculins, et deux grades féminins. Les grades masculins sont : 1° le Kadosch du Palladium ; 2° le Hiérarque ; 3° le Mage Elu. Les grades féminins sont : 1° l’Elue ; 2° la Maîtresse Templière.[…]

Le Palladisme ne cherche ses recrues que chez les francs-maçons, et encore il lui faut, pour ses initiations hermétiques, des frères déjà parvenus aux grades philosophiques et cabalistiques. […]

Or, pour ne parler que des trois rites que je viens de citer, c’est seulement aux grades de Kadosch (trentième degré, écossisme), Chevalier de Saint-Michel (vingt-septième degré, York) et Grand Inquisiteur Commandeur (soixante-sixième degré, Misraïm) que l’initié doit clairement comprendre, à moins d’être le plus obtus des imbéciles, que c’est vers le satanisme qu’il est dirigé.

Encore, même après ces grades, dans les rites ordinaires, la maçonnerie ne procède qu’avec un luxe inouï de précautions. Ainsi, dans le Rite Ecossais, on prévoit le cas où, au trente-deuxième degré (grade de Prince du Royal-Secret), l’initié n’aurait pas encore compris le but. La réception à ce grade a une petite variante qui n’a l’air de rien, mais qui est des plus significatives, en réalité.

Au moment de conférer le grade au récipiendaire, le président de l’atelier doit lui remettre un anneau, et pourtant il peut ne pas le lui remettre. « Recevez cet anneau d’or, gage de notre union », dit le Grand Commandeur (titre du président). Le postulant, ainsi reçu avec son anneau de Prince du Royal-Secret, se considère comme réellement initié. Eh bien, pas du tout ; c’est précisément l’initié à qui l’on remet l’anneau d’or, qui n’est reçu que pour la forme ; au cours des épreuves et de l’interrogatoire, on a constaté qu’il n’a pas encore deviné que le grand architecte de l’univers n’est autre que Lucifer déifié, et son anneau d’or, qu’il portera désormais avec orgueil dans les arrière-loges, le désignera aux vrais initiés comme étant un frère inintelligent avec qui il est prudent de ne pas trop causer ; il restera au trente-deuxième degré et n’ira pas plus loin. »[25]

P.187 :

« Un des prélats les plus distingués de notre siècle, Mgr Germain, évêque de Coutances, a écrit quelque part : « La plus grande habilité de Satan a été de se faire nier ; comment se défier d’un ennemi qui n’existe pas ? »

Certainement, cette malice diabolique vise la multitude, en proie au scepticisme en ces tristes temps. Du scepticisme à l’athéisme, il n’y a qu’un pas. Mais Satan n’est pas seulement malicieux ; avant tout, il est le père de l’orgueil. « Non serviam ! » tel est le cri qu’il a poussé dans sa révolte. Aussi, son monstrueux orgueil est-il satisfait, lorsqu’il voit des hommes, fussent-ils fous, lui rendre hommage. A ses adorateurs il se manifeste. Eh bien, il est bon de faire connaître ces manifestations. Les constater, c’est obliger le scepticisme à s’avouer vaincu. Par orgueil, tu te manifestes à tes élus, ô Satan ; des témoins surgissent, tu ne peux plus te faire nier ; car, si tu te manifestes, donc tu existes. Et si tu existes, toi l’archange déchu, si tu apparais, même en dupant tes fidèles et en leur faisant croire que tu es le principe du bien, si tu te montres aux adeptes de ta religion ré-théurgiste ou palladique, eh bien, l’athéisme n’est plus soutenable. Tu es pris à ton propre piège, esprit du mal ! »

P. 242 :

« Ici, nous rentrons dans le merveilleux, ou, pour mieux dire, dans l’effroyable. Toutefois, je ne saurais trop le répéter, toutes ces choses sont de la plus rigoureuse authenticité. Bon nombre de sceptiques haussèrent les épaules, lorsque le P. Huc, missionnaire lazariste en ces pays, publia ses récits de voyage ; pourtant, il rapportait l’absolue vérité, et je m’inscris au nombre de ceux qui confirment ses assertions. »

P.305 :

« A l’époque où nous vivons, il est trois vérités que les francs-maçons nient obstinément : 1° l’existence des loges androgynes ; 2° l’exercice des vengeances poussées jusqu’au crime ; 3° la pratique du Luciférianisme.

A les entendre, l’association n’admet que des frères et pas une seule sœur ; loin d’avoir le moindre meurtre à se reprocher, elle est, au contraire, essentiellement philanthropique ; quant à adorer Satan sous le nom de grand architecte, il faut avoir l’esprit bien mal tourné pour supposer pareille chose, attendu que la divinité à laquelle l’ordre maçonnique rend hommage est tout simplement vague, idéale, indéfinissable.

Voilà ce que répondent les maçons, lorsqu’on leur pose ces trois questions.

Je me hâte de dire que, parmi ceux qui parlent ainsi, il en est un grand nombre qui sont de très bonne foi. On peut posséder les plus hauts grades de la maçonnerie ordinaire, et avoir toujours été tenu à l’écart des ateliers où frères et sœurs travaillent ensemble, ignorer l’enrôlement et la mise en œuvre des ultionnistes, et ne pas soupçonner même l’occultisme luciférien (Théurgie palladique, Fakirisme, Old-Fellows, San-ho-hoeï, etc.).

Sur le fait de l’occultisme, principalement, la question des grades, en dehors de la haute maçonnerie, ne signifie rien, absolument rien : ainsi, par exemple, dans le Rite Ecossais, un chevalier Kadosch (30e degré), que les Palladistes ont bien voulu appeler à eux, le reconnaissant digne de leurs mystères, est en réalité plus instruit, et, par conséquent, plus en faveur auprès des chefs secrets qu’un initié au 33e degré de ce rite, tenu dans l’ignorance de l’occultisme et utilisé uniquement pour les affaires d’ordre administratif ; ce Kadosch là saura tout, et l’autre, tout 33e qu’il soit, ne saura rien. C’est ainsi que la secte se joue de tant et tant d’adeptes, qu’elle conduit aux plus hauts grades connus, se servant d’eux alors qu’ils croient se servir d’elle, leur donnant « l’anneau », cet anneau qui les désigne aux vrais initiés comme frères peu perspicaces et qu’il est nécessaire d’entretenir dans de douces illusions, en un mot, les bafouant, les mystifiant, ne leur apprenant pas le secret des secrets, puisque d’eux-mêmes ils ne l’ont pas compris.

Je ne citerai qu’un cas de cet aveuglement dans lequel les chefs secrets de la haute maçonnerie se plaisent à tenir ceux de leurs initiés qui ont reçu l’anneau ; mais ce cas est caractéristique.

Il s’agit de M. Paul Rosen, 33e du Rite Ecossais, qui ne sera certes pas suspect de ménagement envers la confrérie trois-point ; car, depuis quelques années, il a publié contre elle un certain nombre de volumes où l’on rencontre par-ci par-là des documents qui ne manquent pas d’intérêt.

M. Rosen, qui est juif et qui a même été rabbin, à ce que l’on m’a assuré, s’affilia, en outre, à la franc-maçonnerie, à une époque où il haïssait de toute son âme le catholicisme ; ce qu’aujourd’hui il regrette sans doute, j’aime à le croire. Je ne sais pas quel suprême conseil lui conféra le 33e degré ; en tous cas, ce n’est aucun de ceux que j’ai visités, attendu que je n’ai trouvé trace de son initiation à ce grade dans nulles archives à ma connaissance ; mais il est juste de dire qu’au temps où je pouvais mettre mon nez un peu partout je ne me préoccupais guère du F.˙. Rosen ; son inscription a donc pu fort bien m’échapper.

Quoi qu’il en soit, soit qu’il ait passé toute la filière, soit qu’il ait trouvé, comme tant d’autres, deux haut-gradés assez complaisants pour lui céder (contre finances, bien entendu, en maçonnerie rien ne se donne) une patente de 33e, il a ce titre, ou, du moins, il l’a eu.

Plus tard, - bien tard, dirai-je, car M. Rosen n’est pas de la première jeunesse, - il a renoncé à la maçonnerie, à ses pompes, à ses œuvres. Les lauriers d’Andrieux et de Léo Taxil l’empêchant de dormir, il fit un coup d’éclat et vint grossir la phalange des écrivains anti-maçonniques.

Certes, il a rendu service à la cause sainte de la religion ; ceci est indiscutable ; et je serai toujours des premiers à louer son initiative et même à le défendre contre ses ex-frères qui, du jour où ils ont constaté qu’il leur tournait le dos, l’ont vilipendé, traduit à leur barre, et, au lieu de l’expulser franchement pour anti-maçonnisme subit, ont tenu à le radier dans des conditions qui seraient déshonorantes pour lui, si les accusations portées en de telles circonstances n’étaient pas calomnieuses.

Et c’est bien là, vraiment la franc-maçonnerie : soyez pour elle, vous êtes le nec plus ultra de l’humanité ; soyez contre elle, vous êtes le dernier des êtres parmi les plus vils.

Voilà donc un homme qui a fait tout son possible pour apporter la lumière aux profanes, pour leur faire connaître les mystères du temple d’Hiram. Et pourtant, quand on examine de près son œuvre, on voit qu’en dépit de ses coupures de journaux maçonniques, il n’a rien révélé de sérieux, d’important. Pourquoi ? Parce qu’il ne savait rien, « parce qu’il avait reçu l’anneau ».

Il s’est livré à une besogne de bouquiniste ; il a ramassé, de droite et de gauche, des circulaires, des brochures, des discours (plus ou moins  authentiques), des articles de revues officielles de grands orients et de suprêmes conseils ; et de tout cela il a fait une salade, qui ne pouvait pas produire une forte émotion chez les sectaires, puisqu’il ne dévoilait que ce qu’aujourd’hui ils ne cachent plus.

Ce qui lui manquait, à M. Rosen, c’était la clef, c’est-à-dire l’affiliation luciférienne au Palladium de Charleston, le droit de montrer patte blanche pour être reçu dans les loges androgynes, l’autorité nécessaire pour commander à des ultionnistes ou arrêter leur bras. Tout 33e qu’il était, il ignorait la personnalité du grand architecte, l’existence des sœurs d’adoption et autres, et jusqu’aux crimes maçonniques, aujourd’hui indiscutés. Si bien, qu’il s’est trouvé de simples profanes, qui, ayant compris, eux, le grand secret, ayant eu la patience de collectionner des documents et l’intelligence de lire entre les lignes, comme le père Deschamps, comme Claudio Jannet, comme Mgr Fava, comme dom Benoît, comme Mgr Meurin, ont découvert et divulgué cent fois plus que M. Rosen, 33e.

Les sœurs maçonnes ?… Ce pauvre M. Rosen en a ignoré l’existence jusqu’en 1888, et, il y avait alors au moins trente ans qu’il gâchait du mortier pour reconstruire le temple de Salomon, s’il est aussi vieux maçon qu’il le dit. Oui, certes, en 1888, ce naïf 33e niait publiquement les loges androgynes ; et il était de bonne foi, personne n’ayant voulu le désigner pour l’admission. Mais, deux ans après, il apprenait indirectement qu’on s’était moqué de lui jusqu’alors, et que ces sœurs maçonnes qu’il n’avait jamais vues existaient pourtant bel et bien. Alors, il écrivit dans son volume l’Ennemie Sociale qu’il y avait sur le globe « 2 850 000 femmes appelées Sœurs-Maçonnes » ; chiffre mis un peu trop au hasard, et que je rectifierai en entrant dans les détails. Mais l’intention y était ; il faut lui en savoir gré. Quoique ne publiant aucun rituel de la maçonnerie féminine, quoique n’expliquant même pas ce qu’étaient ces sœurs maçonnes dont il donnait un total, au petit bonheur, il est juste de tenir compte à M. Rosen de son aveu, si tardif et si incomplet qu’il ait été.

Sur la question des crimes ordonnés et exécutés par la haute maçonnerie, même ignorance chez M. Rosen. Son dernier livre, l’Ennemie Sociale, a plus de cent pages consacrées à « la franc-maçonnerie en Italie ». Cette partie importante est divisée en trois chapitres, intitulés : 1° « Origine et développement de la franc-maçonnerie en Italie » ; 2° « l’exploitation de la franc-maçonnerie en Italie » ; 3° « l’action de la franc-maçonnerie en Italie ». Or, s’il est un pays où des assassinats ont été commis par la secte, c’est bien celui-là. M. Rosen les ignore, ne fait mention d’aucun d’eux, il ne cite même pas l’assassinat du comte Pellegrino Rossi, ce franc-maçon converti dont Pie IX fit son premier ministre et qui, le 15 novembre 1848, tomba sous le poignard des ultionnistes désignés par les chefs sectaires. Ce crime est historique : on sait que la mort de Rossi avait été délibérée et décidée le 10 octobre, à Turin, dans un conciliabule maçonnique présidé par Mazzini ; on sait qu’à Rome, le 14 novembre, veille de l’assassinat, les ultionnistes s’étaient procuré, à l’hôpital San-Giacomo, un cadavre de la taille du ministre condamné à périr, et que ce cadavre, maintenu debout, dressé contre un portant, leur servit à se faire la main ; on sait que la leçon criminelle fut donnée, salle Capranica, au F.˙. Sante-Costantini, que le sort avait désigné pour être le meurtrier ; on sait, en un mot, tous les détails de cet abominable forfait, accompli en plein jour. Quelle belle page M. Rosen aurait eu à écrire sur cet épisode tragique, dans son chapitre de « l’action de la franc-maçonnerie en Italie », s’il avait été tant soit peu renseigné ! Mais non, on lui a affirmé, dans sa loge, que l’ordre maçonnique répugnait à verser le sang, et naïvement il l’a cru ; on a traité devant lui de calomniateurs les écrivains qui ont accusé la secte de se vautrer dans le crime, et il s’est bien gardé, dans ses ouvrages, de faire la moindre allusion aux ultionnistes, de citer un seul des nombreux assassinats dont l’odieuse société secrète s’est souillée, 33e avec l’anneau, il ne savait rien de tout cela.

Quant à la pratique du culte luciférien dans les triangles palladiques, il ne pouvait pas s’en douter, n’ayant jamais pénétré au sein d’une arrière-loge occultiste. Bien mieux, M. Rosen, que ses frères ont berné dans des proportions fantastiques, croit que la doctrine de la haute maçonnerie, loin d’être la déification de Satan, est le naturalisme matérialiste. Il fait prêcher par Albert Pike lui-même que « le vrai Dieu, c’est la raison pure dans la nature » ; or, Albert Pike, le grand organisateur du luciférianisme dans les arrière-loges, n’a jamais écrit, jamais ! pareille sentence. Il trouvait même que l’expression « grand architecte de l’univers » était trop vague et devait être abandonnée dès le grade de Rose-Croix ; il a officiellement proposé au Grand-Orient de France, à l’époque des premières discussions sur cette formule, d’adopter celle-ci : « Dei Optimi Maximi ad Gloriam », c’est-à-dire : « A la gloire du Dieu le meilleur et le plus grand », phrase luciférienne qui est d’une clarté remarquable. Et ce pauvre M. Rosen prend Albert Pike pour un athée !…

Voici, en effet, quelle est la situation de M. Rosen dans la franc-maçonnerie : malgré sa radiation par un loge, on le reçoit encore, - je veux dire, les frères servants le reçoivent, - quand il se présente au local du Grand-Orient de France ou du Suprême Conseil, pour se procurer des renseignements, des imprimés maçonniques quelconques. Les frères servants ont l’ordre de lui faire bon accueil et de feindre d’ignorer sa radiation ; et alors c’est à qui lui passera des renseignements de la plus haute fantaisie. C’est ainsi qu’on lui a fabriqué une prétendue réception de Garibaldi au 33e degré à Palerme, le 5 avril 1860, avec un discours adressé censément par le grand-maître Anghera au dit Garibaldi pour lui donner l’instruction secrète, pour lui révéler les secrets de ce grade ; et M. Rosen a bien ingénument publié ce discours fabriqué tout exprès pour lui par des frères fumistes, ignorant ce point qui a son importance : c’est qu’à l’époque (avril 1860) où il fait recevoir Garibaldi au 33e degré, celui-ci n’avait pas grand chose à apprendre en fait de maçonnerie, attendu qu’il avait reçu déjà non seulement les grades philosophiques, mais même tous les grades cabalistiques des dernières arrière-loges jusqu’au 92e degré inclusivement, attendu qu’à cette époque même il était, depuis plusieurs années, le souverain grand-maître et grand hiérophante du Rite de Memphis pour tous les pays du globe, et que, par conséquent, Anghera avait plutôt à apprendre quelque chose par Garibaldi que d’avoir à lui enseigner le moindre secret.

Dans son premier livre de révélations, M. Rosen cite à plusieurs reprises, un ouvrage maçonnique d’Albert-Georges Mackey, où il puise toutes sortes d’arguments en faveur de la thèse qu’il soutient. Il donne ces extraits, et chaque fois il met en note au bas de la page : « Tiré du Lexicon of Freemasonry, par Albert-Georges Mackey, grand secrétaire du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des Etats-Unis. » M. Rosen fait au moins vingt citations de cet ouvrage. Or, le Lexicon of Freemasonry existe bien ; mais il n’est pas d’Albert-Georges Mackey, qui, au surplus, n’a jamais écrit une ligne de publication maçonnique quelconque, et qui n’a jamais été grand secrétaire du Suprême Conseil de la juridiction Sud des Etats-Unis. M. Rosen s’en est rapporté au frère servant, à qui il avait glissé la pièce, en le priant de lui copier quelques extraits de cet ouvrage maçonnique qui est à la bibliothèque du Suprême Conseil de Paris ; le frère servant a empoché l’argent de M. Rosen, et l’archiviste du Rite Ecossais s’est fait une douce joie de mystifier son frère 33e avec l’anneau. Si M. Rosen avait seulement vu la première page du Lexicon of Freemasonry, il aurait su que cet important ouvrage maçonnique a pour auteur, non pas l’ingénieur Albert-Georges Mackey, mais son oncle le docteur Gallatin Mackey, que j’ai eu l’avantage de connaître personnellement à Charleston, environ trois mois avant sa mort. »

[Or, d’après la liste suivante qui date de 1872 (le Lexicon of Freemasonry date de 1873), c’est bien le Dr Bataille qui a raison. C’est bien Albert Gallatin Mackey qui est secrétaire général, et non Albert-Georges Mackey.

 

 

Liste extrait de « Ancient and accepted Scottish rite of Freemasonry. The Constitutions and regulations of 1762. Statues and regulations of perfection, and other degrees. Vera instituta secreta et fundamenta ordinis of 1786. The secret constitutions of the 33d degree, with the Statues of 1859, 1866, 1868, 1870 and 1872, of the Supreme Council for the southern jurisdiction. Compiled by Albert Pike. » (New-York, Masonic publishing Cy., 1872, 567 pages.) ATHIRSATA.]

 

P.446 :

« en attendant, l’Italie comptait quatre puissances maçonniques en état d’hostilité sourde. Et à ce propos, je ne puis m’empêcher de relever ici une des innombrables erreurs de M. Paul Rosen, écrivant ses livres en initié par trop incomplet. Dans son volume l’ennemie Sociale (p. 329), cet auteur ne cite et ne connaît, comme puissances maçonniques italiennes de 1877 à 1887, que le Grand Orient de Rome, le Suprême Conseil de Rome et le Suprême Conseil de Turin. Il oublie tout simplement, il ignore le Souverain Conseil Général de Naples, dont Garibaldi était le souverain grand-maître, non pas à titre honorifique, mais bien à titre réel et effectif. Pour un oubli, en voilà un qui peut compter ; et, après une omission de ce calibre, fiez-vous donc aux renseignements d’un 33e reçu avec l’anneau ! »

Note du Dr Bataille :

« Ce pauvre Rosen s’est tellement bien fait mystifier par ses collègues, lorsqu’ils lui ont conféré ce 33e degré comme étant le plus haut grade maçonnique, qu’il a eu l’ingénuité de publier, dans son ouvrage en collaboration intitulé : Cours de Maçonnerie pratique (tome II, page 42-43), le passage du cérémonial de l’initiation au dit 33e degré où le grand-maître donne l’anneau au bon jobard dont on se moque. Il est fier d’avoir eu une si belle bague, et il décrit l’incident en termes pompeux.

« Le Très Puissant Souverain Grand Commandeur, raconte M. Rosen avec une délicieuse naïveté, place une double alliance d’or, de l’épaisseur de deux centimètres, dont l’intérieur porte gravés, sur l’un des cercles, le nom du nouveau Souverain Grand Inspecteur Général (33e degré) et sur l’autre, la devise de l’Ordre : Deus meumque Jus ! autour de l’annulaire gauche du récipiendaire, en lui disant : « Recevez cette alliance comme gage précieux de votre union indissoluble avec l’Ordre, comme emblème de tous et chacun des devoirs importants que vous êtes dorénavant appelé à remplir. Vous ne devez vous en séparer qu’en quittant cette vie mortelle ; car c’est à vie que vous êtes uni à l’ordre, et c’est pendant toute votre vie que vous lui devez l’accomplissement de tous les devoirs que vous avez volontairement acceptés. »

M. Rosen, en se laissant enfiler au doigt le fameux anneau et en écoutant la recommandation qui lui était faite de ne jamais s’en séparer, était à mille lieues de se douter qu’il allait porter désormais un signe distinctif dont le plus clair résultat pour lui serait le silence des vrais initiés en sa présence, sans compter les joyeuses moqueries à son adresse, une fois le dos tourné.

Et cependant, il aurait pu flairer la mystification, s’il avait eu soin de lire, en y réfléchissant, le Tuileur des 33 grades écossais qui figure à la fin de la brochure donnant le compte rendu officiel du Convent de Lausanne, en 1875. En effet, à propos des bijoux du 33e degré remis au récipiendaire par le grand maître, lors de l’initiation, il est dit, et ceci est signé par les chefs (à l’avant-dernière page) : « La remise d’une double alliance en or, avec le nom du frère, est facultative. » Ce dernier mot ne peut qu’éveiller la défiance de tout récipiendaire bien avisé ; car il doit se dire, en toute logique : « Pourquoi donne-t-on aux uns l’anneau, et aux autres non ? Il y a évidemment quelque chose là-dessous. Méfions nous ! »

P.456 :

« Et c’est pour cela que je puis dire ce qui se passe, autrement que le premier venu donnant des renseignements à coups de ciseaux à travers des bulletins maçonniques, où les chefs de la secte ne laissent publier que ce qu’ils veulent, où ils se plaisent même à glisser, à côté de quelques vérités sans importance, des faussetés ingénieusement combinées pour dérouter les recherches. »

P.463 :

« Mais, depuis lors, Pessina a reçu connaissance des livraisons qui ont suivi, et il n’a plus bougé. J’ai même tout envoyé au grand chancelier du rite, le capitaine Vincenzo Mineo, demeurant rue Pietrarsa, n° 18, à Portici, près de Naples ; aucun des misraïmites italiens n’a contesté l’exactitude des renseignements jusqu’à présent donnés par moi sur leur rite essentiellement hermétique et cabalistique, et je les mets bien au défi de prouver qu’il y a la moindre erreur sur ceux qu’il me reste encore à donner. »

[Comme toujours, le Dr Bataille donne des faits précis, des adresses et est toujours prêt à affronter les procès au cas où. ATHIRSATA.]

P. 466 :

« Quand aux menaces de procès, on pense combien elles sont peu de nature à m’émouvoir. Pessina peut, quand il le voudra, déposer sa plainte entre les mains du procureur de la République ; il lui est loisible d’assigner le docteur Bataille et ses éditeurs ; l’assignation donnée à l’auteur d’un ouvrage est parfaitement valable, ce nom fût-il un pseudonyme ; et j’affirme à Pessina qu’il aura bien devant lui, à l’audience, l’auteur réel de cette publication. »

P. 471 :

« Le Souverain Sanctuaire du Rite oriental et primitif de Memphis et Misraïm a son siège : vico dei Carbonari, n° 11, à Forcella (faubourg de Naples). C’est là aussi le domicile actuel de Pessina. »

P. 483 :

« La Mancique ou magie divinatoire. On constatera que ceux qui s’y livrent : sont ou des charlatans dupeurs, ou des fanatiques trompés par le démon, puisque Satan n’a pas la science de l’avenir. »

P. 503 :

« Le lecteur qui lira jusqu’au bout cet ouvrage en saura autant que s’il avait fréquenté pendant plusieurs années les triangles.

On doit comprendre à présent combien l’œuvre de divulgation que j’ai entreprise excite contre moi des colères sourdes. Les sectaires sont dans la rage ; mais ils sont obligés d’avaler leur bile, car ils sentent que mes mesures sont prises et bien prises contre eux. Les plus furieux, ce sont les faux catholiques, ceux qui jouent un rôle et qui croyaient pouvoir le tenir jusqu’au bout[26]. Ceux-ci sont littéralement épouvantés par cette publication ; ils se demandent avec anxiété s’ils sont au nombre de ceux dont j’ai pu constater la duplicité ; et, pour peu qu’ils se soient mis en avant comme catholique, pour peu qu’ils se soient montrés chrétiens militants afin de mieux masquer leur jeu, tandis qu’ils fraternisent en secret avec les gros bonnets de la maçonnerie des divers rites, ils frémissent à la pensée que leurs masques seront peut-être arrachés bientôt. Les plus hardis prennent les devants, cherchent à créer la confusion dans les esprits, répandent à demi-mot des insinuations de nature à discréditer ma campagne efficacement antimaçonnique, essaient d’en diminuer la portée, s’oublient dans leur désarroi jusqu’à nier le surnaturel, les apparitions de mauvais esprits, les possessions, tant ils ont à cœur, ces prétendus catholiques, de jeter à l’avance le doute sur la véracité de cet ouvrage, qui dévoilera leurs accointances maçonniques, ils le sentent bien. Mais ces tristes individus, dont la rage de dénigrement est l’indice dénonciateur de la honteuse culpabilité, perdent leur temps et leur peine. »

P. 542 :

« Ah ! Les empoisonneurs palladistes n’en sont plus, ainsi que je le disais en commençant ce chapitre, à la Manna di San Nicola di Bari. Ils obtiennent des poisons par des procédés d’une simplicité extrême ; telle chose qui est de l’usage courant, et je me garderai bien de nommer, mêlée à tel mets pendant la cuisson, engendre un toxique terrible, qui foudroie la personne ayant absorbé quelques bouchées du plat, et cet personne succombe avec tous les symptômes d’une mort subite naturelle ; le médecin, appelé pour constater et pour faire sa déclaration, constatera et déclarera, par exemple, une hémorragie cérébrale, de la meilleure foi du monde : aucun soupçon ne sera possible, attendu que l’assassin, ayant avalé auparavant tel contre-poison du laboratoire palladique, se sera assis à la même table que sa victime et aura mangé du même plat impunément. »

P.556 :

« J’étais venu, je l’avoue, à Berlin un peu au hasard, sans autres renseignements que l’adresse du Directoire Administratif (Dorotheenstrasse, n°27). »

P.712 :

« Je n’ai eu l’occasion de voir que deux fois seulement la sœur Diana : à New-York, où elle est actuellement grande-maîtresse d’honneur ad vitam du grand triangle Phébé-la-Rose, et à Paris, où elle vient assez fréquemment et toujours volontiers. »

P.713 :

« Ils sont, dans le monde, plus d’un million de palladistes, à qui l’on raconte que le triangle de Louisville a eu d’abord et qu’un des triangles de New-York possède aujourd’hui en dépôt la queue du lion de saint Marc, conquise dans une bataille entre les anges et les démons ; et ils sont, oui, plus d’un million, hommes et femmes, qui croient une pareille ineptie ! »

P.789 :

« Je cite volontiers le courageux écrivain religieux (le chanoine Mustel), non seulement parce que son érudition théologique est bien connue, mais aussi parce qu’il est honoré de la haine spéciale des francs-maçons en général et des palladistes en particulier. Je ne le connaissais pas, lorsque j’ai entrepris la divulgation de mon enquête ; et déjà, avec son esprit perspicace, comme Mgr Fava, comme Mgr Meurin, il avait sondé les profondeurs de Satan. Il savait sans avoir vu ; il était certain des infamies qui se commettent et que je suis venu dévoiler. J’ai été, je suis le témoin dénonciateur. M. le chanoine Mustel, constatant que ce que je révélais confirmait ce que les catholiques clairvoyants ont depuis longtemps annoncé, s’est rendu sans hésiter auprès de moi ; sa loyauté n’a pas mis un moment en suspicion ma sincérité ; la sympathie réciproque a été le premier résultat de cette connaissance, qui a bientôt entraîné des relations plus régulières, nous avons échangé nos vues, et c’est ainsi qu’à mon tour je n’ai pas hésité à confier à cet intrépide champion de l’Eglise bien des choses que je ne pouvais livrer à la publicité. »

P. 832 :

« Ce sont ces mous dont j’essaie de secouer la torpeur, et j’écris ma publication sous une forme populaire précisément pour la faire pénétrer dans les masses, où il y a des millions et des millions d’aveugles. »

P.862 :

« La magie, dit-il (Richelieu), est un art de produire des effets par la puissance du diable ; la sorcellerie, ou maléficerie, est un art de nuire aux hommes par la puissance du diable. Il y a cette différence entre la magie et la sorcellerie : que la magie a pour fin principale l’ostentation, et la sorcellerie la nuisance. »

P. 960, fin du tome I :

« Mais, pour combattre avec efficacité les stratagèmes de l’enfer, il faut être un saint. Le croyant, qui est aussi, hélas ! un grand pécheur, ne peut pas grand’chose contre les puissances diaboliques ; mais, si ce chrétien indigne a su du moins conserver sa foi, s’il sait la retrouver après les tristes heures de défaillance, s’il est, en outre, un observateur doublé d’un médecin, et s’il est ou a été en mesure d’assister à des phénomènes étranges et troublants, il les note, les étudie, les rapporte, et, dans la mesure de ses faibles forces, il en tire argument et travaille en ceci pour la cause de Dieu : c’est la son seul mérite, et il est bien petit. »

Tome II :

P. 131 :

« Le Rituel de la haute Magie, dont l’auteur est le F.˙. Constant, prêtre apostat, chevalier Kadosch, ami intime du F.˙. Ragon, et le chef d’un groupe luciférien chez lequel le F.˙. Walder recruta les premiers adeptes nécessaires à la constitution du Palladisme en France. »

P. 146 :

« Il est arrivé à des catholiques de perdre de vue que, dans ces apparitions, c’est le diable qui se montre ; oui, un chrétien fidèle, un auteur catholique, comme M. de Mirville, a cru vraiment que ce sont les trépassés eux-mêmes qui apparaissent. »

 « Vous ne souffrirez point ceux qui jettent des maléfices, ils méritent la mort. » (Exode, XXII, 18.)

« Que personne parmi vous ne consulte les devins… ne pratique de maléfice ni d’enchantement… Car le Seigneur déteste toutes ces choses, et c’est pour de tels crimes qu’il anéantira ces peuples (les idolâtres) devant toi. » (deutér., XVIII, 9-12.)

P.232 :

Saint Thomas d’Aquin :

« Quelques-uns disent que le maléfice n’est que dans l’imagination, et qu’on traite de maléfices des effets très naturels, dont les causes sont occultes. L’Eglise nous atteste la grande puissance des démons sur les corps et sur l’imagination de l’homme, quand Dieu le permet ; c’est de là que viennent les prodiges des magiciens… Cette opinion que les maléfices sont naturels a pour origine le manque de foi et l’incrédulité ; car les impies croient que les démons n’existent que dans les opinions du vulgaire, qui leur impute ses frayeurs imaginaires. »

P.280 :

« En vain, les rares adversaires qui se sont élevés contre moi dans la presse catholique s’efforcent de représenter les Jules Bois et Huysmans comme de simples observateurs, comme des hommes qui se bornent à étudier l’occultisme en interrogeant ses adeptes ; c’est là une hypocrisie nouvelle, une manœuvre pour dissimuler aux catholiques le travail souterrain de nos satanistes modernes.

Je ne citerai qu’un exemple de cette supercherie ; mais il est caractéristique.

Voici comment Georges Bois apprécie son homonyme Jules Bois, l’occultiste :

« Le scepticisme de M. Jules Bois est aux antipodes de la foi catholique. Mais on ne saurait lui contester sa compétence et son expérience des choses de l’occultisme ; c’est un spécialiste d’une autorité reconnue… M. Jules Bois publie sur l’occultisme une série d’études : les Petites Religions de Paris. Après avoir parlé du bouddhisme, il vient au luciférianisme et à l’essénianisme. Sa méthode consiste à écouter les praticiens de ces diverses spécialités et à résumer ses interviews avec la plus indifférente et la plus sceptique exactitude. » (Extrait de la Vérité, n° du 5 mars 1894.)

« M. Jules Bois n’est pas un palladiste ; il ne voit pas en Lucifer le principe du Bien, l’égal du Dieu des chrétiens et son antagoniste finalement vainqueur. […] Pour lui, Jésus est un magicien, dont les préceptes ont du bon, comme ceux d’autres magiciens, Simon, Apollonius de Tyane, qu’il met sur le même pied d’égalité que le Christ. »

P.284 :

« Si M. jules Bois est un égaré, un instrument inconscient du diable, un simple possédé qui se croit un mage ayant l’inspiration divine, l’autre Bois, le George Bois qui se dit catholique abuse étrangement de la confiance de ses lecteurs en faisant passer à leurs yeux pour un indifférent et un sceptique son homonyme l’occultiste dogmatisant et pratiquant, le croyant en Satan futur Messie, l’initié convaincu, disciple de Boullan l’apostat.

Et une question se pose à l’esprit de quiconque n’est pas de parti-pris :

Quel intérêt M. Georges Bois a-t-il à sophistiquer à ce point la vérité ? Quel but poursuit-il, à quelle mystérieuse consigne obéit-il, en dissimulant avec une opiniâtreté inouïe l’œuvre puissante du satanisme dans la société moderne, en s’efforçant de discréditer de toutes manières (heureusement sans y parvenir) tout homme qui vient déchirer les voiles du magisme infernal de notre époque et mettre en garde la chrétienté contre une organisation ténébreuse, l’âme de toutes les sectes anticatholiques et en particulier le moteur occulte de la franc-maçonnerie ?… Oui, quel est le ressort caché de cette conduite incompréhensible ? Voilà ce que se demandent ceux qui apprécient ma campagne contre les sectateurs de la religion luciférienne, en considérant, d’autre part, les moyens déloyaux employés pour la faire échouer.

Note :

Un de mes abonnés m’envoie un exemplaire du journal l’Eclair, numéro portant la date du jeudi 18 mai 1893, où se trouve, aux faits divers, un entrefilet révélant l’existence d’une société de plaisir, non secrète évidemment, mais peu connue, dont je demande pardon à mes lecteurs de reproduire le nom. Cette société, qui fonctionne à Paris, s’appelle : les Bons Bougres, et a, paraît-il, un banquet annuel.

« Le déjeuner annuel des « Bons Bougres », dit l’Eclair, a eu lieu hier avec une joyeuse animation. Parmi les convives : MM. Deschamps, président du Conseil général ; Albert Pétrot, conseiller municipal ; Paul Vivien, président de la Ligue de l’Intérêt public ; … nos confrères Charles Raymond, Joseph Gayda, Georges Bois ; les acteurs Paul Mounet, etc. »

Je n’irai pas jusqu’à dire que cette société des bons Bougres est un triangle luciférien, ni même une émanation de loges maçonniques, non certes ! Sauf erreur, nous avons affaire là tout simplement à un groupe de joyeux vivants, pour employer le terme boulevardier. Mais il n’empêche que les sociétaires comptent parmi eux des francs-maçons notoires : le F.˙. Deschamps, qui est ou a été vénérable de loge, et qui appartient certainement au Grand Orient de France ; le F.˙. Vivien, maçon des plus actifs, lui aussi, vénérable de la loge Droit et Justice, également du Grand Orient de France ; le F.˙. Albert Pétrot, aujourd’hui député, Rose-Croix, vénérable d’honneur, membre et secrétaire du Conseil de l’Ordre, toujours au Grand Orient de France.

D’autre part, il est à remarquer que l’Eclair a imprimé « Georges Bois » et non pas « Jules Bois ».

Il est à remarquer encore que M. Georges Bois (le rédacteur de la Vérité, journal catholique), dans son volume intitulé Maçonnerie nouvelle du Grand Orient de France, a falsifié les documents qu’il a reproduits concernant les convents de 1889, 1890, 1891 ; que ces falsifications consistaient à enlever les noms de francs-maçons militants se trouvant au cours des documents maçonniques officiels et à les remplacer par des désignations incompréhensibles pour le public, lui cachant ainsi les personnalités (une longue nomenclature de ces falsifications a été publié dans le 1er numéro de la Revue mensuelle, religieuse, politique, scientifique) ; que ces falsifications sont d’autant plus coupables, que, dans son livre même, M. Georges Bois déclare qu’il faut publier les noms des francs-maçons, « afin que les catholiques sachent qui ils ont devant eux » (page 514) ; qu’il a été obligé, pris sur le fait, ne pouvant nier, d’avouer ces falsifications (Vérité, n° du 5 février 1894) ; que le Saint-Siège prescrit l’obligation générale de dévoiler les noms des francs-maçons et particulièrement ceux des chefs, des coryphées, des militants, et cela sous peine d’excommunication (bulle Apostolicae Sedis ; consultation du Saint-Office en réponse à une lettre de Mgr l’évêque de Bayonne, 19 avril 1893) ; que plusieurs des falsifications de M. Georges Bois ont eu notamment pour effet de cacher aux catholiques le rôle personnel, violemment antichrétien, joué par le F.˙. Albert Pétrot dans les convents de la francs-maçonnerie.

[…] Enfin, mon abonné me fait observé très judicieusement la coïncidence singulière qui existe entre la date du déjeuner Deschamps-Vivien-Pétrot-Bois (Georges) et la date de l’ouverture des hostilités du journal la Vérité contre mes révélations démasquant la haute-maçonnerie. En effet, la campagne si incompréhensible de M. Georges Bois a commencé immédiatement après cette petite ripaille intime où figuraient trois importants chefs francs-maçons. »

P.376 :

« Je n’ai pas pénétré chez les Odd-Fellows, ayant assez à faire chez les Palladistes ; mais, une partie de ceux-là (les initiés de la seconde classe) étant en rapports avec ceux-ci, ayant la correspondance directe de Charleston, étant reçus dans les triangles, j’en sais suffisamment pour pouvoir tracer à grands traits une esquisse de cette société non moins satanique que l ‘autre.

En outre, je complèterai, dans ce bref tableau, mes renseignements personnels par ceux de mon excellent ami M. A.-C. de la Rive, qui est un travailleur infatigable, doublé d’un enquêteur habile, sachant à merveille diriger où il faut ses recherches et possédant des moyens sûrs d’information, dont son récent volume La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie Universelle a fourni l’éclatante preuve. Nous avons, lui et moi, en diverses circonstances, travaillé chacun de notre côté, en des enquêtes parfois bien délicates, hérissées de difficultés, nous livrant parallèlement à des investigations sur des questions identiques ou analogues, et, je dois le dire, nos renseignements ont parfaitement concordé.

Je vais donc relever ici quelques notes de M. A.-C. de la Rive (La Franc-Maçonnerie démasquée, numéro d’avril 1894).

L’Ordre des Odd-Fellows : il y a deux classes d’adeptes, dont l’une absolument secrète qui s’intitule : « Ré-Théurgistes Optimates », exactement comme les Palladistes. Il y a encore une différence entre les Palladistes, qui n’ont qu’une classe (en cinq grades), et les Odd-Fellows, c’est que, chez les premiers, le prétendu Dieu-Bon est invoqué uniquement sous le nom de Lucifer (sauf en Italie), tandis que les Odd-Fellows parfaits initiés disent indifféremment Lucifer ou Satan. Ajoutons encore que les Palladistes nomment leurs groupes triangles, alors que les Odd-Fellows appellent les leurs loges, comme dans la maçonnerie ordinaire des grades symboliques. »

P.428 :

« Si d’autre part, des profanes s’obstinent à douter encore, je ne saurais mieux faire que de leur recommander une expérience conseillée déjà par M. Léo Taxil ; c’est cette expérience qui a mis M. de la Rive sur la piste de toutes ses découvertes. Elle consiste à se procurer des collections de journaux secrets de la secte ; ce n’est pas chose impossible ; en tous cas, toute personne habitant Paris peut les feuilleter à la Bibliothèque Nationale. Si l’on ne veut pas perdre son temps à recueillir des noms, il suffira de se procurer le Manuel Général de Maçonnerie, par le F.˙. Teissier, 33e. Ce livre, qui est d’un usage courant en maçonnerie, n’est pas un antique bouquin du siècle dernier, que les Georges Bois et autres complaisants négateurs des turpitudes de la secte pourraient récuser comme rapportant des pratiques abandonnées aujourd’hui : c’est un livre tout à fait contemporain, imprimé pour la première fois en 1883 (imprimerie des F.˙. Putel et Désableau, à Pontoise) et figurant sur les catalogues des librairies maçonniques en cette présente année 1894.

On n’aura qu’à ouvrir ce livre à la page 243, et l’on sera pleinement édifié sur l’existence des loges androgynes à l’heure actuelle. […]

Eh bien, le curieux lira, dans ce manuel tout contemporain, quarante-deux pages consacrées à toutes les indications utiles aux frères servants pour la préparation de la salle aux tenues des grades du Rite d’Adoption, c’est-à-dire aux tenues androgynes. »

P.443 :

« Si les sœurs maçonnes ont leur grande part dans le combat de la secte internationale contre l’Eglise de Jésus-Christ, combien plus important encore est le rôle des juifs. Les sœurs maçonnes sont, sauf quelques rares exceptions, des instruments ; les juifs, au contraire, sont des inspirateurs, ils participent aux plus violentes entreprises, ils attisent les haines antichrétiennes au foyer des loges, et, de connivence avec le Palladisme où bon nombre d’entre eux sont chefs, ils ont même leurs arrière-loges spéciales, confédérées à l’insu des maçons vulgaires et gouvernées par le Souverain Conseil Patriarcal de Hambourg.

Ici, je suis obligé de ma séparer complètement de M. Léo Taxil.

M. Léo Taxil s’est plus occupé de mettre des rituels au jour, que d’étudier l’histoire de la secte. Dans cette excellent ouvrage Les Mystères de la Franc-Maçonnerie, il a à peine tracé une esquisse de l’histoire de l’Ordre, et l’on voit, en le lisant, que c’est là un travail hâtif, fait à l’aide de notes prises au courant de rapides lectures, fort incomplètes ; en un mot, le temps lui a manqué, il n’a pas approfondi. Du reste, M. Léo Taxil a déclaré que ce n’était là qu’une ébauche et qu’il se proposait d’écrire un jour, en entrant dans les détails, l’histoire complète de la franc-maçonnerie.

M. Léo Taxil ne croit pas que juiverie et maçonnerie se tiennent ; il est convaincu qu’il y a incompatibilité entre la qualité de franc-maçon et celle d’israélite pratiquant ; il constate que ce ne sont pas les juifs qui ont créé la franc-maçonnerie, et il se refuse à admettre qu’un israélite, croyant en sa religion, puisse adopter dans les loges une liturgie où les épisodes les plus respectables, les plus sacrés de la Bible servent de thème à des parodies impies.

Voilà, en six lignes, la thèse de cet auteur. Il est mon ami, et je le sais de bonne foi. Mais il se trompe ; il se trompe absolument. […]

Le rabbin est infiniment rare dans les loges, je le reconnais, tandis que les pasteurs protestants y pullulent ; c’est sans doute ce qui a trompé M. Léo Taxil. »

 P.506 :

« J’appelle l’attention de Léo Taxil sur ce point. Il est bien certain que Crémieux était un « vrai juif de synagogue », un israélite pieux dans sa religion. Cela l’a-t-il empêché d’être un maçon actif et même un des chefs ? »

P.826, dans un note :

« J’avais l’intention de publier les adresses des locaux servant à Paris aux réunions des palladistes et autres occultistes, surtout après que M. Georges Bois (de la Vérité) me porta un défi à ce sujet, en niant, d’une part, ces réunions, et en affirmant, d’autre part, que les vrais satanistes n’étaient pas ceux dont je me suis occupé ; M. Bois, on s’en souvient, ajoutait que les vrais satanistes parisiens avaient, dans le quartier Saint-Sulpice, vingt-deux chapelles secrètes où se dirait la messe noire. Mais plusieurs conseillers prudents m’ont vivement engagé à abandonner ce projet, en me faisant observer que le défi de M. Georges Bois cachait sans aucun doute un piège ; car M. Bois, qui me sommait en quelque sorte de faire la publication précise des locaux d’occultisme à ma connaissance, c’est-à-dire imprimer les noms des rues avec le numéro des immeubles, se gardait bien d’en faire autant pour les prétendues chapelles secrètes dont il parlait. En effet, étant donné que j’ai décrit dans cet ouvrage les scènes horribles qui se passent d’ordinaire dans les antres du palladisme et que j’en ai montré toute l’immoralité et vu aussi la résolution prise dans le Convent de Paris de septembre 1894 de poursuivre en diffamation les publications catholiques démasquant la franc-maçonnerie et les francs-maçons toutes les fois qu’elles pourraient tomber sous le coup de notre loi imparfaite, laquelle n’autorise pas la preuve des faits allégués, il est plus que probable qu’en donnant les numéros des maisons, nous nous ferions, mes éditeurs et moi, intenter, par les propriétaires d’immeubles abritant ces honteuses pratiques, des procès d’avance perdus pour nous. Ce serait donc, de notre part, une naïveté de publier ces adresses, quand M. Georges Bois, pour une autre cause, sinon pour celle-là, ne publie pas les siennes.

Toutefois, voici quelques indications, dans la mesure du possible :

L’hôtel du Grand Orient de France n’abrite pas de réunions palladistes ; mais il n’en est pas de même de l’immeuble où se trouve le siège du Suprême Conseil du Rite Ecossais, rue Rochechouart. La Mère-Loge le Lotus de France, Suisse et Belgique a ses tenues administratives rues Saint-Antoine et ses tenues expérimentales et liturgiques dans un immeuble particulier, tout près du couvent du Sacré-Cœur et dans l’îlot même de maisons où est l’Archevêché ; l’entrée est rue Varennes. Un triangle sous-loue à certains jours, pour ses réunions au 1er degré masculin, une salle, rue Payenne ; mais ses réunions androgynes ont lieu aux trois S. Un autre triangle reçoit l’hospitalité d’une secte occultiste, qui est loin d’être mal vue par le Grand Orient de France, les Théophilanthropes ; ce temple est situé rue Croix-Nivert. Enfin, dans la petite rue de la Huchette, se trouve un des antres secrets du satanisme le plus honteux, le plus avilissant ; les initiés le désignent sous le simple nom de « Caveau ». »

P.846 :

« Dans le palladisme, comme ailleurs, il y a une sorte d’émulation, un esprit de gloriole, qui amène l’invention de récits exagérés. Tel visiteur, venant dans un triangle étranger et y assistant à une œuvre de grand-rite, dit souvent, à la sortie, en causant : « Oh ! Chez nous, nous avons tel frère ou telle sœur, qui, en état de pénétration, opère tel et tel prodiges, bien plus merveilleux que ce que je viens de voir ici ». C’est l’éternelle histoire du marseillais et du gascon, qui, renchérissent sur ce qui leur est arrivé. »

P. 945, Appendice – Réclamations et rectifications :

« Il est bien certain, - et mes lecteurs l’ont compris dès le début, - qu’en écrivant un ouvrage aussi considérable que celui-ci, je n’ai pas eu la prétention de ne jamais commette une erreur dans mes récits, encore moins en rapportant ceux qui m’ont été faits par des tiers, si dignes de foi que ceux-ci puissent être.

Ainsi que je l’ai dit chaque fois qu’il y a eu lieu, il s’est trouvé tels et tels faits dont je me suis borné à me faire l’écho, lorsqu’il m’ont été certifiés par des personnes n’ayant aucun intérêt à me tromper ; je peux alors avoir mal retenu certains points non essentiels.

En ce qui concerne mes observations personnelles, j’ai pu aussi me tromper parfois, mais alors plutôt dans mes appréciations que dans les constatations de faits ; car j’ai été sincère. […]

Il n’est pas un seul ouvrage, même parmi les mieux documentés, parmi ceux qui font le plus autorité, qui soit absolument impeccable et qui échappe aux erreurs de détails. Celui-ci a été minutieusement épluché, tant par les adversaires que par grand nombre de catholiques incrédules ou défiants. J’ai annoncé à plusieurs reprises que le champ était ouvert aux réclamations, qu’un appendice serait consacré à toutes les protestations qui se produiraient ; avec les retards que la publication a subis dans la seconde année, la période qui s’est écoulé depuis l’apparition du 1er fascicule (20 novembre 1892) jusqu’à aujourd’hui (20 mars 1895) est donc de deux ans et quatre mois ; ces fascicules n’ont pas été ignorés des intéressés, et n’ont pas passés inaperçus, puisque, dans tous les pays, même au Canada et en Australie, des articles ont été consacrés à cet ouvrage par la presse favorable et par la presse hostile, puisque les épisodes les plus saillants ont été traduits dans toutes les langues (et je parle seulement de ceux envoyés à mes éditeurs ou à moi-même). Eh bien, en deux ans et quatre mois, sur près de deux mille personnes figurant nommément dans cet ouvrage, sept seulement, sept en tout, ont envoyé une lettre de réclamation. »

[…]

« M. Georges Bois

Ici, il importe de débuter par une remarque : ce n’est pas moi qui ai mis M. Georges Bois en cause ; il s’y est mis lui-même, par des attaques faites avec une violence inouïe.

C’est lui qui, le 19 juin 1893, imprimait ceci dans la Vérité ( ?) :

« … Le feuilleton illustré du Dr Bataille, rendons-lui cette justice, n’est pas obscène. C’est une fumisterie violente, à peu près l’histoire de M. de Crac devenu franc-maçon… Nous ne consentirons pas à qualifier d’innocent le parti pris de se moquer du public catholique en lui présentant comme la vérité même, appuyée de témoignages personnels et de démonstrations pieuses, - parfois trop pieuses et même ratées, - une série d’inventions abominables ou dégoûtantes, poussées, sans ménagement pour l’imagination du lecteur, jusqu’à l’invraisemblable. »

Quelques temps après, M. Bois, étonné que je n’eusse pas laissé passer sans protester une pareille sortie, se plaignait, toujours dans la Vérité, de la riposte du Dr Bataille, et il ajoutait : « Il est vrai que j’ai traité son œuvre de fumisterie et d’imposture ». Mais notre homme ne reconnaissait nullement ses torts.

Il eût peut-être été bon de consigner ici tous les incidents de cette polémique, où M. George Bois a accumulé mensonges sur mensonges, ne désarmant pas, ayant toujours la prétention d’avoir le dernier mot, lui le provocateur, passant sous silence celles des répliques où il était irréfutablement prouvé qu’il avait menti ; par exemple, son audacieuse affirmation, imprimée par lui jusqu’à trois fois, que c’était lui qui, au mois de mai 1893, m’avait appris la mort du Dr Gallatin Mackey. Pour le confondre, il n’y eût qu’à exhiber le 4e fascicule de cet ouvrage, mis en vente le 5 mars 1893 et fini d’imprimer le 28 février, où, en trois passages (pages 311, 318, 319), il est question de cette mort, où j’en donnais la date exacte, et le 5e fascicule, paru le 5 avril, où j’ai publié une notice biographique complète du Dr Gallatin Mackey (de la page 335 à la page 340), avec même le compte rendu des obsèques. Pris la main dans le sac, M. Georges Bois se garda bien de faire part à ses lecteurs de cette démonstration concluante ; et c’est là ce qui prouve bien sa mauvaise foi. Tout autre contradicteur eut saisi avec empressement cette occasion de faire une paix honorable et de désavouer, de démasquer même le drôle qui lui avait soufflé ce mensonge maladroit. Vingt fois, M. Georges Bois a été ainsi éclairé sur des erreurs par lui commises dans cette polémique où il se ruait, tête baissée, comme un fou furieux qui ne veut rien voir ni rien entendre ; mais jamais il n’a eu la loyauté de se rétracter.

Oui, l’historique de cette polémique mériterait de rester à la fin de ce volume ; malheureusement, la place me fait défaut. Du moins, les principaux incidents se trouvent relatés, attaques reproduites et réponses, dans la collection de la Revue Mensuelle.

Quant à moi, au cours de la polémique, il m’est arrivé de commettre une erreur (page 284 du second volume). Une similitude absolue de nom et de prénom m’a fait croire, à la suite d’une communication d’un abonné, que mon adversaire était membre d’une société dite des Bons Bougres. Il y a, paraît-il, deux Georges Bois, tous les deux journalistes, tous deux amis du F.˙. Albert Pétrot. On avouera que le quiproquo, au sujet des Bons Bougres, était facile à commettre, quoique dise M. Georges Bois, celui de la Vérité ; et, sur l’honneur, je déclare avoir ignoré l’existence de cet homonyme ; sa signature au bas d’un feuilleton, si le hasard avait fait tomber sous mes yeux le journal qu’il publiait, n’eût contribué qu’à me donner à croire que l’unique Georges Bois connu de moi en était l’auteur. Mais, sitôt que j’ai reçu la réclamation de mon adversaire, j’ai inséré intégralement sa lettre sur le bulletin qui servait de couverture au 17e fascicule (n° d’avril 1894). M. Bois, me signifiant sa lettre par huissier, me sommait de l’insérer immédiatement dans le texte de l’ouvrage, c’est-à-dire d’interrompre ma publication en son honneur ; j’ai refusé d’obtempérer à cette prétention inadmissible, car un volume n’est pas un journal. Avec la présente insertion, cela fait donc deux fois que je fais connaître à mes lecteurs la protestation de mon adversaire ; et, en outre, je l’ai mentionnée en note dans le corps de l’ouvrage, page 643 (second volume), en lavant de nouveau M. Georges Bois du soupçon d’avoir fait partie des Bons Bougres. C’est qu’en effet il n’en coûte jamais de reconnaître une erreur, quand elle a été commise de bonne foi.

Voici la lettre en question :

« Paris, le 31 mars 1894.

Monsieur,

Dans votre dernier fascicule du Diable au XIXe siècle, paru ce présent mois de mars, je lis page 280 : « M. Georges Bois ment, trompe ses lecteurs, etc. » Un peu plus loin (page 184), je suis soupçonné « d’obéir à une mystérieuse consigne, de dissimuler avec une opiniâtreté inouïe l’œuvre puissante du satanisme…, etc. » Enfin, p.284 et 285, dans une longue note, vous me montrez, d’après l’Eclair du 18 mai 1893, prenant part au déjeuner annuel d’une société dite des Bons Bougres. Au nombre des convives, sont trois notables francs-maçons, et vous notez cette coïncidence que les articles de la Vérité touchant le Diable commencent « immédiatement après cette petite ripaille intime. » Ces expressions ne sont pas de celui de vos abonnés qui vous envoie l’Eclair. Elles sont de vous, et inexcusables.

Voilà plus qu’il n’en faut pour donner ouverture au droit de réponse.

Le ton de votre récit montre que vous avez cru être sûr au moins d’un fait. Malgré toutes les apparences, vous vous êtes trompé. Je n’assistais pas au déjeuner dont parle l’Eclair et je ne suis pas membre de la société qui se le donnait. Je ne suis point le Georges Bois dont l’Eclair a parlé. J’admets que votre abonné qui a lu l’Eclair ne soit pas tenu de connaître tous les homonymats de la presse parisienne Celui-là existe (prénom compris) ; vous pourriez le voir aujourd’hui même par le feuilleton du Petit Moniteur ; vous pourriez le voir aussi par d’autre œuvres. Au reste, je n’incrimine pas les déjeuners de mes homonymes ; je constate que cet homonyme (nom et prénom) existe et qu’il est connu dans la presse depuis une dizaine d’années. Je veux admettre que votre correspondant a commis cette méprise de bonne foi, et que vous l’avez partagée par simple inattention.

Mais elle est suivie d’une erreur qui vous est bien personnelle et qui me donne le droit le plus absolu de faire appel à votre loyauté. Il y a coïncidence, dites-vous, entre ce déjeuner du 18 mai et la polémique de la Vérité ? Cette coïncidence n’existe pas en fait. Si elle existerait, elle résulterait de ce que la Vérité a été fondée le 15 mai 1893. Mais comment ne vous êtes-vous pas rappelé que nous nous étions rencontré dès le 5 mai ? Et ce, pour discuter des objections bien antérieures elles-mêmes à cette conversation ?

Ce qui est exact, c’est que la Vérité a fait mention du Diable pour la première fois le 19 juin, incidemment, en même temps que du livre de M. Huysmans, dans un article qui traitait de l’occultisme en général. Et l’intention du journal était de n’en plus reparler. J’étais en province depuis trois mois et je ne lisais même plus le Diable, lorsque j’ai appris inopinément que j’avais à répondre au Bulletin mensuel. J’apprenais du même coup l’existence de ce bulletin. J’ai donc répondu.

Voilà ce que vous appelez mon opiniâtreté inouïe. Je n’ai fait que me défendre et je n’y ais mis d’autre opiniâtreté que celle de la modération.

Je vous requiers, bien entendu, d’insérer la présente réponse, non sur la couverture violente du Diable, mais sur le texte même du prochain fascicule, en une place et avec le même caractère que la note des pages 284 et 285.

Quant aux appréciations qui sont dans le texte, je proteste une fois de plus que je « n’obéis » à aucune « mystérieuse consigne » et que la discussion que vous me reprochez serait depuis longtemps close si vous n’aviez tenu à la poursuivre.

Veuillez, monsieur, agréer l’expression de mes sentiments distingués.

Georges Bois,

Paris, 11, rue d’Arcole. »

Il est facile de comprendre que j’ai cru tout naturellement que la campagne inqualifiable de la Vérité était une des conséquences du dîner avec le F.˙. Pétrot et autres « bons bougres », puisque la coïncidence de date était frappante, et puisque je voyais, trompé par les apparences, l’un des convives du dîner dont il s’agit, en M. George Bois, de la Vérité (qui est, du reste, ami personnel du F.˙. Pétrot) ; quant à la prétendue rencontre du 5 mai, dont M. Bois parle dans sa lettre, mon contradicteur joue sur les mots. C’est le 5 mai que je fis, au Salon de la Société Bibliographique, sur la demande de M. de Marolles, une conférence sur mes voyages et mon enquête ; M. Bois se trouvait dans l’assistance, c’est ce qu’il appelle « notre rencontre ». Lorsque je vins à dire que le successeur d’Albert Pike au souverain pontificat de la secte était Albert-Georges Mackey, un monsieur, alors totalement inconnu de moi, se leva et me cria dans une interruption : « Monsieur, permettez-moi de vous apprendre que le F.˙. Mackey, dont vous faites le successeur de Pike, est mort en 1881, soit dix ans avant Pie, et que le successeur de Pike est le F.˙. Bachelor. »

Ce monsieur était M. Georges Bois. Moi qui, deux mois auparavant, avait publié qu’il ne fallait pas confondre les deux Mackey, le docteur Gallatin et son soi-disant neveu (premier volume, page 311), moi qui, un mois auparavant, avait publié le compte-rendu des obsèques du docteur Gallatin Mackey, mort à Fortress-Monroë le 20 juin 1881 (page 322 et page 340), je ne pouvais que prendre en pitié une interruption aussi inepte ; aussi j’y répondis par un haussement d’épaules, c’est ce que M. Bois appelle « notre conversation ».

Du reste, toute la polémique de M. Georges Bois a été faite avec la même mauvaise foi. Le plus fort, c’est qu’il a l’aplomb, dans la lettre ci-dessus, de dire que la Vérité, après son article du 19 juin 1893, avait l’attention d’en demeurer là, et qu’il ne m’a répliqué que parce que je lui ai répondu dans le Bulletin mensuel servant alors de couverture à mes fascicules. Or, c’est dans le 3e bulletin, celui du 11e fascicule, paru en octobre, que j’ai pris la peine, pour la première fois, de répondre à M. Georges Bois. Or, dans l’intervalle, la Vérité avait reproduit toutes les attaques imaginées contre moi, à qui l’on osait opposer comme honnête et loyal l’ignoble F.˙. Cadorna, attaques de M. Aigueperse, de son correspondant turinois, et de M. Delassus. Et je ne parle pas des odieuses lettres privées, me calomniant, écrites et envoyées par M. Bois à tort et à travers. On reconnaîtra, que j’ai fait preuve, au contraire, d’une grande patience.

Au surplus, à cette heure, la Vérité est jugée. Elle ne se relèvera pas du blâme sévère que lui a infligé le Saint-Siège par la lettre officielle du cardinal Rampolla, du 30 janvier 1895, au sujet de son attitude dans la question politique ; et encore l’éminent secrétaire d’Etat de S. S. Léon XIII, a-t-il eu soin d’écrire : « En me bornant a la question politique, par la lecture de la Vérité et par l’esprit qui l’inspire, on a pu constater que, nonobstant la persuasion où elle est de seconder les vues du Saint-Siège, elle se trouve avec lui en désaccord. » Etc… Vraiment, c’est bien à la Vérité qu’il appartenait de donner des leçons aux autres, elle qui vient de se faire prendre en flagrant délit de diffusion d’œuvres abominables ! Lire l’Union catholique des Basses-Pyrénées, de Pau (directeur : M. l’abbé Pon), numéro du 21 février 1895. Sous prétexte de primes à ses abonnés, la Vérité distribuait des romans mis à l’index et jusqu’aux impiétés de M. Hyacinthe Loyson, le renégat ! « Des romans, dont les seuls titres font monter la rougeur au front, est-il dit dans le vaillant petit journal catholique ; des ouvrages immoraux, impies, condamnés par l’Eglise. » Prise sur le fait et la dénonciation ayant été publique, la Vérité n’a pu moins faire que d’interrompre cette propagande malsaine. Dans son numéro du 27 février, elle a balbutié des aveux embarrassés, et a cru s’en tirer devant l’opinion publique en annonçant qu’elle change son catalogue de primes.

Personnellement, M. Georges Bois est jugé, lui aussi. Dans un de ses derniers articles, il se plaignait de ce que, depuis ses attaques acharnés et incompréhensibles, grand nombre de personnes le tiennent pour franc-maçon déguisé en catholique ; et ici la loyauté m’oblige à déclarer que je n’ai vu son nom dans aucun des registres d’archives que j’ai pu consulter. Mais s’il est devenu suspect, M. Bois ne doit s’en prendre qu’à lui-même. On ne choisit pas pour son alter ego un Moïse Lid-Nazareth ! On ne se fait pas le répondant d’un agent de Lemmi ! C’est pourquoi, tant qu’il n’aura pas publiquement avoué ses torts, rétracté ses méchants articles et ses indignes lettres privées, jeté par-dessus bord son fidèle Achate sur qui tous les anti-maçons sont fixés, M. Georges Bois demeurera sous le coup des pénibles vérités qui lui ont été dites par mon vénérable ami, M. le chanoine Mustel.

« Je ne suis pas, écrivait le directeur de la Semaine Catholique de Coutances (n° du 14 décembre 1894), en s’adressant à M. Bois, je ne veux pas tirer de vos relations, ni de vos attaques parallèles, et parfois combinées, une conclusion qui vous blesse. Mais comment ne pas se rappeler le proverbe : Dis-moi qui tu hantes… Surtout quand on ne se contente pas de hanter, mais qu’on travaille d’accord aux mêmes besognes et qu’on s’appuie l’un sur l’autre. »

 

 

Une première preuve incontestable à propos de l’existence de Diana Vaughan

 

Dans 1’Echo de Rome du 1er janvier1894, sous le titre : « Une luciférienne », M. Pierre Lautier a rendu compte d’une entrevue qu’il a eue avec Diana Vaughan, lors d’un séjour de celle-ci à Paris :

« Il y a trois mois, lorsque nous avons parlé, non sans de nombreux détails très précis, du couvent secret de la haute-maçonnerie, qui s’est tenu à Rome le 20 septembre, nous avons insisté, nos lecteurs doivent se le rappeler sur l’opposition faite par plusieurs délégués des triangles à l’élection du renégat enjuivé Adriano Lemmi, comme chef suprême de la secte. Nous avons, en passant, fait allusion à un incident très vif qui avait marqué la fin de la séance et qui avait provoqué une démission dans la délégation d’Amérique : « Il s’agirait même, disions-nous, d’une démission complète de la maçonnerie. »

Comme toujours, nos renseignements étaient d’une exactitude parfaite, et nous aurions pu même en dire davantage, si nous n’avions été tenu, sur quelques points, par une promesse de discrétion vis-à-vis du public. Aujourd’hui, nous ne sommes plus obligé de garder une aussi complète réserve ; les inconvénients qu’il y avait alors à nommer la personne démissionnaire dont il s’agit, n’existent plus.

Les délégués des triangles directeurs au convent secret du palais Borghèse étaient au nombre de soixante-dix-sept, avons-nous dit ; ce nombre comprenait soixante-huit frères des hauts grades et neuf sœurs, Maîtresses Templières. La personne démissionnaire est une de ces dernières et n’est autre que miss Diana Vaughan, la grande-maîtresse de New-York, présidente du Parf.˙. Tr.˙. Phébé-la-Rose, et l’une des plus actives propagandistes du palladisme aux Etats-Unis.

Miss Vaughan est certainement une des personnalités les plus originales de la haute-maçonnerie ; aussi sa démission a-t-elle causé un grand émoi parmi les chefs de la secte infernale, et plusieurs s’efforcent de la faire revenir sur sa décision.

Aussitôt après le couvent du 20 septembre, la grande-maîtresse de New-York s’est rendue en Angleterre en compagnie des délégués fidèles au parti de Charleston, c’est-à-dire adversaires de l’élection de Lemmi ; c’est là que les opposants se sont concertés sur les moyens à employer en vue de la résistance, qu’ils basent sur l’indignité notoire du nouveau chef suprême et sur la corruption mise en œuvre par lui pour se faire élire. Nous tenons de la bouche de miss Vaughan elle-même que le sénateur italien Carducci l’auteur tristement fameux de l’Hymne à Satan, aurait reçu plus de deux millions, à lui versés par la caisse de la Banque Romaine, sur l’ordre d’Adriano Lemmi, pour ne pas poser sa candidature palladiste en concurrence à celle de ce dernier ; c’est à prix d’or que le renégat de Livourne, passé à la juiverie, s’est fait élire sans concurrents.

Il y a peu de temps, miss Vaughan faisait un séjour à Paris. L’ayant appris par un de nos informateurs, nous n’avons pas hésité à demander une entrevue à l’ex-grande-maîtresse américaine, sans lui cacher certes nos titres et qualités et en lui faisant bien entendre qu’elle ne devait considérer notre démarche que comme celle d’un adversaire loyal et déplorant sincèrement l’erreur où elle est restée ; car, quoique démissionnaire de la secte, la sœur Vaughan n’en est nullement pour cela une convertie, nous l’avons bien vite vu, hélas ! Nous avons pensé qu’au cours de cette entrevue nous pourrions apprendre bien des choses dont profiterait la cause que nous servons ; c’est dans cet ordre d’idées que nous nous sommes imposé le tête-à-tête d’un catholique avec une luciférienne militante, et nous sommes convaincu que nos lecteurs ne nous en blâmeront pas.

Notre demande favorablement accueillie, miss Vaughan nous ayant fixé rendez-vous à son hôtel pour jeudi le 21 décembre à onze heures et demie du matin, nous avons été exact, comme bien on pense. Notre adversaire, qui est tenue à une certaine prudence à raison de son hostilité contre le nouveau chef suprême de la maçonnerie, n’avait exigé de nous qu’une promesse : celle de ne pas faire connaître l’endroit où elle séjourne désormais, quand elle vient à Paris. Nous croyons pouvoir dire toutefois que c’est un des premiers hôtels de la capitale, l’un de ceux fréquentés par l’aristocratie princière d’Europe. Ce détail a son importance ; car il prouve que les chefs de la haute-maçonnerie disposent d’un budget secret considérable, leur permettant de voyager avec tout le confort des favorisés de la fortune, qui n’ont rien à se refuser ; cette question de ressources pécuniaires formidables n’est peut-être pas étrangère à la résolution des partisans de Charleston, ne voulant pas laisser Lemmi les déposséder d’un pareil gâteau. Nous donnerons plus loin quelques chiffres.

A l’hôtel de Miss Vaughan, dans le luxueux salon d’attente, nous avons la bonne fortune de nous rencontrer avec M. le docteur Bataille, l’auteur renommé du Diable au XIXe Siècle, qui, mieux que nous, connaît l’ex-grande-maîtresse de New-York, l’ayant vue plusieurs fois dans ses voyages et l’ayant étudiée d’une façon toute spéciale, tant comme médecin que comme catholique ; le docteur, qui a gardé avec miss des relations amicales et qui ne cesse de former des vœux pour sa conversion, nous parle d’elle en termes émus ; il lui rend visite presque quotidiennement, à chacun de ses séjours à Paris. Nous nous trouvons aussi avec deux autres anti-maçons. On le voit, la démissionnaire du 20 septembre entre carrément en lutte contre le sire Lemmi.

Miss ne nous fait point attendre ; à peine lui a-t-on fait passer nos cartes qu’elle sort de son appartement et vient à nous, les mains tendues au docteur. Les présentations ont lieu. A un artiste dessinateur qui est là et qui est venu lui soumettre un croquis de sujet maçonnique, elle indique rapidement certaines retouches à faire, donne des renseignements précis sur quelques menus détails, fait rectifier, supprimer, ajouter, bref lui fait mettre son dessin au point.

Au docteur Bataille qui vient de lui glisser quelques mots en anglais, elle répond : « Mon cher ami, vous oubliez que, lorsque je suis en France, j’aime à ne converser qu’en français. » Et, en effet, elle parle très correctement, mais sans aucun accent, notre langue, que lui a apprise sa mère, qui était française.

C’est une jeune femme de vingt-neuf ans, jolie, très distinguée, d’une stature au-dessus de la moyenne, la physionomie ouverte, l’air franc et honnête, le regard pétillant d’intelligence et témoignant la résolution et l’habitude du commandement ; la mise est fort élégante, mais du meilleur goût, sans affectation, ni cette abondance de bijoux qui caractérise si ridiculement la majorité des riches étrangères. En voyant cette personne, si bien douée sous tous les rapports, nous nous sentons envahi par un sentiment de pitié profonde ; car nous nous disons en nous-même combien il est déplorable qu’une telle créature soit en proie à une aussi funeste erreur.

Nous sommes en présence de la luciférienne convaincue, de la sœur maçonne de haute marque, de l’initiée aux derniers secrets du satanisme sectaire.

M. le docteur Bataille, dont nous avons eu grand plaisir à faire la connaissance ce jour-là, nous fait observer, tandis que miss Vaughan s’explique avec le dessinateur, l’étrange flamme que jettent ses yeux. A vrai dire, ces yeux-là sont peu communs, tantôt bleu de mer, tantôt jaune d’or très vif. Le docteur nous rapporte à voix basse quelques-unes de ses observations sur les lucifériennes qui jouissent, comme miss qui est là, de la faculté d’extase diabolique, qu’il ne faut pas confondre avec les crises d’hystérie, ni avec la possession ordinaire, telle qu’elle est bien connue par les cas officiels d’exorcisation ; ces démoniaques-là, parait-il, font une simple invocation à leur « daimon protecteur » (celui de la sœur Diana serait Asmodée), et aussitôt elles tombent comme mortes ; elles restent dans cet état jusqu’à quatre heures consécutives, vivant d’une autre vie, disent-elles lorsqu’elles se raniment : cela est pour elles un jeu, une volupté, nous ajouterons, une joie vraiment infernale ; et c’est là, nous dit le docteur, une caractéristique de la possession dite à l’état latent. Le docteur affirme même que ces lucifériennes s’élèvent souvent à une certaine distance du sol, durant l’extase diabolique, et semblent soutenues, bercées dans l’espace par des esprits invisibles.

Mais nous sommes venu, non pour assister à des expériences de satanisme, qui d’ailleurs n’ont lieu qu’en présence d’initiés, mais pour recueillir des informations sur la grande querelle entre Adriano Lemmi et les partisans de Charleston.

Justement, miss Vaughan prie les diverses personnes qui se trouvent dans le salon d’accepter une invitation à déjeuner avec elle. « Ce sera, nous dit-elle, le meilleur moyen de causer, tous ensemble. » Nous acceptons.

Dans ce déjeuner-interwiew, nous n’avons pas appris tout ce que nous aurions voulu savoir ; mais nous connaissons maintenant, du moins, les bassesses et la complète indignité du pape des francs-maçons. Malgré toute son habileté, qui nous semble hors de pair, miss Vaughan, pressée de questions, a laissé échapper devant nous bien des mots qui nous ont donné la clef de plusieurs mystères.

Nous savons ainsi que, d’après la statistique la plus récente dressée par le Directoire Administratif de Berlin, l’effectif général de la maçonnerie universelle a augmenté de plus d’un demi-million d’adeptes en douze ans (de 1880 à 1892), et que, là-dessus, l’augmentation des frères maçons est de 404 044 individus, et celle des sœurs maçonnes, de 149 096 individus ; ce qui témoigne une recrudescence énorme dans les ateliers androgynes. Nous en concluons donc qu’il y a là un très grand danger.

En 1880, le nombre total des loges existant sur la surface du globe, s’élevait à 137 065 ; pour 1892, le Directoire Administratif de Berlin a constaté, cette année-ci, d’après les rapports des Suprêmes Conseils et Grands Orients, que ce nombre total des loges s’est élevé à 141 425. Il n’y a donc eu, en douze ans, qu’une augmentation de 4 320 ateliers-souches, et, comme l’augmentation par adeptes (chiffres exacts) est de 553 140 individus, il s’ensuit qu’en moyenne les loges existantes sont très prospères, en dehors même des nouvelles loges créées.

Tout en étant démissionnaire (et encore l’est-elle bien irrévocablement ?), miss Vaughan mettait un certain orgueil à citer ces chiffres. Le docteur Bataille, qui l’a revue après nous, n’a pas eu de peine à se faire donner le détail de la statistique des adeptes en état d’activité, pour l’année 1892, et il a bien voulu nous communiquer le tableau suivant, résumant les relevés officiels de la secte :

 

 

 

 

 

Nombre des Frères Maçons :

Etats-Unis d’Amérique……………………….…5 805 320              

Autres républiques américaines et Canada……...4 581 208

Cuba et Porto-Rico………………………………....19 717            

Asie et Océanie…………………………………....675 953   

Afrique, y compris l’Egypte……………………..…87 882     

Europe………………………………………..….7 966 148                           

Total des Frères……………………………..….19 136 228      

   Nombre des Sœurs Maçonnes………………...…2 725 556

   Total général des adeptes…………………….…21 861 784       

 

Sur la question des capitaux dont la secte dispose, nous avons eu plus de difficultés à arracher à miss Vaughan quelques chiffres. Evidemment, elle s’était fixé, au préalable, jusqu’où iraient ses confidences et tenait surtout à nous armer contre Lemmi. « Les ennemis de Lemmi sont mes amis », tel avait été son premier mot quand nous engageâmes la conversation. Aussi, cherchait-elle à se dérober, chaque fois que nous voulions l’entraîner sur un autre terrain.

« _ Non, messieurs ! Sur ceci, je n’ai rien à vous dire. »

Nous insistions, notamment au sujet du palladisme ; mais en vain.

« _ Vous n’obtiendrez rien de moi. Je vous en prie, parlons d’autre chose… On m’a dit que le Pape désire acquérir le palais Borghèse, pour en expulser Lemmi ; il fera bien. Je voudrais le voir chassé de partout, sans feu ni lieu ; cet homme est la honte de l’humanité. »

Lemmi peut se vanter d’avoir en miss Diana quelqu’un qui le déteste cordialement. Chaque fois qu’elle prononce son nom, c’est avec un mépris indéfinissable.

Par contre, elle ne parle de feu Albert Pike qu’avec une véritable vénération.

« _ Etait-il bien, de sa personne ? » lui demandons-nous.

« _ Oh ! Oui, répond-elle ; un grand et beau vieillard. Et la belle tête ! Avec sa grande barbe blanche et ses beaux longs cheveux blancs ! Une tête de patriarche !... Et pas un exploiteur, lui ! Tout à sa mission ! L’homme de tous les dévouements !... »

En disant cela, elle renversait la tête en arrière et levait ses yeux, comme si elle plongeait son regard dans une vision qui nous échappait.

« _ Vous regardez vers le ciel ? » lui disons-nous brusquement.

« _ Mon ciel n’est pas le vôtre ! » nous riposte-t-elle avec la même brusquerie.

Nous revenons sur la question des « métaux ». Le docteur essaie de la faire parler, en la piquant par l’ironie.

« _ Voyons, miss, lui dit-il, qu’est-ce que ça peut vous faire de causer de cela ? Nous savons bien à peu près ce qu’il en est. Dans la scission projetée par les partisans de Charleston, le fond du sac, c’est le un-pour-cent du prélèvement général qui est attribué à la direction suprême. Vos amis ne veulent pas abandonner le droit au maniement des millions qui vont au Sanctum Regnum ?... Allons, avouez-le, c’est cela, rien que cela ! »

Elle ne répond rien et se contente de sourire.

« _ Le total des collectes annuelles, continue le docteur, s’adressant à nous, s’élève parfois jusqu’à quatre millions... »

« _ Et plus ! » fait miss Vaughan, se décidant à parler cette fois.

« _ Là-dessus, poursuit le docteur, les Suprêmes Conseils et les Grands Orients perçoivent en moyenne le trente-pour-cent sur les ateliers de leur juridiction, et dans quelques pays ils n’en sont guère plus riches pour cela. Mais le un-pour-cent que les chefs de centres prélèvent pour l’envoyer à la direction suprême, à l’insu des loges, tout en passant inaperçu dans les comptes particuliers de chaque juridiction, forme un total énorme, puisqu’il frappe la recette générale brute... Trente-six millions par an pour le budget du palladisme... Voyons, miss, n’est-ce point cela ? Je le répète : trente-six millions. »

« _ Et plus ! » murmure encore l’ex-grande-maîtresse de New-York.

C’est tout ce que nous avons pu obtenir d’elle sur ce chapitre.

Heureusement, sur d’autres points, miss Vaughan a été plus loquace, et nous pourrons, de temps on temps, jeter la lumière sur bien des événements qui parfois paraissent incompréhensibles. La sœur Diana ne nous a demandé le secret sur rien de ce qu’elle nous a dit.

« _ Les coquineries de Lemmi n’ont pas à être protégées par le serment de discrétion, nous déclare-t-elle ; si ce sont-là des armes pour vous, peu m’importe ! La probité avant tout ! »

Nous lui disons encore :

« _ Vous êtes l’ennemie jurée du Vatican ; pourtant, vous ne le connaissez pas. »

« _ En effet, je ne suis allée à Rome que deux fois, pour affaires (sic), et le Vatican ne m’a certes point attirée. Du reste, je n’aime pas l’Italie ; à chacun de mes deux voyages, j’ai eu hâte d’en partir le plus tôt possible. J’aime la France, et l’Italie hait la France. Un peuple de mendiants, les Italiens ! Mais New-York et Paris, voilà les deux villes que j’aime. »

Prévoyant le cas où elle aurait à retourner à Rome et où nous nous y trouverions en même temps, nous nous risquons à lui proposer de rendre visite à quelque prince de l’Eglise, espérant que la curiosité pourra l’amener à vaincre ses préjugés. Nous lui nommons un cardinal, qui nous honore de son amitié.

« _ Me rencontrer avec un cardinal ! Nous réplique-t-elle ; moi, aller chez un cardinal ?… Oh! non, cela, jamais ! »

Lorsqu’on nous eut servi le café, miss Vaughan fit apporter des liqueurs ; elle demanda de la fine champagne et de la chartreuse. Détail significatif : elle ne toucha pas à cette liqueur et prit même plaisir à nous en servir, comme une malice d’enfant espiègle ; quant à elle, elle but du cognac dont le velouté dénonçait l’extrême vieillesse. L’hostilité envers l’Eglise, poussée jusqu’à l’abstention de la liqueur des Chartreux, voilà qui est typique.

Nous en fîmes l’observation, en riant.

« _ Une liqueur adonaïte, dit la luciférienne ; cela n’est pas pour moi. »

En résumé, cette longue entrevue nous a laissé perplexe. Il nous parait évident qu’une scission dans la haute-maçonnerie est inévitable ; mais qu’en résultera-t-il ?...

Il n’y a pas lieu non plus de nous réjouir de la démission de miss Vaughan, même si elle est maintenue jusqu’au bout. Les scissionnistes organiseront un palladisme indépendant ; la sœur Diana fera une chapelle luciférienne à part ; mais Satan continuera son horrible moisson d’âmes.

Quant à nous, nous avons voulu voir, et nous avons vu ; nous connaissons à présent l’état d’esprit d’une luciférienne ; nous savons ce qu’est, hors triangle, une sœur de la haute-maçonnerie. Voilà une femme supérieure, certes ; eh bien, elle n’en est que plus dangereuse. Nous avons eu en face de nous, pendant plus de deux .heures, l’erreur sous sa forme la plus contraire à notre foi, c’est-à-dire une adepte fanatique du culte secret rendu à Lucifer, considéré comme esprit de lumière, comme vrai Dieu, comme principe du bien !

Ce n’est pourtant pas à la table d’une folle que nous nous sommes assis ; c’est bien avec une personne en pleine possession de ses facultés mentales que nous avons conversé. Mais, s’il n’y a pas folie, dans le sens médical du mot, il y a, par contre, au sens religieux, aveuglement complet, renversement absolu de toutes les idées admises. Aussi, n’est-ce pas sans terreur que nous voyons couver dans l’ombre cette religion infernale des arrière-loges, ce culte du gnosticisme néo-manichéen, attendant l’occasion propice pour s’épanouir au soleil à la suite de quelque atroce bouleversement social.

Les périodes de tempête irréligieuse ont toujours été précédées de signes précurseurs, semblables à ceux que nous constatons aujourd’hui. Faisons la veillée des armes, le rosaire à la main.

En ce qui concerne particulièrement cette pauvre Diana Vaughan, nous ne saurions mieux conclure qu’en rapportant les paroles de M. le docteur Bataille, alors que nous revenions ensemble :

« Elle a, du moins, un grand mérite, nous disait-il : elle n’est pas gangrenée, comme la plupart des autres ; son erreur provient de l’éducation insensée qu’elle a reçue de son père, protestant haineux. S’il est vrai qu’il faille un miracle pour la convertir, ce miracle, Dieu le fera peut-être. Jamais, dans un triangle palladique, elle n’a voulu consentir à profaner une hostie, et ses chefs, qui tenaient à elle comme propagandiste, ont dû la dispenser des épreuves sacrilèges. Sans doute, il lui sera tenu compte de cela là-haut. »

Commandeur Pierre Lautier,

Président général de l’ordre des Avocats de St-Pierre. »

 

 

La succession d’Albert Pike[27]

 

Nos lecteurs savent que, dans ces derniers temps, on a cherché à créer une confusion dans les esprits, au sujet des hautes fonctions maçonniques remplies par l’illustrissime F.˙. Albert Pike, décédé en Lucifer le 2 avril 1891.

Cependant, il n’y avait pas à s’y tromper.

A cet égard, notamment, la Croix de Reims, peu après l’élection de Lemmi à la suprême grande-maîtrise de la secte, publia des renseignements on ne peut plus clairs et précis. Les voici[28] :

« Feu Albert Pike cumulait trois fonctions dans la haute-maçonnerie, et sa succession a été répartie entre trois personnes :

1° Comme souverain pontife de la maçonnerie universelle, chef suprême du directoire dogmatique luciférien, Pike a eu pour successeur le sieur Albert-Georges, ingénieur, fils naturel du docteur Gallatin Mackey, lequel passe aux yeux des initiés pour le neveu du docteur et porte abusivement le nom de Albert-Georges Mackey. Cette nomination comme successeur à ce poste, a été connue de S. G. Mgr Meurin, qui l’a révélée au public profane bien avant la publication de l’ouvrage du docteur Bataille, et son renseignement, très fidèle, n’a jamais été contesté. Albert-Georges, luciférien incapable, vient d’être remplacé par Lemmi.

2° Comme souverain directeur du grand consistoire central pour l’Amérique du Nord, Pike a eu pour successeur le sieur Macdonald Bates, rentier, qui était auparavant son directeur-adjoint à ce même consistoire et qui était entré au sérénissime grand collège des maçons émérites en remplacement du sieur Thomas Tullock. Macdonald Bates est aussi luciférien ou palladiste.

3° Comme grand commandeur grand-maître du suprême conseil du rite écossais pour les Etats-Unis d’Amérique (juridiction sud), Pike a été remplacé par le sieur James Cuningham, dit James Batchelor, médecin, entré au suprême conseil écossais en 1859. James Batchelor n’est pas luciférien, bien qu’il ait fait partie de la loge Euréka de la Nouvelle-Orléans, au sein de laquelle il y a un triangle.

Voilà qui est clair et doit empêcher désormais tout quiproquo.

Rhemus. »

Ces lignes terminaient un article intitulé l’Anti-Pape Luciférien et consacré en grande partie à Lemmi. C’est dans cet article que Rhemus a donné, le premier, l’extrait d’acte de baptême du renégat enjuivé aujourd’hui vicaire de Satan.

Cet article fut reproduit par toute la presse catholique, et notamment par la Croix Angevine d’Angers.

Veut-on savoir comment la Vérité[29] s’y prit pour mettre à profit les renseignements de Rhemus concernant l’acte de baptême d’Adriano Lemmi, tout en cherchant à entretenir la confusion au sujet de la succession d’Albert Pike ?

Elle employa un « truc » où éclate toute sa mauvaise foi.

L’article de Rhemus fut scindé en deux. La première partie, celle relative au baptême de Lemmi, fut servie aux lecteurs comme reproduction de la Croix de Reims, sous le titre F.˙. Lemmi Le Converti. La seconde ne fut pas donnée telle qu’on vient de la lire ci-dessus (ce qui aurait permis aux lecteurs de se rendre exactement compte des trois fonctions si distinctes de feu Pike) ; mais, dans un autre article, intitulé Polémiques sur le diable, on feignit d’attribuer à la Croix Angevine ce que Rhemus avait dit de Batchelor, on laissait croire que Batchelor fut le seul et unique successeur d’Albert Pike, et, comme l’article de Rhemus contenait en passant un mot désagréable pour M. Georges Bois, celui-ci tança vertement la Croix Angevine, qui cependant n’avait fait que reproduire la Croix de Reims et qui le disait expressément en tête de sa reproduction.

Les deux Polémiques sur le diable et F.˙. Lemmi le converti sont tous les deux, l’un à la suite de l’autre, dans le même numéro de la Vérité, numéro portant la date du jeudi 26 octobre ; et comme ils proviennent tous deux de coupures faites dans la Croix Angevine, expliquant qu’elle reproduit la Croix de Reims, il est absolument certain que M. Georges Bois, signataire des deux articles de la Vérité, savait très bien qu’il attaquait à tort la Croix Angevine ; mais il recourait à ce procédé digne de lui, pour perpétuer le quiproquo sur la question Pike-Mackey-Batchelor, tout en utilisant le document de Rhemus sur le baptême de Lemmi.

Le lendemain, la Vérité[30] feignait de s’être trompée la veille et publiait la note suivante sous la signature de son directeur :

« Nous avons attribué hier à la Croix Angevine un article que, sans doute, elle avait fait sien, mais qui a paru tout d’abord dans la Croix de Reims. Une petite note, qui nous avait échappé à première lecture, en avertissait le lecteur.

C’est donc à la Croix de Reims qu’il convient de rendre la paternité d’un article où l’on accuse si délibérément de mauvaise foi habituelle notre excellent ami et collaborateur, M. Georges Bois, parce qu’il a l’audace grande, avec une entière sincérité et selon son droit, de discuter sérieusement la véracité de certains récits extraordinaires.

Quand on a l’honneur d’écrire dans un journal qui porte le crucifix en tête de ses colonnes, il semble que la contemplation de ce divin modèle devrait préserver de si discourtois et iniques procédés.

Auguste Roussel. »

Quiconque voudra constater la parfaite déloyauté du journal la Vérité n’aura qu’à se procurer les deux numéros en question (ceux du 26 et du 27 octobre 1893) et demander, en même temps, à la Croix Angevine, le numéro où elle reproduisait l’article de la Croix de Reims.

M. Georges Bois et son directeur sont ainsi pris la main dans le sac.

Et c’est la Vérité qui ose parler de procédés discourtois et iniques ?… Franchement, c’est de l’aplomb !

 

 

Témoignage important au sujet du Dr Bataille

 

Le nouvelliste de l’Ouest, a publié, dans son numéro du 12 janvier1894, une intéressante lettre que son directeur dit tenir « d’une personne sérieuse qui est allée interviewer le docteur Bataille ».

Voici cette lettre :

« Monsieur le rédacteur,

Je crois que vous seriez agréable à un certain nombre de vos lecteurs en leur faisant connaître le témoignage que je viens vous apporter en faveur du docteur Bataille, l’auteur de la publication si répandue déjà et si critiquée, le diable au XIXe siècle. Un de mes amis m’ayant rendu compte d’un entretien qu’il avait eu avec ce docteur, à un voyage qu’il eut occasion de faire à Paris, je lui ai demandé la permission de livrer sa lettre à la presse, ce qu’il m’a permis. Voici donc sa lettre telle qu’il l’a définitivement retouchée :

« J’arrivai, non sans peine, à découvrir l’adresse du docteur. A la librairie Delhomme et Briguet, où il reçoit le lundi dans la matinée, on m’avait répondu qu’il était pour le moment absent de Paris. Je sus là son nom sans la moindre difficulté. Ayant vu ensuite un ecclésiastique éminent du clergé de Paris (le chanoine Brettes), qui me parla en termes enthousiastes de l’ouvrage et de l’auteur, lequel il connaissait très bien et auquel il avait même communiqué quelques enseignements, je conçus plus que jamais le désir de voir le docteur lui-même.

Le lendemain de ce jour, j’eus l’occasion de me convaincre qu’à Paris, le clergé connaît très bien, au moins de son nom véritable, le docteur Bataille. J’arrivai aussi à connaître son adresse, et je pus le voir lui-même dès le soir, car il était de retour de son voyage.

Je crois bon de vous dire que, les circonstances ayant voulu que j’attendisse quelque temps à la porterie, j’en profitai pour demander quelques renseignements à la portière, personne distinguée, et ne répondant point au type reçu.

Elle me dit que le docteur était un homme très religieux, que même elle s’était demandée plusieurs fois comment il ne s’était pas fait prêtre (sic), que beaucoup d’ecclésiastiques venaient le voir, qu’il avait beaucoup voyagé dans sa vie, qu’il écrivait dans un journal illustré. Attendant vainement qu’elle touchât à la question du Diable au XIXe siècle, j’en dis un mot. Elle n’en avait point entendu parler.

Enfin le docteur arrive. Ce n’est pas sans émotion que je vois paraître cet homme qui, à en croire ses récits, avait été mêlé à tant de manifestations surnaturelles. C’est un homme grand, à l’apparence robuste, un peu grassouillet. Il vous reçoit avec bonté et avec beaucoup de simplicité. On est à l’aise avec lui et il vous parle en ami. On voit que c’est un marin, qui a l’habitude d’y aller rondement. Son langage manifeste une foi vive et chevaleresque. Il y a dans son caractère un touchant mélange d’intrépidité et de candeur dans la docilité à l’égard de l’Eglise. C’est un homme à l’imagination puissante, mais, en même temps, j’en suis convaincu, doué d’un sens très droit, d’un grand discernement et d’une très belle intelligence.

Je lui fais observer qu’on regrette qu’il ait adopté pour sa publication une forme si romantique et familière aux plus vulgaires productions de la presse. Il m’a répondu qu’il avait précisément choisi ce mode de publication pour répandre plus sûrement, parmi toutes les classes de lecteurs, la connaissance du Palladisme. « Si j’avais fait une œuvre de savant, je n’aurais point été lu. »

« _ Pourquoi persistez-vous à cacher votre nom ? »

« Eh ! M’a-t-il répondu, c’est le secret de Polichinelle ; mon nom, tout le monde le connaît ; voyez vous-même comme vous avez su le trouver. On persiste à me le demander, et je m’obstine à ne pas le publier. »

(On m’a expliqué ailleurs que le docteur redoute d’être assiégé par les curieux.)

Je lui dis encore :

« _  Vous ouvrez un nouvel horizon aux études maçonniques. »

Il m’a répondu simplement :

« _ Non ; j’apporte seulement des faits qui prouvent l’existence de ce qui n’avait été jusqu’ici que soupçonné. »

Dans le cours de l’entretien, le docteur me montre des pièces constatant qu’il est inscrit comme médecin aux Messageries maritimes. Il me fait voir également un article d’une revue scientifique traitant d’un animal qu’il a découvert au moyen de dragages dans le cours de ses voyages, et auquel on a donné son nom.

Il ne paraît pas s’inquiéter beaucoup de l’accueil que reçoit son ouvrage. Il sait que penser de ceux qui le combattent dans le Monde et la Vérité. Une seule attaque l’a peiné, c’est celle qui venait de la part d’un membre du clergé. (Il s’agit de la critique si injuste et si déplacée de M. Delassus, directeur de la Semaine Religieuse de Cambrai, qui, à la parole du docteur Bataille, n’a pas craint d’opposer, comme celle d’un honnête homme, la parole de l’assassin F.˙. Cadorna[31].)

Il a la conviction de rendre service à la religion en portant la lumière sur les agissements d’une association ténébreuse qui tend à se substituer à la franc-maçonnerie vulgaire, et dont la malice et l’impiété atteignent les dernières limites.

Voici, je crois, quelques-unes des raisons pour lesquels tant de bons esprits ont de la peine à ajouter foi aux récits du Dr Bataille… »

Depuis fin1893, le vrai nom du docteur Bataille (Charles Hacks) a été publié dans la presse.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Afin de ne pas être soupçonnés, ils se donnent volontiers pour adversaires de la franc-maçonnerie ; à l’occasion, ils en disent du mal, ou ils écrivent contre elle, si leur mission doit s’exercer dans la presse. Mais on aura vite remarqué que leurs attaques sont de celles qui sont indifférentes à la secte. Ils l’attaquent, par exemple, sur la question politique ; ils révèlent uniquement l’action parlementaire, que les loges ne cachent plus depuis longtemps. Alors, on les crois anti-maçons, et on leur accorde confiance dans le monde catholique. Seulement, quand il y a des révélations gênantes pour la maçonnerie, comme ce qui touche aux loges de femmes ou bien ce qui dévoile l’organisation centrale supérieure, aussitôt ils prennent feu et ils crient à l’exagération, à l’imposture ; ils font tout ce qu’ils peuvent pour détruire l’effet de la dénonciation publique des manœuvres secrètes les plus dangereuses pour la société chrétienne ; car, avec les sœurs maçonnes, tenues rigoureusement inconnues, la secte agit jusqu’au foyer des familles, pour démoraliser, et, d’autre part, l’organisation centrale supérieure, c’est-à-dire le Rite Suprême ou Palladisme, est la véritable puissance, et la plus formidable, de la franc-maçonnerie. »

(Margiotta Domenico, Souvenirs d’un trente-troisième. Adriano Lemmi chef suprême des Francs-Maçons, Delhomme et Briguet, Paris, Lyon, 1894, page 181.)

 

Paul Rosen

 

Voici un article paru dans le numéro du 12 janvier 1894 de la Revue Catholique de Coutances du chanoine Mustel :

« M. Paul Rosen s’est montré, dès le premier jour, l’adversaire le plus acharné du docteur Bataille. C’est de lui qu’on peut dire : « Pour le perdre, il n’est pas de ressort qu’il n’invente. » Tantôt, comme à Lille, il s’abouche avec les hommes dont il espère que l’opinion, s’il peut l’inspirer, s’infiltrera naturellement dans l’esprit des catholiques militants ; il donne le nom véritable de l’auteur, en insinuant que ce doit être un docteur allemand, si tant est qu’il soit docteur, qu’en tout cas il n’est qu’un prête-nom, un homme de paille, et que le véritable auteur du Diable au XIXe siècle est Léo Taxil, lequel, bien entendu, au dire de M. Rosen, ne mérite aucune créance, ne veut que gagner de l’argent en exploitant les catholiques per fas et nefas, de sorte que l’ouvrage qui paraît sous le nom du docteur Bataille n’est qu’un roman absurde, faux de tous points.

Tantôt il écrit, sous n’importe quel prétexte, aux hommes qui s’occupent des questions maçonniques, dans le but évident et bientôt avoué de combattre auprès d’eux, par des moyens analogues, les révélations du docteur et tout ce qui s’y rapporte.

Malheureusement pour lui, M. Paul Rosen est aussi maladroit qu’audacieux. Il m’en a amplement fourni la preuve.

Le premier prétexte qu’il imagina pour m’écrire était d’une absurdité enfantine. Je me serais présenté en m’autorisant de son nom, - à lui, Paul Rosen que je ne connaissais pas du tout, - chez M. Léo Taxil, avec lequel j’entretenais depuis plus de deux mois une correspondance suivie, intime, confidentielle !

Il avait tout simplement appris que, dans une visite à M. Léo Taxil, j’avais parlé de lui et obtenu la confirmation, avec références dignes de toute confiance, des renseignements que j’avais reçus du comité anti-maçonnique de Paris.

Néanmoins, cet intrépide avertisseur s’empressa de m’envoyer coup sur coup quatre nouvelles lettres, - que j’ai gardées, - pour me prévenir : 1° Que Sophia Walder n’existait pas, et que j’étais le jouet d’un « fumiste mâle », lequel était, - il fallait s’y attendre, - M. Léo Taxil. – 2° Que « le Suprême Directoire Dogmatique » de Charleston « n’existe pas ». – 3° Que « le Grand Collège des Maçons Emérites n’existe pas. » - 4° Que « le Rite Palladique n’a aucun rapport avec la F.˙. Mac.˙. et est un groupement où, sous couleur de Spiritisme, on fait du naturalisme, et qui est conduit par des fumistes qui on tirent profit (pornographiquement et autrement). » - 5° Enfin que « le seul Mackey ayant eu des rapports avec Pike et avec le Rite Ecossais de la Juridiction Sud des Etats-Unis est le défunt docteur-médecin qui a été Grand Secrétaire Général du Suprême Conseil depuis 1844 jusqu’à sa mort, et pas autre chose que Grand Sociétaire ».

De plus, je savais que, d’après M. Paul Rosen, le seul successeur d’Albert Pike était le F.˙. Batchelor, et que les lettres de Sophia Walder, reçues par moi, étaient de l’écriture de Léo Taxil. C’est, du reste, ce qu’il a dit à un de mes amis que j’avais chargé de consulter chez lui, 9, rue Chappe, les « documents probants », les « preuves faisant foi » qui n’étaient pas, me faisait-il remarquer « des simples dires, mais des réelles preuves matérielles authentiques », qu’il mettait chez lui à ma disposition.

Je n’avais besoin de consulter aucun des « documents de M. Rosen pour savoir que celui-ci me prenait pour un imbécile, ou, si l’on veut, pour un naïf et un ignorant di primo cartello. Je n’étais, grâce à Dieu, ni si bête ni si mal renseigné qu’il me faisait l’injure de le croire. Je n’en demandai pas moins à l’un de mes amis, très intelligent et que j’avais prévenu, d’aller chez lui et de lui demander la production de ses fameuses « preuves matérielles authentiques ».

Je savais à l’avance ce qu’elles étaient, M .Rosen n’ayant pu prendre sur lui d’en dissimuler le caractère. C’étaient purement et simplement les livres et cahiers plus ou moins secrets - en tout cas, connus depuis longtemps, - du Rite écossais, l’un des Rites les plus importants de la franc-maçonnerie, mais simplement l’un des Rites. Or, comme tous les autres, ce Rite dépend du Suprême Pontificat maçonnique, tel que l’a établi Albert Pike, et il est absolument distinct et différent du Palladisme, qui, sans être composé uniquement de Francs-Maçons, domine et gouverne, non seulement l’Ecossisme, mais tous les Rites et toutes les Puissances dont se compose la Franc-Maçonnerie universelle. C’est ce que je savais longtemps avant les révélations du docteur Bataille. J’avais suivi avec attention et j’avais compris, du moins en grande partie, les précieuses révélations données naïvement par le F.˙. Hubert, dans la Chaîne d’Union, - que les francs-maçons ont tuée, parce qu’elle nous instruisait trop ; - j’avais lu le beau livre de Mgr Meurin. Je savais donc : 1° que Albert Pike n’était pas seulement un des chefs de l’Ecossisme, - Président de la Juridiction Sud, - mais le chef de la Franc-Maçonnerie Universelle, ayant sous son obédience tous les Rites, même le Rite français qu’il avait excommunié, - et je connaissais le texte de son excommunication que j’avais publié, aussi bien que la fameuse encyclique par laquelle il défendait de donner à Lucifer, le Dieu Bon, le nom maudit de Satan, l’Ange déchu. Je savais donc que M. Paul Rosen ou était, quoique 33e, dupe des mensonges de ses FF.˙., - ce qui me semblait difficile a admettre, - ou mentait avec l’effronterie d’un arracheur de dents.

J’en avais une autre preuve matérielle, aussi claire que le jour. Il prétendait, nous l’avons dit, que les lettres de Sophia avaient été écrites par M. Léo Taxil, et que les deux écritures se ressemblaient. Or, il est impossible d’émettre une assertion plus évidemment fausse. Il n’y a entre les deux écritures pas la plus légère ressemblance, ou bien il faut dire que les caractères d’imprimerie des éditions Lebel, de Versailles, sont des caractères elzéviriens, ou encore qu’il n’y a nulle différence, quant à l’impression, entre les éditions liturgiques de Pustet, de Ratisbonne, et celles de Tournai, de Matines ou de Reims. Il suffît d’émettre et plus encore de soutenir une affirmation de ce genre pour être complètement disqualifié.

Or, toutes les assertions de M. Rosen, que nous avons rapportées, en nous servant de ses propres termes, sont aussi manifestement mensongères et insoutenables. Ainsi : l° Il est avéré que, depuis la mort du docteur-médecin Mackey, un autre personnage, fils naturel du premier, mais que celui-ci faisait passer pour son neveu, Albert-George, dit Mackey, a fait partie du « Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites» (lequel existe parfaitement, quoiqu’en dise M. Rosen), puis est devenu, à la mort d’Albert Pike, son successeur, non pas, il est vrai, comme chef du Suprême Conseil du Rite Ecossais pour la Juridiction Sud des Etats-Unis, ni comme Président du Grand Directoire central pour l’Amérique du Nord, mais comme Président du Suprême Directoire Dogmatique de Charleston, ou comme Pape de la Franc-Maçonnerie Universelle. C’est en cette qualité qu’il avait envoyé à Rome sa démission avant la réunion du 20 septembre au Palais Borghèse. Cependant nous croyons savoir qu’Albert-George, dit Mackey, qui vit, et dont nous avons eu l’adresse entre les mains, il y a quelques jours, ne se serait pas rallié au nouveau Souverain-Pontife maçonnique, Adriano Lemmi. Lui et les autres dissidents feront parler d’eux prochainement ; nous le savons encore et nous pouvons l’annoncer en toute certitude.

Quant a Batchelor, le prétendu successeur du Pape maçonnique Albert Pike, il ne remplaça celui-ci que dans la moindre de ses trois charges, ainsi que nous l’avons dit. Il est mort au mois de juillet dernier. Voici la note que lui consacre le Bulletin du Suprême Conseil : « James Cuningham Batchelor descendait d’une famille écossaise établie à Québec (Canada). Il naquit dans cette ville, le 18 juillet 1818. Le Suprême Conseil de la juridiction Sud (Etats-Unis), le choisit pour Lieut.˙. Gr.˙. Comm.˙. le 22 juillet 1878, en remplacement du T.˙. Ill.˙. F.˙. Jean-Robin-Mac Daniel, décédé le 14 mai précédent, et le 18 octobre, Batchelor fut élu Lieut.˙. G.˙. Comm.˙. ad vitam.

Quand 1’Ill.˙. F.˙. Albert Pike, Gr.˙. Comm.˙. du Sup.˙. Cons.˙. depuis le mois de novembre 1851, sentit venir la mort, il appela le F.˙. Batchelor et lui remit la direction de l’Obédience ; il remplit cette fonction jusqu’à la mort du regretté Pike, au mois d’avril 1891 ; et le 17 octobre 1892, il fut élu Gr.˙. Comm.˙. ad vitam (septembre-octobre 1893, p. 163). »

James Cuningham, dit Batchelor, médecin, n’était pas luciférien ni palladiste. Le Souverain Directeur du Directoire central de l’Amérique du Nord, un des quatre Directoires centraux entre lesquels se partage le gouvernement de la Maçonnerie universelle, sauf la Maçonnerie chinoise, est, depuis la mort d’Albert Pike, le F.˙. Mac-Donald Bates, membre du sérénissime Collège des Maçons Emérites (lequel, selon M. Rosen, n’existerait pas), et par conséquent luciférien et palladiste.

Nous ne suivrons pas M. Rosen sur tous les points que nous avons signalés. Cette question ne prend déjà que trop de développements. Il nous suffira de montrer comment il essaya de se donner raison auprès de notre obligeant mandataire. Ce fut très simple, et nous l’avions prévu. Pour prouver qu il n’y a pas de Triangles palladiques dans la Franc-Maçonnerie, il exhiba les livres, peu secrets, du Rite Ecossais. C’était enfantin. Autant vaudrait produire les statuts de la Confrérie du Rosaire pour établir que l’Ordre des Franciscains n’a jamais existé dans l’Eglise. Mais aujourd’hui, nier le Palladisme ou prétendre qu’il est étranger à la Franc-Maçonnerie, après les révélations de Mgr Meurin, celles de Rhémus, et les aveux des feuilles maçonniques, ce serait tellement audacieux, que M. Rosen lui-même ne l’oserait plus - Qu’il nous suffise d’emprunter à une note du Bulletin maçonnique d’octobre 1891, citée par Rhémus dans le premier numéro de la Revue mensuelle, l’indication suivante relative aux progrès de la secte en Espagne : « Au moment de la constitution du G.˙. Conseil. actuel, elle (la Franc-Maçonnerie) comptait 8 Loges supérieures, 136 ateliers avec 2 966 maçons. Depuis cette époque, elle s’est accrue considérablement par l’admission de : 1 Chambre de 30es, 12 Chapitres, 30 Loges symboliques, 2 Loges d’adoption et dix-huit Triangles »[32] - Les Loges symboliques comprennent les francs-maçons ordinaires, jusqu’au grade de Maître ; - les Chapitres sont les ateliers de Rose-Croix ; - les Chambres, que l’on nomme on France les Aréopages sont les ateliers de Kadosch ; - les Loges d’adoption sont celles où les Sœurs maçonnes travaillent avec les Frères ; - quant aux Triangles, composés de Frères et de Sœurs, ce sont les réunions palladiques. Sur ce point, aucun doute n’est possible.

Il nous resterait, pour faire la pleine lumière, à dire ce qu’est M. Rosen. Mais la question est scabreuse. M. Rosen a publié sous son nom deux ouvrages antimaçonniques, Satan et compagnie et l’Ennemie sociale. Ces ouvrages sont pleins de documents que l’on peut, pour la plupart du moins, regarder comme authentiques. Auparavant, un ecclésiastique distingué de Paris avait publié sans nom d’auteur, mais avec des documents fournis par le même personnage, un ouvrage très incomplet, mais important et véridique, sous ce titre : La Franc-Maçonnerie pratique, en deux volumes. Enfin, nous savons que, toujours par les soins de M. Paul Rosen, un nouvel ouvrage, contre lequel nous sommes en grande défiance, doit paraître prochainement. Le titre en sera, dit-on les Kadosch-Kadoschim. Ces maçons d’un grade secret, complètement inconnu, auraient, comme les Palladistes, des relations sataniques. M. Rosen n’écrit pas et, cela dans le sens le plus rigoureux du mot. Ses amis même n’ont jamais vu, parait-il, son écriture ; nous avons essayé en vain de nous en procurer un spécimen. Y a-t-il là, comme on le croit volontiers, quelque mystère ?

En quel pays M. Rosen a-t-il vu le jour ? Le nom qu’il porte est-il celui de son acte de naissance ? Ces questions ont été publiquement faites, mais en vain.

Dans les lettres qu’il nous a adressées, M. Rosen écrit pieusement : « Notre T. S. P. le Pape » ; « Notre Mère la Sainte Eglise » ; il se montre très honoré et tire grand argument de ce qu’il a obtenu un Bref pontifical et une lettre du cardinal Rampolla[33] pour ses livres ; mais un homme qui le connaît fort bien, l’a fréquenté et le fréquente encore, quoiqu’il se défende d’avoir jamais eu avec lui d’autres rapports que ceux d’un client avec un marchand de livres, m’écrivait récemment : « Je sais qu’il est juif, que lui-même s’en vante très volontiers, et qu’il vend ses livres à ceux qui les paient, catholiques ou non. »

Tous ceux, et ils sont nombreux, auxquels j’ai parlé de M. Rosen, membres du comité anti-maçonnique, ecclésiastiques, laïques, ceux même qui ont collaboré avec lui, m’ont donné la même note, que l’un d’eux résumait ainsi, tout dernièrement, chez moi : « Je ne connais personne qui ait confiance en lui. »

On prétend encore qu’après avoir subi une condamnation maçonnique, suivie de son exclusion des loges, il serait rentré en possession de ses insignes ; ce qui ne pourrait s’expliquer que par une infraction à toutes les règles. Quel en serait le motif ?

M. Rosen a conservé des relations fréquentes avec M. Pétrot, député de Paris et encore conseiller municipal, une des colonnes de la franc-maçonnerie. Je sais que d’autres auteurs anti-maçonniques continuent de voir quelques-uns de leurs anciens amis qu’ils ont connus dans les Loges, et je ne veux tirer de ce fait aucune conclusion.

Un dernier mot : un de mes amis, un prêtre distingué du clergé de Paris, membre actif du comité antimaçonnique ayant proposé d’abord au docteur Bataille, puis à M. Rosen, un colloque chez lui, le docteur accepta de suite, avec un vif empressement. M. Rosen refusa net et se répandit, selon son habitude, en violentes injures contre l’auteur du Diable au XIXe Siècle, dont il prononce toujours le nom avec un accent de haine extraordinaire.

M. Rosen protestera peut-être contre ces informations. Pour obéir à la loi, nous publierons sa protestation, à laquelle nous ne répondrons pas. Mais nous maintenons à l’avance ce que nous venons d’écrire d’après des sources que nous avons sérieusement contrôlées.

L.-M. Mustel. »

Quivis, dans un article de la Revue Mensuelle, apporte les précisions suivantes :

« Nous croyons que M. le chanoine Mustel a donné à M. Paul Rosen un peu trop d’importance comme auteur antimaçonnique.

Dans ses deux livres, M. Rosen n’a nullement fait œuvre d’auteur, mais uniquement travail de compilateur sans même adjoindre à ses coupures le fruit de ses observations personnelles.

Et pourtant M. Rosen aurait pu dire et raconter beaucoup de choses. Il ne faut pas oublier qu’il a reçu l’initiation jusqu’au 33e degré du Rite Ecossais. Bien qu’il soit un initié avec l’anneau, c’est-à-dire un membre des hauts-grades à qui l’accès des triangles est fermé, il a certainement assisté en personne à des séances dont la narration aurait été du plus vif intérêt pour les catholiques.

M. Rosen, sauf erreur, doit avoir bien près d’une soixantaine d’années, et, mêlé de bonne heure aux conspirations et aux sociétés secrètes, il a de trente-cinq à quarante ans de maçonnerie. Il aurait donc pu être, s’il l’avait voulu, un témoin révélateur de premier ordre.

Il s’est, au contraire, borné à rassembler en deux volumes des extraits de divers bulletins officiels maçonniques. Il a fait en cela ni plus ni moins ce que les auteurs profanes antimaçonniques ont fait ; avec cette différence que ceux-ci ont été obligés de passer des années entières à recueillir des documents, - l’œuvre du R. P. Deschamps représente trente ans de recherches patientes et minutieuses, - tandis que M. Rosen n’avait qu’à aller au Suprême-Conseil ou au Grand-Orient, à y copier à la bibliothèque et aux archives ce qui lui convenait, et à acheter dans les librairies maçonniques les livres qui ne sont pas vendus aux profanes. Le mérite, on le voit, n’est pas grand ; encore faudrait-il que M. Rosen eût publié précisément ce qui gêne la secte, tandis qu’il n’a mis au jour que des reproductions de recueils maçonniques et de bulletins sur ce que les Enfants de la Veuve ne cachent plus depuis longtemps.

Sur l’importante question des sœurs maçonnes, M. Rosen n’a absolument rien dit si ce n’est un chiffre général sans aucune explication.

Cependant, lui, trente-troisième, ne pouvait ignorer les innombrables documents que notre ami A.-C. De la Rive va publier incessamment dans son volume La Femme et L’Enfant dans la Franc-Maçonnerie Universelle (sous presse).

Sur l’Italie, M. Rosen a servi au public français des coupures de la Rivista della Massoneria italiana, bulletin officiel que les profanes se procurent sans grande difficultés, et où, à raison de cela, Lemmi n’imprime que ce qui peut ne pas demeurer caché. Presque tout ce que M. Rosen a divulgué (?) en fait d’extraits de cette revue avait déjà été publié, en Italie même, par la Civiltà Cattolica, journal des RR. PP. jésuites. Bien mieux, il nous semble que, puisque M. Rosen dans son dernier livre, était si prodigue de reproductions de circulaires de Lemmi, outrageantes au plus haut degré pour la personne du Souverain Pontife Léon XIII (nous le ne blâmons pas d’avoir fait connaître ces infamies), il aurait dû, en même temps, démasquer Lemmi et publier dans son livre le texte du jugement le condamnant pour vol, - texte que M. Rosen ne pouvait pas ignorer, puisque les francs-maçons hostiles a Lemmi l’ont envoyé à tous les 33es résidant en Italie, en Espagne et en France.

Donc, sur la question des révélations de M. Rosen, il est avéré qu’elles sont loin d’avoir l’importance que quelques organes de la presse catholique leur ont attribué, par manque de réflexion, en oubliant de se dire que l’auteur en question aurait pu apporter à l’Eglise autre chose que des coupures, mais un témoignage de faits vus et vécus.

Quant a dire que M. Rosen est encore juif, nous n’irons pas jusque-là. En effet, le détracteur acharné du docteur Bataille, l’homme qui s’est posé dès le début comme son ennemi personnel, a raconté à plusieurs personnes que le Saint-Père Léon XIII, heureux au plus haut point de sa conversion, avait tenu à lui administrer lui-même le sacrement du baptême, et qu’après cette cérémonie, qui avait eu lieu au Vatican, le Souverain-Pontife lui avait fait cadeau d’un magnifique chapelet, chef-d’œuvre de joaillerie artistique, d’une valeur de plusieurs milliers de francs.

Il est vrai que M. Rosen, quand il raconte son baptême par Léon XIII, ajoute ceci : Tandis qu’il se retirait, un des prélats de la Maison du Pape, le félicitant, lui apprit que ce superbe chapelet avait souvent été demandé, mais en vain, au Saint-Père par une princesse romaine, que le monsignor lui nomma. « Vous comprenez qu’alors, conclut carrément M. Rosen, je n’ai fait qu’un saut chez la princesse, et que je lui ai vendu le chapelet, dont elle a été, ma foi, enchantée ! »

Ce trait peint bien M. Rosen, et c’est par des récits de ce genre, dépouillés de tout artifice, qu’il a vu peu à peu s’éloigner de lui les catholiques clairvoyants.

Mais cela n’empêche pas que nous serions bien curieux de voir l’extrait de baptême !

Quivis. »

 

 

 

 

L’entrée de Taxil à la Revue Mensuelle

 

Voici les raisons de l’entrée de Léo Taxil comme collaborateur à la Revue Mensuelle :

« M. Georges Bois m’ayant fait intervenir dans la mauvaise querelle que, depuis neuf mois environ, il cherche au docteur Bataille, dont je m’honore d’être l’ami, j’ai prié celui-ci de vouloir bien me permettre de prendre à ma charge le soin de faire connaître son étrange et obstiné contradicteur.

Ce sera mon entrée à la Revue mensuelle, puisque le docteur m’a demandé d’y collaborer.

Tout d’abord, pour que les fidèles abonnés du Diable au XIXe Siècle ne s’étonnent pas outre mesure de me voir ainsi marcher aux côtés du docteur, quoique ayant sur un point (la question antisémitique) des idées diamétralement contraires aux siennes[34], je dois dire qu’il a été bien entendu entre nous que ma collaboration n’impliquerait aucunement mon adhésion à sa manière de voir là-dessus ; je laisserai absolument de côté cette seule question qui nous divise, et je m’occuperai uniquement de maçonnerie, dans le sens strict.

Je ne pouvais pas, du reste, refuser de venir combattre aux côtés de mon ami. Bataille est un ancien camarade d’enfance, dont j’ai toujours aimé la loyauté et admiré le caractère chevaleresque.

C’est sur lui que j’écrivais ces lignes, bonnes à rappeler, dans les Confessions d’un ex-Libre-Penseur[35], en décembre 1886 ; On ne dira pas qu’elles ont été publiées à l’époque pour les besoins de la cause actuelle.

Je racontais les années d’exil que j’ai dû passer à Genève pour m’éviter de subir des condamnations de presse, dont j’avais été frappé au temps de l’état de siège, après la Commune, et je disais que j’avais connu là la misère et son pain noir.

« Ma détresse, écrivais-je donc dans les Confessions[36], fut soupçonnée de loin par un camarade d’enfance, qui, bien que conservateur, m’affectionnait au point de se compromettre pour moi. Notre liaison l’avait brouillé avec bien des personnes qu’il fréquentait.

Lors donc - c’était pendant le régime du 16 mai - mon ami H***[37], aujourd’hui l’un des médecins les plus distingués de Marseille, m’écrivit pour me démontrer « l’absurdité de mon entêtement à défendre une cause qui, tant par elle-même que par ses adhérents, ne m’offrait, disait-il, qu’ingratitude et désillusions ».

Il déploya toute son éloquence pour me convaincre.

Un important journal conservateur allait être fondé dans le Midi. H*** m’offrait une place de 6 000 francs par an, et les directeurs de l’organe se faisaient fort d’obtenir, de toutes les congrégations religieuses qui m’avaient poursuivi, la renonciation aux jugements de condamnation prononcés contre moi.

Je remerciai très cordialement mon ami ; mais je lui répondis que « j’aimais mieux mourir de faim en exil plutôt que d’abandonner la cause de la République ».

Quand, dans cette autobiographie fort incomplète, je fis le court récit de ce petit incident, je n’avais en vue que de montrer quelle fut ma folle obstination dans mes années d’égarement.

J’aurais pu raconter bien d’autres traits de ce camarade, alors inconnu du public, qui devait devenir un jour le docteur Bataille et avoir tout à coup une renommée dans le monde entier.

A la triste époque que je viens de rappeler, presque tous mes anciens amis de collège m’avaient tourné le dos, et je ne dis pas qu’ils eurent tort. Bataille fut un des rares qui continuèrent à me voir, essayant de me ramener dans le droit chemin, et, comme il est plus âgé que moi de quelques années, il me parlait avec une sorte d’autorité affectueuse.

Il avait aimé la mer dès son plus jeune âge et avait ce sans-façon, cette rondeur qui caractérise si bien les marins.

Il lui arrivait de tomber chez moi à l’improviste, de grand matin.

« _ Je viens de prier pour toi aux pieds de la Bonne-Mère de la Garde, impie ! me disait-il... Faut-il que tu sois fou pour ne pas comprendre que tu t’es fourré, comme un imbécile, entre les griffes du diable ! et tu sais, méfie-toi, tu as le cou court ; une attaque d’apoplexie peut t’enlever un de ces quatre matins, et je te réponds que messire Lucifer, que tu sers avec tant de zèle, ne te lâchera pas alors !... Enfin, Dieu est si bon qu’il écoutera sans doute les prières de tes vrais amis ; il te ramènera à lui, malgré toi... J’ai confiance. »

Je l’invitais à ne pas me casser la tête avec ses exhortations et à me parler d’autre chose.

Un jour, il se trouva me rendre visite au moment où un de mes collaborateurs, nommé Henri Leloup, venait de m’apporter un article dont il m’achevait la lecture. C’était une diatribe violente contre un Père jésuite, qui avait depuis longtemps quitté la ville, mais y avait laissé de nombreuses œuvres et une réputation de saint, le R. P. Tissier. En entendant les dernières phrases de l’article, au moment où il entrait, Bataille ne put maîtriser son indignation. Hors de lui, il arracha à mon collaborateur les feuillets du manuscrit, en s’écriant :

« _ Mais c’est abominable, d’écrire de pareilles choses ! C’est une infamie ! Le Père Tissier est un saint prêtre ; on n’a pas le droit de parler de lui de la sorte !... Eh bien, je suis heureux d’être venu ici ; comme cela, cet abominable article ne paraîtra pas.

Ainsi qu’on pense bien, Leloup protesta, disant que le docteur n’avait pas à se mêler de notre journal et qu’il avait commis un attentat à sa propriété, puisqu’il était l’auteur de l’article si brusquement arraché de ses mains et déchiré.

« _ Ah ! C’est vous qui avez écrit ces horreurs ? Riposta Bataille, c’est vous qui vilipendez un religieux irréprochable ? C’est vous qui trouvez que mon ami n’est pas assez égaré et qui l’excitez encore, qui lui fournissez des turpitudes pareilles pour augmenter le scandale qu’il donne ?... Eh bien, vous allez avoir affaire à moi ! »

Et, en disant cela, Bataille, hors de lui, avait pris mon collaborateur au collet ; il lui tordait la cravate, ma foi, à l’étrangler, et déjà il commençait à lui allonger quelques coups de poing. Je me précipitai la lutte était trop inégale, car le docteur est un robuste gaillard, pouvant aisément assommer un homme en le boxant à l’anglaise. Bref, mon intervention nécessaire mit fin à la scène, et Bataille s’en alla, en nous lâchant une véritable bordée de reproches des plus indignés. Quant à Henri Leloup, il ne voulut jamais refaire son article et me déclara que, tant que je recevrais chez moi des amis de ce genre, il ne collaborerait plus au journal ; et, de fait, peu après il m’envoya sa démission.

Je n’ai pas besoin de dire, d’autre part, que cette mésaventure survenue à Leloup chez moi me mit en froid, pendant quelque temps, avec mon bouillant ami.

Lui, il continuait à prier pour moi, et, dans le monde des honnêtes gens qui se scandalisaient de mes écrits, il me défendait.

« _ Il n’est pas mauvais, au fond, disait-il de moi partout ; il est détraqué, il s’est perdu par des fréquentations d’impies, mais il reviendra ; vous verrez qu’il reviendra. J’en suis sûr, il a fait une bonne première communion. »

J’y insiste, Bataille est un de ceux qui n’ont jamais désespéré de ma conversion.

J’ai tenu à retracer ces quelques traits de lui pour que le public catholique comprenne bien que cet homme a vraiment un caractère à part.

Lorsque les sectaires qu’aujourd’hui nous combattons tous deux réussirent pour la première fois à imposer à ma ville natale une municipalité ennemie de l’Eglise, le premier acte des édiles radicaux et libres-penseurs fut d’interdire les processions. Ils supprimèrent jusqu’à la procession de la fête du Sacré-Cœur, qui était plus qu’une cérémonie traditionnelle, car elle avait pour cause, à titre de reconnaissance populaire, un vœu solennel fait par l’évêque Mgr de Belzunce, le chevalier Roze et les échevins de 1720, lors de la terrible peste qui désola la ville ; et ce vœu, on le sait, avait désarmé la colère du ciel et fait miraculeusement cesser le fléau ; c’était donc, de la part de la ville, une dette sacrée.

Les catholiques furent consternés, en présence d’une telle audace des sectaires. Interdiction étant faite au clergé de sortir des églises, quelques jeunes gens des diverses classes, aristocratie, bourgeoisie, artisans et ouvriers, résolurent, pour protester contre l’arrêté impie de la municipalité radicale, de porter des couronnes, le jour de la fête votive, aux pieds de la statue de l’évêque Belzunce. On annonça alors que la manifestation serait réprimée, que la police, qui, à Marseille, est sous les ordres du maire, disperserait les groupes catholiques, et tout le monde s’attendait à une vraie bagarre, si nos jeunes gens donnaient suite à leur généreux dessein. Elle eut pourtant lieu, la manifestation, calme, mais prête à résister aux violences des usurpateurs du pouvoir. Je vois encore, parmi les manifestants, mon ami Bataille, sa couronne à la main et un revolver à la ceinture. Un abîme séparait nos opinions alors ; mais j’admirais tout de même sa crânerie. La police municipale n’osa pas engager la lutte, le sang aurait coulé, et elle n’aurait peut-être pas été la plus forte ; car, s’il y avait eu conflit, la population tout entière se serait sans doute laissé entraîner par ces jeunes gens. Le peuple, nul ne l’ignore, aime les vaillants.

Il serait facile de raconter bien d’autres épisodes de la vie si mouvementée de Bataille, épisodes que je connais et qu’il laissera dans l’ombre, soit parce qu’ils ne se rapportent pas directement à sa mission anti-luciférienne, soit par modestie ; mais j’offenserais, précisément, sa modestie si j’en disais davantage, et je dois me taire.

Je n’ajouterai donc que ceci, c’est que mon brave et loyal ami a laissé le meilleur souvenir dans les familles catholiques de Marseille et partout où il a vécu. Je n’en veux pour preuve qu’une lettre d’un de ses confrères marseillais, le docteur R***, lui écrivant, il y a quelques mois :

« Bien que la suscription de ma lettre porte le nom de... Bataille, je sais que j’écris au docteur H***, bien connu ici... Le docteur G*** et sa famille, avec qui je suis en relations suivies, vous ont connu chez l’abbé Laugier ; et à la Croix de Marseille, comme en maintes bonnes places, vous ne manquez pas de solides amitiés. »

Aussi n’est-ce pas dans les journaux marseillais, qui défendent la cause de Dieu, que les calomnies de M. Georges Bois trouveront jamais un écho.

Maintenant, les lecteurs de la Revue Mensuelle comprendront sans peine quelle agréable surprise me causa Bataille, lorsqu’au cours de l’année 1892 il vint me confier le secret de son enquête, qui, pensait-il alors, n’avait plus besoin que d’un an pour être complètement terminée ; sur ce qui l’intéressait concernant la franc-maçonnerie, il était déjà, disait-il, entièrement fixé ; il lui restait uniquement à finir son étude sur deux organisations secrètes, antisociales comme la maçonnerie, mais dans un autre sens.

J’étais le premier laïc à qui il révélait la mission qu’il s’était donné onze ans auparavant ; seuls, quelques ecclésiastiques, des religieux, en nombre très restreint, avaient reçu ses confidences. Comme ami, devant en partie à ses prières mon retour à la vérité, et comme auteur antimaçonnique, j’étais tout naturellement désigné pour le seconder, le jour où il jugerait le moment venu de publier son enquête. Mais il se produisit ceci, qui était inévitable étant donné qu’il nous annonçait (avec preuves à l’appui) que la lutte de la secte maçonnique contre l’Eglise allait avant un an entrer dans la période aiguë, les personnes qui étaient dans la confidence furent unanimes à déclarer que le docteur commettrait une fausse manœuvre en retardant plus longtemps ses révélations qu’il voulait rendre publiques, selon le conseil de Léon XIII dans l’Encyclique Humanum Genus.

Les éditeurs MM. Delhomme et Briguet consentirent volontiers à se charger de cette publication ; mais ils exigèrent que Bataille soumettrait son manuscrit à un théologien, dont le concours s’est trouvé être une constante approbation. En outre, ils me prièrent, vu qu’une publication en livraisons illustrées était chose nouvelle pour eux, de me charger de la partie matérielle (direction des dessinateurs, spécialement), puisque j’avais une longue expérience de ces sortes d’éditions populaires[38].

Pendant ces pourparlers, Bataille et moi nous nous étions expliqué sur nos sources d’informations maçonniques. On comprendra que je me taise sur les moyens dont mon ami dispose pour avoir des renseignements, même aujourd’hui. De mon côté, j’avais un petit noyau de correspondants sûrs. Aussi, fût-il convenu que, sans nous faire connaître l’un à l’autre nos informateurs réciproques, un contrôle sévère serait établi, attendu que Bataille comptait ne pas se servir uniquement des notes prises au cours de son enquête.

C’est ainsi que l’œuvre du docteur a pu lui être absolument personnelle, sans aucune collaboration dans le sens propre du mot, mais avec un concours de surveillance amicale tant au point de vue théologique qu’au point de vue des faits strictement maçonniques. Dire, comme on l’a dit, que l’œuvre a trois auteurs, c’est émettre une contre-vérité ; autant vaudrait dire que les divers et nombreux abonnés qui ont signalé à Bataille soit un texte à citer soit un fait surnaturel produit en dehors des triangles sont tout autant de collaborateurs.

La publication, par son caractère et l’ampleur du sujet qu’elle traite, est certainement exceptionnelle, constitue un ouvrage tout à fait à part ; mais elle n’en constitue pas moins un travail rigoureusement personnel, résultat d’une enquête personnelle. Les lecteurs, du reste, ne s’y trompent pas.

Si donc un ouvrage paraissait ne pas devoir être attaqué, c’était bien celui-là. Certes, chacun avait le droit de le discuter, et Bataille ne s’est jamais formalisé d’une discussion. Il est quatre personnes qui, vis-à-vis de lui, se sont posées non comme des critiques, mais comme des adversaires, allant jusqu’à l’outrager dans son honneur.

Une discussion loyale a été, par exemple, celle de M. le chanoine Ribet. Mais, pour ne citer ici que M. Georges Bois, parmi les quatre adversaires du docteur, il est impossible de ne pas voir dans ses attaques le parti-pris, le désir d’insulter quand même. Il semble que ce journaliste, voyant la vogue de l’ouvrage d’un inconnu, conquérant du premier coup la notoriété par son talent et l’énergie de son caractère, se soit dit : « Tiens ! Pourquoi n’essaierais-je pas de paraître être quelqu’un, en combattant à outrance et avec éclat cet auteur nouveau qui éclipse ma nullité ? » C’est ce sentiment qui inspirait un abonné du docteur, lorsqu’il lui écrivait : « Cette levée de quelques boucliers rouillés contre vous, c’est la grande colère des bouquins qui ont fait four. » Mais ce n’est peut-être pas rien que cela.

Or, puisque j’ai dit que Bataille est estimé et aimé de tous ceux qui le connaissent, il me faut, étant avant tout impartial, citer l’appréciation de quelqu’un qui a déclaré publiquement se porter garant pour M. Georges Bois.

 

 

 

 

 

Georges Bois[39]

 

M. de Marolles a fait publier dans la Vérité le certificat que voici, daté du 7 décembre 1893 :

« Absent de Paris, je n’avais pu lire avant aujourd’hui, dans la publication mensuelle du Diable au XIXe siècle, les attaques dirigées contre M. Georges Bois. Je ne veux aucunement prendre parti sur les questions de fond qui divisent M. Bois et M. le docteur Bataille. Ayant l’honneur de présider le comité anti-maçonnique en l’absence d’un président titulaire, j’ai toujours demandé que la plus grande réserve fût apportée dans ces matières délicates. Mais, comme président de la corporation des publicistes chrétiens, il m’est impossible de ne pas rendre publiquement hommage à l’honorabilité et à la dignité de caractère de notre secrétaire et confrère M. Georges Bois.

Les attaques dont il est l’objet ont un caractère personnel étranger à une polémique de doctrine, et dire de lui qu’il est l’auxiliaire du Grand Orient, après le remarquable ouvrage dont il est l’auteur sous le titre de « Franc-maçonnerie nouvelle du Grand-Orient », c’est lancer une calomnie qui appelle une énergique protestation de la part de ses amis. En la formulant, je suis persuadé que je réponds à la pensée de tous ceux qui connaissent et estiment M. Georges Bois. »

Nous avons donc, en face l’un de l’autre, deux hommes déclarés parfaitement honorables, et me voici bien à l’aise. Cependant, il est nécessaire de constater que, dans son certificat, M. de Marolles commet une grosse erreur de fait : il dit que M. Bois est attaqué. Ou la langue française n’a plus aucun sens, ou « attaquer quelqu’un » signifie « faire contre lui acte d’agression » ; et il faut que le garant de M. Georges Bois n’ait jamais lu la Vérité, puisqu’il lit d’autre part le Diable, pour donner au docteur le rôle d’agresseur. En bon français, celui qui engage un combat, une polémique violente, attaque, et celui qui riposte, se défend. Or, l’agression de M. Bois date du lundi 19 juin 1893, elle a été suivie d’autres attaques multipliées, et le premier mot désagréable écrit par le docteur contre M. Bois, a paru le 5 septembre ; M. Bois, ce jour-là, a été qualifié d’« aboyeur » ; il y avait environ trois mois qu’il traitait publiquement Bataille d’« imposteur », et si fréquemment qu’il serait trop long de faire le compte de ses articles insultants. Du reste, il l’a reconnu expressément. Dans je ne sais plus laquelle de ses diatribes de la Vérité (je m’y perds, tant il en a été prodigue), il écrivait en parlant du docteur : « il est vrai, dès le début, j’ai traité son œuvre d’imposture et de supercherie ». Je cite de mémoire, mais je suis certain de ne pas me tromper ; cet aveu narquois m’avait frappé.

Par conséquent, voici d’abord un point qui est au-dessus de toute contestation, malgré même le certificat de M. de Marolles : ce n’est pas le docteur qui a attaqué, c’est lui qui a été attaqué. Et il faudrait qu’il descendit bien bas dans l’injure, pour dégringoler au degré des grossièretés de M. Bois ; et je parle ici seulement des dénigrements publics.

Voyons, à présent, lequel des deux a trompé le public.

L’une des rengaines de M. Georges Bois est celle-ci : Il prétend que, jusqu’à une certaine conférence faite dans le local du Salon Bibliographique par le docteur Bataille, celui-ci ignorait la mort du F.˙. Mackey (celui qui fut le secrétaire du Suprême Conseil du Rite Ecossais, siégeant à Charleston pour la juridiction sud des Etats-Unis d’Amérique), et il soutient cela parce que, dit-il, le docteur a révélé, dans le Diable au XIXe siècle, que le successeur immédiat d’Albert Pike comme Souverain Pontife de la Maçonnerie Universelle, président du Suprême Directoire Dogmatique, également siégeant à Charleston, a été le F.˙. Albert-Georges Mackey (aujourd’hui démissionnaire et remplacé par Lemmi).

Et, partant de là, M. Bois dit, s’adressant à Bataille :

« _ C’est moi qui vous ai appris, à cette conférence, que Mackey est mort dix années avant Pike, c’est-à-dire en 1881, et que le successeur de Pike a été Batchelor. Au lieu de reconnaître votre erreur, vous avez alors mis en avant un certain Albert-Georges Mackey, lequel n’existe pas et n’a jamais existé, et dont vous avez fait un prétendu neveu de l’autre Mackey. »

Appelé à la rescousse, M. Paul Rosen, à qui la Vérité ouvre largement ses colonnes en qualité d’ami intime de M. Bois, écrit :

« _ Albert-Georges Mackey ? C’est un mythe, un personnage imaginaire ; il n’y a jamais eu qu’un seul et unique Mackey, le docteur Gallatin Mackey, décédé le 20 juin 1881. Albert Pike est mort le 2 avril 1891 ; donc, aucun Mackey n’a pu lui succéder. »

De la part de M. Rosen, cette affirmation est au moins étonnante. L’existence d’Albert-Georges Mackey est mentionnée par lui : 1° Dans le Cours de Maçonnerie pratique, ouvrage dont il a fourni les documents à M. le chanoine Brettes, qui l’a écrit, au premier volume, pages 178, 179, 180, 183, 187, 207, 209, 210, 211, 212, 213, 273, 279, 375. 376, 377, 378, et au deuxième volume, page 3 ; soit dix-huit mentions bien claires, bien précises, avec le nom en toutes lettres, et ces mentions sont dues justement à M. Paul Rosen ; 2° dans le volume l’Ennemie sociale, qui est uniquement de M. Rosen, page 257, mention du même frère haut-gradé.

Mais, en parlant d’Albert-Georges Mackey dans les deux ouvrages en question, M. Rosen commet une erreur : il lui attribue le Lexicon of Freemasonry, qui est du docteur Gallatin.

Cette erreur est-elle involontaire ?

Une telle question n’est pas sans importance, on va le voir. M. Rosen connaissait-il réellement le Lexicon of Freemasonry ? Ce qui est constaté, c’est que M. Rosen a fait de ce livre plusieurs citations très exactes ; ce qui est constaté aussi, c’est qu’il a toujours, dans ses ouvrages, passé sous silence la question des Sœurs maçonnes, si irritante pour les frères trois-points, qu’il n’en a jamais publié les rituels, même les plus anodins, qu’il n’a jamais fait la moindre allusion à leur fonctionnement ni même à leur recrutement, et qu’à quiconque lui demande un renseignement à ce sujet il répond qu’aucune organisation de maçonnerie féminine n’existe, qu’il n’y a pas de loges androgynes, et que ceux qui parlent de sœurs maçonnes sont des menteurs ; et lorsqu’on lui met sous les yeux les preuves de l’existence de la maçonnerie féminine, M. Rosen répond :

« Il y a peut-être des sœurs maçonnes en Espagne ; mais c’est tout, et en France il n’en existe pas. » Or, le Lexicon of Freemasonry est un des rares ouvrages de la secte, qui avouent l’existence des loges androgynes ; le docteur Gallatin Mackey y mentionne même des grades très curieux, tel celui intitulé « l’Héroïne de Jéricho » ; en outre, il reconnaît formellement que la maçonnerie féminine fonctionne en France. Donc, les citations exactes que M. Rosen fait de ce livre donnent à penser qu’il le connaît ; mais alors c’est bien volontairement qu’il omet de parler des sœurs maçonnes, et son attitude, qui va jusqu’à la négation parfois, est au moins bizarre.

Interrogé, M. Rosen a répondu qu’il connaissait parfaitement le livre, qu’il l’avait eu souvent entre les mains. Eh bien, pourquoi alors créer une confusion entre les deux Mackey ? L’auteur du Lexicon donne, dès le début de son ouvrage, son prénom de Gallatin en toutes lettres ; partout, sa biographie le donne aussi, et ce prénom-là est assez peu commun pour ne pas être oublié.

Quoiqu’il en soit, ces diverses bizarreries de la conduite de M. Rosen l’avaient rendu suspect à mon ami Bataille ; si bien que, l’occasion s’étant fortuitement présentée de voir si notre homme était de bonne foi ou non en créant un quiproquo sur les deux Mackey, le docteur ne la laissa point échapper.

C’était dans les premiers jours de mars 1893. M. le chanoine Mustel venait de publier son premier article sur Sophie Walder. L’Univers fit prévenir Bataille qu’il allait le reproduire, et le docteur, qui n’avait point encore des relations avec ce journal passa à la rédaction. On lui montra les épreuves. M. le chanoine Mustel, ignorant la mort d’Albert Pike, avait commis une erreur ; il parlait de lui comme du chef suprême alors vivant. Bataille, qui, à ce moment, avait déjà publié son 4e fascicule (livraisons 31 à 40), dit au secrétaire de la rédaction : « Le grand-maître du souverain directoire dogmatique de Charleston est actuellement Albert-Georges Mackey. »         

« _ Rédigez-nous vous-même la note », fit le secrétaire. Et c’est alors que Bataille, sachant que M. Rosen était reçu assez souvent à la rédaction de 1’Univers (on ne se défiait pas de lui à cette époque), qu’il y donnait parfois des renseignements maçonniques, eut l’idée de rédiger la note exactement comme M. Rosen l’aurait rédigée lui-même. En d’autres termes, il écrivit : « Actuellement, le grand-maître du souverain directoire dogmatique de Charleston est le F.˙. Albert-Georges Mackey, précédemment vice-président du sérénissime grand collège des maçons émérites », et il ajouta : « Auteur du Lexicon of Freemasonry », attendu que M. Rosen, fournisseur de renseignements maçonniques à 1’Univers, avait toujours qualifié Albert-Georges Mackey d’auteur du Lexicon of Freemasonry, et que, pour le public du journal, l’addition de ces cinq mots n’avait pour le moment aucune importance.

La personne visée par cette erreur intentionnelle était M. Rosen. Ceci se passait le 11 mars, ainsi que M. Bois l’a rappelé exactement, à plusieurs reprises.

M. Paul Rosen tomba en plein dans le panneau qui lui avait été tendu. Lorsqu’il vit l’article et la petite note quelques jours après, il oublia tout à fait qu’il avait dix-neuf fois mentionné publiquement l’existence d’Albert-Georges Mackey; il se concerta avec M. Georges Bois, croyant tous deux qu’ils allaient écraser le docteur Bataille, à qui ils avaient voué une haine que tout le monde s’accorde à trouver incompréhensible. Aussi, lorsqu’eut lieu la conférence du Salon Bibliographique, M. Bois, qui n’avait rien dit encore et qui croyait faire éclater une bombe foudroyante, s’écria : « Monsieur le docteur, voulez-vous me permettre de vous apprendre que le F.˙. Mackey, dont vous faites le successeur d’Albert Pike, est mort en 1881, soit dix ans avant Pike, et que le successeur de Pike est le F.˙. Batchelor ? » Bataille haussa les épaules, faisant observer qu’il était question du Palladisme, de la haute-maçonnerie, de la direction suprême de tous les rites, et non du Rite Ecossais, et que, par conséquent il ne s’occupait pas et n’avait pas à s’occuper de Batchelor, non palladiste. M. Bois brandit le n° de 1’Univers du 11 mars, en disant :

« Et votre note ? Elle contient alors une erreur. »

« _ Parfaitement, répondit Bataille avec son flegme habituel, imperturbable ; une erreur absolument intentionnelle, monsieur, et, si vous ne comprenez pas ce que je vous dis là, lisez plus attentivement le Diable au XIXe siècle. »

M. Bois n’a pas suivi ce conseil ; et c’est pourquoi il s’est, à son tour, fourvoyé ; il a répété à satiété, que c’était lui qui avait appris à Bataille, le soir de sa conférence, la mort du docteur Gallatin Mackey, et que l’auteur du Diable, ennuyé de s’être ainsi trompé, mais ne voulant pas reconnaître son erreur, avait dès lors imaginé un second Mackey, le nommé Albert-Georges.

Et M. Bois a tant et si bien écrit ces balourdises, qu’aujourd’hui il ne peut plus les retirer, et que, si l’homme-plastron du Comité des Opposants de Londres vient à lire ce numéro de la Revue Mensuelle, il sera bien étonné d’apprendre qu’il n’existe pas.

Comment qualifier à mon tour, la maladresse de M. Georges Bois, dans cette question Pike-Mackey-Batchelor ? Il a voulu, lui aussi, créer un quiproquo, parce que, marchant d’accord avec son ami Rosen, il tient à laisser ignorer au public le Palladisme, la haute-maçonnerie.

Il prétend avoir appris à Bataille la mort de Gallatin Mackey !... Pauvre garçon ! la rage l’aveugle-t-elle au point de l’empêcher de savoir lire ?...

Qu’il se rappelle donc que la conférence du Salon Bibliographique a eu lieu au mois de mai 1893, et qu’il ouvre le 4e fascicule du Diable au XIXe siècle, mis en vente le 5 mars, et fini d’imprimer le 28 février. Qu’il lise le chapitre intitulé Albert Pike et son œuvre, lequel commence dans ce fascicule à la livraison 39.

Il y lira ces lignes :

« Cet important ouvrage (le Lexicon of Freemasonry) a pour auteur, non pas l’ingénieur Albert-Georges Mackey, mais son oncle le docteur Gallatin Mackey, que j’ai eu l’avantage de connaître personnellement à Charleston, environ trois mois avant sa mort. » (Page 311.)

« ... Albert Pike approuva ce plan, et l’architecte dut s’y conformer après la mort du docteur Mackey ; car le cher homme ne vit pas l’exécution du plan qu’il avait rêvé. » (Page 318.)

« ... Le jour où je vis Albert Pike pour la première fois, c’était donc le 10 mars l881. J’étais allé faire d’abord la connaissance du docteur Gallatin Mackey mon confrère en médecine, dont la résidence était fixée à Charleston, tandis que le chef suprême habitait Washington. » (Page 319.)

Les trois passages ci-dessus, je le répète, font partie des livraisons qui ont été tirées à la fin du mois de février 1893. A cette époque, précédant de plus de deux mois la conférence du Salon Bibliographique, le docteur Bataille imprimait donc, dans sa publication, qu’il avait fait la connaissance du docteur Gallatin Mackey, le 10 mars 1881, et il parlait à deux reprises de sa mort, disant qu’elle avait eu lieu environ trois mois après (le docteur Gallatin est décédé le 20 juin). Bataille n’a pas attendu non plus la sortie ridicule de M. Bois pour parler de deux Mackey ; car il est on ne peut plus explicite à ce sujet, page 311. Enfin, il est clair qu’avant d’écrire la fameuse note reproduisant l’erreur de M. Rosen, le docteur Bataille savait à merveille de qui était le Lexicon of Freemasonry ; cela est l’évidence même. L’erreur était donc bien intentionnelle, c’est-à-dire cachait un piège, et M. Bois a eu grandement tort de rire de cette explication, puisqu’il est lui-même tombé dans le piège, entraîné par son ami Rosen.

M. Bois, ne pouvant plus répliquer en présence de ce fait matériel, prendra sans doute la tangente, en disant que 1’Univers a lieu de se plaindre du docteur Bataille. Ceci est affaire d’appréciation. Le docteur entrait à peine en relations avec le secrétaire-rédacteur de ce journal, et il ne lui était certes pas possible de dire :

« Vous recevez chez vous M. Rosen, vous feriez bien d’être défiant. » Ce sont là des choses bien délicates à exprimer, quand on n’a encore que des soupçons, quand on ne possède pas des preuves certaines. Sachant par expérience qu’avec les maçons il faut ruser, Bataille a risqué un coup assez malicieux, pour prendre son homme la main dans le sac ; il a réussi, et maintenant qu’on commence, par suite de tout cela, à être édifié sur le compte de M. Rosen, il est certain, - du moins il me le semble, - que Bataille a rendu un vrai service à l’Univers.

Que M. Bois lise encore le 5e fascicule de la publication du docteur, fascicule paru le 5 avril, c’est-à-dire cinq semaines avant la conférence, et il y lira la date exacte de la mort de Gallatin Mackey, page 322, et toute sa biographie, de la page 335 à la page 340. Bataille connaissait si bien ce que M. Bois croyait lui apprendre, en mai, au salon Bibliographique, qu’il donnait, page 340, le compte rendu des obsèques du docteur Gallatin.

Quant à la triple succession d’Albert Pike, qui a été si explicitement donnée par Rhemus dans la Croix de Reims, le docteur Bataille l’avait clairement indiquée, sans entrer dans les détails, page 395 de ce même 5e fascicule, du 5 avril, au second alinéa. Et si M. Georges Bois a créé une confusion au sujet des trois parts de cette succession, c’est qu’il l’a bien voulu.

Et maintenant, si ce n’est pas Albert-Georges dit Mackey qui a été le successeur immédiat d’Albert Pike comme chef suprême de la maçonnerie universelle, M. Georges Bois peut-il nous le nommer, ce successeur ?

Pike est mort le 2 avril 1891 ; Adriano Lemmi a été élu chef suprême le 20 septembre 1893. Ce n’est pas Batchelor qui, dans cet intervalle, a dirigé la haute-maçonnerie, puisque le chef suprême doit forcément appartenir au rite suprême, au rite qui est au-dessus de tous les divers rites, au Palladisme, et que Batchelor n’était pas palladiste. Alors, si ce n’est pas le Batchelor si cher à M. Bois, qui est-ce ?

M. Bois répondra qu’il n’y a pas de Palladisme, pas de rite suprême, pas de directoire suprême, pas de souverain pontife de la maçonnerie universelle. Cette audacieuse négation, on la sent depuis longtemps sous les réticences de la Vérité.

Comme son ami Rosen, M. Bois se prévaut du Bulletin officiel du Suprême Conseil de Charleston ; mais ce qu’il se garde bien de dire, c’est que ce bulletin est exclusivement consacré aux affaires du Rite Ecossais dans la région sud des Etats-Unis.

Cependant, le Bulletin Officiel du Suprême Conseil de charleston laisse échapper parfois des aveux, des mots révélateurs, pour qui sait lire.

Ainsi, le 6 mars 1888, Adriano Lemmi, ayant rédigé une circulaire destinée aux chefs de la franc-maçonnerie en Europe, la soumettait à l’approbation d’Albert Pike, et l’accompagnait d’une formule extrêmement respectueuse, où on lisait :

« Vous qui gouvernez avec sagesse et amour les centres suprêmes de la Confédération maçonnique universelle. » (Lignes 5 et 6 de la page 439 de la IIe partie du VIIIe volume du Bulletin Officiel du Suprême Conseil de charleston.)

Dans une autre adresse du même Lemmi à Albert Pike, en date du 21 novembre 1888, on lit encore :

« Vous savez, Très Illustre Frère, combien le Pape s’efforce partout de miner le progrès, aidé par ses Evêques, qui, sous le manteau de la  Religion, organisent la rébellion et le parricide. Vous savez que, lorsque les Italiens luttaient pour la liberté et l’unité de leur Patrie, le Pape, son poignard planté dans le cœur de l’Italie, avait des gibets et des bagnes pour ces héros, et que, maintenant que le Vatican conspire pour rendre la Patrie asservie et divisée, il veut l’impunité pour ce crime et proteste contre l’Italie.

« Aidez-nous à lutter contre le Vatican, vous dont l’autorité est suprême, et, sous votre initiative, toutes les loges d’Europe et d’Amérique épouseront notre cause ». (Bulletin Officiel du Suprême Conseil de Charleston, volume IX, pages 64 et 66.)

M. Paul Rosen osera-t-il dire que ces deux citations ne sont pas exactes ? M. Bois, à son tour, les contestera-t-il ? »

 

 

Couverture du Bulletin Officiel du Suprême Conseil de Charleston, d’août 1872.

 

 

 

 

Couverture du Bulletin Officiel du Suprême Conseil de Charleston, de juin 1890.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Faisons une pause dans cet article de Léo Taxil, et examinons si ces citations sont exactes ou pas.

Domenico Margiotta page 166 de son livre : Souvenirs d’un trente-troisième. Adriano Lemmi chef suprême des Francs-Maçons, parle de ces citations :

« La lettre qui suit et qu’il (Adriano Lemmi) adressa au Souverain Pontife Luciférien, le 21 novembre 1888, prouve bien ce que je viens de dire.

« Très illustre Frère, écrivait Lemmi à Albert Pike, vous savez combien le pape s’efforce partout de miner le progrès, aidé par les évêques, qui, sous le manteau de la religion, organisent la rébellion et le parricide.

Vous savez que, lorsque les Italiens luttaient pour la liberté et pour l’unité de la Patrie, le Pape, son poignard planté dans le cœur de l’Italie, avait des gibets et des bagnes pour ces héros, et que, maintenant que le Vatican conspire pour rendre la Patrie asservie et divisée, il veut l’impunité pour ce crime et proteste contre l’Italie.

Aidez-nous à lutter contre le Vatican, VOUS DONT L’AUTORITE EST SUPREME, et sous votre initiative, toutes les Loges d’Europe et d’Amérique épouseront notre cause. »

Cet appel de Lemmi au chef suprême universel de la secte fit grand plaisir à celui-ci, et dans sa joie il reproduisit la lettre d’Adriano dans le Bulletin officiel du Suprême Conseil de Charleston (volume IX, page 64). Dans sa hâte de faire l’insertion, le vieux Pike oublia de supprimer certains mots de la lettre de Lemmi qui trahissaient l’existence de la haute-maçonnerie supérieure à tous les rites et ayant son siège central à Charleston, organisation que doivent ignorer tous les maçons non initiés au Palladisme.

Une négligence du même genre avait été commise, en 1888, par Albert Pike, dans des circonstances semblables et également à propos d’une lettre du même Lemmi.

Lemmi, qui déteste la France et qui ne s’en cache pas, avait envoyé, d’accord avec le Frère Crispi, une circulaire datée du 6 mars 1888 et destinée à tous les chefs de Suprême Conseils et Grands Orients (sauf au Grand Orient et au Suprême Conseil de France, du moins j’aime à le croire). Cette circulaire était tout à fait antifrançaise. Lemmi y faisait l’éloge de la Triple-Alliance et la déclarait due à l’action secrète des diplomates que la Maçonnerie sait mettre en œuvre. Mais il ajoutait qu’il faudrait commencer des efforts diplomatiques pour obliger la France à désarmer. « Ce désarmement, disait-il, est nécessaire pour la paix, comme la paix est nécessaire pour la justice, et la justice pour le bonheur de l’humanité. » Dans l’exemplaire qu’il adressa à Albert Pike, il ajouta quelques mots, car il ne pouvait pas traiter avec lui d’égal à égal ; et ainsi, en lui parlant, lui Lemmi à Albert Pike, il lui disait (je cite textuellement) : « Vous qui gouvernez avec sagesse et amour les Centres Suprêmes de la Confédération maçonnique universelle. »

 Pike, cette fois encore, inséra la lettre de Lemmi, sans penser à supprimer le passage dénonciateur de son pouvoir suprême. Aussi, tous les maçons imparfaits initiés, c’est-à-dire les dupes que les chefs secrets mènent par le bout du nez sans qu’ils s’en aperçoivent, peuvent, au cas où ils auraient encore des doutes après mes révélations, voir cette lettre, comme l’autre citée ci-dessus, dans l’organe officiel d’Albert Pike.

Celle relative au désarmement à imposer à la France est tout au long dans le Bulletin officiel du Suprême Conseil pour la Juridiction Sud des Etats-Unis, VIIe volume, IIe partie, pages 439 et suivantes ; et la phrase que je viens d’indiquer occupe les 5e et 6e lignes de la page 439. »

Nous, ATHIRSATA, pouvons confirmer ces citations. En effet, nous lisons dans l’Official bulletin of the Supreme council of the 33d degree for the southern jurisdiction of the United States, Volume 8 (1888), page 66:

« YOU ARE SO HIGH AUTHORITY that you will be able with ease to effect this. In pursuance of your initiative, I am sure that in the lodges of Europe an identical movement will take place. »

D’ailleurs Albert Pike lui fait cette réponse pour corriger l’aveu de Lemmi :

« You are pleased to speak of the weight of authority which you suppose me to possess with our Symbolic Lodges and Grand Lodges ; but in this you fallen into error, not remembering that there are entire separation and non-dependence, in this country, between our Supreme Councils and the Symbolic Masonry. […]

But if I’had authority and could speak as one entitled to control opinions and dictate actions, etc… »

Et dans le Volume 9, page 439, nous lisons ceci de Lemmi à l’attention de Pike :

« To you who rule with wisdom and love the supreme centres of the universal Masonic Confederation. »

Reprenons la suite de l’article de Taxil :

« Mais c’est perdre son temps que discuter sur une telle question. La haute-maçonnerie, MM. Bois et Rosen ne la voient pas, parce qu’ils ne veulent pas la voir.

On a vu plus haut que M. de Marolles, se portant garant de M. Georges Bois, lui fait un titre de son ouvrage Franc-Maçonnerie nouvelle du Grand-Orient de France, et M. de Marolles s’indigne de ce que M. Bois - qui, depuis neuf mois, traite d’imposteur, et sans apporter 1’ombre d’une preuve, le docteur Bataille - ait été appelé « auxiliaire du Grand-Orient ».

Or, qu’est-ce qu’un auxiliaire ? C’est celui qui aide, celui dont on tire un secours, celui qui vous rend service.

La question est donc celle-ci : - M. Georges Bois gêne-t-il ou aide-t-il le Grand-Orient de France ? Est-il pour cette branche de la maçonnerie un adversaire redoutable, ou au contraire lui rend-il service ?

Je soumettrai à l’examen du public un fait, un seul, parce qu’il est brutal et facile à contrôler.

Si je dis : « M. Bois révèle uniquement ce que la maçonnerie aujourd’hui ne cache plus », M. Bois me répondra : Je divulgue tout ce qui est, et ce que je ne divulgue pas n’existe pas. »

Il s’agit, par conséquent, de le prendre en flagrant délit d’extinction de lumière, si l’on peut s’exprimer ainsi ; il s’agit de montrer M. Bois faisant de parti-pris l’obscurité sur un point bien connu de lui, alors que le Saint-Siège dit : « Parlez, démasquez, » et que le Grand-Orient dit : « Taisez-vous, cachez. »

Sur la question des noms des francs-maçons, le Grand-Orient, comme toutes les autorités de la secte, a le commandement formel de ne pas révéler aux profanes les noms des adeptes ; la société doit rester secrète, non seulement quant à son but et à ses actes, mais encore quant à ses membres. Individuellement, un franc-maçon peut se faire connaître comme tel au public, c’est son affaire ; mais il lui est expressément défendu de divulguer les noms de ses collègues sans leur consentement ; c’est un cas d’expulsion. Les règlements l’interdisent ; nombreux sont les décrets du Conseil de l’Ordre et les votes des Convents rappelant cette obligation de mutisme absolu. Aussi, les journaux, destinés à être achetés par n’importe qui et qui publient un bulletin maçonnique, sont-ils à ce sujet d’une réserve extrême ; ce n’est pas dans leurs colonnes qu’on trouve à recueillir beaucoup de noms de francs-maçons.

Par contre, le Saint-Siège prescrit l’obligation générale de dévoiler les noms des francs-maçons et particulièrement ceux des chefs, des coryphées, des militants. La bulle Apostolicae Sedis prononce l’excommunication contre ceux qui négligent de dénoncer les chefs occultes, les coryphées de la maçonnerie. Ainsi, au Grand-Orient de France, les chefs sont les membres du grand collège des rites et ceux du Conseil de l’Ordre, et l’on doit tenir comme certainement les plus militants les délégués des Ateliers dont la réunion forme les Convents.

L’obligation (sous peine d’excommunication) de dénoncer les chefs et les sectaires militants est générale ; elle incombe à tous les fidèles soumis aux lois de l’Eglise. Chacun doit faire cette dénonciation de la façon qui lui est possible : le prêtre à son évêque, le laïc à un prêtre. « Arrachez à la franc-maçonnerie ses masques, » a dit Léon XIII. Il ressort de là, - la dénonciation étant une obligation personnelle, - que le publiciste catholique doit divulguer les noms des chefs et des sectaires militants, chaque fois qu’il en a l’occasion. Il faut que l’ennemi de l’Eglise soit connu des fidèles, afin que chacun puisse se garer de lui.

Même en France, où la franc-maçonnerie est considérée comme société régulière par le pouvoir civil, l’obligation de dénoncer les francs-maçons s’impose. La consultation bien connue du Saint-Office, en réponse à une lettre de l’évêque de Bayonne, ne laisse prise à aucun doute à cet égard :

« 1° La dénonciation est obligatoire, non seulement dans le cas où les chefs ne seraient pas connus comme appartenant aux sociétés condamnées, mais encore dans celui où, francs-maçons avérés, ils ne seraient pas connus comme chefs des sectes ;

2° La dénonciation est obligatoire même dans les pays où la franc-maçonnerie est tolérée par le pouvoir civil, où ses membres sont assurés de l’impunité et où l’Eglise ne peut user de son pouvoir de coercition. »

Voyons donc, à présent, ce livre que M. de Marolles nous cite comme étant la preuve que M. Georges Bois, loin d’être, pour le Grand-Orient, un auxiliaire, est, au contraire, son plus terrible gêneur.

Dans ce livre de M. Bois, sont insérés des documents officiels de la secte, non pas des documents maçonniques manuscrits, rigoureusement gardés aux archives de la rue Cadet, et au sujet desquels le détracteur acharné du docteur Bataille pourrait contester ce que je vais dire, mais bien des documents imprimés, qu’il est très difficile de se procurer, je le reconnais, mais dont un exemplaire authentique pourrait être mis par moi sous les yeux de M. Bois, s’il osait nier.

« Je n’ai pas cherché les documents dont j’ai fait usage, écrit M. Bois dans sa préface. J’étais journaliste ; ils m’ont été offerts. »

Notons cet aveu. On les a offerts à M. Bois, parce que M. Bois est journaliste, et, par conséquent, pour qu’il en publiât ce qu’il jugerait utile de publier. Dans son bulletin mensuel du 5 octobre dernier, couverture de son 11e fascicule, Bataille a plaisanté M. Bois à ce sujet (page 7), et M. Bois a feint de ne pas comprendre qu’on le raillait. Il ne dit pas, dans son livre, qui lui a remis ces documents. « C’est, on le devine sans peine, écrivait Bataille, un bon catholique comme lui, qui a eu la patience de les recueillir un à un, par-ci par-là, à droite et à gauche, et qui les lui a généreusement offerts (à lui Bois), pour qu’avec son merveilleux talent il s’en serve dans l’intérêt de l’Eglise. »

Eh bien, cessons le badinage et parlons net. La personne qui a remis à M. Georges Bois ces documents, c’est un 33e, et non pas un 33e démissionnaire. Bien entendu, je ne blâme pas M. Bois d’être en relations avec un 33e, ni même avec plusieurs chefs de la secte, si c’est lui qui réussit à obtenir, par ce moyen, des armes pour combattre et démasquer la franc-maçonnerie et les francs-maçons.

Comment s’est-il servi de ces documents ? Est-ce en se conformant aux ordres du Saint Siège qui commande aux fidèles, sous peine d’excommunication, de dévoiler les chefs et les sectaires militants ? Toute la question est là.

Or, quelle que soit la surprise que je vais causer au bon M. de Marolles, garant de M. Georges Bois, j’ai le regret de constater que ce dernier, pour mieux enfreindre les ordres du Saint-Siège, a carrément falsifié les documents qu’il a reproduits. Il n’a pas coupé les passages où se trouvaient des noms de chefs ou de sectaires militants ; il a remplacé ces noms par des qualifications qui font la nuit sur la personnalité des francs-maçons dont il s’agit.

On sait que, dans la fédération du Grand-Orient de France, les Convents annuels ont une importance de premier ordre ; bien que les frères prenant part à ces assemblées suivent, sans le savoir souvent, les inspirations des 33e du grand collège des rites établi au sein de ce Grand-Orient, ils n’en sont pas moins des chefs, représentant avec des pouvoirs spéciaux toutes les loges de l’obédience, dont ils sont les mandataires, les délégués ; c’est dans ces convents que ces délégués délibèrent chaque année sur les mesures à prendre pour miner la religion et la détruire, si c’était possible. Aussi, est-il du plus haut intérêt, pour les catholiques, de connaître les noms de ces délégués, qui sont tout autant d’ennemis mortels de l’Eglise, qui comptent au nombre des sectaires les plus militants, chefs et coryphées, selon l’expression de la bulle Apostolicae Sedis. Pas un seul de ces délégués n’est Apprenti ni même Compagnon; il faut être au moins Maître pour représenter une loge au Convent ; beaucoup sont des Rose-Croix, des Kadosch, des 33es.

Voici quelques exemples des falsifications commises par M. Georges Bois :

 

CONVENT DE 1889

M. Bois, dans son volume, consacre à ce Convent les pages 166 à 177. Il est censé reproduire le procès-verbal officiel des séances, procès-verbal qui est imprimé, je le répète, et qui figure dans le Bulletin officiel du Grand-Orient de France.

Page 168, M. Bois imprime : « Le délégué de la loge de Tarbes vient exposer le but dans lequel avait été déposé ce vœux, etc. »

L’imprimé officiel porte : « Le Fr.˙. Fourcade vient exposer le but dans lequel, etc. »

Même page 168, M. Bois imprime : « Un membre du Conseil de l’Ordre relit le vœu en question et fait observer, etc. »

L’imprimé officiel porte « Le F.˙. Francolin relit le vœu en question et fait observer, etc. »

Page 170, M. Bois : « Un frère conseiller municipal de Paris, délégué de la loge Droit et Justice : MM.˙. FF.˙., il y aurait peut-être autre chose à faire que de renvoyer ce vœu, etc. »

L’imprimé officiel : « Le Fr.˙. Pétrot, Orateur : MM.˙. FF.˙., il y aurait peut-être autre chose à faire, etc. »

Page 171, M. Bois : « Le F.˙. rapporteur : Le vœu 44 sur la protection des fonctionnaires républicains a été déposé, la commission est favorable, etc. »

L’imprimé officiel : « Le F.˙. Conty, rapporteur : Le vœu 44 sur la protection des fonctionnaires républicains, etc. »

Page 173, M. Bois: « Le Fr.˙. président de la commission des requêtes : Vous avez pu trouver dans le Bulletin l’indication d’une commission qui, etc. »

L’imprimé officiel : « Le F.˙. Francolin : Vous avez pu trouver dans le Bulletin l’indication d’une commission qui, etc. »

Même page 173, M. Bois : « Le F.˙. délégué de Constantinople : Je saisis cette occasion pour vous exposer la situation, etc. »

L’imprimé officiel : « Le F.˙. Michalowski, de l’or.˙. de Constantinople : Je saisis cette occasion pour vous exposer, etc. »

Et ainsi de suite, jusqu’à la page 177.

 

CONVENT DE 1890

 

Les pages consacrées par M. Bois à la reproduction des documents de ce Convent vont de 197 à 242.

Page 199, M. Bois imprime : « Le Fr.˙. rapporteur de la commission spéciale nommée par le Conseil de l’Ordre présente le rapport de cette commission sur une proposition à soumettre à l’assemblée, etc. »

L’imprimé officiel porte : « Le Fr.˙. Boucheron, au nom de la commission spéciale nommée par le Conseil de l’Ordre, présente le rapport, etc. »

Page 204, M. Bois : « Le Fr.˙. Président : Je donne la parole au Fr.˙. que la commission des vœux a chargé de rapporter les questions, etc. »

L’imprimé officiel : « Le Fr.˙. Président Fernand Fauve : Je donne la parole au Fr.˙. Bertrand, que la commission des vœux, etc. »

Même page 204, M. Bois : « Le Fr.˙. Rapporteur : La R.˙. L.˙. la Triple Union et Amitié, de l’or.˙. de Voiron (Isère), etc. »

L’imprimé officiel : « Le Fr.˙. Bertrand : La R.˙. L.˙. la Triple Union et Amitié, etc. »

Même page 204, M. Bois : « Le délégué de la loge de Voiron : MM.˙. FF.˙., je viens vous demander une modification aux conclusions du Fr.˙. rapporteur, etc. »

L’imprimé officiel : « Le Fr.˙. Dumas, de Voiron : MM.˙. FF.˙., je viens vous demander une modification, etc. »

Page 206, M. Bois :    « Le F.˙. Rapporteur : Comme il s’agit d’un projet financier, etc. »

L’imprimé officiel : « Le Fr.˙. Bertrand : Comme il s’agit d’un projet financier qui ressemble, etc. »

Même page 206, M. Bois : « Le délégué de Montluçon : J’ai eu la faveur d’être le vénérable de la loge de Voiron, et c’est à ce titre que je viens prendre la parole, etc. »

L’imprimé officiel : « Le Fr.˙. Devaluez : J’ai eu la faveur d’être le vénérable de la loge de Voiron, etc. »

Page 207, M. Bois : « Les avis sont partagés. Un frère veut que l’on encourage les Maçons de l’Isère. Un autre, plus avisé, songe à ce que cette assistance peut coûter à la caisse, etc. »

L’imprimé officiel donne, comme toujours, les noms que M. Bois cache. « Un frère », c’est le F.˙. Jourdan. « Un autre », c’est le F.˙. Doumer.

Pages 223-224, M. Bois : « Le délégué de la loge Liberté de Conscience, de Paris, trouve que la Chambre manque de vigueur anticléricale... Laissons-lui la parole : Nous sommes un certain nombre de Maçons qui voudrions pousser à fond l’analyse de cette question, etc. »

L’imprimé officiel : « Le F.˙. Fernand Maurice : Nous sommes un certain nombre de Maçons qui voudrions, etc. »

Page 226, M. Bois : « Le F.˙. B., toujours actif et plein d’initiative, soumet le vœu suivant, etc. »

« Le F.˙. B. », c’est le F.˙. Benoit-Lévy, ainsi que le porte l’imprimé officiel.

Et ainsi de suite, jusqu’à la page 242.

 

CONVENT DE 1891

 

Les pages consacrées par M. Bois à la reproduction des documents de ce couvent vont de 254 à 311.

Au hasard, prenons encore le détracteur de Bataille en flagrant délit de falsification.

Page 274, M. Bois imprime : « Le délégué de Limoges : Vous venez d’entendre la lecture du compte rendu des travaux du Conseil de l’Ordre, etc. »

L’imprimé officiel porte : « Le F.˙. Dumas-Guilin : Vous venez d’entendre la lecture, etc. »

Page 275, M. Bois : « Le président du Conseil de l’Ordre : Mon F.˙., nous avons été saisis de différentes plaintes, et parmi elles la vôtre, etc. »

L’imprimé officiel : « Le F.˙. Thulié, président du Conseil de l’Ordre : Mon F.˙., nous avons été saisis de différentes plaintes, etc. »

Page 277, M. Bois : « Le F.˙. M., délégué de la loge de Calais : On vient de vous parler de la manière dont se comporte parfois le gouvernement, etc. »

L’imprimé officiel : « Le F.˙. Merchier, de Calais ; on vient de vous parler de la manière dont se comporte, etc. »

Page 281, M. Bois : « Le délégué de la loge de Bourg : Ce n’est pas le renvoi devant le Conseil de l’Ordre qu’il faut voter aujourd’hui, etc. »

L’imprimé officiel : « Le F.˙. Bourgueil : Ce n’est pas le renvoi devant le Conseil de l’Ordre, etc. »

Page 282, M. Bois : Un membre du Conseil de l’Ordre rappelle la révocation de l’édit de Nantes. Nous négligerons ce hors-d’œuvre. »

L’imprimé officiel donne, en entier, ce discours très violent et en même temps très astucieux, avec le nom du frère qui l’a prononcé, le F.˙. Poulle ; c’est un président de Chambre à la Cour d’appel de Poitiers, ayant le 33e degré de l’initiation maçonnique.

Page 283, M. Bois : « Un autre membre du Conseil veut qu’on exclue les candidats cléricaux (des fonctions publiques) et qu’on refuse l’avancement aux cléricaux déjà en place, etc. »

L’imprimé officiel nomme ce forcené ; c’est le F.˙. Albert Pétrot, alors Rose-Croix et conseiller municipal de Paris. Voilà plusieurs fois que M. Bois cache son nom au public catholique qu’il sollicite pour lecteur. Il est vrai que le F.˙. Pétrot est un ami de MM. Paul Rosen et Georges Bois.

Page 284, M. Bois imprime : « Le délégué de la loge Les Droits de l’Homme, de Paris, est partisan de l’exclusion des cléricaux et de la destruction de l’enseignement congréganiste, quelles qu’en soient les conséquences. »

C’est du F.˙. Edmond Lepelletier qu’il s’agit, d’après l’imprimé officiel.

Page 285, M. Bois cache le nom du F.˙. Laffont sous cette qualification : « le délégué de la Renaissance ».

Page 286, le F.˙. Fernand Faure devient, sous la plume de M. Bois : « le délégué des Neuf Sœurs » (nom d’une loge de Bordeaux).

Page 292, M. Bois dit simplement : « Un orateur conjecture que, par la vertu du vœu Pochon, les mères de famille réactionnaires et cléricales deviendront républicaines, parce que l’avenir de leurs enfants y sera intéressé » ; cet orateur est le F.˙. Blatin, de Clermont-Ferrand, est-il dit dans l’imprimé officiel.

Et ainsi de suite, jusqu’à la page 311.

Partout, c’est la même chose, tout le long du volume. Chaque fois que M. Bois cite des documents (notamment encore de la page 427 à la page 489), il les falsifie ; car c’est une falsification que supprimer un nom qui est imprimé sur le document même, pour le remplacer par une appellation cachant la personnalité.

A son chapitre XIII, M. Bois donne l’état des ateliers de la fédération du Grand-Orient de France en 1891 ; ces renseignements sont empruntés à l’Annuaire du Grand-Orient. Cet annuaire donne, non seulement les titres des ateliers, mais les noms et adresses de tous les vénérables, très sages (présidents de chapitres) et grands maîtres (présidents d’aréopages de Kadosch). M. Bois publie les titres d’ateliers ; mais silence complet sur les individus, absence totale des noms.

Tel est le fait brutal qu’il y avait nécessité de faire connaître. Je mets M. Georges Bois au défi de nier. Il ne fera croire à personne qu’on a fabriqué, exprès pour lui, un exemplaire du Bulletin officiel du Grand-Orient de France et un exemplaire de l’Annuaire officiel, avec suppression des noms.

Tous ces noms, il les a eus sous les yeux ; et ce n’est pas par défaut de place qu’il les a supprimés, puisque la qualification dont il se sert en remplacement du nom est toujours plus longue que le nom.

Et, ce qui est un comble, M. Bois, dans la conclusion de son livre, félicite (page 514) un journal catholique de province, qui avait publié quelques noms de francs-maçons de son arrondissement. Ah! Voilà la bonne guerre, s’écrie M. Georges Bois ; nous ne devons prêter notre appui, surtout dans la vie politique et publique, à rien de ce qui est franc-maçon. Voilà comment la lutte sera efficace, et pour cela il faut publier les noms.

« Continuez le bon combat, dit-il au journal catholique auquel il fait allusion. Publiez, si vous pouvez, la liste entière de toute la loge, afin que nous sachions qui nous avons devant nous. » (Textuel.)

Et c’est M. Georges Bois qui traite de « fumisterie » l’ouvrage du docteur Bataille !

Et le bon M. de Marolles certifie que le livre de M. Bois a porté un coup terrible au Grand-Orient de France !... Ah ! Comme on a dû rire, à la rue Cadet, en lisant le certificat de M. de Marolles !

Non, voyez-vous, ce 33e qui offre à M. Bois des documents pour qu’il les publie, M. Bois qui les imprime en en retranchant précisément ce qu’il reconnaît lui-même être le plus gênant pour la secte, en supprimant ce que le Saint-Siège ordonne de dévoiler sous peine d’excommunication, c’est-à-dire les noms, et là-dessus, M. de Marolles, président du Comité anti-maçonnique, qui déclare que M. Bois est tout le contraire d’un auxiliaire du Grand-Orient de France, non, voyez-vous, cela fait rêver !

Encore je suis obligé de m’arrêter, car la place me manque ; Bataille a étalé devant moi les innombrables lettres de ses abonnés qui le supplient de laisser M. Bois brailler, sans lui répondre; et je vous assure que la plume semble se galvaniser d’elle-même entre mes doigts.

M. Georges Bois veut-il autoriser les personnes à qui il a écrit des lettres privées contre Bataille et contre moi-même à m’en laisser reproduire seulement une ou deux, et à y répondre ? Ou bien la Vérité veut-elle les publier et en prendre toute la responsabilité ?

Alors, on pourra faire constater authentiquement, officiellement, qui dit vrai et qui ment. Et je vous réponds que, pour le coup, ce sera bien fini.

Léo Taxil. »

 

 

Le docteur Bataille est-il médecin ?[40]

 

Une des manœuvres les plus perfides du journal la Vérité, - qui, chaque fois que M. Bois y écrit, devrait beaucoup plus logiquement s’appeler le Mensonge, - a été de répandre le bruit que l’auteur du Diable au XIXe siècle s’intitulait faussement « docteur » et n’était même pas médecin.

Dans des lettres particulières, adressées à diverses personnes, l’auxiliaire du Grand-Orient de France a commencé par prétendre s’être renseigné officiellement, en ce qui concerne le service de notre ami dans la marine, et avoir appris ainsi que celui-ci avait tout au plus navigué quelques mois aux Messageries Maritimes. Cette seule allégation donne la mesure de la mauvaise foi de M. Bois : pour ne citer que le Japon, le docteur Bataille y a été en station pendant près de deux ans, sous le pavillon des Messageries Maritimes et comme docteur de bord.

Passant des mensonges multipliés en des confidences épistolaires aux insinuations calomnieuses publiques, M. Georges Bois a tenté de faire croire aux abonnés du journal où il écrit que notre ami n’est nullement docteur en médecine. Pour arriver à faire pénétrer dans les esprits cette impudente fausseté, il n’est sorte d’artifices auxquels M. Bois n’ait eu recours. Tantôt, comme dans ses lettres particulières, il fait suivre d’un injurieux point d’interrogation entre parenthèses le titre de docteur (?) ; tantôt, il affecte, ostensiblement, de la façon la plus marquée, de lui refuser ce titre qui est pourtant le sien et bien légitimement conquis par examens, diplôme et long exercice d’une honorable profession ; tantôt enfin, sachant parfaitement que le docteur a cessé d’exercer, si ce n’est accidentellement et pour se rendre utile à quelques personnes en nombre restreint qui veulent bien le consulter spécialement pour les maladies nerveuses), M. Georges Bois déclare solennellement que le vrai nom de l’auteur du Diable au XIXe siècle ne se trouve ni dans l’Annuaire Médicale de Paris ni dans le Bottin, où il l’a, dit-il, vainement cherché à la nomenclature des docteurs-médecins de la capitale.

Tous ces procédés sont bien misérables, et, dans cet acharnement à calomnier, il est fort difficile de voir l’appréciation d’un critique jugeant un livre ; jamais, dans les annales de la presse, un critique littéraire, si hostile qu’il fût à un ouvrage, n’est descendu à de semblables manœuvres.

Eh bien, pour qu’une démonstration éclatante soit faite de la basse déloyauté de M. Georges Bois, les amis de M. le docteur Bataille l’ont instamment prié de consentir à oublier qu’il est, comme médecin, avant tout un homme d’études scientifiques, et de vouloir bien reprendre, au moins pendant quelque temps, le public exercice de sa profession. Notre ami a accepté.

C’est pourquoi, tous les lundis dans la matinée, de 9 heures et demie à 11 heures et demie, M. le docteur Bataille recevra, dans un cabinet (rue de l’Abbaye, 13), toute personne qui désirera le consulter sur un cas de maladie ou pour avoir une prescription de régime à suivre. M. le docteur Bataille donnera également des consultations par correspondance, à titre exceptionnel, bien entendu, et pour une seule fois. Les consultations seront signées de son titre de docteur et de son vrai nom.

Si M. Georges Bois a dit la vérité, l’auteur du Diable au XIXe Siècle se sera donc mis dans le cas délictueux d’exercice illégal de la médecine. Et, la jurisprudence nécessitant que le délinquant ait réellement fait métier, c’est-à-dire se soit fait rémunérer de son office de médecin et ne se soit pas borné à donner des conseils, notre ami, afin de n’être pas accusé d’avoir usé d’un subterfuge de nature à laisser la loi impuissante contre lui, fixe à ses consultations un prix modique, mais suffisant pour ne pas lui permettre d’échapper aux effets d’une dénonciation.

En conséquence, le prix de la consultation, soit dans le cabinet mis à la disposition du docteur Bataille chez ses éditeurs, soit par correspondance, est fixé à « cinq francs ».

Maintenant, voilà M. Georges Bois et ses garants de sincérité mis au pied du mur. Ils n’ont plus à se dérober, ni lui ni ceux qui impriment ses mensonges et leur donnent de la publicité. Il leur est facile de faire demander consultation à M. le docteur Bataille par cinq ou six personnes, pour s’assurer que notre ami se soumet réellement à l’expérience qui vient d’être indiquée ; et, pour la modique somme de 25 à 30 fr., ils auront en main les titres nécessaires pour le faire punir avec toute la rigueur des lois, s’il est un faux docteur.

Allons, Messieurs, vous n’avez pas le droit de refuser cette expérience décisive. Vous avez calomnié un homme et fait ainsi le jeu de ceux que loyalement il combat et démasque ; vous avez répandu sur lui des insinuations perfides ; vous avez l’obligation de ne pas en demeurer là, il vous faut à présent, aller jusqu’au bout.

Vous devez faire constater que notre ami exerce la médecine et le dénoncer au procureur de la République. Le docteur Bataille vous met tous les atouts en main, si M. Georges Bois a dit vrai.

Et si l’expérience se retourne contre M. Bois, s’il est ainsi démontré que ce monsieur a menti, si c’est lui qui, de cette façon, est pris en flagrant délit d’imposture, nous aimons à croire que M. Auguste Roussel, que nous persistons à ne pas rendre solidaire de son collaborateur, aura l’honnêteté de désavouer celui-ci, de reconnaître qu’il a été trompé par lui, et de dégager, par une déclaration publique, sa responsabilité dans cette série d’attaques qu’il a eu tort de laisser produire dans ses colonnes. Son amitié pour M. Bois l’a rendu aveugle. Dans l’intérêt même de son journal, nous croyons qu’il est temps, pour M. Roussel, d’ouvrir les yeux.

Quant à nous, nous affirmons la réalité des nombreux voyages de M. le docteur Bataille, l’authenticité de ses diplômes, son honorabilité au-dessus de tout soupçon ; nous le savons sincère et le déclarons tel. Et tous ceux qui écrivent dans cette revue se proclament ses amis, l’estiment comme tous ceux qui le connaissent. Tous, nous nous déclarons hautement solidaires de lui. »

 

Encore M. Bois

 

Voici l’article publié par M. le chanoine Mustel dans la Revue catholique de Coutances du 19 janvier 1894 pour la défense de l’ouvrage du docteur Bataille :

« … Nous arrivons à M. George Bois.

Ancien rédacteur de l’Univers, actuellement rédacteur de la Vérité, M. G. Bois est un écrivain catholique. Il a fait un livre intéressant, que nous avons lu avec attention, sur la Franc-Maçonnerie moderne, dont l’objet, restreint, mais plein d’actualité et qui appelle l’attention spéciale des lecteurs français, est l’évolution récente et la nouvelle constitution du Grand-Orient de France, depuis que, rejetant en grande partie les anciennes épreuves, les symboles et les rites archaïques, il est devenu à la fois une société de libre-pensée ou d’athéisme, et une association politique et sociale dont les membres travaillent efficacement à conquérir ou à garder le pouvoir et à mettre les catholiques hors la loi, en attendant qu’ils puissent supprimer le catholicisme en France.

M. G. Bois continue dans la Vérité, à faire campagne contre la Franc-Maçonnerie, sur le même terrain, c’est-à-dire en signalant ses entreprises, ses résolutions et ses actes pour asservir, dépouiller et finalement détruire, si elle le pouvait, l’Eglise catholique en France.

Ses renseignements, très sûrs, sont aussi très précieux, et, en les donnant, M. G. Bois rend aux catholiques un service dont personne ne comprend et ne reconnaît mieux que nous la très grande importance. Mais nous sommes de ceux qui croient ses renseignements insuffisants. Il ne sait pas, ou du moins, il ne dit pas tout, et il ne fait connaître de la secte que le côté le moins odieux, lequel, du reste, elle avoue ou plutôt proclame elle-même, en s’en faisant un titre de gloire.

Pourquoi M. G. Bois a-t-il attaqué violemment, depuis longtemps, - et nous pouvons dire un peu par tous les moyens dont il disposait, - le docteur Bataille et ses révélations ? Nous n’en trouvons aucune bonne raison, surtout après la lettre que nous avons reproduite il y a quinze jours, et dans laquelle M. G. Bois affirme, comme nous, l’existence « d’un monde spécial, voué au diabolisme. » Nous eussions parfaitement compris qu’il mit en doute les révélations du Diable au XIXe Siècle, qu’il signalât dans les faits, les récits ou les doctrines, ce qui lui paraissait incroyable, invraisemblable, ou enfin contraire aux enseignements de l’Eglise. La discussion était de droit, et personne, pas plus l’auteur que ses amis, n’aurait pu légitimement s’en plaindre.

Mais l’attitude de M. G. Bois a été tout autre ; et il nous permettra de la trouver à la fois maladroite et inexplicable.

D’abord, quand il a commencé ses attaques, il ne pouvait ignorer que bon nombre de catholiques sérieux et instruits, de prêtres, de théologiens, de religieux de tous les ordres, et plusieurs évêques des plus compétents en ces matières, admettaient les révélations de M. le docteur Bataille. Sans rien enlever à la liberté de la controverse, ces adhésions discrètes, mais connues, ne devaient-elles pas détourner un écrivain catholique de donner à sa polémique un ton de persiflage injurieux. comme si l’auteur qu’il attaquait eut été convaincu d’être un charlatan, un « fumiste », et son œuvre, une continuation des aventures du baron de Krack ? A traiter ainsi un homme qui s’affirme catholique, et contre lequel on ne peut s’armer, pour le combattre, que d’impressions personnelles, c’est le critique qui se fait tort et met les lecteurs en défiance.

M. G. Bois a commis d’autres impairs. Il se défend énergiquement de toute connivence, de toute collaboration, de toute relation avec M. Rosen, sauf les relations d’un amateur de livres avec un libraire. Fort bien. Mais pourquoi faisait-il insérer, le 24 novembre et le 4 décembre, dans la Vérité, deux lettres très singulières de ce Monsieur, qui lui apportait évidemment son concours et son témoignage ? Et pourquoi faisait-il suivre la première de ces lettres de cette recommandation flatteuse : « Ce témoignage est d’autant plus autorisé que M. Paul Rosen est le premier qui ait fait connaître en Europe la Maçonnerie de Charleston et Albert Pike, en deux ouvrages honorés l’un et l’autre d’un bref de Léon XIII » - et, en note, au bas de la page, cette jolie réclame : « Satan et Cie et L’Ennemie sociale (Bloud et Barral. éditeurs). L’Ennemie sociale, en un simple in-12, de 800 pages, est le plus décisif recueil de documents sur le rôle politique et social de la Maçonnerie. »

Ajoutons que, dans son ouvrage, M. G. Bois cite à chaque page M. Paul Rosen. Eh ! bien, nous trouvons étonnant qu’après avoir publiquement fait campagne ainsi, - nous maintenons le mot, - avec cet auteur, recommandé ses livres, honorés d’un bref pontifical, M. G. Bois se défende si fort de toute accointance avec l’auteur de Satan et Cie, et nous adjure et nous impose comme un acte de justice, dans des lettres pressantes, de le dégager complètement de toute compromission avec le même P. Rosen. - que d’ailleurs il connaît très bien, - beaucoup mieux que nous.

M. G. Bois ayant accusé publiquement l’auteur du Diable au XIXe siècle d’être un « fumiste », un simple « romancier », en d’autres termes, un imposteur et un « faux témoin », M. Bataille a répliqué que M. Bois est, lui, un agent du Grand-Orient de France, et il a promis de le prouver. L’accusation est très grave, et nous comprenons qu’elle ait profondément blessé celui qui en était l’objet. Celle qu’il avait portée le premier, sans y être provoqué, contre l’auteur du Diable au XIXe siècle, l’était-elle moins ? Nullement, à notre avis. Si l’œuvre de ce dernier était une œuvre d’imposture, ce serait une œuvre infâme et scélérate au plus haut degré. Donc, les deux accusations s’équilibrent.

Jusqu’à présent, ni l’une ni l’autre n’est prouvée. M. G. Bois, qui manie la plume avec souplesse et dextérité, doit s’avouer que les arguments qu’il a accumulés sont faibles et ne peuvent convaincre aucun homme sérieux. Quant à son adversaire, il doit produire très prochainement ses preuves, et nous verrons ce qu’elles valent.

Mais M. G. Bois a manqué de sang-froid jusqu’à s’emballer et se compromettre On connaît la législation française, si défectueuse, sur la diffamation. Dans aucun cas, aucune preuve n’est admise, quand il s’agit de particuliers, même journalistes ou candidats à une fonction élective quelconque. Celui qu’on accuse a donc toujours le moyen de faire condamner son accusateur ; mais, en ce cas, il se condamne presque toujours lui-même, puisque, loin de prouver son innocence, il étouffe et supprime les débats. Aussi n’y a-t-il guère que les publicistes véreux a recourir aux tribunaux quand ils sont incriminés. Le moyen de se défendre, c’est de mettre en demeure son adversaire de prouver ce qu’il avance, soit devant le public, soit devant un jury d’honneur. Mais, en ce cas, il ne faut point le menacer d’un procès, sinon dans le cas où les preuves peuvent être admises. En faisant entendre, le 23 novembre, qu’il « se réservait » sur la question de la police correctionnelle, M. Bois prenait une posture d’intimidation que nous trouvons fâcheuse pour lui.

A notre avis, M. G. Bois n’a pas été mieux inspiré en publiant une lettre amicale de M. le vicomte de Marolles. Celui ci déclare qu’il ne prend point parti entre M. Bataille et M. Bois, mais il proteste contre l’accusation dont ce dernier est l’objet et que nous avons indiquée. Or, M. Bois, écrivain catholique, qui, après avoir fait partie de la rédaction de l’Univers, est actuellement l’un des principaux rédacteurs de la Vérité, ami de MM. Roussel et Arthur Loth, qui jouissent de l’estime universelle, devrait comprendre qu’aucun témoignage d’estime et de confiance, quel qu’en soit l’auteur, ne peut lui être utile. Ou ses collaborateurs le connaissent ; et, on ce cas, leur jugement suffit ; ou il a pu les tromper, eux qui le voient tous les jours, avec lesquels il vit ; - ce qui n’est pas inouï, témoin Nubius ; - et alors il n’est personne qui n’ait pu se méprendre sur son compte.

D’autre part, il serait facile de relever bon nombre de contradictions dans les articles de M. Bois. Pourquoi, par exemple, après avoir écrit à maintes reprises que les révélations du docteur étaient fausses, s’empare-t-il, le 29 novembre, d’une lettre dans laquelle M. Léo Taxil reconnaît, - ce qui était su, dès le commencement, de tous ceux qui avaient voulu prendre des informations, - qu’il donne son concours au docteur pour : 1° guider les dessinateurs chargés de l’illustration ; 2° contrôler le docteur Bataille sur les questions purement maçonniques, et en tire-t-il cette conclusion, absolument contraire à toutes ses attaques antérieures :

« Ce qui reste acquis, c’est que les révélations du docteur Bataille, en ce qui se rapporte à la Maçonnerie pure, ont la même valeur, la même autorité que celles de M. Léo Taxil, lesquelles elles-mêmes, au-dessus du grade d’apprenti, ne sont plus un témoignage personnel, mais de simples renseignements.

C’est tout ce que nous voulions dire, et nous n’avons jamais soutenu autre chose. Et si M. Léo Taxil voulait ajouter que ces renseignements ont été mis en œuvre avec un peu d’imagination et cette petite pointe de couleur romanesque que le public aime toujours, nous n’aurions plus rien à lui demander. Que n’a-t-il seulement commencé par nous écrire cela dès le premier jour ? Il nous eût épargné et eût épargné à son ami beaucoup d’entre qui eût pu servir à autre chose ! »

Qu’importe le contrôle de M. Taxil sur les questions purement maçonniques, c’est-à-dire, évidemment, sur la terminologie, les rituels, les grades, les rites de la Franc-Maçonnerie ordinaire, qui n’a pas été l’objet des études ni des investigations du docteur Bataille ? La question, pour celui-ci, est uniquement celle que M. Bois avait posée et à laquelle il est revenu : Le docteur a-t-il vu et entendu ce qu’il raconte comme témoin oculaire ? Les diversions à propos de M. Léo Taxil ou de tout autre n’ont rien à voir ici. Il n’y a pas d’auteur qui ne réclame, pour se faire éditer, quelque concours d’amis dans lesquels il a confiance, pour revoir son œuvre, la critiquer, et, au besoin la modifier. Elle reste cependant bien son œuvre personnelle, dont toute la responsabilité lui incombe.

Que signifient encore, à propos du Diable au XIX siècle, les reproches faits à M. Taxil d’avoir publié un livre dans lequel les mœurs modernes seraient trop crûment dévoilées ? Que le reproche soit fondé ou non, en quoi atteint-il et un autre auteur et un auteur ouvrage ?

Enfin, - car il faut finir, - M. G. Bois abuse de la facilité que lui procure son rôle de rédacteur d’un journal quotidien pour multiplier sans mesure et varier sans cesse et ses articles et ses attaques contre un écrivain qui ne peut répondre qu’une fois par mois.

Si nous pouvions entrer dans le fond du débat, nous ajouterions, preuves à l’appui, que ce n’est pas le docteur Bataille, mais ses contradicteurs qui se sont trompés ou ont voulu tromper sur Charleston, sur Albert-George Mackey, sur les Inspecteurs en mission permanente, qu’ils confondent avec les Souverains Inspecteurs Généraux, 33e degré de l’Ecossisme, sur Sophie Walder et son père, etc., etc.

Un dernier mot : le 5 janvier, en publiant l’interrogatoire adressé à toutes les Loges de France des différents Rites, par la Loge la Clémente Amitié, M. G. Bois reprochait au docteur Bataille de ne pas donner des renseignements de ce genre, et le raillait, selon son habitude, à propos de faits démoniaques qu’il raconte. Ici, nous ne comprenons pas. La Franc-Maçonnerie est une sorte de religion retournée ; elle a ses œuvres, qui sont des œuvres de destruction et de ruines ; il est bon certainement de les dénoncer. Mais elle puise ses inspirations plus bas que les abîmes les plus obscurs et les plus infects du cœur humain. C’est le Diable qui la dirige et l’inspire. Mettre ce point en lumière, le faire toucher du doigt, c’est, comme le disait M. le chanoine Ribet, porter à la secte un coup droit, plus efficace contre elle que la révélation de ses desseins et de ses méfaits.

Pour juger une société, un corps moral, il est bon de savoir ce qu’elle fait, puisqu’on connaît l’arbre à ses fruits ; mais mieux vaut encore connaître l’esprit qui l’anime. Aussi saint Paul ne cessait-il d’avertir les fidèles de son temps qu’ils avaient à combattre, non seulement contre la chair et le sang, mais contre les esprits de ténèbres, répandus dans l’air et acharnés à leur perte.

Que M. Bois s’attache à signaler les faits et gestes du Grand-Orient, c’est fort bien. Mais celui qui montre l’action directe de l’Enfer éclaire mieux encore la situation. Le blâmer, le ridiculiser, non plus sous prétexte qu’il trompe, mais parce qu’il consacre ses efforts à cette mission, c’est se rendre suspect.

L.-M. Mustel. »

 

Suite à cet article, on pouvait lire ceci dans le numéro deux de la Revue mensuelle (février 1894) :

« A cet article, M. Georges Bois n’a rien répondu. il n’avait, en effet, qu’à se taire.

Quant à l’article qui lui a été consacré dans notre dernier numéro de la Revue Mensuelle, il rendait obligatoire une disparition ou un aveu ; M. Bois était mis au pied du mur.

Sur la question Pike-Mackey-Batchelor, le mensonge de M. Bois (prétendant avoir appris au docteur Bataille la mort de Gallatin Mackey) était flagrant, tellement flagrant que notre maladroit adversaire, qui avait pourtant tant crié depuis neuf mois à ce sujet, s’est réfugié dans un mutisme absolu.

Sur la question des documents maçonniques qu’il a publiés dans son livre, M. Georges Bois, obligé d’avouer les innombrables falsifications que nous avons signalées, a plaidé fort piteusement les circonstances atténuantes. Par exemple : dans le compte-rendu du convent de 1880, il a supprimé le nom du F.˙. Fourcade et l’a remplacé par une désignation cachant la personnalité, trompant donc le lecteur sciemment lorsqu’il met sous ses yeux ce qu’il appelle lui-même un document ; pourquoi cette falsification ?... Nous citons textuellement M. Bois :

« Qui est-ce qui connaît, en France, le F.˙. Fourcade ? Il y a peut-être, en France, plusieurs centaines de Fourcade, dont la plupart, peut-être aussi, sont étrangers à la franc-maçonnerie ? Quand j’ai cité ce nom, qu’ai-je appris au public ? Rien, et j’ai provoqué un déluge de réclamations.

Je laisse de côté ce nom inutile, et je le remplace par la qualité officielle du personnage, sa qualité de délégué de la loge de Tarbes, chargé d’apporter au convent un vœu relatif aux projets de la maçonnerie sur Notre-Dame de Lourdes. Cette fois, la question s’éclaire, et le lecteur saisit du premier coup d’œil la valeur de la citation. »

Est-ce assez lamentable, comme explication ?

A qui M. Bois fera-t-il croire que, s’il avait publié le document tel quel, - c’est-à-dire : 1° la liste des délégués au Convent, portant les noms de chacun avec sa qualité officielle (liste qu’il avait entre les mains et qui ne lui eût pas pris un grand nombre de pages de son livre, quatre cents lignes environ), et 2° le procès-verbal de séance avec le nom de chaque orateur, - il aurait provoqué les réclamations d’un Fourcade quelconque ?

Les documents doivent être reproduits comme ils sont, et l’on ne saurait invoquer aucune excuse quand on est pris en flagrant délit de falsification, surtout lorsqu’on se dit catholique et qu’en cachant les noms à l’aide d’une falsification de ce genre, on désobéit au souverain chef des fidèles, alors aussi que, d’autre part le fait de cacher les noms est ordonné par les chefs de la maçonnerie.

Quant à dire que le nom du F.˙. qui a apporté au Convent les vœux de la loge de Tarbes contre Notre-Dame de Lourdes n’a aucun intérêt à être connu des catholiques, il faut prendre les lecteurs auxquels on s’adresse pour des imbéciles pour oser exprimer pareille chose... Allons, tout cela est pitoyable au suprême degré.

M. Bois aurait dû, là-dessus, dans son intérêt, garder le silence, comme il s’est tu sur la question Mackey et sur l’histoire de ses correspondances particulières calomnieuses.

Il a voulu se donner l’air de ne pas avoir le dernier mot et se dérober avec une pirouette. Il n’a pas compris que son rôle est fini, que ses répliques ne sont plus que des grimaces macabres, qu’à tout prendre il lui vaut mieux rester dans la coulisse. Pauvre garçon ! il n’a même pas l’intelligence de la reconnaissance à notre égard ; car, enfin, il sait bien que nous avons été pour lui beaucoup plus indulgents qu’il ne le méritait. »

 

 

Cerbère[41]

 

Un des passages du Diable au XIXe siècle qui a eu le plus le don de provoquer les rires et les haussements d’épaule des soi-disant catholiques (vrais sceptiques, au fond) a été celui où j’ai eu l’occasion de dire quelques mots du démon Cerbère.

Je prie mes lecteurs de se reporter au premier volume, livraison 98, page 782.

C’était l’entrée en matière du chapitre XXIV, la Possession et les Démoniaques. J’exposais combien il est regrettable que la croyance au surnaturel se perde ; je disais l’aveuglement de ces pauvres fous qui se croient des esprits forts et qui n’aperçoivent pas le diable opérant à côté d’eux. A ce propos, je citais deux lettres, prises parmi les innombrables que je reçois, et dans lesquelles mes honorables correspondants déploraient, eux aussi, la négligence de nombreux membres du clergé à étudier la mystique.

La seconde de ces lettres, émanant d’un vénérable prêtre, exorciste aguerri contre Satan et qui avait été témoin de quantité de faits diaboliques, disait entre autres choses :

« Je lis votre récit avec d’autant plus d’intérêt, que depuis sept ans je m’occupe spécialement des questions diaboliques, ayant à soutenir et à exorciser plusieurs personnes possédées par les démons.

On passe pour exalté quand on parle de ces choses-là : mais peu de personnes, même parmi les prêtres, soupçonnent combien l’action du démon est fréquente à notre époque et quelle large part ce monstre prend aux affaires humaines.

Avec ce que j’ai vu, dans les cas que j’ai rencontrés, et ce que la théologie nous enseigne, il est facile d’expliquer tous ces phénomènes que vous rapportez, et pas un de ceux que j’ai lus jusqu’ici ne m’a étonné...

Je serais heureux, me demandait mon correspondant, si vous pouviez me dire si, dans votre enquête, vous n’avez pas trouvé quelque part le démon Cerbère. Je tiens enfermé, dans le corps d’une pauvre et sainte fille, un démon puissant qui me parait être celui-là. Si c’est lui, vous n’avez certainement pas dû le rencontrer... »

Citant cette lettre, je l’interrompis en cet endroit, pour montrer combien l’exemple était significatif. Ce pieux et savant exorciste avait soupçonné Cerbère dans ce méchant diable qui refusait obstinément de dire son nom.

La lettre dont il s’agit remontait déjà à plusieurs mois. Dans le fascicule qui en donna des extraits (fascicule de septembre 1893), je racontai une partie de ce qui était résulté de ma correspondance avec le vénérable exorciste.

N’ayant, en effet, jamais rencontré Cerbère au cours de mon enquête, mais sachant d’autre part à quoi m’en tenir sur son compte, j’avais pu fournir quelques renseignements à mon correspondant et je fis connaître ce point à mes lecteurs :

« Lors de mon second voyage à Charleston, j’ai copié plusieurs des livres infernaux qui sont aux archives du Suprême Directoire Dogmatique, parmi lesquels un curieux registre où figure toute la hiérarchie diabolique, telle que Satan l’a fait connaître à son vicaire (alors Albert Pike).

J’ai donc pu donner quelques indications précieuses à l’éminent exorciste qui me faisait l’honneur de me consulter. C’est ainsi que je lui fis savoir que Cerbère s’intitule « marquis de l’enfer », qu’il est inscrit comme commandant à dix-neuf légions, soit à 128 654 diables subalternes, et qu’il apparaît d’ordinaire sous la forme d’un chien, à une tête (et non à trois, comme on se l’imagine), ladite tête pourvue d’une barbe humaine noire et coiffée d’un bonnet pointu. J’indiquai aussi, pour le cas où le fait eût été ignoré de mon correspondant, qu’on pouvait surprendre ce démon, en lui parlant d’une certaine Marie Martin avec qui il avait eu des relations.

Mes renseignements ne furent pas superflus ; car bientôt ce méchant et puissant démon se laissa surprendre le secret de son identité : c’était bien Cerbère.

Depuis lors, Cerbère s’est enfui de la ville où il avait établi sa résidence, dans le corps de la malheureuse possédée dont il est ici question. »

Voilà ce qui a été imprimé dans le 10e fascicule qui parut en septembre dernier.

Il n’y avait là rien de risible. Les vrais catholiques, ceux qui ont gardé la foi et sous les yeux de qui tombèrent ces lignes, comprirent qu’il s’agissait d’un cas de possession des plus graves, mais que la discrétion m’empêchait d’entrer dans de plus amples détails.

Dans la feuille innommable où l’ami du F.˙. Albert Pétrot s’est attaché à tenter, par les moyens les plus déloyaux, de jeter le discrédit sur mes révélations, ce fascicule fut tout particulièrement l’objet d’une moquerie à outrance. J’appelle ce journal « innommable », parce que vraiment on ne peut pas le désigner sous le titre qu’il a pris ; autant vaudrait appeler « lumière » les ténèbres et « vertu » le vice, selon la langue à rebours en honneur chez les francs-maçons.

Donc, M. Georges Bois trouva extrêmement plaisant cet incident diabolique que je venais de laisser entrevoir ; il en fit des gorges chaudes. Il consacra deux colonnes à railler des miracles que j’avais fidèlement rapportés de la vie de saint Dunstan, le grand apôtre de l’Angleterre, à se moquer des catholiques qui n’ont pas son scepticisme de joyeux boulevardier ; et M. Auguste Roussel fit à cette diatribe, digne de la Lanterne et autres organes de l’irréligion gouailleuse, les honneurs de la première page de son numéro du lundi 30 octobre. Ces plaisanteries de cabaret s’étalèrent en premier article.

La conclusion de M. Georges Bois est caractéristique. Je ne me doutais pas alors que j’aurais un jour à la reproduire.

La voici (elle est devenue, comme on va voir, de pleine actualité) :

« Terminons par une anecdote qui déridera le lecteur… Un des correspondants du Diable au XIXe siècle écrit au docteur Bataille pour lui demander ce qu’il pense du démon Cerbère. A ce nom, le correspondant soupçonne un démon à tête de chien. Le docteur, lui, pense aussitôt à son portier. Alors, il répond à son correspondant en le félicitant avec onction. Ce n’est pas lui qui doute du surnaturel ! Puis, il ajoute qu’en effet Cerbère est un vilain diable à figure de chien, et qu’il se montre le plus communément avec un bonnet sur la tète et une barbe humaine.

Voilà le correspondant du docteur désormais renseigné, et de main de maître, il peut en être sûr !

Signé : Georges Bois. »

Il n’est pas possible de travestir avec plus de mauvaise foi ce que j’avais écrit ; tout lecteur peut se reporter à ma livraison 98, pages 752 et 783. Il n’est pas possible non plus de tourner plus en ridicule un vénérable prêtre, exorcisant une malheureuse possédée, avec l’autorisation de son évêque et c’est un journal catholique qui se moque en ces termes d’un pieux exorciste, combattant l’enfer avec tout son zèle de croyant éclairé !... Quelle triste et honteuse pasquinade !…

Mais, vraiment aussi, il semble que la Providence s’attache à susciter des événements qui chaque jour confirment la véracité et la sincérité de mes divulgations. Certes, je n’en tire aucune gloire, et je dis même que cela prouve que nous sommes bien infimes, bien misérables, des vers de terre, et qu’entre les mains de la Divine Sagesse nous sommes tous de très fragiles instruments.

Déjà, j’aurais pu répondre depuis longtemps aux sottes railleries de M. Georges Bois à propos de Cerbère ; j’ai dédaigné de les relever, et pourtant il m’eût été bien facile de le faire. Mais le lecteur comprend à quelle discrétion je suis tenu, recevant les plus graves confidences.

Cependant, je me trouve obligé aujourd’hui de revenir sur le diable Cerbère, et je ne puis m’abstenir de signaler combien il est merveilleux que ce soit précisément ce démon dont une nouvelle manifestation vient de m’être communiquée.

D’abord, quelques mots sur le passé.

J’ai dit, dans ma livraison 98, que Cerbère, après avoir été tenu longtemps enfermé dans le corps d’une sainte fille, s’en était tout à coup échappé.

Je vais être plus précis.

Le souvenir de Marie Martin, sorcière prédilectionnée de lui, qui fut pendue et étranglée en Picardie le 25 juillet 1580, est un souvenir particulièrement désagréable à Cerbère ; il lui rappelle une défaite que lui infligea l’Eglise, et il entre en colère chaque fois qu’on lui jette à la face ce nom. Il avait espéré faire beaucoup de mal par cette mauvaise femme, et l’Eglise avait brusquement interrompu ses prestiges.

La malheureuse possédée, - une religieuse, - dont il fut question lors de mon fascicule de septembre, a été fort heureusement délivrée. Cerbère se démasqua, quand l’exorciste, mon correspondant, lui parla de Marie Martin.

Ainsi que je l’ai dit, il s’enfuit tout à coup de la ville où il avait alors établi sa résidence. Mais voici bien autre chose, dont je n’ai pas cru devoir parler à cette époque.

Un jour que je me trouvais chez un ami  ecclésiastique, j’avais justement sur moi, venant de la recevoir, la lettre dans laquelle le vénérable exorciste de L*** m’annonçait la disparition subite de Cerbère. Bien entendu, je n’avais parlé de ce fait à personne. Mon ami désirait me présenter à un saint prêtre, qui, lui aussi, exorcisait une pauvre possédée, celle-ci laïque. La présentation faite, nous causâmes. La conversation vint sur la possession dont M. l’abbé X*** s’occupait, et il nous dit que, depuis la veille, un démon réellement terrible s’était installé chez la victime, la martyrisant plus que tous les autres. Néanmoins, il avait réussi à contraindre ce diable à se nommer; c’était Cerbère.

Je n’avais pas à douter de la délivrance de L***. Je sortis ma lettre et la montrai. Rien n’était plus frappant.

Or, Cerbère fut encore délogé, ainsi que ses compagnons. La deuxième possédée dont je parle en ce moment a été complètement et définitivement délivrée dans les derniers jours de juillet 1893.

Maintenant, je vais reproduire des extraits d’une lettre qui m’est parvenue ces jours-ci arrivant de bien loin, et mes lecteurs pourront constater que le démon Cerbère n’est pas resté longtemps sans exercer sa rage de persécution.

Je ne publierai pas l’endroit où il manifeste ses fureurs à cette heure, mon correspondant ne m’y ayant pas autorisé. Mais, si M. Auguste Roussel, qui se laisse trop facilement influencer par son collaborateur sceptique, a lui-même le moindre doute, je lui offre une vérification qu’il ne peut refuser. Il n’a qu’à déléguer auprès de moi, un lundi, un ecclésiastique de ses amis, à qui je dirai, sous le sceau du secret, les noms des trois victimes de Cerbère et ceux de leurs exorcistes. Cet ecclésiastique pourra se mettre en rapport avec ces derniers, et il constatera ainsi que l’affreux et cruel démon dont il s’agit a passé de L*** à G*** et de là à M***, cette ville-ci n’étant pas en Europe. M. Auguste Roussel apprendra alors que rien n’est plus vrai que ce que je relate, et cela lui fera apprécier la parfaite inconvenance de son collaborateur M. Georges Bois.

Voici donc la plus récente lettre que j’ai reçue au sujet de Cerbère :

            « M***, le 16 février 1894.

Monsieur le docteur,

Je ne commencerai pas par vous féliciter de la courageuse campagne que vous avez entreprise ; car vous devez recevoir chaque jour des éloges à ce sujet, et peut-être commencez-vous à en être fatigué. Je vous dirai seulement que tous les jours, à la Sainte Messe, je prie pour vous et que je fais prier quelques bonnes âmes, afin que le Bon Dieu vous donne le courage et les forces de continuer votre œuvre d’homme de Foi et de savant.

C’est de Cerbère que je désirerais vous entretenir.

Il est bien entendu que ce qui me concerne est strictement confidentiel, et que, si vous jugez à propos de faire usage de ma lettre dans l’intérêts de vos lecteurs, vous le ferez de telle sorte qu’il n’y ait aucune indiscrétion ; je désirerais même que l’on ne sache pas que cette lettre vient de (nom de la contrée où réside mon honorable correspondant).

Je dirige une personne d’une grande vertu, que le démon obsède quelquefois d’une façon bien pénible.

Un soir, vers dix heures, - c’était vers le commencement d’octobre ou la fin de septembre dernier, - un soir donc, me trouvant dans la chambre immédiatement au-dessus de la sienne, j’entendis aboyer un chien. Or, je ne possède pas de chien. La voix me semblait venir de la chambre de ma pénitente. Etonné, je regardai au dehors, et la clarté de la lune me permit de constater qu’il n’y avait pas de chien à proximité de la maison. J’entendis aboyer une deuxième fois, et la voix me sembla encore mieux venir de la chambre au-dessus.

Le lendemain, je demandai à ma pénitente ce qui c’était passé la nuit dans sa chambre. Elle me dit qu’un gros chien se jetait sur elle en aboyant (c’était la première fois que le démon lui apparaissait sous cette forme). Une personne qui couchait dans la chambre voisine n’avait rien entendu, bien que l’aboiement m’ait paru fort.

Quelques jours plus tard, je recevais votre fascicule de septembre où il est question de Cerbère. Je demandais alors à ma pénitente de me décrire le chien, - lequel, depuis ce jour, lui apparaît quotidiennement et la suit presque nuit et jour, dans la maison, dans l’église, dans sa cellule, la fatiguant de ses aboiements, l’empestant de son haleine, et se lançant à tout instant sur elle ; mais il ne peut pas la mordre, il ne peut que la frapper de sa queue. – Elle me décrivit le chien, avec une barbe humaine et quelque chose de pointu sur la tête, comme une touffe de poils raides formant une sorte de bonnet pointu.

Je lui conseillai de prononcer le nom de Marie martin, quand elle le verrait. Chaque fois qu’elle prononçait ce nom, il se retirait en grognant ou avec rage.

Je vous avouerai ici que je ne m’explique pas très bien la rage de Cerbère en entendant le nom de Marie Martin, étant donné ce que vous en dites dans le fascicule d’octobre (p.846). Peut-être ma pénitente croyait-elle prononcer le nom de la Sainte Vierge et celui de saint Martin. Quoiqu’il en soit, quand j’appris par votre publication ce qu’était Marie Martin, j’ai défendu à ma pénitente de prononcer désormais son nom.

Quand je reçus le fascicule de novembre, je la questionnai de nouveau au sujet du chien, qui continuai à lui apparaître. Elle me dit que tantôt elle le voyait comme j’ai dit plus haut, sur ses quatre pattes, qui ne sont pas cependant des pattes de chien, mais quelque chose de fourchu ; tantôt debout, avec une sorte de manteau. Je lui montrai alors la gravure représentant Cerbère (page 937), et elle le reconnut parfaitement, sauf quelques légers détails de la forme du manteau et sauf la nature du bonnet qui lui paraît plutôt formé par des poils raides et longs.

En outre, elle voit souvent avec lui un démon ressemblant à Buer (page 905).

Comme elle voyait le démon près d’elle à ce moment même, j’ordonnai à celui-ci, au nom de N.-S. Jésus-Christ, de dire à ma pénitente quel était son nom et ce qu’il venait faire auprès d’elle. Il répondit avec rage que son nom était Cerbère et qu’il était venu pour lui enlever la confiance envers son directeur ; ce dont elle était, en effet, souvent et violemment tentée.

Je n’ai pas poussé les interrogations plus loin, ne jugeant pas à propos d’engager une conversation avec le démon ; du reste, quelle foi ajouter à ses paroles ?…

Au moment où je vous écris, ce siège se poursuit contre ma pénitente, et le démon en vient à la frapper la nuit avec une chaise.

Je vous serais reconnaissant, monsieur le docteur, de communiquer ma lettre au vénérable prêtre dont il est question page 782. Il voudra peut-être bien entrer en relation avec moi ; car il pourra être intéressant pour lui de connaître les faits et gestes de ce Cerbère qu’il a courageusement combattu, et moi, de mon côté, je pourrai profiter de son expérience et de ses conseils.

Veuillez agréer, monsieur le docteur, l’assurance de ma grande sympathie et de ma coopération, quoique faible, par la prière.

(Signature). »

J’ai mis mon honorable correspondant de M*** en rapport avec les éminents exorcistes de L*** et de G***, et je recommande aux prières de mes abonnés la malheureuse nouvelle victime de Cerbère. Jusqu’à présent, comme on vient de la voir, cette pauvre fille n’est encore qu’obsédée ; que Dieu lui fasse la grâce d’échapper aux horreurs de la possession !…

Cette manifestation actuelle d’un des plus cruels démons qui soient au royaume de Satan et les circonstances dans lesquelles elle se produit prouvent, jusqu’à l’évidence, que mon œuvre est bien venue à son heure.

Il n’y a pas à en douter, nous sommes à une époque où les innombrables crimes commis par les hommes contre Dieu ont valu à notre monde impie un déchaînement presque général de l’enfer. Les sceptiques s’endurcissent dans leur incrédulité. Dieu leur répond en permettant au diable d’agir, tout en imposant des limites aux effets de sa rage. Dieu est encore trop bon pour nous. Il nous châtie, mais en nous inondant de lumière. Ceux qui, malgré toutes ces manifestations du surnaturel, persisteront à fermer les yeux, auront bien voulu leur damnation éternelle. […]

M. Auguste Roussel n’a qu’à m’envoyer un ecclésiastique en qui il ait pleine confiance, et, par l’intermédiaire de cet ecclésiastique, je lui ferai constater les faits, c’est-à-dire les deux possessions de Cerbère, aujourd’hui terminées, et l’obsession actuelle.

Dr Bataille.

 

 

 

 

Edifiantes amitiés[42]

 

S’il faut en croire le journal l’Eclair (numéro portant la date du jeudi 18 mai 1893), il existerait à Paris une certaine société de joyeux amis, intitulée les Bons Bougres, dont feraient partie, entre autres membres, trois Vénérables du Grand Orient de France, les FF.˙. Deschamps, conseiller municipal de Paris et président du Conseil général de la Seine, Albert Pétrot, ex-conseiller municipal, actuellement député, et Paul Vivien, candidat anticlérical aux dernières élections dans le VIe arrondissement. S’il faut en croire encore l’Eclair, M. Georges Bois (le journal en question l’appelle : « notre confrère ») ferait également partie de cette société, non secrète évidemment, mais dont le titre a un parfum de Père Duchêne, bien en harmonie avec le scepticisme décadent de cette fin de siècle.

Ce numéro de l’Eclair, qui nous a été envoyé par un de nos abonnés et qui date de dix mois déjà, n’a certainement pas été composé tout exprès à notre intention. Du reste, nous n’attacherons pas à cette particularité boulevardière et bien parisienne plus d’importance qu’elle n’en mérite.

Ce qui est grave, ce n’est pas que M. Georges Bois dîne en camarade avec des amis qui se trouvent être Vénérables du Grand Orient de France ; nous aurions mauvaise grâce a lui reprocher ces relations de table, puisqu’il nous est arrivé, à nous, rédacteurs de la Revue Mensuelle, d’accepter à déjeuner avec des lucifériens, et nous l’avons dit à nos lecteurs. Les FF.˙. Deschamps, Pétrot et Vivien ne sont pas palladistes ; ils sont athées. D’autre part, il est juste de dire que les relations que nous avons conservées ou acquises nous ont servi à combattre plus efficacement que jamais la franc-maçonnerie, à faire connaître ses dessous mystérieux, à recueillir des documents dont la divulgation n’est pas faite pour être agréable aux chefs secrets de la secte.

Ce qui est grave c’est que - nous citerons un seul exemple pour ne pas lasser la patience de nos lecteurs, - l’amitié de M. Georges Bois pour M. Albert Pétrot lui ait fait cacher au public catholique quel rôle personnel, haineusement anticlérical, son camarade a joué dans les convents du Grand Orient de France (1889, 1899, 1891). Ce qui est grave, c’est que M. Georges Bois ait poussé la condescendance la faiblesse, jusqu’à falsifier dans ce but les documents maçonniques officiels qu’il a publiés ; c’est qu’il ait, en cela, méprisé les injonctions formelles du Saint-Siège, qui ordonne, sous peine d’excommunication, de dénoncer les chefs et coryphées de la franc-maçonnerie, chaque fois qu’on est on mesure de le faire. Cela, c’est très grave, et d’autant plus grave que M. Georges Bois lui-même, dans le même livre où il cache les noms des francs-maçons du Grand Orient de France qu’il ménage, déclare qu’un écrivain catholique ne doit pas hésiter à publier les noms des francs-maçons « afin que les catholiques sachent qui ils ont devant eux. »(Page 514).

A Paris, il suffit de prononcer le nom du F.˙. Albert Pétrot, pour que l’on sache de qui l’on veut parler. Ce sectaire, à la barbe rouge, à l’aspect vraiment diabolique, est bien connu par la haine sauvage qui l’anime contre la religion ; et l’on nous apprendrait demain qu’il est possédé par Belzébuth en personne, que nous n’en serions nullement surpris.

Mais nos lecteurs des départements et de l’étranger ignorent ce qu’est ce franc-maçon, dont M. Georges Bois, par amitié, a caché le rôle au sein des convents de la rue Cadet.

Pour faire connaître cet homme, cet ennemi acharné de l’Eglise, nous relèverons seulement quelques-uns de ses votes au Conseil municipal de Paris ; nous les empruntons au bulletin officiel de l’hôtel de ville :

1890. - Les membres de la minorité demandant au Conseil d’accorder une subvention aux écoles libres, M. Pétrot répond « qu’élu pour lutter contre toute ingérence religieuse et cléricale, il a le devoir d’empêcher, par tous les moyens possibles, les écoles congréganistes de vivre. »

24 octobre 1890. - M. Georges Berry, conservateur, ayant soulevé une discussion sur la laïcisation des services de l’Assistance publique, M. Pétrot répond en déposant (avec MM. Deschamps et Vaillant) l’ordre du jour suivant :

« L’administration est invitée a créer de nouvelles écoles d’infirmiers et d’infirmières laïques dans les hôpitaux de la rive droite. »

Autre ordre du jour, déposé par M. Navarre et contresigné par MM. Pétrot et Deschamps :

« M. le directeur de l’Assistance publique est invité à faire diligence pour obtenir une prompte solution du conflit soulevé par la laïcisation de l’Hôtel-Dieu et de l’hôpital Saint-Louis, et à poursuivre la laïcisation de tous les services de son administration. »

11 décembre 1890. - Ordre du jour déposé par M Albert Pétrot :

« Le Conseil invite l’administration à prendre les mesures nécessaires pour le respect absolu de la liberté de conscience (nous savons ce que cela veut dire), et à procéder, sans retard, à la laïcisation de l’hospice de Berck (hospice municipal pour les enfants). – Signé : Albert Pétrot, Deschamps, etc. »

Il y a dans le bulletin officiel, plus de cent ordres du jour de ce genre que le F.˙. Pétrot a déposés et réussi le plus souvent à faire adopter. La vue d’une cornette de sœur de charité suffit à mettre le F.˙. Pétrot en fureur. Tels, les démons, lorsqu’on leur montre l’image du Divin Crucifié.

Mais voici, pour terminer, une des laïcisations qui ont le plus vivement indigné les catholiques parisiens, celle de la maison de charité fondée par cette sainte femme qui est universellement connue et bénie des pauvres sous le nom de Sœur Rosalie. A la demande du F.˙. Pétrot et de ses amis, on expulsa les Filles de Saint-Vincent de Paul de cette demeure, qui leur appartenait bien, certes. La minorité conservatrice protesta contre cette expulsion, qui est le dernier mot de la rage sectaire.

Cette protestation fut accueillie, on va voir comment, par les francs-maçons du Conseil municipal.

Lisons le bulletin officiel :

« 4 novembre 1891. - Délibération sur la laïcisation du dispensaire connu sous le nom de Maison de la sœur Rosalie.

M. Deschamps : - « En laïcisant la Maison de la sœur Rosalie, le directeur de l’Assistance publique a fait son devoir, et nous, représentants du Ve et du VIe arrondissements, nous félicitons la municipalité d’avoir pris cette initiative. Comme sanction à ce débat, je dépose l’ordre du jour suivant :

Le Conseil, respectueux de la liberté de conscience (!!!), invite l’administration à poursuivre l’œuvre de la laïcisation des maisons de secours, et passe à l’ordre du jour. - Signé « Deschamps, Albert Pétrot. »

Adopté par 43 voix contre 9. »

Nous croyons qu’il serait superflu d’ajouter le moindre commentaire. Que M. Georges Bois rétablisse donc, dans son volume, le nom de son ami Pétrot à tous les passages où il l’a retranché. Il en a le devoir, s’il a à cœur de réparer sa faiblesse.

 

 

 

L’auxiliaire du Grand Orient[43]

 

Notre gérant a reçu de l’auxiliaire du Grand-Orient de France une lettre dont ce personnage demande l’insertion. Par extraordinaire, le monsieur ne nous a pas envoyé sa prose par huissier. Nous la publions ; mais nous comptions la faire suivre d’un document que le rédacteur du Mensonge malgré tout l’aplomb dont il est doué, ne pourra pas nier. Ce document, pour être compris, a besoin, d’autre part, d’être mis en parallèle avec certaine pièce, également authentique, émanant du Grand-Orient de France. Tout cela demande de la place et, pour ce numéro-ci encore, la place nous fait défaut car la crise de la haute-maçonnerie intéresse plus nos lecteurs que le cas particulier de M. Georges Bois et de son compère Paul Rosen, et il importe peu que la lumière complète se fasse un peu plus tôt ou un peu plus tard sur ces deux individus.

Voici donc la lettre de M. Georges Bois ; nous ne la ferons suivre que de courtes réflexions.

« Paris, le 12 avril 1894.

Monsieur le gérant,

Dans votre numéro 3, daté de mars 1894, en un article anonyme qui a pour titre Edifiantes amitiés, vous racontez, d’après l’Eclair du 18 mai 1893, que j’ai pris part, à cette date, à un déjeuner dit des Bons Bougres. A ce banquet assistaient des francs-maçons, que j’aurais eu, à cause de cela, le tort de ménager dans la polémique.

Je vous déclare que je ne suis pas de la société des Bons Bougres et que je n’ai pas déjeuné avec eux. L’Eclair se trompe ou désigne un homonyme.

Par occasion, votre collaborateur met de nouveau sur le chevalet mon malheureux volume : Maçonnerie Nouvelle du Grand Orient et me reproche avec vigueur tout ce qui ne s’y trouve pas !

Comme si toute la maçonnerie devait tenir dans un in-octavo de 500 pages !

Il n’y a pas de livre qui dise tout. Léo Taxil et le docteur Bataille ne disent pas tout. Le P. Deschamps n’a pas tout dit. On n’écrit pas pour tout dire, parce que ce n’est pas possible en une vie d’homme. On écrit modestement pour dire ce qu’on a pu savoir de nouveau, si cela en vaut la peine. Mon livre explique seulement deux choses annoncées par son titre : les rituels nouveaux du Grand Orient et l’organisation politique de la fédération. S’il s’y trouve davantage, c’est par accident et par surcroît et pas du tout par la prétention de tout dire.

Quant au reproche de fuir la polémique et de ménager les francs-maçons, permettez-moi de dire que c’est une véritable plaisanterie. Les lecteurs de la Vérité savent à quoi s’en tenir, et votre collaborateur anonyme, s’il veut s’édifier, n’a qu’à jeter un coup d’œil sur la collection du journal.

Je me plais à compter sur votre courtoisie encore plus que sur la loi pour l’insertion, dans votre prochain numéro, de la présente et nécessaire rectification.

Et je vous prie, Monsieur, d’agréer mes sentiments distingués.

Georges Bois. »

 

D’abord, il est nécessaire d’en finir avec cette question d’anonymat que l’ami du F.˙. Pétrot soulève à tout bout de champ. Les rédacteurs de la Revue mensuelle sont connus de M. Georges Bois et se sont tous déclarés solidaires contre lui pour relever ses inqualifiables attaques contre leur ami M. le Dr Bataille. Pour simplifier, je prends personnellement la responsabilité de tous les articles où il a été ou pourra être encore question du rédacteur du Mensonge.

Maintenant, je dis à M. Georges Bois que c’est lui qui se moque du public. S’il n’était pas vraiment le commensal de son ami le F.˙. Pétrot au dîner des Bons Bougres, et puisqu’il y a, parait-il, un autre Georges Bois, le Georges Bois à qui nous avons à faire aurait dû, à l’occasion de cette ripaille sur laquelle nous n’avions pas d’ailleurs insisté, adresser à l’Eclair une lettre pour éviter la confusion. Au surplus, M. Georges Bois a déclaré dans le journal de M. Auguste Roussel qu’il préférerait être membre de la Société des Bons Bougres plutôt que d’être mon collaborateur. C’est entendu, et je remercie M. Georges Bois pour cette bonne parole.

Mais les phrases de la lettre de l’ami du F.˙. Pétrot ne sont que des phrases ; il passe, comme toujours, à côté de la question.

Et la question, la voici :

On ne reproche nullement à M. Georges Bois de n’avoir pas tout dit dans son volume ; on lui reproche d’avoir falsifié les documents qu’il a publiés, et d’avoir fait ces falsifications expressément pour cacher les noms des francs-maçons que le public catholique a intérêt à connaître en tant que sectaires militants, participants aux convents du Grand-Orient de France.

Des falsifications aussi graves ne peuvent être que l’œuvre d’un auxiliaire de la secte ; je l’ai dit, je le répète, je le maintiens, et toutes les personnes de bon sens pensent comme moi.

S’il y a une diffamation à dire cela, M. Georges Bois n’a qu’à m’assigner devant le tribunal correctionnel.

Au surplus, pour accentuer le défi que je porte à M. Georges Bois de faire faire la lumière au grand jour d’un débat public, j’ajoute ceci :

Vous, falsificateur de documents, vous avez dit et écrit, de connivence avec votre compère Rosen, que j’avais fabriqué des lettres de Mlle Sophie Walder pour tromper mon vénérable ami M. le chanoine Mustel, vous m’avez accusé d’être un faussaire. Je vous réponds que, vous et votre compère Rosen, vous êtes deux drôles, deux infâmes menteurs. Votre action était d’autant plus lâche, que vous l’accomplissiez sous le couvert de correspondances particulières, adressées à toutes les personnes auprès de qui vous pensiez me nuire ; et vous étiez d’autant plus coupables, que l’un de vous deux connaissait l’écriture de Sophia et la mienne et ne pouvait les confondre ; mais vous propagiez la calomnie clandestinement, pensant qu’elle ferait son chemin sans être découverte.

Est-ce là la conduite d’un bon catholique ?

Aujourd’hui, votre compère Paul Rosen continue, à votre instigation, la campagne de dénigrement que vous avez inaugurée tous deux, en bons complices que vous êtes. Il nous accuse de mensonges, nous rédacteurs de la Revue mensuelle, en prétendant que la fille en question s’appelle Walcker et non Walder. C’est possible ; mais il n’y a pas de mensonge à publier le nom que Sophia porte. Consciencieusement, nous avons fait faire des recherches à l’état-civil de Strasbourg, et sous le nom de Walder nous n’avons jusqu’à présent rien trouvé ; ce qui intéresse le public catholique, c’est que nous démasquions les agissements de cette infernale créature, quelle se nomme Walcker ou Walder, peu importe et c’est ce que nous continuerons à faire, malgré vous, monsieur Georges Bois, et malgré son ami Paul Rosen, votre ami !

Vous avez dit, tous les deux, que le Palladisme n’existe pas comme rite suprême de la franc-maçonnerie, que c’est « une simple société de fumistes faisant de la pornographie sous prétexte de spiritisme », et qu’il n’y a pas de direction centrale de la franc-maçonnerie. Vous, personnellement, vous avez passé sous silence tous les faits se rattachant au Convent secret du 20 septembre dernier, même après leur divulgation éclatante. Quand vous avez à parler de Lemmi, vous affectez de le qualifier uniquement de « grand-maître de la maçonnerie italienne », et vous savez pourtant qu’il a dans la secte un grade bien plus élevé ; mais l’ordre maçonnique est formel : « Nier toujours et quand même l’existence d’une direction centrale, cacher toujours et quand même l’organisation de la haute maçonnerie ».

Mettre la lumière sous le boisseau, est-ce là le fait d’un catholique ou d’un auxiliaire de la secte ?

Enfin, vous avez dit et écrit qu’il était faux que, dans les arrière-loges, on pratiquât les infamies du Pastos ; qu’il y eût ces orgies sacrilèges que le docteur Bataille et moi-même avons fait connaître ; vous nous avez traités d’imposteurs, pour arrêter l’effet de ces révélations. Et aujourd’hui que le voile se déchire de toutes parts, malgré vous, vous adoptez une autre tactique, et de la négation d’hier vous passez aux exagérations, pour épouvanter les catholiques et, d’une autre manière, les faire douter ; car leur dire cette fausseté qu’il y a vingt-deux chapelles lucifériennes dans le seul quartier de Saint-Sulpice, c’est les amener à ne plus croire a ce qui a été dit. Vingt-deux temples secrets de Satan, comme statistique d’un seul des quatre-vingts quartiers de Paris ! Vous savez bien que cela n’est pas vrai. Il y a en tout à Paris cinq triangles, dont le docteur Bataille a promis de donner les adresses (à la XIe partie de son ouvrage), et il les donnera. Vous, nous vous mettons au défi d’indiquer les adresses des vingt-deux chapelles lucifériennes dont vous parlez. Vous ne relèverez pas ce défi ; car vous avez menti.

Quant aux obscénités de certaines arrière-loges vous saviez parfaitement à quoi vous en tenir ; un de vos récents articles le prouve. Vous n’ignoriez pas ces infamies, et vous avez écrit que c’était tout autant d’inventions de ma part.

Il y a quelques jours à peine, vous imprimiez encore que les accusations du docteur Bataille et les miennes contre la franc-maçonnerie étaient du pur roman. Je dis, je répète, je maintiens que tout, dans votre conduite, y compris la publication même de votre livre, est la preuve, pour quiconque a étudié les dessous de la secte, que vous êtes un de ses auxiliaires, en dépit de vos protestations.

Léo Taxil.

 

L’auxiliaire du Grand-Orient, suite[44]

 

[…] Du jour où je me suis uni à mon cher camarade d’enfance, le docteur Bataille, pour le seconder, avec quelques amis, dans sa campagne de divulgations, les vieilles haines qui s’étaient endormies pendant un certain temps, se sont tout à coup réveillées, plus vivaces que jamais. Quand nous avons entrepris la création de notre service d’informations maçonniques qui est si utile et qui nous a permis de découvrir tant de choses si jalousement tenues secrètes, quand surtout j’ai eu pris, personnellement, la plus grande part à la direction des enquêtes menées en Italie sur les complots contre la Papauté, alors les haines sont devenues furieuses.

On ne me pardonne pas d’avoir contribué à faire la lumière. Comment, lorsqu’on est sectaire, combattre un homme qui met au jour des vérités, si ce n’est en le discréditant, en le représentant comme un être vil et méprisable ? Telle est la tactique de la franc-maçonnerie. Elle invente les imputations les plus infamantes, elle fait imprimer les plus noires calomnies et, se tournant vers les catholiques, elle leur dit :

« Voilà l’homme qui prétend nous démasquer ; pouvez-vous le croire ? Voilà l’homme qui combat pour votre cause ; pouvez-vous l’accepter comme champion ? Non, certes, cet homme est le pire des aventuriers, c’est un coquin, un fripon, un chevalier d’industrie ; il est de ceux à qui les honnêtes gens, à quelque parti qu’ils appartiennent, ne sauraient serrer la main. » En un mot, on ne recule devant rien pour écraser le gêneur, pour l’assassiner moralement.

C’est ainsi que, tout récemment, des francs-maçons canadiens, obéissant sans aucun doute, au chef suprême Lemmi, publiaient sur mon compte, dans un de leurs journaux les plus répandus, des accusations ne reposant sur rien, des inventions fabriquées de toutes pièces, je me hâte de le dire, mais de nature à ébranler les catholiques de ce pays. Le coup a été fait au Canada, parce que notre Revue Mensuelle a là-bas près de 2 000 abonnés, parce que la maçonnerie travaille en ce moment cette contrée de la façon la plus active, et que les journaux catholiques, en nous reproduisant, font pièce à la secte, victorieusement. Il fallait arrêter notre campagne canadienne à n’importe quel prix.

C’est le journal la Patrie, de Montréal, qui a été choisi pour mettre les nouvelles calomnies en circulation. Le directeur propriétaire de cette feuille, le sieur Beaugrand est un franc-maçon avéré ; le rédacteur principal, le sieur Louis Fréchette, a eu, dans la Chaîne d’Union des articles très élogieux, dont l’auteur, le faisant valoir comme étant un grand homme canadien, n’était autre que le F.˙. Paul Bert.

Or, voici les principales allégations de la Patrie, de Montréal, à mon sujet :

1° J’ai été condamné à deux ans de prison pour escroquerie. - On néglige de dire par quel tribunal, ni à quelle époque.

2° A Macon, à une époque, qu’on ne précise pas, où je faisais des conférences « pour ramasser l’argent des pauvres ouvriers sous toutes sortes de prétextes », j’ai été arrêté, étant ivre, pour outrage public a la pudeur ; ce qui m’a valu encore un mois de prison. - Tout ce qui est vrai là-dedans, c’est que j’ai fait des conférences au temps de mon impiété. Mais jamais, entendez-vous ? Pas une seule fois, je n’ai accepté un centime des sociétés de libre-pensée qui prenaient l’initiative de ces conférences ; j’ai toujours refusé jusqu’au remboursement de mes frais de voyage et d’hôtel ; il m’est arrivé même, pour faire bénéficier d’autant la société populaire organisatrice, de prendre à ma charge mes frais de voyage d’un second conférencier qu’on avait prié de venir avec moi. Et, comme la propagande du mal a toujours plus de succès que la propagande du bien (c’est un fait reconnu), il s’ensuit que les conférences dont parle le journal franc-maçon furent toujours des plus fructueuses pour le parti anti-clérical. J’ai si peu exploité la libre pensée, que, pour citer une ville, Saint-Etienne, le produit de deux conférences que j’y fis, servit à fonder une école laïque : ce que je me reproche amèrement aujourd’hui. Quant à Macon, je n’y ai, de ma vie, jamais mis les pieds. Toute cette histoire est aussi impudemment inventée que celle des deux ans de prison pour escroquerie.

3° Il y a encore une autre condamnation qu’on a imaginée ; on n’en précise pas la date, on ne nomme pas le tribunal qui l’a prononcée, on ne dit pas en quoi elle a consisté comme peine.

Voici en quels termes cette infâme calomnie est rédigée :

« Tout le monde sait en France qu’il (Léo Taxil) a été non seulement condamné pour filouterie, mais qu’à la suite d’une condamnation pour tenue illicite d’un cercle où l’on dévalisait les joueurs naïfs, il se réfugia en Belgique. C’était à la fin du septennat du maréchal Mac-Mahon, et plus tard, quand la prescription de sa condamnation par défaut lui fut acquise et lui permit de rentrer dans son pays, il essaya de jouer le rôle d’un proscrit politique. Des ouvriers le crurent sur parole ; mais il fut démasqué par Lissagaray et chassé honteusement de la Ligue socialiste de la libre-pensée de Versailles où il s’était fait admettre et était devenu trésorier ! Jamais il ne rendit ses comptes ; la société n’était pas autorisée et ne pouvait porter plainte contre lui. Il garda l’argent péniblement mis de côté par les ouvriers pour acheter une bannière et un drap mortuaire. »

Autant de mots, autant de mensonges.

Cette calomnie est échafaudée sur le fait vrai de deux années d’exil que j’ai passées en Suisse, de mai 1876 à février 1878. Je m’étais expatrié à la suite de plusieurs condamnations, toutes pour délits de presse, encourues à la fin du régime de l’état de siège, à Marseille, ma ville natale et je bénéficiai de la première amnistie qui fut votée par la Chambre et le Sénat, au mois de février 1878. Mais je n’ai jamais eu de condamnation de droit commun, pas plus à cette époque-là qu’en aucun autre temps.

Je n’ai jamais été gérant ni administrateur d’un cercle quelconque. Si j’avais eu une condamnation du genre de celle qui est alléguée par la Patrie, de Montréal, je n’aurai pu rentrer en France qu’en mai 1881, les condamnations correctionnelles étant prescrites seulement au bout de cinq ans. En outre, ces condamnations-là, bien que n’étant pas subies par le fait d’un bannissement volontaire de cinq années, restent inscrites au casier judiciaire et privent le condamné de ses droits politiques. Or, en août 1881, j’étais candidat aux élections législatives dans l’arrondissement de Narbonne, où j’obtins 2 270 voix, ainsi qu’en témoigne l’Officiel. J’étais donc parfaitement éligible, et il est impossible de supposer une seconde que la préfecture eût admis sans protestation la candidature d’un homme frappé d’une condamnation infamante.

Tout cela est faux, archi-faux, inventé à plaisir. J’ai pu être attaqué par Lissagaray, mais après ma conversion (1885) et à propos de ma conversion. Je n’ai jamais fait partie d’une Ligue socialiste ni de la libre-pensée de Versailles ; j’ai demeuré trois ans à Maisons-Laffitte, qui fait partie du canton de Saint Germain-en-Laye, dans l’arrondissement de Versailles, et qui est à demi-heure de Paris, mais c’est encore après ma conversion (années 1886, 1887 et 1888). En fait de société de libre-pensée, je n’ai jamais appartenu qu’à celle qui se nommait le Groupe Garibaldi (un des groupes parisiens de la fédération dite Ligue Anti-Cléricale) ; j’ignore s’il existe encore : mais jamais je n’en fus trésorier. Ce conte bleu de bannière et de drap mortuaire, dont j’aurais gardé l’argent, est d’autant plus absurde, que c’est au contraire moi qui ai fait cadeau de son drapeau au Groupe Garibaldi.

Je demande pardon à nos lecteurs d’entrer dans ces détails ; ils ne montreront que mieux le cynisme de ces misérables calomniateurs, qui ne savent qu’inventer pour salir un adversaire.

Enfin la Patrie, de Montréal, a l’audace d’imprimer encore ces lignes, en parlant de moi :

« C’est quand il s’est vu honni partout, impliqué dans une nouvelle sale affaire, un chantage, qu’il s’est retourné du côté des ultra-cléricaux. Hors de France, on ne connaît pas les infamies de cet homme, et en Angleterre aussi bien qu’au Canada, nous rencontrons des imbéciles qui pleurent de joie au nom de Léo Taxil, la brebis égarée revenue dans le bon chemin, disent-ils, l’athée devenu un saint. »

Ces dernières lignes dévoilent bien le but poursuivi par les sectaires : ce qu’ils veulent, c’est ôter tout crédit à notre campagne anti-maçonnique, et ils espèrent y parvenir en me prenant pour bouc émissaire et en me traînant dans la boue.

Nous avons imprimé in-extenso le jugement, - authentique, celui-là, - par lequel leur chef Adriano Lemmi a été condamné pour vol à un an et un jour de prison et cinq années de surveillance de la haute police. On invente alors que j’ai, moi, à mon dossier, une condamnation pour tenue illicite de tripot, ayant nécessité de ma part un bannissement volontaire de cinq ans, une condamnation à un mois de prison pour ivresse publique et outrage à la pudeur, et une condamnation à deux ans pour escroquerie ; par conséquent, je suis le dernier des hommes. C’est la riposte à nos coups contre la secte, rien n’est plus certain.

Eh bien, le voici, mon casier judiciaire :

Bulletin n°2

Tribunal de première instance de Marseille (on sait que le casier judiciaire de chaque français est tenu à jour au greffe du tribunal de première instance d’où dépend la ville ou la commune natale. On sait aussi que les condamnations politiques ne figurent pas au casier judiciaire, lorsqu’elles ont été effacées par une amnistie.)

Casier judiciaire

Relevé des bulletins individuels de condamnation alphabétiquement classés au Casier, concernant :

JOGAND, Marie-Joseph-Antoine-Gabriel,

Né à Marseille, le 21 mars 1854,

Fils de Charles-François-Marie Jogand

Et de Joséphine-Françoise-Antoinette Pagès,

Domicilié à Paris, rue d’Alésia, 137 ;

Profession : homme de lettres.

 

Date des condamnations……NEANT

Cours ou Tribunaux………...NEANT

Nature des crimes et délits….NEANT

Nature et durée des peines.…NEANT

Observations……………..…NEANT

 

Certifié conforme :

Marseille, le 5 mai 1894.

Le greffier du Tribunal :

(Signature illisible)

Vu au Parquet,

Pour le Procureur de la République :

(Signé) : GIRAUD

Timbre du Parquet

1fr.25.

Enregistré à Marseille, le cinq mai 1894, folio 16, case 8.

Reçu vingt-cinq centimes, décime compris.

(Signature illisible)

 

Il est pénible, je vous l’assure, d’être obligé d’en venir à la production publique d’un document de cette nature, et d’ajouter que, en outre, n’importe qui peut vérifier que je jouis de tous mes droits civiques, étant inscrit comme électeur à Paris, sur les listes électorales du XIVe arrondissement.

Mais enfin, si j’en viens là, c’est qu’il est nécessaire qu’aucun doute ne reste dans l’esprit de nos lecteurs. Diverses correspondances nous ont appris que grand nombre de nos abonnés catholiques du Canada ont été vivement émus, troublés même, par les abominables imputations du journal du F.˙. Beaugrand.

J’ai été grandement coupable envers l’Eglise pendant longtemps, et de ces fautes passées, j’ai été absous, il y a neuf ans, par la miséricorde du Saint-Père. Mais il importe que les catholiques sachent bien que, sous le rapport de la probité, personne n’a rien a me reprocher, rien, absolument rien, et qu’ainsi les inventions de la secte et les insinuations de ses auxiliaires sont infâmes au suprême degré.

Quand, le 5 avril 1888, Léon XIII me faisait écrire par Mgr Nocella, secrétaire des brefs pontificaux : « La bonté divine a voulu que, abandonnant le camp des ennemis de l’Eglise, vous recouvriez votre dignité et votre liberté », le Souverain Pontife n’entendait certainement pas dire que j’avais été auparavant un chevalier d’industrie. Il ne m’eût pas, évidemment, honoré d’un bref apostolique, m’engageant « à consacrer désormais, avec constance et dévouement, mes facultés, mes travaux et mes forces à la défense et à l’honneur du Saint-Siège et de l’Eglise catholique ». Léon XIII n’aurait pas dicté ces lignes :

« Le Très Saint Père vous décerne ses encouragements, afin que vous répondiez avec ardeur à la grâce divine et que vous en recueilliez les plus précieux fruits, afin que, demeurant un salutaire exemple pour un grand nombre, vous assuriez à votre nom ma vraie gloire et à vous-même le réel bonheur. »

A un fripon qui se convertit, l’Eglise dit :

« Dieu vous pardonne, à raison de votre repentir ; mais restituez ce que vous avez escroqué, et disparaissez dans la retraite et l’oubli. » Elle ne lui dit pas : « Consacrez-vous désormais à la défense et à l’honneur du Saint-Siège et de l’Eglise catholique. »

En lisant ce qui précède, nos amis se demanderont où je veux en venir, puisque le titre de cet article indique que j’ai à m’occuper de M. Georges Bois.

Tout ce qui vient d’être dit avait sa raison d’être ici. En effet, la tactique de la franc-maçonnerie est double. En même temps qu’elle publie à l’étranger des infâmes calomnies, claires et nettes, bien caractérisées, en France elle procède par insinuations ; et il est facile de voir que tout cela se tient, que tout cela est le résultat du même mot d’ordre.

M. Bois, lui, n’oserait pas imprimer des allégations semblables à celles de la Patrie, de Montréal ; il ne s’y risquerait pas. Les FF.˙. Beaugrand, Fréchette et Maurin ont eu l’audace d’en venir à la calomnie la plus impudente, à raison des difficultés qu’il y a pour moi à entamer une procédure contre eux, à l’étranger, si loin.

Lui, le Georges Bois, pour remplir sa mission, il a recours à la correspondance particulière, s’il veut lancer une imputation précise, et il se renferme dans les généralités quand il écrit pour le public.

C’est ainsi qu’au courant de ses lettres à diverses personnes il a eu le cynisme de prétendre que j’ai commis des faux, tandis que, dans le journal où sont insérées ses élucubrations, il me représente comme un être absolument méprisable, déshonoré. Je lui ai donné le plus formel démenti en ce qui concerne ses accusations par lettres privées. Il ne les regrette aucunement, il ne s’en excuse pas ; il n’y fait aucune allusion dans sa réponse publique. Il affecte de prendre la chose avec une sorte de gaieté mêlée de mépris. Mes démentis, il n’en a cure. « Voilà qui est terrible, écrit-il ; mais nous aimons mieux cela que si Léo Taxil nous offrait son estime. » Je l’ai mis au défi de me poursuivre, lorsque je l’accuse d’être un auxiliaire du Grand-Orient de France. Il sait bien que, dans ce cas, l’introduction d’une demande reconventionnelle démontrerait qu’il m’a calomnié sur la question des prétendus faux et sur le reste ; il sait qu’il en serait, par conséquent, pour sa honte. « Faire un procès à Léo Taxil ? Répond-il. A quoi bon ? Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Que m’importe de lui faire octroyer une condamnation de plus ! » Notez que c’est Georges Bois qui nous a menacés d’une poursuite judiciaire, si nous persistions à le déclarer auxiliaire du Grand-Orient de France.

Or ça, cela nous va tout aussi bien. Je ne redoutais pas l’assignation de M. Georges Bois ; je la souhaitais de tout mon cœur. On va comprendre pourquoi.

Je me serais défendu contre M. Bois, en démontrant juridiquement l’odieux de son accusation de faux, au sujet des lettres de Mlle Walder à M. l’abbé Mustel. La démonstration se faisait : 1° par un expert-juré en écritures ; 2° par un haut-maçon, qui n’a pas encore à se faire connaître, mais qui, dans une circonstance aussi grave, n’eût pas hésité à venir répondre, sous la foi du serment, aux questions que je lui aurais fait poser par le tribunal.

M. Georges Bois peut feindre le rire encore ; son rire est trop forcé pour tromper personne. Oui, un membre de la haute-maçonnerie, un de ceux par qui nous avons eu des renseignements de la plus haute importance, un ami personnel de miss Vaughan, actuellement membre actif d’un Suprême Conseil (pas de celui de France), aurait édifié le tribunal sur tout ce que Georges Bois nie. Ce n’est que partie remise, puisqu’il n’y aura pas de débats judiciaires. Notre collaborateur[45] - si l’on peut lui donner ce titre, - a des raisons très sérieuses pour ne pas se retirer « publiquement » de la franc-maçonnerie avant quatre mois ; mais il eût devancé cette époque, en cas de procès où son témoignage eût été nécessaire.

Nous n’exhiberons donc pas les lettres de M. Bois à une audience ; nous les publierons ici.

Que l’on ne vienne pas dire que je viole le secret de la correspondance privée. Il ne s’agit aucunement de choses intimes, touchant à l’honneur des familles. Le jeu de M. Bois a été celui-ci : il a écrit diverses lettres, partout où il a pensé pouvoir nuire au docteur Bataille et à ses amis ; il écrivait, disait-il, confidentiellement, mais en donnant l’autorisation de communiquer la lettre à un tiers, dans le cas où l’on croirait utile d’éclairer l’opinion personnelle d’un ami. Je le demande à tout homme de bonne foi : est-il possible d’agir plus traîtreusement ? Et ces lettres, M. Georges Bois les envoyait aux directeurs catholiques, qui appuyaient la publication du docteur Bataille.

On dira ce qu’on voudra ; jamais pareille choses ne s’est vue dans les annales de la presse. Il arrive à tout journaliste de critiquer, d’attaquer même un ouvrage qui ne lui plaît pas ; mais jamais, jamais on n’a vu un critique, eût-il porté les appréciations les plus hostiles, entreprendre, après son article, contre l’ouvrage déplaisant, une campagne de dénigrement, par voie de correspondance privée, auprès de ses confrères à qui l’ouvrage avait plu. Non, jamais un publiciste, ayant donné son avis public sur un livre, n’a eu recours au procédé de M. Georges Bois. Il y a donc en Bois, cela crève les yeux, autre chose qu’un critique.

A quelque parti qu’un homme appartienne, il est jugé quand il agit de la sorte. Cette conduite ne peut s’expliquer que de deux façons : ou c’est le fait de l’obéissance à une consigne, c’est l’exécution d’un mot d’ordre ; ou bien c’est la manifestation d’une haine personnelle, violente, intense, qui déborde, qui ne peut se contenir. En tous cas, c’est tout ce qu’on peut imaginer de plus déloyal.

S’il y a haine de la part de M. Bois contre le docteur Bataille, toutes ses attaques passionnées tombent d’elles-mêmes. Mais si Bois a eu soin d’écrire qu’il n’avait absolument rien contre notre ami, ni contre ses collaborateurs de la Revue Mensuelle ;  ce n’est donc point dans un sentiment de haine qu’il faut chercher la cause de cet incroyable acharnement.

Cette cause apparaît très nette en rapprochant d’une « planche » du Grand Orient de France une des lettres particulières de M. Georges Bois. L’analogie est frappante. Le Grand Orient déclare que les révélations que j’ai faites sur la maçonnerie sont fausses, ne reposent sur aucun fondement ; M. Georges Bois vient à la rescousse et dit exactement les mêmes choses, mais il entre dans les détails et nie précisément ce que la maçonnerie a donné ordre toujours de tenir le plus caché.

Voici d’abord le document du Grand Orient de France ; cette planche a paru dans le Bulletin Officiel du rite français, n° de décembre 1891, pages 797-798 ; nous la reproduisons textuellement :

            « O.˙. de Paris de Paris, le 8 janvier 1889 (E.˙. V.˙.)

TT.˙. CC.˙. et Hon.˙. FF.˙.,

Par une planche du 30 août 1888 (E.˙. V.˙.), le T.˙. C.˙. et Ill.˙. F.˙. Octavio Baéna 33e.˙., Chancelier de l’Ordre (il est le secrétaire grand chancelier du Suprême Conseil néo-grenadin, Etat de Bolivar, en Colombie), nous a fait part de l’émotion produite dans les régions soumises à votre pouvoir maç.˙. par la publication à Barcelone d’un livre odieux de l’ex-F.˙. Léo Taxil, payé par les éternels adversaires de la liberté humaine pour calomnier et déconsidérer notre impérissable et frat.˙. Institution.

Il nous a demandé s’il existait à Paris une réfutation imprimée du sbire littéraire que la grande famille maçonnique a chassé de son sein, après avoir constaté son indignité.

Je suis chargé par le Conseil de l’Ordre, TT.˙. CC.˙. FF.˙., de vous marquer l’extrême répugnance que les Maçons français ont toujours éprouvée pour une réfutation de griefs qui ne reposeraient sur aucun fondement. En répondant à un renégat, la Franc-Maçonnerie lui aurait fait un honneur dont il n’était pas digne, et sur lequel comptaient peut-être ceux qui avaient spéculé sur notre indignation. M. Léo Taxil est aujourd’hui écrasé sous le commun mépris de ceux qui ont acheté ses services et de ceux qu’il a inutilement tenté de desservir ; il n’est pas même parvenu à se faire prendre au sérieux par le Grand Orient de France, et le public profane, après s’être laissé séduire un moment par un appât de malsaine curiosité, n’a pas tardé à juger à leur vraie valeur des attaques faites contrairement aux règles de la conscience, de la délicatesse et de la plus élémentaire pudeur.

Le milieu éclairé dans lequel nous vivons nous a donc permis de ne pas compromettre la gloire de la Franc-Maçonnerie française dans une contestation publique avec un adversaire jugé indigne, et de répondre aux sectes qui ont acheté les renégats à vendre, par la seule attitude qu’elles méritaient : par le mépris.

Si quelques esprits ont pu momentanément hésiter dans les localités éloignées des centres intellectuels, leur hésitation ne résistera pas longtemps aux lumières que leur apporte le zèle de nos FF.˙., et nous nous persuadons, l’expérience aidant, que l’utile réplique à faire aux manœuvres et aux publications des cléricaux, c’est le recrutement par nos Loges d’un grand nombre d’esprits amis de la liberté et de la justice, c’est la création d’Ateliers nouveaux pouvant allumer parmi les hommes le flambeau des vérités maçonniques fondées sur la liberté, l’égalité et la fraternité.

Il n’existe donc pas, à Paris de réfutation imprimée des ouvrages de Léo Taxil, et, par suite, il ne nous est pas possible de déférer au désir que vous exprimez d’en recevoir un exemplaire.

Veuillez agréer, TT.˙. CC.˙. et Ill.˙. FF.˙., l’expression de nos sentiments dévoués et fraternels.

Par le Président du Conseil de l’Ordre,

Le vice-président : Fontainas, 33e.˙.

 Le secrétaire : G. Level, 33e.˙.

Le Conseil décide que cette communication figurera au Bulletin, pour expliquer le silence du G.˙. O.˙. de France en réponse aux attaques dont la Franc-Maçonnerie est l’objet. »

Pour juger ce que vaut le F.˙. Fontainas, on me saura gré de reproduire les renseignements publiés sur son compte par la Croix de Paris :

« Cet ennemi des congréganistes a un singulier dossier, s’il est vrai qu’il n’y a pas deux Fontainas parmi les francs-maçons belges.

Voici le passé du F.˙. Fontainas, maçon belge :

Echevin à Bruxelles en 1874 (ou75), avec droit d’inscription dans les écoles, il fut révoqué.

1° Pour avoir perdu une jeune fille mineure, placée par lui à la tête d’une école communale. Ce scandale fut découvert quand il fut devenu impossible de le cacher.

2° Il fut emprisonné pour avoir tué le frère de la malheureuse fille, qui, désespéré et déshonoré, venait lui demander réparation.

Après un certain temps de prison, il s’installa pompeusement à Paris, avec l’ex-institutrice dont il a plusieurs enfants, oubliant sa femme et ses trois enfants légitimes.

Mme Fontainas est morte de chagrin en quelques jours.

Malgré toutes les déclamations du F.˙. maçon, ses deux filles ont été élevées dans un couvent en Belgique, où elles ont fait leur première communion.

Nous avons encore des détails sur les secours donnés par des couvents à la famille du F.˙. Fontainas, maçon belge, ennemi des congréganistes et conseil du gouvernement français. »

Fermons la parenthèse sur le F.˙. Fontainas, signataire de la planche où mon indignité est proclamée. On a vu plus haut à quelles infâmes calomnies les francs-maçons ont recours pour atténuer la portée des révélations que j’ai faites, et que le docteur Bataille et M. de la Rive[46] sont venus confirmer et renforcer, en attendant que d’autres viennent encore apporter leur témoignage à la vérité des faits par moi divulgués. Il est facile de comprendre que, si les sectaires ne nous réfutent pas, c’est que cela leur est impossible ; ils se donnent alors des airs méprisants.

Il faut constater que ce dédain affecté n’a pas réussi à faire croire à la parfaite innocence de la franc-maçonnerie ; car, un an et demi après la publication de la fameuse planche de mépris dans le Bulletin Officiel du Grand Orient, on a eu recours à une nouvelle tactique. Le docteur Bataille venait d’éclairer la situation de la façon la plus lumineuse ; il était net, précis ; à côté des faits surnaturels qu’il relatait en montrant l’œuvre de Satan dans la secte, il expliquait tout le mécanisme de cette association ténébreuse internationale ; il venait d’annoncer, admirablement renseigné, que la direction suprême de la franc-maçonnerie allait être transportée en Italie, et il désignait formellement l’Italie comme devant être, à bref délai, le théâtre de la grande lutte contre l’Eglise.

Rappelez bien vos souvenirs, chers lecteurs ; revoyez les fascicules du docteur (notamment le 5e et 6e, parus en avril et en mai 1893). Il était évident, dès lors, pour les Suprêmes Conseils et Grands Orients, que le docteur Bataille avait conservé, dans l’intérêt de la cause chrétienne, des intelligences dans la place, puisqu’il pouvait en quelque sorte annoncer à coup sûr ce qui allait arriver.

Eh bien, c’est à ce moment-là même que M. Georges Bois entre en scène, flanqué de son compère Paul Rosen, dont il essaie à présent de se séparer, le trouvant devenu compromettant ; car il le sait pris et bien pris. C’est alors que M. Bois commence sa campagne. Les francs-maçons, eux, se taisent ; c’est le premier point de la consigne (planche Fontainas). Le second point sera exécuté par M. Bois, qui, dans la presse catholique, est parvenu à obtenir les fonctions de secrétaire de la Corporation des publicistes chrétiens. C’est en usant de ce titre que, de son autorité privée, M. Georges Bois, tout en fulminant dans la pseudo-Vérité contre le docteur Bataille et ses amis, adressera aux journalistes adversaires de la secte ces lettres particulières si perfides, dont le but indéniable est d’arrêter le mouvement en faveur du révélateur redoutable, et, par conséquent, dont l’effet matériel, indéniable aussi, est de servir, hypocritement, en secret, la cause de la franc-maçonnerie.

La copie d’un certain nombre de ces lettres nous a été envoyée. Des amis du docteur se sont trouvés être les tiers en faveur de qui M. Bois autorisait la communication de ses factums prétendus confidentiels. Des personnes indignées en présence d’aussi déloyales manœuvres, sont devenues de nouveaux amis pour le docteur Bataille et ses collaborateurs de la Revue Mensuelle. Bref, le misérable procédé de M. Bois s’est retourné contre lui. Alors, - et c’est cela qui prouve bien qu’il avait conscience de la déloyauté de sa conduite, - alors M. Georges Bois a fait, même par huissier, défense aux destinataires de ses lettres de les publier ; il a menacé un journal qui comprenait dans sa rédaction un de nos amis, sachant que celui-ci avait reçu communication de plusieurs de ces fameuses lettres.

Trop tard, monsieur Bois ! Nous l’avions déjà, votre correspondance perfide et calomnieuse, et nous la publions sans en demander la permission aux destinataires, sans nous soucier de vos menaces. Et ne venez pas dire que nous n’avons pas le droit de faire cela ; car nous agissons ainsi pour faire apparaître au public les moyens de connaître votre machiavélisme, en un mot, pour vous démasquer. Il serait vraiment trop commode de calomnier les gens sous le sceau du secret, de multiplier des coups portés dans l’ombre sous le couvert de correspondances confidentielles, et de venir s’opposer ensuite à ce qu’une conduite aussi lâche et déloyale soit mise au jour.

Vous avez envoyé de tous côtés des lettres remplies de mensonges, monsieur Georges Bois ; pour votre honte, nous les publions.

En voici, d’abord, une qui a été adressée au rédacteur en chef d’un journal catholique de l’Est. Ce publiciste avait été entrepris par M. Bois, qui était parvenu à lui rendre suspecte l’œuvre de divulgation du docteur Bataille. Il est un de ceux auprès de qui M. Bois m’accusa d’avoir commis des faux, et c’est précisément cette accusation calomnieuse qui fut cause du revirement d’opinion du journaliste dont il s’agit en notre faveur ; un hasard providentiel lui mit entre les mains une preuve matérielle du contraire de ce que Bois avait allégué ; M. Bois était allé trop loin. Ce n’est pas de ce publiciste que nous tenons la lettre qu’on va lire ; M. Bois en ayant autorisé la communication à des tiers, il s’est trouvé qu’un de mes amis en a eu connaissance et s’est empressé de m’en transmettre la fidèle copie. Le destinataire, qui est un homme de conciliation, qui est un de ceux qui regrettent cette polémique (dans laquelle nous n’avons pas été les provocateurs, on le reconnaîtra), sera peut-être peiné de cette publication ; mais c’est aussi un homme d’honneur, et il ne démentira pas l’existence de cette lettre ; d’où il résulte que M. Bois ne pourra pas la nier.

On avait mis en question la Loge-Mère le Lotus, de Paris, qui est le triangle palladique d’où sont nés en France tous les autres triangles existant à cette heure. C’est à ce propos que M. Georges Bois écrivait, à la date du 12 septembre 1893, en ces termes :

« … Si Léo Taxil connaît une loge du nom de Lotus, qu’il veuille bien dire où elle se trouve. Il doit le savoir, s’il sait ce qui s’y passe. Ce qui est actuellement connu sous le nom de « Lotus », c’est une revue, organe d’un groupe de personnes occupées d’occultisme, de magie, de théosophie, de magnétisme, ou d’orientalisme hindou. Ce n’est pas une société secrète. Ce sont les disciples de Papus, du sâr Péladan, la suite de l’école autrefois fondée par le baron Du Potet. Tout cela se trouve à la disposition du public.

Y a-t-il des lucifériens ? Le baron Du Potet, qui a fait un livre déjà ancien, connu et très supérieur à celui du docteur Bataille par les faits qu’il décrit et qui sont des faits contrôlés, était, sans le dire, un luciférien ; ses disciples disent : un magicien.

Il y a des gens adonnés aux pratiques démoniaques. On dit couramment la messe noire, mais je ne connais pas d’organisation ni de grades.

Je ne connais rien non plus qui permette de croire aux fêtes folles que Léo Taxil a décrites sous couleur de divulguer les secrets des loges de femmes dans la Maçonnerie. Récemment, le Bulletin du Grand Orient annonçait le mariage du F.˙. Gouverneur, secrétaire du Grand-Orient, avec la lowtonne Grimler, fille du concierge du Grand Orient. D’ailleurs, les maçons ne se cachent nullement d’attirer les femmes à la maçonnerie, et ne font pas même le silence sur les solennités où on les invite. On trouve chez Teissier (rue Jean-Jacques Rousseau, 37), les ornements et rubans de sœurs. J’ai vu moi-même défiler un enterrement civil, suivi de maçons ornés de leurs cordons, et de dames parées d’attributs maçonniques.

Ce que les dames font dans la maçonnerie, je n’y suis pas allé voir. Je suppose que les fêtes maçonniques où figurent les dames sont aujourd’hui ce qu’elles étaient au beau temps des loges de femmes sous l’Empire et la Restauration : des moyens de soustraire la femme à l’action de l’Eglise. Léo Taxil, d’ailleurs, qui a été maçon peu de temps, n’est jamais entré dans une loge de dames. Ce qu’il en rapporte ressemble trop à ce qu’il rapporte en un livre obscène, qu’il a publié sous le titre de la Corruption fin-de-siècle. Ses loges de femmes portent de gros numéros.

Or, si c’est vrai, je veux bien qu’on me le dise, mais je ne veux pas me laisser raconter indéfiniment des histoires que rien n’appuie ni ne contrôle, et qui offensent le sens commun autant que la décence. »

Ici, je suis obligé d’interrompre la lettre de M. Georges Bois et d’en sauter un passage. Il s’agit d’un fait que j’ai relaté dans Y a-t-il des femmes dans la  franc-maçonnerie ?[47] ; mais ce qui est imprimé dans un livre ne saurait être inséré dans un journal. M. Bois s’inscrit en faux contre ma révélation d’une ignoble pratique, aggravée par le plus infâme des sacrilèges. Et, défendant les maçons accusés de ce forfait, M. Bois écrit : « Je me demande où est l’homme qui consentirait à cela ! Cette action, si elle était vraie, ferait mourir de honte ce frère maçon, avant de lui donner un plaisir ! »

M. Bois m’attribue ensuite la paternité du récit fait par le docteur Bataille, qui a rapporté que les Chinois fanatiques, lors des émeutes soulevées pour amener le massacre des missionnaires, poussent l’ignominie jusqu’à uriner dans la bouche des martyrs mis à la torture. Or, c’est bien M. le docteur Bataille qui a rapporté ce fait, et il possède, à l’appui, un album imprimé en Chine, reproduisant, sous forme de gravures de propagande anti-catholique, les peintures murales des temples de la San-ho-hoeï. Voir les 4 spécimens publiés dans le Diable au XIXe Siècle, premier volume, pages 260, 261, 268, 269. Ce ne sont pas des copies faites à la main et dont l’authenticité pourrait être contestée ; c’est l’album imprimé même que le docteur Bataille possède, chacun de ces abominables dessins étant accompagné de la légende explicative, en chinois. Cet album, notre ami l’a montré chez son éditeur qui a voulu le voir. Dire que ces horreurs sont des inventions et qu’elles ont été imaginées par moi, est un mensonge impudent.

 

 

 

 

 

 

Mais c’est la fin de la lettre de M. Bois qu’on ne saurait trop méditer, après avoir lu, d’autre part la planche Fontainas ; le secrétaire de la Corporation des publicistes chrétiens ne craint pas d’aller jusqu’à faire l’éloge des vertus privées de ces bons et chers francs-maçons. Savourez cette défense de la secte contre les accusations portées par Bataille, par moi, par tant d’autres ; admirez avec quel art, avec quel raffinement d’hypocrisie elle est présentée, et dites ensuite si un tel défenseur n’est pas pour les francs-maçons un précieux auxiliaire :

« Il faut laisser de côté ces exagérations, écrit M. Georges Bois. La vérité est qu’il faut étudier la maçonnerie comme une branche de l’histoire contemporaine, avec le même scrupule de l’exactitude, la même précision des faits, des personnes et des dates, la même recherche des documents. Un seul fait bien prouvé à plus d’autorité que la collection entière des livres de Taxil et de Bataille.

Il en est de même de la façon de juger les francs-maçons actuels. Le bon sens et l’expérience de la vie sont des guides plus sûres que les feuilletons merveilleux. Il n’est pas difficile de connaître les francs-maçons autour de nous : voyez comme ils vivent en public et dans la famille, comment ils font leurs affaires, comment ils se conduisent, s’ils sont bons maris et bons pères, s’ils méritent la considération publique, s’il y a place dans la vie pour des relations mystérieuses avec une maçonnerie des dames ?… Les scènes affreuses et romanesques ? ces choses ne passent pas inaperçues dans la vie d’un maçon qu’on a pour voisin et qu’on coudoie du matin au soir !… L’existence des francs-maçons hauts-gradés ou bien des militants très en vue n’a rien non plus, en général, de secret. Ils ne font pas un pas plus long que l’autre, sans que la presse en retentisse. Les histoires de diable ne seraient pas longtemps des histoires inconnues.

A l’étranger, je ne connais que l’Espagne où la maçonnerie des dames est officielle ; on dit que la reine en est grande-maîtresse honoraire… Je n’en ai pas d’autres preuve. C’est aussi en Espagne que les loges portent le nom de triangles. La maçonnerie espagnole paraît en ce moment occupée surtout de politique. On dit qu’elle prépare la République ?… »

Eh bien, je le demande à nos lecteurs catholiques, sont-ils fixés sur le monsieur ? La manœuvre et son but sont-ils assez évidents ?

Pour moi, qui, par mes relations, suis au courant de bien des choses maçonniques ignorées du public, je ne puis pas croire à des erreurs de la part de M. Bois. Cet homme sait exactement à quoi s’en tenir, et il cherche à donner le change, à créer des quiproquos, aujourd’hui que l’occultisme maçonnique luciférien est découvert.

Quiproquo, à propos de la Loge-Mère le Lotus, dont le docteur Bataille a promis d’indiquer le local, nom de la rue et numéro de la maison. S’il ne l’indique pas avant d’en être arrivé à la XIe partie de son ouvrage, c’est qu’il a ses raisons pour cela ; et l’on admettra bien, je suppose, qu’il n’a pas a en rendre compte à M. Bois, lequel n’a en somme aucun mandat d’une autorité ecclésiastique quelconque pour l’interroger.

Quiproquo voulu, à propos des disciples de Papus, de Péladan et de Du Potet. Dès le début, le docteur Bataille a spécifié qu’il n’y avait point lieu de confondre les satanistes non organisés, manœuvrant en petits groupes épars, auxquels M. Bois fait allusion, et les palladistes, qui sont les véritables lucifériens et qui sont parfaitement organisés ; le convent du palais Borghèse (20 septembre 1893) en est l’indestructible preuve.

Quiproquo voulu encore, à propos des pseudo-sœurs, femmes ou parentes de maçons, et les vraies sœurs maçonnes, celles dont nous nous occupons et qui, réalisant la formule de Weishaupt et d’Albert Pike, servent à parfaire les frères trois-points dans l’art de vaincre leurs passions.

Quant aux faits monstrueux de débauches compliquées de sacrilèges, dans certaines arrière-loges, il n’est pas nécessaire d’en avoir été le témoin pour en connaître l’existence. Un de ces faits-là, et précisément un de la nature de celui que M. Georges Bois déclare inventé par moi, peut être certifié par une personne dont le rédacteur en chef du journal de M. Bois ne saurait mettre la parole en doute.

Nous l’avons toujours dit ici, malgré les entraînements de la polémique, nous nous refusons à considérer M. Auguste Roussel comme solidaire de la conduite de son collaborateur. M. Roussel, aveuglé par son amitié pour M. Bois, peut me traiter aussi injustement qu’il lui sera possible ; à lui, je ne riposterai jamais, et, s’il veut se rappeler un incident de la guerre odieuse qui m’est faite par la maçonnerie (août 1888), il comprendra pourquoi. M. Auguste Roussel se laisse égarer, au point de n’avoir pas voulu prendre communication des preuves que le docteur Bataille s’est offert à mettre sous ses yeux au sujet de la question Cerbère, niée par M. Bois. Je fais à mon tour une autre proposition à M. Auguste Roussel, qui est un homme d’honneur : contre sa parole d’honneur, à lui, de garder le secret absolu sur les personnes en cause, je le mettrai en rapport avec quelqu’un qui pourra lui attester que le fait dont il s’agit n’est nullement une invention de ma part, mais est malheureusement trop vrai et n’est pas un fait isolé, accidentel. Je vais plus loin : d’avance, je passe condamnation de mon récit, si M. Roussel, quand je lui aurai nommé la personne qui pourra le renseigner, déclare que l’affirmation de cette personne n’a pas de valeur à ses yeux.

Mais, d’autre part, si cette enquête est acceptée, je demande à M. Auguste Roussel quelle mesure il prendra à l’égard de son collaborateur, lorsqu’il lui aura été prouvé que j’ai été l’écho de l’exacte vérité. Couvrira-t-il plus longtemps M. Bois ?...

En passant, je dois relever la perfide accusation d’obscénité portée par M. Bois contre mon livre La Corruption fin-de-siècle. De ce que ce livre ne peut pas être mis entre toutes les mains, - il en est de même de bien d’autres conçus dans le meilleur esprit, - il ne s’ensuit pas que ce soit une œuvre d’immoralité.

Des écrivains catholiques, dont l’honnêteté vaut bien celle de M. Georges Bois, certes, l’ont hautement approuvé ; des ecclésiastiques l’ont recommandé ; des religieux l’ont publiquement déclaré utile et honnête. Plus de cent comptes-rendus favorables en ont été donnés par la presse conservatrice et catholique. Je n’en citerai qu’un, celui du Nouvelliste de Bordeaux, d’abord parce qu’il est le plus court, ensuite parce que l’opinion de ce journal ne saurait être récusée par la Vérité, notre confrère girondin suivant la même ligne de conduite politique et religieuse que la Vérité de M. Auguste Roussel.

« M. Léo Taxil vient d’écrire un nouvel ouvrage des plus intéressants et des plus méritoires ; - ainsi s’exprimait le Nouvelliste, lors de la première édition. - Son livre, La Corruption fin-de-siècle, est le tableau écœurant, mais exact, des turpitudes que tolèrent et que protègent trop souvent les pouvoirs publics. Ce livre s’adresse aux personnes d’un âge mûr et ne saurait être mis entre les mains des jeunes gens. Mais M. Léo Taxil a eu raison de l’écrire ; car il faut à tout prix que l’opinion publique flétrisse les corrompus de cette fin-de-siècle. »

Quand M. Georges Bois joue l’indignation à propos de cet ouvrage, c’est tout uniment une variation de son rôle de comédien. Là surtout, c’est un simple farceur.

Lorsque M. Bois nie le fonctionnement du satanisme maçonnique, nie les loges féminines, prétend qu’il n’y a, excepté en Espagne, aucune organisation d’ateliers androgynes, affirme qu’en France on se borne à donner des cordons à des louvetonnes et à des femmes de maçons, et célèbres les vertus des sectaires, en les peignant comme de braves gens, dont on peut ne pas partager les idées, mais qui s’occupent uniquement de politique ; lorsqu’il recourt en même temps à la calomnie, pour discréditer les anti-maçons, c’est une autre affaire, et il faut avoir l’esprit bien prévenu pour ne pas voir son jeu.

Et quel aplomb a cet homme d’oser écrire que les triangles sont tout bonnement les loges (espagnoles) ordinaires !

Les triangles ? Les loges lucifériennes ? Mais il en connaît l’existence depuis longtemps !…

Son rôle consiste à empêcher la lumière de se produire. Sitôt que des révélations sont trop gênantes pour la secte, vite il contrecarre leur auteur ; il s’efforce de le vilipender de toutes façons ; il envoie des petits papiers partout afin de faire naître la défiance et d’empêcher ainsi l’attaque de s’étendre. Il ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Puis, s’il n’atteint pas le résultat qu’il s’était proposé, il change ses batteries. Voilà un événement inattendu, le schisme des hauts-maçons américains, qui met en plein jour ce luciférianisme maçonnique organisé qu’il niait ; voilà le sacrilège audacieux, le vol des hosties consacrées, à Notre-Dame ; voilà le scandale causé par dom Sommorostro, l’archiprêtre de Ségovie, que l’on découvre être Vénérable de loge depuis près de trente ans ; voilà l’affaire Barbe Bilger ; voilà le tapage de l’insurrection de miss Vaughan et de Paolo Figlia contre Lemmi ; voilà aussi le procès de Lucie Claraz, la grande-maîtresse de Fribourg. Il n’y a plus possibilité de nier, maintenant. Alors, M. Georges Bois exécute une pirouette ; et, lui qui nous accusait d’exagérer, il imagine tout à coup que, dans le seul quartier Saint-Sulpice, à Paris, il y a vingt-deux chapelles satanistes !…

Sont-ce des loges maçonniques lucifériennes ? Oh que nenni ! Le Grand-Orient de France n’avoue pas ces choses-là ; il n’y a pas de danger que M. Bois en parle jamais. Mais on a droit de s’étonner que M. Georges Bois, qui demande l’adresse le la Loge-Mère le Lotus, ne donne pas celles de ses vingt-deux chapelles satanistes du quartier Saint-Sulpice. Soyez certains qu’il ne les donnera pas ; il y a à cela une bonne raison, c’est qu’il a menti.

Il est dans la situation de l’espion politique que le directeur de la sûreté générale a placé en observation dans un club ; si l’indicateur policier s’aperçoit qu’il est suspecté, vite il fait des motions ultra-révolutionnaires, espérant par là endormir les soupçons ; les autres membres du club ne sont plus que de pâles réactionnaires auprès de lui.

Avant peu, M. Georges Bois nous servira des diableries bien autrement extraordinaires que les récits du docteur Bataille.

Mais, pour en revenir à ce que je disais, savoir que M. Bois connaissait fort bien l’existence des loges lucifériennes, il suffira de reproduire quelques lignes d’un récent article de M. Bois.

M. de la Rive venait de donner, dans son volume La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie universelle[48], de nombreux détails sur la loge de Fribourg La Régénérée, qui avait comme annexe un temple à Satan, creusé dans le roc, à l’extrémité du jardin et indépendamment du local de la loge ordinaire. M. Huysmans, dans une interview publiée par le Matin, avait confirmé les dires de M. de la Rive. L’affaire de la sœur Lucie Claraz venait devant les tribunaux. Or, M. Georges Bois savait tout cela, et il n’avait rien dit.

 

 

Il n’était plus possible de garder le silence. Le 30 avril dernier, enfin, la Vérité se décida à parler. Elle reproduisit l’interview de M. Huysmans, où il est dit, après M. de la Rive, très expressément, qu’il s’agit bien d’un atelier maçonnique, annexe d’une loge ordinaire ; qu’on y poignardait des hosties consacrées ; que « le costume de rigueur pour les Sœurs maçonnes était celui d’Eve avant le péché » ; que ces filles étaient chargées de fournir les hosties et se les procuraient par des communions sacrilèges ; qu’on chantait des psaumes et des cantiques en l’honneur de Lucifer, etc. A son tour, la Vérité déclarait « confirmer ce récit ». Un ami connaissait ce temple souterrain, l’avait visité.

Citons quelques passages de l’article de M. Georges Bois :

« Cette construction souterraine est l’œuvre d’un avocat fribourgeois, qui dépensa une somme considérable à reconstituer, selon le rite que de ténébreuses recherches lui avaient fait connaître, une loge mixte de Sœurs et de frères diabolisant. C’est la seule loge dont nous ayons entendu parler où les sœurs paraissent, en masse, entièrement dévêtues. Par ce détail, elle semble se distinguer des rites maçonniques jusqu’ici connus. »

Que dites-vous de cela ?... Il n’était plus possible de nier, à raison du procès de la grande-maîtresse Lucie Claraz. Donc, M. Georges Bois ne peut se soustraire à la nécessité de parler de la loge fribourgeoise et de ses orgies lucifériennes ; mais comme il a soin de déclarer qu’il n’y a pas d’autres loges où ces infamies soient mises en pratique !… Est-ce un adversaire ou un défenseur de la maçonnerie qui a écrit les deux phrases que j’ai reproduites en italiques ?

Et, pour atténuer plus sûrement l’effet de ces constatation, écrasantes pour la secte, il imagine immédiatement un conte bleu : cette loge, dit-il, pratiquait un rite en onze grades dit des Architectes d’Afrique, elle était un dernier vestige d’un rite totalement oublié.

Menteur ! Ou a-t-il vu que, dans le rite des Architectes d’Afrique, on communiait avec des hosties noires consacrées à Lucifer ?… Et c’est pourtant là ce que M. de la Rive et M. Huysmans ont raconté au sujet de la loge de Fribourg. Or, la communion avec des hosties noires consacrées à Lucifer est la cérémonie caractéristique de la messe dite « adonaïcide » des Odd-Fellows de la seconde classe, rite sataniste imaginé par Moïse Holbrook, organisé par Longfellow, et pratiqué actuellement dans tous les pays du globe.

Après cela, M. Bois donne la description du temple souterrain, description qui confirme d’autant mieux celle faite par M. de la Rive, qu’elle y ajoute quelques menus détails nouveaux.

M. Bois dit encore, après sa description :

« Les frères et les sœurs en maçonnerie, expropriés de cet asile où le mystère était remarquablement sûr, ne semblent pas avoir cependant renoncé à leur culte diabolique. La Grande-Maîtresse de la Régénérée que plusieurs personnes connaissent à Fribourg, n’a rien changé à ses allures. On la voit presque journellement dans les églises, et, plus souvent qu’ailleurs, à la collégiale de Saint-Nicolas, où elle fait des communions dont le caractère sacrilège n’est pas douteux. »

C’est à cause de ces communions sacrilèges qu’a eu lieu le procès ; un vénérable curé, voyant la grande-maîtresse Lucie Claraz s’approcher de la sainte table, refusa formellement de lui donner la divine Eucharistie.

Et le Georges Bois qui, le 30 avril 1894, s’est vu contraint de constater publiquement l’existence d’une loge androgyne luciférienne, où dans les assemblées les Sœurs étaient complètement dévêtues, est le même Georges Bois qui, moins d’un an auparavant, alors qu’il croyait réussir à étouffer les révélations du docteur Bataille, écrivait la lettre du l2 septembre 1893, reproduite plus haut !...

Puis, est survenue l’affaire des loges parisiennes insultant la mémoire de Jeanne d’Arc. Le tollé contre la maçonnerie a été général. Le Matin, lui-même, qui n’est guère entaché de cléricalisme, a dit à ce propos quelques dures vérités aux frères trois-points. Il terminait un article en ces termes : « Les modernes Cauchons du Grand Orient perdraient en France tout crédit, s’ils voulaient brûler une seconde fois l’héroïne d’Orléans. »

Là-dessus, M. Georges Bois de faire chorus.

« Les modernes Cauchons du Grand-Orient ! Écrit-il (mardi 22 mai), le mot est bien trouvé… Puissent tous les gens de bon sens ouvrir les yeux et comprendre ce que sont intellectuellement ET MORALEMENT ces mauvais lieux qu’on nomme des loges, et que partout dans les villes moyennes de province on se montre du doigt en passant ! »

Voilà, certes, des lignes auxquelles on ne saurait trop applaudir, si elles étaient sincères. Mais voilà, ceux qui n’ont lu que cet article de M. Bois, ceux qui ignorent ses manœuvres, ceux qui ne sont pas au courant de ses contradictions, ceux qui n’ont pas sondé les dessous de sa campagne de dénigrement systématique contre les anti-maçons les plus détestés par la secte, ceux-là peuvent s’y laisser prendre. Pour nous, c’est une nouvelle comédie.

L’homme qui est si complètement d’accord avec le F.˙. Fontainas, l’homme qui est l’ami du F.˙. Pétrot, l’homme qui a écrit la lettre du 12 septembre 1893, n’a pas le droit, ayant célébré les vertus domestiques des frères trois-points, ayant nié impudemment les loges androgynes et leurs honteux mystères, d’imprimer aujourd’hui que « les loges sont des mauvais lieux. » Ou alors, pour pouvoir honorablement faire cette volte-face, il aurait fallu que M. Georges Bois commençât par présenter des excuses aux anti-maçons qu’il a calomniés. Au contraire, il a fait le rodomont ; il l’a pris de haut, lui qui aurait dû se faire bien petit, lui qui s’était empêtré d’un Paul Rosen, lui qui s’est porté le garant de Moïse Lid-Nazareth.

Maintenant, il est trop tard. Toutes les variations que M. Bois pourra exécuter ne sauraient effacer les mots justes que notre vénérable ami M. le chanoine Mustel lui a appliqués : « Aucun témoignage d’estime et de confiance, quel qu’en soit l’auteur, ne peut lui être utile. Ou ses collaborateurs le connaissent, et, en ce cas, leur jugement suffit : ou il a pu les tromper, eux qui le voient tous les jours, avec lesquels il vit ; - ce qui n’est pas inouï, témoin Nubius ; - et alors il n’est personne qui n’ait pu se méprendre sur son compte. »

M. Bois aura beau faire, beau dire, beau écrire ; il s’est rendu « suspect ».

Il me reste à reproduire encore d’autres lettres de lui ; mais, comme celles-ci ont été rédigées en collaboration avec M. Paul Rosen, je dois m’occuper à présent de ce dernier.

Nous n’avons pas la preuve de l’inscription de M. Georges Bois sur un tableau d’atelier maçonnique ; mais nous avons la preuve que M. Paul Rosen n’a jamais cessé d’appartenir à la franc-maçonnerie, que Moïse Lid-Nazareth et lui ne font qu’un, qu’il connaît personnellement et intimement Sophie Walder, dont il est à l’occasion le compagnon de voyage, et qu’il est en correspondance maçonnique avec le secrétaire même d’Adriano Lemmi, chef suprême de la secte. Or, quand il aura été prouvé ensuite, et pour terminer, que M. Georges Bois n’ignorait rien de tout cela, il me semble que le fait de s’être associé avec M. Rosen, d’avoir coopéré à plusieurs de ses manœuvres et de s’être porté garant pour lui auprès des catholiques, il me semble que ce fait, cette attitude, cette situation, équivaudra, aux yeux de tout homme de bonne foi, à une inscription officielle.

M. de Marolles n’en demanderait pas tant pour m’exécuter, moi.

Le religieux qui a fait découvrir l’affiliation maçonnique de dom Sommorostro, est parti en campagne à raison de certains soupçons ; son enquête a été appuyée, et l’on est arrivé à connaître la triste vérité. Pourtant, dom Sommorostro n’avait pas contre lui des falsifications de documents maçonniques, faites de façon à servir les intérêts de la secte ; l’enquête a été néanmoins engagée, et finalement l’archiprêtre de la cathédrale de Ségovie a été mis au pied du mur. Il a fini, non sans peine, par avouer.

Après l’exécution de son ami Paul Rosen, M. Georges Bois avouera-t-il ?

Léo Taxil.

 

Un cadavre à tête de rechange[49]

 

Au cours de sa campagne contre le Diable au XIXe siècle, l’ami de Pétrot, Rafichart et Moïse Lid-Nazareth n’est vraiment pas heureux dans ses trouvailles.

Il avait prétendu d’abord que c’était lui qui avait appris, le 5 mai 1893, au docteur Bataille, lors de sa conférence au salon de la Société Bibliographique, que le docteur Gallatin Mackey était mort le 20 juin 1881. On a répondu en lui mettant sous les yeux le 4e fascicule du Diable au XIXe siècle, imprimé le 28 février 1893 et mis en vente le 5 mars, où le docteur Bataille raconte que, le 10 mars 1881, il avait fait la connaissance de son collègue Gallatin Mackey, ajoutant : « C’était environ trois ans avant sa mort. » La prétention du sire Georges Bois était tellement bête, que notre ami n’avait pas daigné lui répondre ; aussi, pendant longtemps, le rédacteur du Mensonge triompha-t-il bruyamment. Mais quand, lassé de ses pasquinades, nous lui mîmes le nez dans ses sottises, quand nous démontrâmes[50] que l’ami de Pétrot, Rafichart et Moïse Lid-Nazareth avait impudemment menti, le bonhomme se tint coi sur ce sujet et se garda bien de faire la moindre allusion à sa honteuse défaite. Pour tout esprit impartial, la polémique de cette mauvaise tête de Bois était jugée.

Aussi, avions-nous négligé de répondre à une autre de ses sottises : il avait contesté, - sans apporter, bien entendu, aucune preuve contraire au récit du docteur Bataille, - les faits survenus à propos du différend entre miss Vaughan et le fameux Bordone. Il niait les faits, uniquement parce qu’ils lui paraissaient extraordinaires.

Or, miss Diana Vaughan est venue trois fois à Paris, en août et décembre 1893, et dans la première quinzaine de mai 1894, avant de retourner dans son pays. La tête de Bois avait là une excellente occasion de se renseigner. L’ex-grande-maîtresse de New-York, rompant un peu avec ses habitudes en ces circonstances, n’avait fait aucune difficulté pour recevoir, en dehors de ses amis, plusieurs personnes appartenant au clergé et à la presse catholique, et même des reporters de journaux d’informations. Au besoin, si l’illustre Georges nous en avait témoigné le désir, nous nous serions fait une joie de le présenter à miss Vaughan. Elle ne lui aurait sans doute pas raconté tout au long les incidents étranges de son conflit avec Bordone ; car elle n’aimait guère à causer de ces choses-là. Mais, en tous cas, elle n’aurait pas démenti ce que le docteur Bataille a relaté. D’autre part, l’illustre Georges aurait certainement appris, dans cette entrevue, comment nous sommes parfaitement fixés sur le compte de son ami, le non moins illustre Moïse Lid-Nazareth, et quelques renseignements à ce sujet lui auraient sans doute fait le plus grand plaisir.

Trois fois, hélas ! La tête de Bois n’a pas tenté la moindre démarche. Le bonhomme a, sans doute, le sentiment de sa valeur morale, et il sait que miss Vaughan, très honnête malgré son erreur, méprise souverainement les gens dépourvus de toute loyauté. Cependant, nous pensons qu’elle aurait surmonté ses répugnances.

Enfin, passons, et laissons-là l’histoire Bordone.

Depuis lors, la tête de Bois a trouvé du nouveau, non plus à propos du Palladisme, mais à propos de la San-ho-hoeï.

D’abord, cette San-ho-hoeï existe-t-elle vraiment ? N’est-ce point là une invention du docteur Bataille ? S’est demandé la tête de Bois. – Vlan ! Voilà le Bulletin du Suprême Conseil de France, qui publie une communication du F.˙. Raynaud, d’après les travaux du F.˙. Léon de Rosny, confirmant les renseignements donnés par le docteur Bataille sur l’organisation de la San-ho-hoeï (maçonnerie chinoise). Pas de chance, la tête de Bois !

Mais l’illustre Georges est enragé et veut mordre quand même ; effet des chaleurs qui commencent et du remplacement de Lozé par Lépine, lequel, bon aux toutous, ne prescrit pas la muselière obligatoire. Et alors le toutou Georges s’élance sur le docteur ; attention, c’est cette fois-ci qu’il va le dévorer !…

Bois s’est procuré une photographie semblable à celle que le F.˙. archiviste du temple maçonnique de Kou-Lan-Sou a remise à Bataille, et que celui-ci a reproduite dans le Diable au X1Xe siècle (Ier volume, page 289). Cette photographie ne représente pas l’exécution d’un frère de la San-ho-hoeï, qui avait trahi le secret, ainsi que l’archiviste de Kou-Lan-Sou l’avait affirmé au docteur, s’écrie l’illustre Georges ; elle représente l’exécution d’un parricide. En Chine, le criminel coupable de parricide subit l’ablation des bras, des jambes, du nez et des oreilles, avant d’être décapité, déclare l’ami de Pétrot, qui tient ce renseignement d’un correspondant.

 

 

 

 

Oui, mais voilà ! Sur la photographie en question, représentant un cadavre coupé en morceaux, on voit la tête, détachée et gisant auprès du tronc horriblement massacré, et cette tête a son nez et ses oreilles très visibles... Alors, la photographie ne représente pas l’exécution d’un parricide ?

Que si ! Que si ! Clame l’illustre Georges, qui n’est pas embarrassé pour si peu. Seulement, la tête qu’on voit là n’est pas la tête du parricide exécuté ; c’est une tête de rechange, tout simplement.

Une tête de rechange ?!?!?

Mais oui, une tête de rechange, et voici comment les choses se sont passées. Suivez bien l’explication de notre Bois ; c’est trop beau. Vous allez admirer comment l’illustre Georges est devenu tout à coup heureux dans ses trouvailles.

On exécutait un parricide en Chine ; un photographe amateur avait obtenu l’autorisation de photographier la scène du supplice. Le bourreau fait son œuvre ; le photographe amateur dispose son appareil ; mais, au moment décisif, on s’aperçoit que la tête du parricide vient d’être emportée en vertu de la loi, cette tête doit être exposée à l’endroit même où le crime a été commis. Le photographe amateur n’a plus devant lui qu’un cadavre coupé en morceaux, mais sans tête. Que faire ? Car le temps presse. Les autorités, qui avaient permis à l’amateur de photographier, se consultent ; et vite, on va chercher la tête d’un autre criminel qui venait d’être supplicié dans les environs. Voyez comme cela se trouve à merveille, tout de même ! Par malheur, la nouvelle tête n’était pas une tète de parricide ; elle avait son nez et ses oreilles intacts, celle-ci. Baste ! C’est un détail de peu d’importance pour le photographe amateur. On dépose la tête du criminel pas parricide à côté du tronc et des membres coupés du cadavre parricide. Cette fois, ça y est ! « Ne bougeons plus ! » et l’amateur photographe opère, avec la paisible conscience du devoir accompli.

Et voilà comment il existe en Chine la photographie d’une exécution de parricide, où le cadavre du décapité supplicié est un cadavre parricide, sauf quant à la tête, tête de rechange, qui est une tête non-parricide.

On voit que rien n’est plus simple, que rien n’est moins compliqué.

Et ceci est l’exacte vérité ; l’illustre Georges se porte garant de son correspondant, comme il s’était porté garant de l’illustre Moïse Lid-Nazareth.

Par conséquent, la tête de Bois est à jamais lavée de son mensonge relatif à la mort du docteur Gallatin Mackey ; quant aux falsifications des documents du Grand Orient de France, falsifications opérées par la tête de Bois dans sa reproduction, elles disparaissent comme les ténèbres de la nuit à l’approche du soleil levant, elles s’évanouissent, et les documents falsifiés doivent être tenus désormais pour parfaitement exacts.

La tête de Bois n’avait pas eu de chance, lors de ses premières trouvailles ; mais le coup du cadavre parricide à tête non-parricide change la face des choses. Hourrah pour la tête de Bois !

Quivis.

[Enfin, rappelons que le Dr Bataille a fait cette offre dans le Diable au XIXe siècle, page 304 :

« Dira-t-on que le dessin de cette scène affreuse est un dessin de fantaisie, un dessin fabriqué par l’artiste chargé d’illustrer cet ouvrage ?…

J’ai prévu même cette objection, et je vais donner aux incrédules le moyen très simple de vérifier. La photographie originale, rapportée de moi de Kou-Lan-Sou, est entre les mains de mes éditeurs, MM. Delhomme et Briguet, 13, rue de l’Abbaye, à Paris. Ils ne s’en dessaisiront point, bien entendu ; mais quiconque a le moindre doute n’a qu’à aller chez ces messieurs ou à y envoyer un ami, en compagnie d’un homme du métier, d’un photographe. Tout photographe, qui examinera mon document, déclarera que c’est bien là, non pas une reproduction photographique d’un dessin fabriqué pour les besoins de la cause, mais bien une photographie directe, absolument prise sur place, tirée d’après nature. »

ATHIRSATA.]

 

Moïse Lid-Nazareth[51]

 

L’illustrissime Paul Rosen vient de se livrer à une manœuvre, aussi ridicule que maladroite, dans l’espoir d’empêcher la lumière de se faire sur son compte. Il a fait signifier par huissier, le 5 juillet, à M. de la Rive et à ses éditeurs MM. Delhomme et Briguet, sommation d’avoir à enlever du volume La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie universelle le nom « Moïse Lid-Nazareth » partout où il se trouve, ou, à défaut, d’avoir à « déclarer, par une note en bonne place, que Moïse Lid-Nazareth n’est pas un pseudonyme pouvant atteindre le requérant Paul Rosen ». Si l’on n’obéit pas à la sommation de l’illustrissime, il menace d’intenter une action en dommages-intérêts. Voyez-vous ça !

Notre homme, dans son papier timbré, dont M. De la Rive m’a envoyé copie, se base, dit-il, sur ce que « le sieur Léo Taxil, dans la Revue Mensuelle, numéro de mai 1894, paru le 15 juin, page 140, 2e colonne, lignes 24-25-26, a déclaré que M. De la Rive, dans son volume, aurait entendu viser le requérant Paul Rosen sous le nom de Moïse Lid-Nazareth. »

Il suffit de se reporter au dit numéro de mai pour voir que, dans le passage en question, je n’ai pas fait la moindre allusion à M. de la Rive ni à son volume. Mon opinion même, concordant avec celle de tout lecteur de l’ouvrage de notre ami, est qu’il est logiquement, d’après ce qu’a écrit M. de la Rive, de pouvoir comprendre, bien mieux, de soupçonner que Moïse Lid-Nazareth et Paul Rosen ne font qu’un. Tout homme de bonne foi reconnaîtra que, dans le livre de notre ami, Moïse Lid-Nazareth et Paul Rosen ont, bien au contraire, plutôt l’air d’être deux personnages parfaitement distincts. Et c’est précisément parce que j’ai, moi, des preuves formelles, absolues, - que M. Rosen lui-même ne pourra pas récuser, - que j’ai tenu à ne pas laisser subsister la distinction d’individualités résultant de la lecture du volume de M. de la Rive.

Je ne reproche pas à notre ami de ne pas avoir éclairé la lanterne ; je constate que, dans la question Moïse Lid-Nazareth, il n’a ni nommé ni désigné l’illustrissime Rosen. Pour dire devant un tribunal que M. de la Rive a entendu parler de lui, il faudrait que l’illustrissime plaidât que son voyage à Reims avec Sophie, à la recherche de Barbe Bilger, était de notoriété publique. Ca, se serait amusant !

Le F.˙. Paul Rosen en sera donc pour ses frais d’intimidation. MM. Delhomme et Briguet, aussi bien que M. de la Rive, l’ont envoyé promener, et ils ont bien fait. C’est la Revue Mensuelle qui aura l’honneur, par la plume de votre serviteur, heureux et jaloux de cette responsabilité, de démontrer publiquement l’identité de héros maçonnique, lemmiste et waldériste, existant entre le beau Rosen et le séduisant Moïse Lid-Nazareth.

Pour attendre, nos lecteurs n’auront rien perdu ; je leur promets un vrai régal. Et, puisque Paul-Moïse est d’humeur belliqueuse, il n’aura pas à se gêner vis-à-vis de moi. Quand mes articles le concernant auront été publiés, il pourra, si le cœur lui en dit, m’envoyer tous les huissiers de France et de Navarre ; ils seront reçus avec joie, accueillis avec transport, embrassés comme des frères que sœur Anne, du haut de sa tour, interrogeant l’horizon, s’est longtemps lamentée de ne pas voir venir.

L. T.

 

La conversion de Jules Doinel

 

Jules Doinel (1892-1902), est archiviste, aux activités occultistes nombreuses et animateur d’une loge spiritualiste qui prétendait conserver l’invocation au Grand Architecte de l’Univers. Visité par l’esprit de Guilhabert de Castres, ancien évêque de Montségur, il réveilla l’Eglise gnostique en 1888 mais rentra dans le giron catholique en 1894, pour le quitter à nouveau, semble-t-il, et y revenir in extremis.

De famille et d’éducation catholiques, il rejoignit la franc-maçonnerie après avoir hésité entre les ordres et les études. Cependant, bien que vénérable et membre d’un chapitre Rose-Croix à Paris en 1893, il supporta mal la laïcisation de l’ordre. C’est à l’automne 1888 qu’il avait réveillé l’Eglise gnostique à laquelle s’agrégèrent bientôt Papus notamment. Le nouveau patriarche, sous le nom de Valentin II, avait écrit, selon M.F. James, une lettre en latin au cardinal Rampolla destinée à amorcer une réconciliation entre la gnose antique et le catholicisme. Il se convertit au catholicisme en décembre 1894.

La qualité scientifique des travaux de ce chartiste poursuivant sa carrière d’archiviste paraissait une garantie ; sous le nom de Jean Kotska il publia Lucifer démasqué.[52]

Comme l’écrit Michel Jarrige, « Doinel, franc-maçon du 18e degré (Rose-Croix), gnostique et occultiste, n’a jamais appartenu au palladisme. Il n’avait donc pas à en parler et, de fait, son livre n’y renferme aucune allusion. Ses récits et ses confidences complètent, sans les infirmer en rien, « tout ce que nous savons sur le palladisme ». La première partie de l’ouvrage se compose de récits et de souvenirs. Dans la seconde partie, intitulée la Symbolique de Lucifer, l’auteur développe à satiété le sens satanique des divers grades de la franc-maçonnerie, depuis le simple apprenti jusqu’au 33e degré. »[53]

Selon Jean-Pierre Laurant dans son livre : L’Esotérisme chrétien en France au XIXe siècle (Lausanne, l’Age d’Homme, 1992), page 162, l’abjuration faite entre les mains de Mgr Stanislas Touchet à Orléans n’était qu’une feinte, une manœuvre habile pour lui permettre de faire des dupes dans le monde ecclésiastique. Déplacé à Carcassonne où sa famille ne le suivit pas, il aurait été officier dans un groupe de « la colombe du Paraclet » et mourut entre le catharisme et l’Eglise catholique. Mais ce point est très controversé.

 

La conversion de M. Margiotta[54]

 

« […] Du reste, toute la presse catholique, dans le monde entier, marchait à l’unisson contre la franc-maçonnerie une fois de plus démasquée. La Vérité elle-même a suivi le mouvement ; ce qui est un signe !!! Pour tout dire, il est bon de savoir que M. Georges Bois est à la campagne, fort loin de Paris ; il n’a donc pas pu se concerter avec son ami Rosen, pour venir tous deux affirmer à M. Auguste Roussel que M. Margiotta n’existait pas plus que ses lettres de démission, et que le mieux serait de faire un silence complet sur l’incident, attendu qu’il fallait s’en rapporter aux déclarations du Grand Orient. En effet, la Vérité ayant toujours soutenu, par les articles de M. Georges Bois, que la haute-maçonnerie et son rite spécial, le Palladisme, étaient tout autant d’inventions du docteur Bataille, il faut que la lumière se soit faite enfin bien éclatante pour que le journal de M. Auguste Roussel ait, cette fois, emboîté le pas derrière les autres organes de la presse catholique, qui eux, n’ayant pas de Georges Bois dans leur rédaction, savent à quoi s’en tenir depuis longtemps.

Quant au bon M. de Marolles, pour qui M. Bois est le seul puits de science maçonnique, il est à présumer qu’il doit être passablement ahuri, en présence de ces nouvelles révélations qui confirment toutes celles du docteur Bataille. N’insistons pas ; la boussole Bois ne marquant plus le nord, le cerveau de l’excellent homme doit être depuis quelques jours dans un bien triste état.

C’est égal, la serte a reçu, dans le courant de ce mois qui lui est si cher, une série de grêle qui a fort endommagé le toit de son temple. Aussi, le 23, le Peuple Français insérait-il avec raison ces lignes :

« On comprend maintenant le désarroi dans lequel la conversion du commandeur Margiotta a jeté la secte ; les hauts-maçons n’ignoraient pas qu’il était au courant de tous leurs tripotages, crimes et turpitudes. Au Grand Orient de France, où il y a plus de F.˙. gogos que de parfaits initiés, on ne pouvait prévoir un tel déluge d’aussi formidables tuiles ; voilà pourquoi le Convent de la rue Cadet a cru se tirer d’affaire en votant la proclamation que l’on sait, communiquée à la presse profane. Mais, en Italie, où l’élément palladiste est beaucoup plus nombreux au sein des Loges, on a été littéralement consterné, atterré ; de là, l’attitude embarrassée des journaux lemmistes, la Tribuna, la Riforma, qui ne savent que répondre au Nouveau Moniteur de Rome et a la presse catholique de France, et qui se bornent à dire que M. Margiotta se venge d’avoir été exclu du Parlement par la majorité crispinienne. Piteuse réponse ! Car l’élection du commandeur Margiotta par la ville de Palmi date de 1888.

La vérité est que M. Margiotta est demeuré encore six ans dans l’aveuglement, après cet incident de sa vie politique, et que, tout en restant honnête au sein de la Maçonnerie italienne qui compte tant de fripons, il se considérait comme lié par le serment des Loges et des Triangles ; il espérait que la minorité honnête, l’infime minorité de ses amis antilemmistes, finirait par avoir le dessus dans la secte et la purifierait en expulsant les pourris. Le triomphe de Lemmi lui a ouvert les yeux, ainsi qu’il l’explique si bien dans sa touchante lettre à miss Diana Vaughan. »

[…]

Témoignage du chanoine Mustel :

« Enfin le bon Dieu a eu pitié de cet honnête homme, fourvoyé dans le camp de Satan, et il y à deux mois et demi ou trois mois, M. le commandeur Margiotta abjurait, devant le Saint-Office, ses erreurs, répudiait la Maçonnerie et recevait des cardinaux Rampolla et Parocchi un accueil dont il ne parle pas sans émotion. Au moment où nous l’avons rencontré à Paris, il venait de Grenoble, où Mgr Fava, qui a contribué à sa conversion, l’avait reçu comme le Père de famille de l’Evangile reçoit l’Enfant prodigue ; il avait fait, sous sa haute protection, et d’après ses conseils, une retraite dans une maison religieuse, et il sortait tout transfiguré de cet asile du recueillement, de la méditation et de la prière. »

 

Domenico Margiotta

 

[…] A cet égard, M. Margiotta remplit courageusement ses devoirs de converti et mérite des encouragements. Réconcilié avec l’Eglise, il a été absous de son erreur passé ; mais les catholiques lui doivent leurs prières, afin de lui obtenir de Dieu la grâce de la persévérance.

Quelques personnes nous ont écrit pour nous demander si sa conversion était sincère. A cette question délicate sur M. Margiotta, nous ne pouvons que répondre : « Ceci est un secret entre sa conscience et Dieu ». Toutefois, il nous est permis de constater que nous n’apercevons aucun avantage humain à la conduite présente de l’ex-haut-maçon : sa rupture avec la secte lui vaut des haines, qui ne désarmeront pas de sitôt à raison de l’omnipotence maçonnique en Italie, il a été obligé de s’expatrier. Enfin, sa meilleure référence est celle de Mgr Fava, le vaillant évêque de Grenoble, qui l’a dirigé pendant sa retraite, après sa conversion, et qui ne lui aurait certainement pas écrit, pour la publier, la belle lettre que nous avons reproduite, s’il n’avait pas été convaincu de son complet retour au bien.

G. A. »

 

 

 

[Quand Domenico Margiotta sort son livre : «  Adriano Lemmi chef suprême des francs-maçons, souvenir d’un trente-troisième, Lemmi dément tout ne bloc. Ce Margiotta, il ne le connaît même pas ; existe-t-il seulement ?

Lemmi déclare solennellement ne pas connaître Margiotta et atteste que celui-ci n’a jamais fait partie d’une quelconque loge italienne. Or Domenico Margiotta existe bien et est bien franc-maçon, comme l’atteste l’extrait de la revue officielle de Charleston. Pourquoi ce mensonge de la part de Lemmi ? Poser la question…

Lemmi aurait pu nier le palladisme, sans pour autant nier l’appartenance à la Franc-Maçonnerie de Margiotta. Mais non. Même pas. Tout nier est sa tactique. Tant pis pour lui…

De même, voici comment Massimo Introvigne nous présente Margiotta : « Dans l’ombre, en effet, un Calabrais nommé Domenico Margiotta ourdissait ses manœuvres. Peut-être avait-il été vraiment franc-maçon ; ce qui est sûr, c’est qu’il allait plus tard s’inventer une série de fonctions mirobolantes qu’en fait il n’avait jamais assumées. »

Pourquoi peut-être ? C’est sûr et certain, comme le prouve l’extrait que nous reproduisons de l’Official Bulletin. ATHIRSATA.]

 

 

Official bulletin of the Supreme council of the 33d degree for the southern jurisdiction of the United States, 1886, page 762.

 

 

 

Au pied du mur[55]

 

Enfin, voici la solution que M. Margiotta vient de proposer à M. Goblet d’Alviella pour terminer leur débat et faire la lumière :

« Londres, le 8 octobre 1894.

Monsieur le directeur du Patriote,

à Bruxelles.

M. Goblet d’Alviella s’étant fait le champion de la haute-maçonnerie pour nier hardiment son existence supérieure à tous les rites et son organisation internationale sous la direction actuelle de M. Adriano Lemmi, il y a lieu, à mon avis, de le mettre au pied du mur et de provoquer un débat public, avec une sanction sérieuse, afin que tout le monde sache bien désormais qui dit la vérité et qui ment.

Puisque le Patriarche Emérite de la haute-maçonnerie belge s’est avancé, maintenant il n’a plus le droit de reculer.

Les dénégations de M. Goblet peuvent se résumer comme voici :

« D’abord, - je nie que la Maçonnerie belge manque d’indépendance absolue ; je nie qu’elle ait, d’une façon quelconque, à s’incliner devant une autorité maçonnique étrangère quelconque ; je nie quelle soit dirigée ou influencée, directement ou indirectement, par un pouvoir maçonnique extra-national, quel qu’il puisse être.

Ensuite, - je nie cela, et il faut me croire, parce que je déclare qu’il en est ainsi, et que M. Margiotta ne pourra pas prouver le contraire. »

Les dénégations de M. Goblet étant ainsi condensées, je me fais fort d’obliger M. Goblet à capituler et à reconnaître publiquement qu’il a menti en niant.

Pour cela, je mets en avant trois propositions, chacune bien distincte des deux autres, mais toutes trois liées ensemble et ne pouvant être séparées.

Sur chaque proposition, j’offre un enjeu de 10 000 francs, et M. Goblet d’Alviella devra, en même temps que moi, consigner pareille somme.

Un jury de trois membres sera constitué, ne comptant dans son sein ni franc-maçon ni aucun de ces catholiques que la franc-maçonnerie qualifie de cléricaux ; c’est-à-dire, il se composera de personnes notoirement neutres et acceptées par les deux parties. Ainsi, je déclare dès à présent accepter, dans ce comité d’arbitrage, un socialiste probe et loyal, nullement suspect de cléricalisme, mais aussi nullement acquis à la franc-maçonnerie. On pourra trouver facilement deux autres arbitres d’une indépendance reconnue.

Première proposition :

Je dis et soutiens que M. Goblet d’Alviella ne doit pas être cru, parce qu’il parle en franc-maçon et dans l’intérêt de la maçonnerie.

Je prétends prouver que, lorsqu’un franc-maçon parle comme un franc-maçon et en s’adressant au public profane, sa parole n’est pas l’expression de la vérité.

Je ferai cette preuve en établissant cent mensonges maçonniques publics sur des faits passés. C’est-à-dire : je prendrai des déclarations publiques officielles de la franc-maçonnerie, tant de Belgique que d’autres pays (le principe maçonnique étant le même partout, ainsi que l’a dit M. Goblet dans son toast à la fête solsticiale de juin 1884), et, par cents exemples différents, basés sur des faits faciles à constater par la vérification des documents maçonniques que j’indiquerai et se trouvant entre les mains mêmes de la partie adverse, je prouverai que les francs-maçons ayant fait ces déclarations ont cent fois menti.

Si le jury déclare que ma preuve n’est pas cent fois faite sur ce premier point, mes 10 000 francs appartiendront à M. Goblet d’Alviella.

Si au contraire les arbitres se prononcent pour moi, M. Goblet aura perdu ses 10 000 francs.

Deuxième Proposition :

Le Suprême Conseil de Belgique, dont M. Goblet d’Alviella est le lieutenant grand commandeur, pratique le Rite Ecossais Ancien Accepté.

Je dis et soutiens que la Maçonnerie belge, en tant que maçonnerie pratiquant l’Ecossisme, a au-dessus d’elle un pouvoir exécutif secret, aux décisions duquel elle est obligée de se soumettre.

Je dis et soutiens, contrairement à M. Goblet d’Alviella, que ce pouvoir supérieur n’est pas belge, qu’il est extra-national ; et j’indique quel il est et où il réside : c’est le Suprême Conseil de Lausanne (Suisse).

Je dis et soutiens que, par exemple, en cas de contestation quelconque touchant les questions d’ordre général du Rite Ecossais, le Suprême Conseil de Belgique n’est pas libre de trancher la question en litige, même si la Maçonnerie belge est personnellement en cause, mais qu’il est contraint de la faire trancher par le Pouvoir Exécutif secret siégeant à Lausanne ; j’ajoute que, lorsque le souverain commandeur grand-maître de Lausanne, assisté de ses officiers du Suprême Conseil Suisse, a prononcé dans l’espèce à lui soumise, le Suprême Conseil de Belgique est obligé de s’incliner, d’obéir, quoiqu’il lui en puisse coûter, sous peine de voir tous les Suprêmes Conseils du globe rompre avec lui et toutes les loges de rite écossais se fermer devant les visiteurs membres de la Maçonnerie belge.

Si le jury déclare que j’ai fait la preuve de cette subordination du Suprême Conseil de Belgique au Suprême Conseil Suisse et de ce que celui-ci est vraiment le Pouvoir Exécutif secret commandant à toute la Maçonnerie de rite écossais sur les questions d’ordre général, M. Goblet aura perdu son second enjeu de 10 000 francs.

Si au contraire je succombe sur ce second point, d’après la déclaration du jury, mes deuxièmes 10 000 francs appartiendront à M. Goblet.

Troisième Proposition :

A M. Goblet d’Alviella, qui ose dire qu’il ignore le Palladisme (dont il est grand-maître provincial pour la juridiction du Lotus 55), je prouverai, devant les arbitres, combien son mensonge est audacieux sur le troisième point.

Non seulement la Maçonnerie belge, à raison de son écossisme, est la subordonnée du Suprême Conseil de Lausanne ; mais encore, en dehors de la question spéciale de rite et comme n’importe quelle maçonnerie, elle est, par le fait de l’organisation intérieure et supérieure des Triangles, la vassale et la sujette du Suprême Directoire Dogmatique de la franc-maçonnerie universelle, lequel était établi à Charleston jusqu’au 20 septembre 1893 et est établi à Rome (au palais Borghèse) depuis lors.

Ainsi, contrairement aux affirmations de M. Goblet, la Maçonnerie belge est deux fois subordonnée, et de deux façons différentes, à une maçonnerie étrangère.

Il est vrai que, sur ce troisième point, mon contradicteur est fortifié par toutes les habiles mesures de précaution prises pour pouvoir cacher l’existence du Rite Suprême, même à ceux des membres des hauts-grades des rites officiels à qui la dernière initiation n’est pas donnée. En effet, les créateurs du Rite Suprême, les FF.˙. Albert Pike et Giuseppe Mazzini, hommes très experts en organisations secrètes, ont mis en œuvre leur imagination féconde et leur intelligence machiavélique pour multiplier tous les obstacles possibles de nature à entraver et dérouter les investigations. Aussi, des documents purement palladiques ne paraîtraient rien prouver, parce que c’est expressément voulu qu’ils ne ressemblent pas aux documents maçonniques, qu’ils sont scellés de sceaux qui n’ont rien de particulièrement maçonnique, qu’ils sont presque tous signés de nombres ou de pseudonymes conventionnels, cabalistiques ou même extravagants, au lieu des noms véritables.

M. Goblet, devant les arbitres, aurait beau jeu pour dire : « Tout cela, c’est une farce. »

Cependant, et malgré ces difficultés, j’affirme que je le confondrai également sur le fait de la haute-maçonnerie palladique ; et je prouverai ce que je soutiens, en m’appuyant même sur certains documents émanant du Suprême Conseil de Belgique ou en sa possession.

Pour expliquer sommairement comment j’entends faire ma preuve, voici seulement deux exemples :

1° Tandis que, dans la plupart des pays, les FF.˙. jugés dignes de la parfaite initiation sont choisis seulement à partir du grade de Kadosch (30e degré) parmi les membres des Aréopages, en Belgique, où le Palladisme est depuis longtemps très développé, on les choisit même à partir du grade de Rose-Croix (18e degré) parmi les membres des Chapitres. C’est pour cela qu’on rencontre beaucoup de brefs (diplômes) de Roses-Croix belges portant cette formule : A la gloire du Grand Architecte de 1’Univers, de l’orient de l’Univers, par les nombres 77 à nous seuls connus.

Eh bien, 77 est un des nombres palladiques et je mets M. Goblet d’Alviella au défi de l’expliquer d’une manière uniquement maçonnique, c’est-à-dire de donner une explication d’écossisme pur et simple.

L’explication vraie, la voici : - Le nombre 77 est nombre sacré, parce qu’il est le produit de la multiplication de 7, nombre sacré, par 11, nombre sacré. Le nombre 7 est sacré, parce qu’il est le total du nom ineffable du Grand Architecte de l’Univers, qui est en sept lettres (Lucifer, nom révélé seulement dans les Triangles). Le nombre 11 est également nombre sacré luciférien, parce que cabalistiquement il représente l’En-Soph et les dix Séphiroth, dont les incarnations maçonniques sur terre sont le Souverain Pontife de la franc-maçonnerie universelle et les dix Patriarches composant le Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites (parmi lesquels M. Goblet d’Alviella est le Malkhuth, depuis le 29 septembre 1893). Enfin, le nombre 77 est trois fois sacré, parce qu il est le nombre de la Hiérarchie Céleste, selon le Livre apadno. C’est en l’honneur de ce nombre que la juridiction suprême de la haute-maçonnerie est divisée en 77 Provinces Triangulaires.

M. Goblet d’Alviella aura à produire, devant les arbitres, les diplômes imprimés que le Suprême Conseil de Belgique décerne aux Roses-Croix belges. On constatera que ces documents portent la formule ci-dessus, et nous verrons si M. Goblet d’Alviella pourra en donner une explication autre que celle que je viens d’indiquer.

2° A chaque Suprême Conseil, il y a le Livre d’Or double, où sont inscrits et matriculés tous les FF.˙. qui ont été initiés à un grade supérieur à celui de Maître (3e degré). Un exemplaire du Livre d’Or du Suprême Conseil est déposé entre les mains du souverain commandeur grand-maître, et l’autre est confié au grand chancelier grand secrétaire qui le tient à jour. Ce registre est en double, sous prétexte qu’il faut parer à un accident possible de destruction, par incendie ou autrement. La vérité, c’est que l’un des deux registres, qui paraît semblable à l’autre aux yeux des imparfaits initiés, sert à marquer, parmi les membres des grades supérieurs au Maître, ceux qui sont en outre palladistes.

En effet, il peut arriver qu’un commandeur grand-maître de Suprême Conseil ne soit pas palladiste, et cela est arrivé. Le F.˙. Batchelor, qui succéda à Albert Pike au Suprême Conseil de Charleston, n’était pas palladiste, et d’autres FF.˙. du même Suprême Conseil l’étaient, quoique moins importants en écossisme. En Belgique, par exemple, le F.˙. De Mot n’est pas palladiste, et le F.˙. Goblet d’Alviella l’est. Mais, d’autre part, toujours les palladistes qui sont au sein d’un Suprême Conseil unissent leurs influences pour faire nommer grand secrétaire l’un d’eux ; toujours, je le répète, le grand chancelier grand secrétaire d’un Suprême Conseil reconnu par la Mère-Loge du Monde est un palladiste.

Et voici à quel signe un Inspecteur Général du Palladium en mission permanente reconnaît sur le Livre d’Or n° 2 du Suprême Conseil qu’il visite, les hauts gradés du rite qui appartiennent secrètement aux Triangles : - Si le grand secrétaire qui inscrit les noms a une écriture penchée, il marque les palladistes en faisant droite une des lettres d’un des prénoms, une lettre quelconque au hasard, celle qui se prêtera le mieux à ne pas faire remarquer cette légère différence, laquelle passera inaperçue pour tout frère ignorant ce signe secret. Si le grand secrétaire a une écriture droite, il fait une des lettres légèrement penchées. Comme on le voit, c’est très simple, mais c’est fort caractéristique ; et maintenant, M. De Mot pourra connaître quels sont ses collègues et ses subalternes qui ont reçu une lumière plus complète que la sienne.

M. Goblet d’Alviella aura à produire devant le jury le Livre d’Or n° 2 du Suprême Conseil de Belgique. Les arbitres, ainsi prévenus, constateront qu’un certain nombre de noms sont inscrits de la façon particulière que je viens d’indiquer ; et nous verrons si M. Goblet d’Alviella pourra donner une autre explication, reconnue satisfaisante, de ce genre d’inscriptions si légèrement dissemblables, mais non fortuitement.

Je me réserve de guider les arbitres, pour leur faire faire d’autres constatations, toujours avec les documents mêmes du Suprême Conseil de Belgique, afin qu’on ne puisse pas prétendre que j’apporte aux débats des preuves fantaisistes.

Et si la conviction du jury est également faite sur ce troisième point, comme sur les deux précédents, M. Goblet d’Alviella aura perdu son troisième enjeu de 10 000 francs.

Si au contraire les arbitres déclarent ne pas être convaincus, mes troisièmes 10 000 francs seront à M. Goblet d’Alviella.

Je m’en rapporte à vous, Monsieur le directeur du Patriote, pour la désignation des trois jurés à choisir parmi les personnes inaccessibles au soupçon de partialité. Sur le choix, il vous sera aisé de vous entendre avec M. Goblet d’Alviella, s’il accepte mon défi et consent à faire la triple expérience publique que je propose.

Une fois que vous serez d’accord tous deux et que les arbitres auront été, de part et d’autre, reconnus comme observant une neutralité absolue dans ce litige, je me rendrai à Bruxelles, et les séances du jury pourront commencer aussitôt. J’ajoute que je serai accompagné et assisté d’une personne, dont la présence ne pourra pas manquer de causer plus de surprise que de plaisir à M. Goblet d’Alviella.

Pour la première proposition, il faudra peut-être plus d’une séance, à moins que les arbitres se déclarent suffisamment éclairés, avant que j’aie convaincu cent fois la franc-maçonnerie de mensonge flagrant sur des faits passés. Pour chacune des deux autres propositions, une seule séance suffira.

Il doit être bien entendu que rien ne sera tenu caché de ce qui sera démontré au cours de ces séances ; quant à moi je ne crains pas le grand jour, en tout ce que j’ai à dire et à prouver. Le triple verdict devra être rendu publiquement et les journaux des divers partis pourront avoir des représentants, afin de publier ce qu’ils jugeront utile en fait de preuves pour ou contre apportées par M. Goblet d’Alviella et moi.

Certain de gagner hautement la partie sur les trois points, j’abandonne d’avance à l’Assistance publique de Bruxelles les 30 000 fr. conquis à M. Goblet d’Alviella. Quant à lui, s’il se croit sûr de me confondre, il ne doit pas hésiter à prendre le même engagement au sujet de mon enjeu. De cette façon, la lumière sera faite, et, quel que soit le vaincu, les pauvres auront le bénéfice du débat.

Veuillez agréer, Monsieur le directeur, l’expression de mes sentiments dévoués et mes empressées salutations.

Domenico Margiotta.

P. S. - Je prie les journaux antimaçonniques d’autres pays de vouloir bien reproduire ma lettre car ce qui est vrai pour la Belgique est vrai partout. Les révélations, ainsi provoquées par l’impudent et maladroit démenti de M. Goblet d’Alviella, s’appliqueront en tout à la Maçonnerie des divers pays.

D. M. »

 

Lemmi et Margiotta[56]

 

Depuis la publication du volume de M. Margiotta, l’illustrissime Adriano Lemmi n’a fait parvenir aucune protestation en France ; mais en Belgique, il n’en a pas été de même. Là, Goblet d’Alviella ne se console pas de son échec auquel l’ex-franc-maçon converti a fortement contribué ; le pauvre F.˙. Goblet, sénateur sortant, se contentait de poser sa candidature à la Chambre des députés : on se rappelle la polémique entre M. Margiotta et le Goblet belge, nous l’avons reproduite dans notre dernier numéro ; le triple défi porté par notre nouveau compagnon d’armes, n’ayant pas été relevé (et il ne le pouvait être), a été le coup de massue administré à la candidature du comte d’Alviella. En outre, grand mécontentement dans les loges belges, démissions de plus en plus nombreuses, interpellations aux vénérables, demandes d’éclaircissements par tous les FF.˙. gogos ; bref, bouleversement complet. Goblet d’Alviella a donc secoué la torpeur d’Adriano ; il a fait le signe de détresse : « Niez donc tout carrément, très illustre grand-maître Lemmi, ou sinon, le temple d’Hiram s’écroule ! »

Et Lemmi a écrit au Patriote, de Bruxelles, qui avait publié en plusieurs articles le premier chapitre de M. Margiotta.

Nous trouvons cette lettre dans le Peuple Français[57] ; c’est M. Margiotta lui-même qui la reproduit du Patriote et qui l’accompagne d’une réfutation de main de maître.

« Monsieur le Directeur du Peuple Français,

Le journal le Patriote, de Bruxelles, qui, aux dernières élections, a mené si vaillamment la campagne contre le F.˙. Goblet d’Alviella et autres candidats francs-maçons belges, et qui a tant contribué à leur complète défaite, vient de recevoir par ministère d’huissier, une lettre, vraiment un peu trop tardive, du sire Adriano Lemmi.

Le grand chef maçon, dont le mot d’ordre avait été « Silence partout », s’est rallié à l’avis du F.˙. Goblet d’Alviella : « Nions carrément », et, en effet, comme on va le voir, il nie tout, même le fait d’avoir renié le catholicisme pour embrasser le judaïsme. Oui, c’est ainsi ; Lemmi, qui depuis tant d’années souriait avec bonheur lorsqu’on lui rappelait son entrée dans la tribu d’Israël, Lemmi n’est plus juif, n’a jamais été juif !

Permettez-moi de vous reproduire en entier cette étonnante lettre. Elle me vise, et j’y répondrai sur les points principaux ; je l’extrais du Patriote, numéro du 1er novembre, qui vient de me parvenir, et à qui j’envoie également ma réponse.

« Rome, le 24 octobre 1894.

Monsieur le directeur,

Sous la signature Domenico Margiotta, vous avez publié dans les numéros 265 à 272, du mois de septembre écoulé, du journal que vous dirigez, plusieurs articles contre moi.

Tout ce qui, dans ces écrits, que je ne veux pas qualifier ici, peut offenser ma réputation d’honnête homme est complètement faux.

La nouvelle organisation maçonnique internationale dont vous parlez, n’existe pas. Je n’ai jamais embrassé le judaïsme. Je n’ai jamais été poursuivi devant aucun tribunal. Depuis le mois de février 1844, jusqu’à la fin de l’année 1845, j’ai résidé à Constantinople ou je dirigeais l’office d’affaires maritimes établi à Galata par M. François Salomon, de Malte, sujet britannique. Je m’y suis ensuite établi d’abord sous mon nom personnel et peu de temps après sous la firme « Tito et Adriano Lemmi ». En 1860, je suis rentré définitivement de Constantinople en Italie.

Je n’ai jamais connu Domenico Margiotta, ni aucun de ses amis ; - maintenant seulement je sais quel individu c’est. Je suis entré en 1878 dans l’ordre maçonnique et je certifie que depuis cette date cet homme n’en a jamais fait partie.

Je me réserve de poursuive en justice tous ceux qui tentent de diffamer mon nom.

Eu attendant, je vous prie, Monsieur le directeur, de publier la présente dans votre journal et je vous en remercie.

Signé : Adriano Lemmi,

Grand-maître de la Maçonnerie italienne. »

Sur la question de l’organisation maçonnique internationale, qui n’est pas nouvelle (quoique dise Lemmi), mais qui date de 1870, mon volume répond amplement. Sans doute, les chefs de la maçonnerie belge voient les démission